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Mot-clefrelation de voyage

genre lit­té­raire

«Le Voyage de Lapérouse (1785-1788). Tome II. [Journal de Lapérouse]»

éd. Imprimerie nationale, coll. Voyages et Découvertes, Paris

éd. Impri­me­rie natio­nale, coll. Voyages et Décou­vertes, Paris

Il s’agit de la grande expé­di­tion confiée à La Pérouse*. En 1783, Louis XVI vou­lut voir la France prendre toute sa place dans l’achèvement de la recon­nais­sance du globe, jaloux des suc­cès acquis sur ce ter­rain par sa per­pé­tuelle rivale — l’Angleterre. Il choi­sit pour ce but une âme expé­ri­men­tée qui, endur­cie par le genre de vie dif­fi­cile des marins, la ren­drait capable de mener avec suc­cès une expé­di­tion ras­sem­blant en un seul les trois voyages de Cook. Cette âme, c’était Jean-Fran­çois de La Pérouse**. Les ins­truc­tions pour ce voyage, que La Pérouse était auto­ri­sé à modi­fier s’il le jugeait conve­nable, furent dic­tées par Louis XVI lui-même et mises au propre par Charles-Pierre Cla­ret, comte de Fleu­rieu, futur ministre de la Marine et des Colo­nies. Elles sont regar­dées comme un modèle de ce genre. Je ne peux m’empêcher d’en citer quelques lignes qui ne carac­té­risent pas moins le plan du roi que la lar­geur de ses vues sur l’action que la France est appe­lée à exer­cer à l’étranger : «Le sieur de La Pérouse», dit le «Mémoire du roi», «dans toutes les occa­sions en use­ra avec beau­coup de dou­ceur et d’humanité envers les dif­fé­rents peuples qu’il visi­te­ra dans le cours de son voyage. Il s’occupera avec zèle et inté­rêt de tous les moyens qui peuvent amé­lio­rer leur condi­tion, en pro­cu­rant à leur pays les… arbres utiles d’Europe, en leur ensei­gnant la manière de les semer et de les culti­ver… Si des cir­cons­tances impé­rieuses, qu’il est de la pru­dence de pré­voir… obli­geaient jamais le sieur de La Pérouse à faire usage de la supé­rio­ri­té de ses armes sur celles des peuples sau­vages… il n’userait de sa force qu’avec la plus grande modé­ra­tion… Sa Majes­té regar­de­rait comme un des suc­cès les plus heu­reux de l’expédition qu’elle pût être ter­mi­née sans qu’il en eût coû­té la vie à un seul homme». On pré­pa­ra la Bous­sole et l’Astrolabe; les deux navires bien­tôt, ten­dant leurs cor­dages, déployèrent leur voi­lure au milieu des cris et des adieux mêlés aux chants joyeux des mate­lots. On pla­ça à bord une gra­vure repré­sen­tant la mort de Cook. Et la vue de cette image avi­vait l’ardeur de ces har­dis marins, qui disaient sou­vent : «Voi­ci la mort que doivent envier les gens de notre métier!» Pauvres hommes, ils ne croyaient pas si bien dire.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Lapey­rouse. Haut

** Le roi avait lu son rap­port sur la cam­pagne de la baie d’Hudson avec inté­rêt et dans la copie ori­gi­nale : «on pénètre mieux la pen­sée d’un auteur sur son manus­crit que sur une trans­crip­tion» (le capi­taine de Bros­sard, «Ren­dez-vous avec Lapé­rouse à Vani­ko­ro»). Haut

«Le Voyage de Lapérouse (1785-1788). Tome I. [Mémoire du roi pour servir d’instruction particulière au sieur de Lapérouse]»

éd. Imprimerie nationale, coll. Voyages et Découvertes, Paris

éd. Impri­me­rie natio­nale, coll. Voyages et Décou­vertes, Paris

Il s’agit de la grande expé­di­tion confiée à La Pérouse*. En 1783, Louis XVI vou­lut voir la France prendre toute sa place dans l’achèvement de la recon­nais­sance du globe, jaloux des suc­cès acquis sur ce ter­rain par sa per­pé­tuelle rivale — l’Angleterre. Il choi­sit pour ce but une âme expé­ri­men­tée qui, endur­cie par le genre de vie dif­fi­cile des marins, la ren­drait capable de mener avec suc­cès une expé­di­tion ras­sem­blant en un seul les trois voyages de Cook. Cette âme, c’était Jean-Fran­çois de La Pérouse**. Les ins­truc­tions pour ce voyage, que La Pérouse était auto­ri­sé à modi­fier s’il le jugeait conve­nable, furent dic­tées par Louis XVI lui-même et mises au propre par Charles-Pierre Cla­ret, comte de Fleu­rieu, futur ministre de la Marine et des Colo­nies. Elles sont regar­dées comme un modèle de ce genre. Je ne peux m’empêcher d’en citer quelques lignes qui ne carac­té­risent pas moins le plan du roi que la lar­geur de ses vues sur l’action que la France est appe­lée à exer­cer à l’étranger : «Le sieur de La Pérouse», dit le «Mémoire du roi», «dans toutes les occa­sions en use­ra avec beau­coup de dou­ceur et d’humanité envers les dif­fé­rents peuples qu’il visi­te­ra dans le cours de son voyage. Il s’occupera avec zèle et inté­rêt de tous les moyens qui peuvent amé­lio­rer leur condi­tion, en pro­cu­rant à leur pays les… arbres utiles d’Europe, en leur ensei­gnant la manière de les semer et de les culti­ver… Si des cir­cons­tances impé­rieuses, qu’il est de la pru­dence de pré­voir… obli­geaient jamais le sieur de La Pérouse à faire usage de la supé­rio­ri­té de ses armes sur celles des peuples sau­vages… il n’userait de sa force qu’avec la plus grande modé­ra­tion… Sa Majes­té regar­de­rait comme un des suc­cès les plus heu­reux de l’expédition qu’elle pût être ter­mi­née sans qu’il en eût coû­té la vie à un seul homme». On pré­pa­ra la Bous­sole et l’Astrolabe; les deux navires bien­tôt, ten­dant leurs cor­dages, déployèrent leur voi­lure au milieu des cris et des adieux mêlés aux chants joyeux des mate­lots. On pla­ça à bord une gra­vure repré­sen­tant la mort de Cook. Et la vue de cette image avi­vait l’ardeur de ces har­dis marins, qui disaient sou­vent : «Voi­ci la mort que doivent envier les gens de notre métier!» Pauvres hommes, ils ne croyaient pas si bien dire.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Lapey­rouse. Haut

