Mot-clefFranck André Jamme

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Bhattacharya, « Le Danseur de Cour • Les Marches du vide : poésie »

éd. Gallimard, coll. Du monde entier, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Du monde en­tier, Pa­ris

Il s’agit du « Dan­seur de Cour » et autres œuvres de M. Lo­ke­nath Bhat­ta­cha­rya, au­teur hin­dou d’expression ben­gali et fran­çaise. Il na­quit à Bhat­para1, ville aux bords du Gange. Chaque soir, as­sis sur les marches bai­gnées par les eaux dia­phanes, il contem­plait les som­mets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aussi pai­si­ble­ment que les ondes du fleuve. La fa­mille de M. Bhat­ta­cha­rya au sens le plus large de­meu­rait sous un même toit : ses grands-pa­rents pa­ter­nels, ses pa­rents et ses deux frères ca­dets, cha­cun avec son épouse et ses en­fants. Tous fai­saient par­tie d’un même en­semble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exer­çaient, d’ailleurs, le même mé­tier : c’étaient des pro­fes­seurs de sans­crit, pieux et tra­di­tion­nels. Lui, il avait hor­reur de leur aus­té­rité qui ne lais­sait au­cune place aux épan­che­ments : « Dans ma fa­mille res­pec­tée [mais] or­tho­doxe, ré­ac­tion­naire, la mu­sique était un ta­bou. Je de­vais al­ler chan­ter dans les toi­lettes ! J’ai dû étu­dier le sans­crit avant le ben­gali »2. Suite à une que­relle fa­mi­liale, ses pa­rents quit­tèrent Bhat­para et s’installèrent à Cal­cutta : « une ville in­sup­por­table… une ogresse », dit-il3. Il vé­cut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une bles­sure, une ab­sence qui ne sera ja­mais com­blée. À par­tir de 1950, il ap­prit le fran­çais à l’Alliance fran­çaise de Cal­cutta et il put même par­tir en France, bour­sier de l’Université de Pa­ris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il dé­cou­vrit la lit­té­ra­ture fran­çaise : « Rim­baud, un choc in­croyable »4. Il se lança bien­tôt dans une tra­duc­tion ben­gali d’« Une Sai­son en en­fer ». Ce fut même le pre­mier livre au­quel il ap­posa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bi­zarre grand écart, à des tra­duc­tions de Des­cartes (« Dis­cours de la mé­thode »), de Ro­main Rol­land (« Gandhi » et « Inde : jour­nal »), de Mo­lière (« Tar­tuffe »), de Sartre (« Les Mots ») et en­fin d’Henri Mi­chaux. Mi­chaux, de son côté, fut le vé­ri­table in­tro­duc­teur en France des textes per­son­nels de M. Bhat­ta­cha­rya, qu’il dé­fen­dit au­près de di­vers édi­teurs. Ces textes, écrits ori­gi­nel­le­ment en ben­gali, furent des oc­ca­sions pour l’auteur de se re­lire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhat­ta­cha­rya : une fran­çaise et une ben­gali, la pre­mière ré­in­ven­tée à par­tir de la se­conde.

  1. En ben­gali ভাটপাড়া. Haut
  2. Na­dia Che­va­le­rias et Marc Blan­chet, « Bhat­ta­cha­rya entr’ouvre la chambre ». Haut
  1. id. Haut
  2. id. Haut