Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefStéphane Ruspoli : traducteur ou traductrice

Hallâj, « Recueil du “Dîwân” • Hymnes et Prières • Sentences prophétiques et philosophiques »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) et autres œuvres de Husayn ibn Mansûr, mystique et poète persan d’expression arabe, plus connu sous le surnom de Hallâj * (« cardeur de coton »). « Ce sobriquet de “cardeur”, donné à Hallâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y discriminant, comme le peigne à carder, la vérité d’avec la fausseté, peut fort bien lui avoir été donné tant en souvenir du réel métier de son père que par allusion au sien propre », explique Louis Massignon **. Pour avoir révélé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : « Je suis la souveraine Vérité » (« Anâ al-Haqq » ***), c’est-à-dire « Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi » ****, Hallâj fut supplicié en 922 apr. J.-C. On raconte qu’à la veille de son supplice, dans sa cellule, il ne cessa de répéter : « illusion, illusion », jusqu’à ce que la plus grande partie de la nuit fût passée. Alors, il se tut un long moment ; puis, il s’écria : « vérité, vérité » *****. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le crucifier, et qu’il aperçut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleurèrent. Puis, il se tourna vers le foule et y reconnut son ami Shiblî : « As-tu avec toi ton tapis de prière ? — Oui. — Étends-le-moi » ******. Shiblî étendit son tapis. Alors, Hallâj récita, entre autres, ce verset du Coran : « Toute âme goûtera la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouissance précaire de vanités ? » ******* Et après avoir achevé cette prière, il dit un poème de son cru :

« Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
 » Lisez la suite›

* En arabe حلاج. Parfois transcrit Halladsch, Ḥallâdj, Hallay, Hallage, Hallac ou Ḥallāǧ.

** « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 142.

*** En arabe « اناالحق ». Parfois transcrit « Ana alhakk », « Ana’l Hagg » ou « En el-Hak ».

**** « Recueil du “Dîwân” », p. 129.

***** Dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 620.

****** Dans id. p. 649.

******* III, 185.

Hallâj, « Le Livre “Tâwasîn” • Le Jardin de la connaissance »

éd. Albouraq, Beyrouth

éd. Albouraq, Beyrouth

Il s’agit du « Livre du Tâ et du Sîn » (« Kitâb al-Tâ-wa-Sîn » *) et autres œuvres de Husayn ibn Mansûr, mystique et poète persan d’expression arabe, plus connu sous le surnom de Hallâj ** (« cardeur de coton »). « Ce sobriquet de “cardeur”, donné à Hallâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y discriminant, comme le peigne à carder, la vérité d’avec la fausseté, peut fort bien lui avoir été donné tant en souvenir du réel métier de son père que par allusion au sien propre », explique Louis Massignon ***. Pour avoir révélé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : « Je suis la souveraine Vérité » (« Anâ al-Haqq » ****), c’est-à-dire « Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi » *****, Hallâj fut supplicié en 922 apr. J.-C. On raconte qu’à la veille de son supplice, dans sa cellule, il ne cessa de répéter : « illusion, illusion », jusqu’à ce que la plus grande partie de la nuit fût passée. Alors, il se tut un long moment ; puis, il s’écria : « vérité, vérité » ******. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le crucifier, et qu’il aperçut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleurèrent. Puis, il se tourna vers le foule et y reconnut son ami Shiblî : « As-tu avec toi ton tapis de prière ? — Oui. — Étends-le-moi » *******. Shiblî étendit son tapis. Alors, Hallâj récita, entre autres, ce verset du Coran : « Toute âme goûtera la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouissance précaire de vanités ? » ******** Et après avoir achevé cette prière, il dit un poème de son cru :

« Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
 » Lisez la suite›

* En arabe « كتاب الطاوسين ». Par suite d’une faute, « كتاب الطواسين », transcrit « Kitâb al Tawâsîn » ou « Kitaab at-Tawaaseen ».

** En arabe حلاج. Parfois transcrit Halladsch, Ḥallâdj, Hallay, Hallage, Hallac ou Ḥallāǧ.

*** « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 142.

**** En arabe « اناالحق ». Parfois transcrit « Ana alhakk », « Ana’l Hagg » ou « En el-Hak ».

***** « Recueil du “Dîwân” », p. 129.

****** Dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 620.

******* Dans id. p. 649.

******** III, 185.