** Le roi avait lu son rap­port sur la cam­pagne de la baie d’Hudson avec inté­rêt et dans la copie ori­gi­nale : «on pénètre mieux la pen­sée d’un auteur sur son manus­crit que sur une trans­crip­tion» (le capi­taine de Bros­sard, «Ren­dez-vous avec Lapé­rouse à Vani­ko­ro»). Haut

«Lapérouse et ses Compagnons dans la baie d’Hudson : textes»

éd. La Découvrance, La Rochelle

éd. La Décou­vrance, La Rochelle

Il s’agit du «Jour­nal de navi­ga­tion»* de Jean-Fran­çois de La Pérouse et de la «Rela­tion de l’expédition com­man­dée par La Pérouse pour la [des­truc­tion] des éta­blis­se­ments anglais de la baie d’Hudson» de Paul Mon­ne­ron. La célé­bri­té du grand voyage autour du monde de La Pérouse est cause que ses pré­cé­dents exploits sont res­tés dans l’ombre. La rude expé­di­tion menée par lui et ses com­pa­gnons en 1782 contre les forts anglais de la baie d’Hudson lors de la guerre sou­te­nue par la France pour l’indépendance des États-Unis est peu connue. Des papiers de pre­mière impor­tance rela­tifs à ces faits, entre autres le «Jour­nal de navi­ga­tion» de La Pérouse, n’ont été édi­tés qu’en 2012, après un oubli de 230 ans. Et encore, leur édi­teur crai­gnant — je ne sais trop com­ment ni pour­quoi — d’alimenter «le mythe d’une expé­di­tion dans des mers incon­nues, en réa­li­té fré­quen­tées depuis long­temps… — vision trop fran­çaise des évé­ne­ments», n’a-t-il expo­sé que les défauts et tu tous les mérites de ce «raid» — expé­di­tion pour­tant déli­cate, dans des mers dif­fi­ciles, dont La Pérouse s’était acquit­té en marin consom­mé et en homme alliant les sen­ti­ments d’humanité avec les exi­gences du devoir. «Rien», dit cet édi­teur dans un juge­ment sévère, pour ne pas dire injuste**, «ne per­met de pen­ser que les résul­tats de la cam­pagne dans la baie d’Hudson aient pu avoir les moindres consé­quences déci­sives… [Chez les Anglais] ce petit désastre semble avoir été bien sup­por­té, y com­pris par la hié­rar­chie de la Com­pa­gnie… Tous les res­pon­sables avaient retrou­vé leur poste l’année sui­vante». La Pérouse s’était fau­fi­lé à tra­vers des brumes presque conti­nuelles, qui ne lui per­met­taient que rare­ment d’observer la hau­teur du soleil. Il avait navi­gué à l’estime. Il avait triom­phé des élé­ments ligués contre lui. Il avait rasé les éta­blis­se­ments anglais, com­plè­te­ment iso­lés sur ces rivages loin­tains; mais il n’avait pas oublié en même temps les égards qu’on doit au mal­heur. Ayant lais­sé la vie sauve aux vain­cus, il leur avait cédé une quan­ti­té suf­fi­sante de vivres, de poudre et de plomb, afin qu’ils pussent être en état de rejoindre les leurs. À ce geste huma­ni­taire, il en avait ajou­té encore un autre. Dans le fort d’York Fac­to­ry, il avait décou­vert les jour­naux d’exploration de Samuel Hearne pour le compte de la Com­pa­gnie d’Hudson. Il les avait ren­dus intacts à leur auteur à la condi­tion que celui-ci les fît impri­mer et publier dès son retour en Angle­terre.

* Éga­le­ment connu sous le titre de «Jour­nal de la cam­pagne du “Sceptre” com­man­dé par M. de Lapé­rouse, capi­taine de vais­seau ayant sous ses ordres les fré­gates l’“Astrée” et l’“Enga­geante”». Haut

