Mot-cleflittérature baroque

su­jet

Régnier, « Œuvres »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Ma­thu­rin Ré­gnier, poète sa­ti­rique fran­çais (XVIe-XVIIe siècle). Lé­ger et ef­fronté, vi­gou­reux et fa­mi­lier, Ré­gnier fut le poète fran­çais qui, du consen­te­ment de tout le monde, connut le mieux, avant Mo­lière, les vices et les tra­vers des hommes. À la pa­ru­tion de ses « Sa­tires », les contem­po­rains crièrent au mi­racle, éle­vant jusqu’aux nues la vé­rité de ses ta­bleaux. Leur en­thou­siasme n’était pas illé­gi­time, car ils ne trou­vaient pas dans la lit­té­ra­ture poé­tique fran­çaise la moindre œuvre qui res­sem­blât à la sienne. Ré­gnier tra­vaillait sur des mo­dèles vi­vants ; il se pro­me­nait par les rues, l’œil au guet et l’oreille au vent ; puis, ren­tré chez lui, il s’amusait à crayon­ner les gro­tesques qu’il avait ren­con­trés au pas­sage. Cette mé­thode de tra­vail le dis­po­sait peu à imi­ter l’Antiquité grecque et la­tine. Il l’imita au­tre­ment, en pre­nant soin de mar­quer ses em­prunts au coin du vieil es­prit fran­çais, tel qu’il était chez Ra­be­lais ou chez Ma­rot — un es­prit in­dé­pen­dant et me­suré, en­nemi des pré­ju­gés, hardi contre les ri­di­cules, mais sans ja­mais nom­mer per­sonne et n’étant en­fin d’aucune secte ni d’aucun parti. « C’est par là qu’il s’appropria cette An­ti­quité que l’école de Ron­sard n’avait su que contre­faire. Il n’eut pas la pré­ten­tion de ren­ver­ser cette école ou de faire secte. Ne­veu de De­sportes, ad­mi­ra­teur de Ron­sard, c’est à son insu qu’il est ré­for­ma­teur », dit un cri­tique1. En somme, ses « Sa­tires » furent l’une des œuvres les plus im­por­tantes de la poé­sie fran­çaise de tran­si­tion ; elles furent le prin­ci­pal an­neau, le prin­ci­pal chaî­non qui rat­ta­cha la sa­tire du Moyen Âge à la co­mé­die clas­sique. Certes, il ne faut pas se le dis­si­mu­ler pour au­tant : l’œuvre de Ré­gnier ne sau­rait avoir le même in­té­rêt que celle de Mo­lière : « Sa syn­taxe est sou­vent obs­cure et confuse ; ses pé­riodes sont mal construites et se dé­ve­loppent avec peine. En cela, il laisse voir son manque de tra­vail, son mé­pris de la cor­rec­tion, dès l’instant qu’il en doit coû­ter quelque chose à sa pa­resse et à son in­sou­ciance. Seule­ment Ré­gnier a du gé­nie, ce qui n’est pas donné à tous les écri­vains… Et c’est là ce qui lui as­sure l’immortalité lit­té­raire », dit un autre cri­tique2.

  1. Saint-Marc Gi­rar­din. Haut
  1. Georges Meu­nier. Haut