** «Lapé­rouse et ses Com­pa­gnons dans la baie d’Hudson», p. 138. Haut

le major de Rostaing, «Prise et Destruction des forts anglais du Prince-de-Galles et d’York [Factory]» • La Pérouse, «Rapport au ministre de la Marine sur cette expédition»

dans « Revue du Dauphiné et du Vivarais », 1879, p. 507-524

dans «Revue du Dau­phi­né et du Viva­rais», 1879, p. 507-524

Il s’agit de la «Rela­tion inédite : prise et des­truc­tion des forts anglais du Prince-de-Galles et d’York [Fac­to­ry]» du major Joseph de Ros­taing et du «Rap­port au ministre de la Marine et des Colo­nies sur l’expédition de la baie d’Hudson»* de Jean-Fran­çois de La Pérouse. La célé­bri­té du grand voyage autour du monde de La Pérouse est cause que ses pré­cé­dents exploits sont res­tés dans l’ombre. La rude expé­di­tion menée par lui et ses com­pa­gnons en 1782 contre les forts anglais de la baie d’Hudson lors de la guerre sou­te­nue par la France pour l’indépendance des États-Unis est peu connue. Des papiers de pre­mière impor­tance rela­tifs à ces faits, entre autres le «Jour­nal de navi­ga­tion» de La Pérouse, n’ont été édi­tés qu’en 2012, après un oubli de 230 ans. Et encore, leur édi­teur crai­gnant — je ne sais trop com­ment ni pour­quoi — d’alimenter «le mythe d’une expé­di­tion dans des mers incon­nues, en réa­li­té fré­quen­tées depuis long­temps… — vision trop fran­çaise des évé­ne­ments», n’a-t-il expo­sé que les défauts et tu tous les mérites de ce «raid» — expé­di­tion pour­tant déli­cate, dans des mers dif­fi­ciles, dont La Pérouse s’était acquit­té en marin consom­mé et en homme alliant les sen­ti­ments d’humanité avec les exi­gences du devoir. «Rien», dit cet édi­teur dans un juge­ment sévère, pour ne pas dire injuste**, «ne per­met de pen­ser que les résul­tats de la cam­pagne dans la baie d’Hudson aient pu avoir les moindres consé­quences déci­sives… [Chez les Anglais] ce petit désastre semble avoir été bien sup­por­té, y com­pris par la hié­rar­chie de la Com­pa­gnie… Tous les res­pon­sables avaient retrou­vé leur poste l’année sui­vante». La Pérouse s’était fau­fi­lé à tra­vers des brumes presque conti­nuelles, qui ne lui per­met­taient que rare­ment d’observer la hau­teur du soleil. Il avait navi­gué à l’estime. Il avait triom­phé des élé­ments ligués contre lui. Il avait rasé les éta­blis­se­ments anglais, com­plè­te­ment iso­lés sur ces rivages loin­tains; mais il n’avait pas oublié en même temps les égards qu’on doit au mal­heur. Ayant lais­sé la vie sauve aux vain­cus, il leur avait cédé une quan­ti­té suf­fi­sante de vivres, de poudre et de plomb, afin qu’ils pussent être en état de rejoindre les leurs. À ce geste huma­ni­taire, il en avait ajou­té encore un autre. Dans le fort d’York Fac­to­ry, il avait décou­vert les jour­naux d’exploration de Samuel Hearne pour le compte de la Com­pa­gnie d’Hudson. Il les avait ren­dus intacts à leur auteur à la condi­tion que celui-ci les fît impri­mer et publier dès son retour en Angle­terre.

* Éga­le­ment connu sous le titre de «Lettre écrite au mar­quis de Cas­tries, ministre et secré­taire d’État au dépar­te­ment de la Marine, par M. de La Pérouse, capi­taine de vais­seau, com­man­dant une divi­sion du roi; à bord du “Sceptre”, dans le détroit d’Hudson, le 6 sep­tembre 1782». Haut

** «Lapé­rouse et ses Com­pa­gnons dans la baie d’Hudson», p. 138. Haut

La Monneraye, «Souvenirs de 1760 à 1791»

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Paris

Il s’agit de l’«Expé­di­tion de la baie d’Hudson (1782)» et autres sou­ve­nirs de Pierre-Bru­no-Jean de La Mon­ne­raye. La célé­bri­té du grand voyage autour du monde de La Pérouse est cause que ses pré­cé­dents exploits sont res­tés dans l’ombre. La rude expé­di­tion menée par lui et ses com­pa­gnons en 1782 contre les forts anglais de la baie d’Hudson lors de la guerre sou­te­nue par la France pour l’indépendance des États-Unis est peu connue. Des papiers de pre­mière impor­tance rela­tifs à ces faits, entre autres le «Jour­nal de navi­ga­tion» de La Pérouse, n’ont été édi­tés qu’en 2012, après un oubli de 230 ans. Et encore, leur édi­teur crai­gnant — je ne sais trop com­ment ni pour­quoi — d’alimenter «le mythe d’une expé­di­tion dans des mers incon­nues, en réa­li­té fré­quen­tées depuis long­temps… — vision trop fran­çaise des évé­ne­ments», n’a-t-il expo­sé que les défauts et tu tous les mérites de ce «raid» — expé­di­tion pour­tant déli­cate, dans des mers dif­fi­ciles, dont La Pérouse s’était acquit­té en marin consom­mé et en homme alliant les sen­ti­ments d’humanité avec les exi­gences du devoir. «Rien», dit cet édi­teur dans un juge­ment sévère, pour ne pas dire injuste*, «ne per­met de pen­ser que les résul­tats de la cam­pagne dans la baie d’Hudson aient pu avoir les moindres consé­quences déci­sives… [Chez les Anglais] ce petit désastre semble avoir été bien sup­por­té, y com­pris par la hié­rar­chie de la Com­pa­gnie… Tous les res­pon­sables avaient retrou­vé leur poste l’année sui­vante». La Pérouse s’était fau­fi­lé à tra­vers des brumes presque conti­nuelles, qui ne lui per­met­taient que rare­ment d’observer la hau­teur du soleil. Il avait navi­gué à l’estime. Il avait triom­phé des élé­ments ligués contre lui. Il avait rasé les éta­blis­se­ments anglais, com­plè­te­ment iso­lés sur ces rivages loin­tains; mais il n’avait pas oublié en même temps les égards qu’on doit au mal­heur. Ayant lais­sé la vie sauve aux vain­cus, il leur avait cédé une quan­ti­té suf­fi­sante de vivres, de poudre et de plomb, afin qu’ils pussent être en état de rejoindre les leurs. À ce geste huma­ni­taire, il en avait ajou­té encore un autre. Dans le fort d’York Fac­to­ry, il avait décou­vert les jour­naux d’exploration de Samuel Hearne pour le compte de la Com­pa­gnie d’Hudson. Il les avait ren­dus intacts à leur auteur à la condi­tion que celui-ci les fît impri­mer et publier dès son retour en Angle­terre.

* «Lapé­rouse et ses Com­pa­gnons dans la baie d’Hudson», p. 138. Haut

Chateaubriand, «Voyages en Amérique et en Italie. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Voyage en Ita­lie» et autres œuvres de Fran­çois René de Cha­teau­briand, auteur et poli­tique fran­çais, père du roman­tisme chré­tien. Le mal, le grand mal de Cha­teau­briand fut d’être né entre deux siècles, «comme au confluent de deux fleuves»*, et de voir les carac­tères oppo­sés de ces deux siècles se ren­con­trer dans ses opi­nions. Sor­ti des entrailles de l’ancienne monar­chie, de l’ancienne aris­to­cra­tie, il se pla­ça contre la Révo­lu­tion fran­çaise, dès qu’il la vit dans ses pre­mières vio­lences, et il res­ta roya­liste, sou­vent contre son ins­tinct. Car au fond de lui-même, il était de la race, de la famille de Napo­léon Bona­parte. Même fougue, même éclat, même mélan­co­lie moderne. Si les Bour­bons avaient mieux appré­cié Cha­teau­briand, il est pos­sible qu’il eût été moins vul­né­rable au sou­ve­nir de l’Empereur deve­nu res­plen­dis­sant comme un «large soleil». Le paral­lèle qu’il fait dans ses «Mémoires d’outre-tombe» entre l’Empire et la monar­chie bour­bo­nienne, pour cruel qu’il soit, est l’expression sin­cère de la concep­tion de l’auteur, tel­le­ment plus vraie que celle du poli­tique : «Retom­ber de Bona­parte et de l’Empire à ce qui les a sui­vis, c’est tom­ber de la réa­li­té dans le néant; du som­met d’une mon­tagne dans un gouffre. Tout n’est-il pas ter­mi­né avec Napo­léon?… Com­ment nom­mer Louis XVIII en place de l’Empereur? Je rou­gis en [y] pen­sant». Triste jusqu’au déses­poir, sans amis et sans espé­rance, il était obsé­dé par un pas­sé à jamais éva­noui et tom­bé dans le néant. «Je n’ai plus qu’à m’asseoir sur des ruines et à mépri­ser cette vie», écri­vait-il** en son­geant qu’il était lui-même une ruine encore plus chan­ce­lante. Aucune pen­sée ne venait le conso­ler excep­té la reli­gion chré­tienne, à laquelle il était reve­nu avec cha­leur et avec véhé­mence. Sa mère et sa sœur avaient eu la plus grande part à cette conver­sion : «Ma mère, après avoir été jetée à soixante-douze ans dans des cachots où elle vit périr une par­tie de ses enfants, expi­ra enfin sur un gra­bat, où ses mal­heurs l’avaient relé­guée. Le sou­ve­nir de mes éga­re­ments [le scep­ti­cisme de mon “Essai sur les Révo­lu­tions”] répan­dit sur ses der­niers jours une grande amer­tume; elle char­gea, en mou­rant, une de mes sœurs de me rap­pe­ler à cette reli­gion dans laquelle j’avais été éle­vé. Ma sœur me man­da le der­nier vœu de ma mère. Quand la lettre me par­vint au-delà des mers, ma sœur elle-même n’existait plus; elle était morte aus­si des suites de son empri­son­ne­ment. Ces deux voix sor­ties du tom­beau, cette mort qui ser­vait d’interprète à la mort, m’ont frap­pé; je suis deve­nu chré­tien»

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. XLIII, ch. 8. Haut

** «Études his­to­riques». Haut

Chateaubriand, «Voyages en Amérique et en Italie. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Voyage en Amé­rique» et autres œuvres de Fran­çois René de Cha­teau­briand, auteur et poli­tique fran­çais, père du roman­tisme chré­tien. Le mal, le grand mal de Cha­teau­briand fut d’être né entre deux siècles, «comme au confluent de deux fleuves»*, et de voir les carac­tères oppo­sés de ces deux siècles se ren­con­trer dans ses opi­nions. Sor­ti des entrailles de l’ancienne monar­chie, de l’ancienne aris­to­cra­tie, il se pla­ça contre la Révo­lu­tion fran­çaise, dès qu’il la vit dans ses pre­mières vio­lences, et il res­ta roya­liste, sou­vent contre son ins­tinct. Car au fond de lui-même, il était de la race, de la famille de Napo­léon Bona­parte. Même fougue, même éclat, même mélan­co­lie moderne. Si les Bour­bons avaient mieux appré­cié Cha­teau­briand, il est pos­sible qu’il eût été moins vul­né­rable au sou­ve­nir de l’Empereur deve­nu res­plen­dis­sant comme un «large soleil». Le paral­lèle qu’il fait dans ses «Mémoires d’outre-tombe» entre l’Empire et la monar­chie bour­bo­nienne, pour cruel qu’il soit, est l’expression sin­cère de la concep­tion de l’auteur, tel­le­ment plus vraie que celle du poli­tique : «Retom­ber de Bona­parte et de l’Empire à ce qui les a sui­vis, c’est tom­ber de la réa­li­té dans le néant; du som­met d’une mon­tagne dans un gouffre. Tout n’est-il pas ter­mi­né avec Napo­léon?… Com­ment nom­mer Louis XVIII en place de l’Empereur? Je rou­gis en [y] pen­sant». Triste jusqu’au déses­poir, sans amis et sans espé­rance, il était obsé­dé par un pas­sé à jamais éva­noui et tom­bé dans le néant. «Je n’ai plus qu’à m’asseoir sur des ruines et à mépri­ser cette vie», écri­vait-il** en son­geant qu’il était lui-même une ruine encore plus chan­ce­lante. Aucune pen­sée ne venait le conso­ler excep­té la reli­gion chré­tienne, à laquelle il était reve­nu avec cha­leur et avec véhé­mence. Sa mère et sa sœur avaient eu la plus grande part à cette conver­sion : «Ma mère, après avoir été jetée à soixante-douze ans dans des cachots où elle vit périr une par­tie de ses enfants, expi­ra enfin sur un gra­bat, où ses mal­heurs l’avaient relé­guée. Le sou­ve­nir de mes éga­re­ments [le scep­ti­cisme de mon “Essai sur les Révo­lu­tions”] répan­dit sur ses der­niers jours une grande amer­tume; elle char­gea, en mou­rant, une de mes sœurs de me rap­pe­ler à cette reli­gion dans laquelle j’avais été éle­vé. Ma sœur me man­da le der­nier vœu de ma mère. Quand la lettre me par­vint au-delà des mers, ma sœur elle-même n’existait plus; elle était morte aus­si des suites de son empri­son­ne­ment. Ces deux voix sor­ties du tom­beau, cette mort qui ser­vait d’interprète à la mort, m’ont frap­pé; je suis deve­nu chré­tien»

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. XLIII, ch. 8. Haut

** «Études his­to­riques». Haut

Lesseps, «Journal historique du voyage. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la rela­tion «Jour­nal his­to­rique du voyage» de Jean-Bap­tiste de Les­seps, seul sur­vi­vant de l’expédition La Pérouse dont il était l’interprète. Né à Sète, en France, il embras­sa la car­rière diplo­ma­tique où son père l’avait pré­cé­dé, et où il sera sui­vi par son frère et son neveu. Ayant acquis de bonne heure une pro­fonde connais­sance de la langue russe, il fut atta­ché, en 1785, à l’expédition La Pérouse. Sa pré­sence pou­vait être d’autant plus utile que cette expé­di­tion avait à relâ­cher dans les ports de l’Asie russe. En 1787, les navires la Bous­sole et l’Astrolabe, après deux ans de cir­cum­na­vi­ga­tion, mouillèrent à Petro­pav­lovsk*, à l’extrémité de la presqu’île du Kamt­chat­ka. Le jeune Les­seps y fut char­gé de la mis­sion de convoyer en France les pré­cieuses cartes et dépêches recueillies jusque-là. Les lettres de La Pérouse témoignent en plu­sieurs endroits du res­pect qu’il por­tait à notre inter­prète et de la foi qu’il avait en lui. Et il fal­lait une vraie foi pour lui don­ner une sem­blable mis­sion, non seule­ment dan­ge­reuse en cette par­tie du monde, mais encore rem­plie d’obstacles, à une époque où les moyens de trans­port étaient rudi­men­taires et rares : «M. de Les­seps que j’ai char­gé de mes paquets», écrit La Pérouse, «est un jeune homme dont la conduite a été par­faite pen­dant toute la cam­pagne [de décou­verte], et j’ai fait un vrai sacri­fice à l’amitié… en l’envoyant en France; mais il est vrai­sem­bla­ble­ment des­ti­né à occu­per un jour la place de son père en Rus­sie. J’ai cru qu’un voyage par terre, au tra­vers de ce vaste Empire, lui pro­cu­re­rait les moyens d’acquérir des connais­sances utiles à notre com­merce et propres à aug­men­ter nos liai­sons avec ce royaume». Les­seps ne pou­vait se dou­ter qu’il ne rever­rait aucun des membres de l’équipage; mais les adieux n’en furent pas moins bou­le­ver­sants et pleins de larmes, comme le rap­porte son «Jour­nal» : «Qu’on juge de ce que je souf­fris lorsque je les recon­dui­sis aux canots qui les atten­daient; je ne pus ni par­ler ni les quit­ter. Ils m’embrassèrent tour à tour; mes larmes ne leur prou­vèrent que trop la situa­tion de mon âme. Les offi­ciers, tous mes amis qui étaient à terre reçurent aus­si mes adieux. Tous s’attendrirent sur moi; tous firent des vœux pour ma conser­va­tion…»

* En russe Петропавловск. Autre­fois trans­crit Pétro­paw­lovsk ou Saint-Pierre et Saint-Paul. Haut

Lesseps, «Journal historique du voyage. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la rela­tion «Jour­nal his­to­rique du voyage» de Jean-Bap­tiste de Les­seps, seul sur­vi­vant de l’expédition La Pérouse dont il était l’interprète. Né à Sète, en France, il embras­sa la car­rière diplo­ma­tique où son père l’avait pré­cé­dé, et où il sera sui­vi par son frère et son neveu. Ayant acquis de bonne heure une pro­fonde connais­sance de la langue russe, il fut atta­ché, en 1785, à l’expédition La Pérouse. Sa pré­sence pou­vait être d’autant plus utile que cette expé­di­tion avait à relâ­cher dans les ports de l’Asie russe. En 1787, les navires la Bous­sole et l’Astrolabe, après deux ans de cir­cum­na­vi­ga­tion, mouillèrent à Petro­pav­lovsk*, à l’extrémité de la presqu’île du Kamt­chat­ka. Le jeune Les­seps y fut char­gé de la mis­sion de convoyer en France les pré­cieuses cartes et dépêches recueillies jusque-là. Les lettres de La Pérouse témoignent en plu­sieurs endroits du res­pect qu’il por­tait à notre inter­prète et de la foi qu’il avait en lui. Et il fal­lait une vraie foi pour lui don­ner une sem­blable mis­sion, non seule­ment dan­ge­reuse en cette par­tie du monde, mais encore rem­plie d’obstacles, à une époque où les moyens de trans­port étaient rudi­men­taires et rares : «M. de Les­seps que j’ai char­gé de mes paquets», écrit La Pérouse, «est un jeune homme dont la conduite a été par­faite pen­dant toute la cam­pagne [de décou­verte], et j’ai fait un vrai sacri­fice à l’amitié… en l’envoyant en France; mais il est vrai­sem­bla­ble­ment des­ti­né à occu­per un jour la place de son père en Rus­sie. J’ai cru qu’un voyage par terre, au tra­vers de ce vaste Empire, lui pro­cu­re­rait les moyens d’acquérir des connais­sances utiles à notre com­merce et propres à aug­men­ter nos liai­sons avec ce royaume». Les­seps ne pou­vait se dou­ter qu’il ne rever­rait aucun des membres de l’équipage; mais les adieux n’en furent pas moins bou­le­ver­sants et pleins de larmes, comme le rap­porte son «Jour­nal» : «Qu’on juge de ce que je souf­fris lorsque je les recon­dui­sis aux canots qui les atten­daient; je ne pus ni par­ler ni les quit­ter. Ils m’embrassèrent tour à tour; mes larmes ne leur prou­vèrent que trop la situa­tion de mon âme. Les offi­ciers, tous mes amis qui étaient à terre reçurent aus­si mes adieux. Tous s’attendrirent sur moi; tous firent des vœux pour ma conser­va­tion…»

* En russe Петропавловск. Autre­fois trans­crit Pétro­paw­lovsk ou Saint-Pierre et Saint-Paul. Haut

le père de Angelis, «Relation du royaume d’Iezo»

dans « Histoire de ce qui s’est passé au Japon, tirée des lettres écrites ès années 1619, 1620 et 1621 » (XVIIᵉ siècle), p. 365-380

dans «His­toire de ce qui s’est pas­sé au Japon, tirée des lettres écrites ès années 1619, 1620 et 1621» (XVIIe siècle), p. 365-380

Il s’agit de la «Rela­tion du royaume d’Iezo» («Rela­zione del regno di Iezo») du bien­heu­reux père Giro­la­mo de Ange­lis, dit Jérôme de Ange­lis*, prêtre jésuite, que le shô­gun fit brû­ler vif le 4 décembre 1623. Le père de Ange­lis était natif d’Enna, en Sicile. Il entra dans la Com­pa­gnie de Jésus à l’âge de dix-huit ans. Pen­dant ses études en théo­lo­gie et avant même d’être prêtre, on lui accor­da de par­tir pour la mis­sion du Japon. Il s’embarqua avec le père Charles Spi­no­la pour Lis­bonne, d’où ils firent voile le 10 avril 1596. Une très vio­lente tem­pête les assaillit au cap de Bonne-Espé­rance et endom­ma­gea gra­ve­ment leur vais­seau, qui dut tour­ner en arrière pour être répa­ré au Bré­sil, puis aban­don­né à Por­to Rico à cause d’une nou­velle ava­rie. Le 21 août 1597, ils s’embarquèrent sur un navire mar­chand; mais quelques cor­saires anglais les sur­prirent en che­min et ame­nèrent pri­son­niers à Londres. Remis en liber­té presque aus­si­tôt, nos pères retour­nèrent à Lis­bonne et repar­tirent pour le Japon, où ils arri­vèrent en 1602 au terme de ce voyage si long, si tra­ver­sé, qui leur deman­da, comme vous voyez, six années. Le père de Ange­lis mit encore une année à apprendre le japo­nais, après quoi il par­cou­rut plu­sieurs fois le pays. Bra­vant et sur­mon­tant tous les obs­tacles, il fit d’innombrables conver­sions. Les fidèles ne pou­vant le visi­ter ouver­te­ment, il se dégui­sait et allait les attendre à des lieux déter­mi­nés. Le tout pre­mier, il por­ta la foi chré­tienne jusque dans l’île d’Ezo ou Iezo** (l’actuel Hok­kai­dô) où il fut en 1618, puis en 1621. Cette île inté­res­sait ses supé­rieurs, d’autant qu’elle ne sem­blait pas encore reven­di­quée par les Japo­nais, dont la pré­sence se can­ton­nait dans le fief de Mat­su­mae ou Mat­su­mai***. Tout le reste, depuis Mat­su­mae jusqu’à la pointe sep­ten­trio­nale, sans comp­ter les îles encore plus au Nord, Sakha­line et les Kou­riles, était habi­té par des indi­gènes à demi sau­vages, nom­més Aïnous; la «Rela­tion» les appelle Iezois. D’autre part, les routes d’Ezo n’étaient pas des che­mins bat­tus comme au Japon, mais des sen­tiers rocailleux qui bor­daient des pré­ci­pices effrayants, «tel­le­ment que ce n’est pas [éton­nant] que les Iezois mettent plus de jour­nées pour aller de Mat­su­mai jusqu’[à l’autre bout de leur île] que les Japo­nais n’en mettent pour aller de Nii­ga­ta jusqu’à la pointe de Corée»****. Pour toutes ces rai­sons, les Japo­nais ne connais­saient ces terres que par des ouï-dire contra­dic­toires et par cer­tains articles de com­merce qu’ils rece­vaient des mains des Aïnous : des baleines, des peaux de phoques, des habits faits avec l’écorce des arbres, des peaux de cerfs… Et ils igno­raient même «si le royaume d’Iezo est une île ou non»

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jérosme des Anges et Hié­rosme de Ange­lis. Haut

** En japo­nais 蝦夷. Par­fois trans­crit Iéso, Yezo, Yes­so, Yéso, Jeso ou Jes­so. Haut

*** En japo­nais 松前藩. Par­fois trans­crit Mats­maï, Mats­mayé, Mats­mey, Mat­sou­may ou Mat­sou­maï. Haut

**** p. 376. Haut

le capitaine Dillon, «Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et Relation de la découverte du sort de La Pérouse. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828» du capi­taine Peter Dillon* et les recherches, cou­ron­nées de suc­cès, qu’il fit sur l’île de Vani­ko­ro pour trou­ver une trace des fré­gates de La Pérouse. Le nom de La Pérouse est bien célèbre, sinon au point de vue scien­ti­fique, du moins au point de vue dra­ma­tique, si j’ose dire. La Pérouse avait été envoyé par Louis XVI pour un voyage de cir­cum­na­vi­ga­tion; le roi avait des­si­né l’itinéraire de sa propre main. Et par un paral­lèle étrange, la tra­gique dis­pa­ri­tion du bour­lin­gueur coïn­ci­da, à peu de mois près, avec l’effondrement de la monar­chie. La Pérouse périt vic­time des flots ou des sau­vages; et Louis XVI — des tem­pêtes révo­lu­tion­naires. La légende veut qu’en mon­tant sur l’échafaud le 21 jan­vier 1793, le roi ait deman­dé à ses bour­reaux : «A-t-on des nou­velles de M. de La Pérouse?» On sait aujourd’hui le lieu du nau­frage des deux vais­seaux de l’expédition; et c’est au capi­taine Dillon, né en Mar­ti­nique, qu’appartient l’honneur de cette décou­verte. Per­sonne ne connais­sait peut-être mieux les îles du Paci­fique Sud et les cou­tumes des insu­laires que ce capi­taine che­vron­né qui, pen­dant plus de vingt années, avait navi­gué et tra­fi­qué dans ces parages. Le 15 mai 1826, son navire de com­merce, le Saint-Patrick, dans sa route de Val­pa­rai­so (Chi­li) à Cal­cut­ta (Inde), pas­sa près de l’île de Tiko­pia, dans l’archipel des Salo­mon. Sur les pirogues qui vinrent l’accoster se trou­vait le Prus­sien Mar­tin Bushart** que le capi­taine Dillon avait jadis dépo­sé sur cette île, et qui lui mon­tra, au qua­trième ou cin­quième verre de rhum, la poi­gnée d’une épée qu’il avait ache­tée, une épée d’officier, sur laquelle étaient gra­vés des carac­tères. Inter­ro­gé à cet égard, Bushart répon­dit que cette épée pro­ve­nait du nau­frage de deux bâti­ments, dont les débris exis­taient encore devant Vani­ko­ro. De ce récit, le capi­taine Dillon infé­ra que c’étaient les fré­gates de La Pérouse et per­sua­da Bushart à l’accompagner dans son enquête. Arri­vé à Cal­cut­ta, il fit part de ses soup­çons dans une lettre qu’il sou­mit à l’appréciation du secré­taire en chef du gou­ver­ne­ment du Ben­gale, Charles Lushing­ton. La voi­ci*** : «Mon­sieur, étant convain­cu que vous êtes ani­mé de l’esprit de phi­lan­thro­pie qui a tou­jours mar­qué la conduite du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, je n’ai pas besoin d’excuse pour appe­ler votre atten­tion sur cer­taines cir­cons­tances qui me paraissent rela­tives à l’infortuné navi­ga­teur fran­çais comte de La Pérouse, dont le sort est demeu­ré incon­nu depuis près d’un demi-siècle…» La Com­pa­gnie des Indes orien­tales déci­da qu’un navire, le Research, irait enquê­ter sous les ordres du capi­taine Dillon; elle affec­ta mille rou­pies à l’achat des pré­sents à faire aux indi­gènes et pla­ça à bord un diplo­mate fran­çais, Eugène Chai­gneau, qui consta­te­rait la décou­verte.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Pierre Dillon. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bus­sart, Bus­shardt, Buchart, Buchert et Buschert. Haut

*** p. 39. Haut

le capitaine Dillon, «Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828, et Relation de la découverte du sort de La Pérouse. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Voyage aux îles de la mer du Sud, en 1827 et 1828» du capi­taine Peter Dillon* et les recherches, cou­ron­nées de suc­cès, qu’il fit sur l’île de Vani­ko­ro pour trou­ver une trace des fré­gates de La Pérouse. Le nom de La Pérouse est bien célèbre, sinon au point de vue scien­ti­fique, du moins au point de vue dra­ma­tique, si j’ose dire. La Pérouse avait été envoyé par Louis XVI pour un voyage de cir­cum­na­vi­ga­tion; le roi avait des­si­né l’itinéraire de sa propre main. Et par un paral­lèle étrange, la tra­gique dis­pa­ri­tion du bour­lin­gueur coïn­ci­da, à peu de mois près, avec l’effondrement de la monar­chie. La Pérouse périt vic­time des flots ou des sau­vages; et Louis XVI — des tem­pêtes révo­lu­tion­naires. La légende veut qu’en mon­tant sur l’échafaud le 21 jan­vier 1793, le roi ait deman­dé à ses bour­reaux : «A-t-on des nou­velles de M. de La Pérouse?» On sait aujourd’hui le lieu du nau­frage des deux vais­seaux de l’expédition; et c’est au capi­taine Dillon, né en Mar­ti­nique, qu’appartient l’honneur de cette décou­verte. Per­sonne ne connais­sait peut-être mieux les îles du Paci­fique Sud et les cou­tumes des insu­laires que ce capi­taine che­vron­né qui, pen­dant plus de vingt années, avait navi­gué et tra­fi­qué dans ces parages. Le 15 mai 1826, son navire de com­merce, le Saint-Patrick, dans sa route de Val­pa­rai­so (Chi­li) à Cal­cut­ta (Inde), pas­sa près de l’île de Tiko­pia, dans l’archipel des Salo­mon. Sur les pirogues qui vinrent l’accoster se trou­vait le Prus­sien Mar­tin Bushart** que le capi­taine Dillon avait jadis dépo­sé sur cette île, et qui lui mon­tra, au qua­trième ou cin­quième verre de rhum, la poi­gnée d’une épée qu’il avait ache­tée, une épée d’officier, sur laquelle étaient gra­vés des carac­tères. Inter­ro­gé à cet égard, Bushart répon­dit que cette épée pro­ve­nait du nau­frage de deux bâti­ments, dont les débris exis­taient encore devant Vani­ko­ro. De ce récit, le capi­taine Dillon infé­ra que c’étaient les fré­gates de La Pérouse et per­sua­da Bushart à l’accompagner dans son enquête. Arri­vé à Cal­cut­ta, il fit part de ses soup­çons dans une lettre qu’il sou­mit à l’appréciation du secré­taire en chef du gou­ver­ne­ment du Ben­gale, Charles Lushing­ton. La voi­ci*** : «Mon­sieur, étant convain­cu que vous êtes ani­mé de l’esprit de phi­lan­thro­pie qui a tou­jours mar­qué la conduite du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, je n’ai pas besoin d’excuse pour appe­ler votre atten­tion sur cer­taines cir­cons­tances qui me paraissent rela­tives à l’infortuné navi­ga­teur fran­çais comte de La Pérouse, dont le sort est demeu­ré incon­nu depuis près d’un demi-siècle…» La Com­pa­gnie des Indes orien­tales déci­da qu’un navire, le Research, irait enquê­ter sous les ordres du capi­taine Dillon; elle affec­ta mille rou­pies à l’achat des pré­sents à faire aux indi­gènes et pla­ça à bord un diplo­mate fran­çais, Eugène Chai­gneau, qui consta­te­rait la décou­verte.

* On ren­contre aus­si la gra­phie Pierre Dillon. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bus­sart, Bus­shardt, Buchart, Buchert et Buschert. Haut

*** p. 39. Haut

Sagard, «Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la rela­tion «His­toire du Cana­da» du frère Gabriel Sagard, mis­sion­naire fran­çais, qui a fidè­le­ment décrit le quo­ti­dien des Indiens par­mi les­quels il vécut pen­dant près d’un an, ain­si que l’œuvre divine qu’il eut la convic­tion d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les soli­tudes du Cana­da. Il en a tiré deux rela­tions : «Le Grand Voyage du pays des Hurons» et «His­toire du Cana­da», qui sont pré­cieuses en ce qu’elles nous ren­seignent sur les mœurs et l’esprit de tri­bus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poi­gnée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard par­tit de Paris, à pied et sans argent, voya­geant «à l’apostolique»*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épou­van­table tra­ver­sée de l’océan l’incommoda fort et le contrai­gnit «de rendre le tri­but à la mer [de vomir]» tout au long des trois mois et six jours de navi­ga­tion qu’il lui fal­lut pour arri­ver à la ville de Qué­bec. De là, «ayant tra­ver­sé d’île en île» en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant dési­ré «par un jour de dimanche, fête de Saint-Ber­nard**, envi­ron midi, [alors] que le soleil don­nait à plomb»***. Tous les Indiens sor­tirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon; et par des caresses extra­or­di­naires, ils lui témoi­gnèrent «l’aise et le conten­te­ment» qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé reli­gieux se mit aus­si­tôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne man­qua pas de dres­ser un lexique : «J’écrivais, et obser­vant soi­gneu­se­ment les mots de la langue… j’en dres­sais des mémoires que j’étudiais et répé­tais devant mes sau­vages, les­quels y pre­naient plai­sir et m’aidaient à m’y per­fec­tion­ner…; m’[appelant] sou­vent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pou­vaient pro­non­cer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pou­vaient ce que je dési­rais savoir»****. Peu à peu, il par­vint à s’habituer dans un lieu si misé­rable. Peu à peu, aus­si, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fra­ter­nel­le­ment avec eux; il les atten­drit par sa man­sué­tude et dou­ceur; et comme il se mon­trait tou­jours si bon envers eux, il les per­sua­da aisé­ment que le Dieu dont il leur prê­chait la loi, était le bon Dieu. «Telle a été l’action bien­fai­sante de la France dans ses pos­ses­sions d’Amérique. Au Sud, les Espa­gnols sup­pli­ciaient, mas­sa­craient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refou­laient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos mis­sion­naires l’adoucissaient et l’humanisaient», dit Xavier Mar­mier

* «Le Grand Voyage du pays des Hurons», p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut