Mot-clefpoétesses arabes

su­jet

Khansâ, « Le “Dîwân” »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du Di­van (Re­cueil de poé­sies) d’al-Khansâ1, poé­tesse bé­douine, qui chanta avec une émo­tion poi­gnante la mort pré­ma­tu­rée de ses deux frères (VIe-VIIe siècle apr. J.-C.). La poé­sie c’était l’enthousiasme des femmes bé­douines. Dans les grandes cir­cons­tances de leur vie, la dou­leur, la re­con­nais­sance, l’indignation fai­saient jaillir des pro­fon­deurs de leur âme des chants tou­jours na­tu­rels, par­fois su­blimes. « Le lec­teur ne doit pas ou­blier qu’au dé­sert toute émo­tion vive se tra­dui­sait par une im­pro­vi­sa­tion poé­tique ; ce qui se­rait un pé­dan­tisme ri­di­cule dans notre ci­vi­li­sa­tion raf­fi­née, était le cri de la na­ture chez les peuples pri­mi­tifs », dit le père Vic­tor de Cop­pier2. Les femmes bé­douines sa­vaient peindre en termes justes et pit­to­resques un beau che­val aux pieds « fer­rés de vent du Sud et de vent du Nord » ; elles s’entendaient à dé­crire une lance à la hampe souple et so­lide, une cotte de mailles aux an­neaux in­flexibles, un casque à la bombe étin­ce­lante ; elles ai­maient à van­ter une in­cur­sion heu­reuse, les noms des vain­queurs, les noms des aïeux et les longues li­gnées des fa­milles re­liées par une gé­néa­lo­gie pré­cise aux pre­mières hordes des­cen­dues en Ara­bie ; à la mé­moire du guer­rier qui n’était plus, elles ex­cel­laient à com­po­ser des hymnes de deuil (« mar­thiya »3). Or, les hymnes de deuil se muaient le plus sou­vent en hymnes de guerre ; car après avoir pleuré le hé­ros mort, après avoir rap­pelé sa bra­voure, sa li­bé­ra­lité, sa fi­dé­lité au ser­ment, son hos­pi­ta­lité gé­né­reuse, son mé­pris de la vie, son sa­cri­fice de tout in­té­rêt et de tout sen­ti­ment à l’austère de­voir, il fal­lait, se­lon les lois du dé­sert, de­man­der la ran­çon de son sang. Maintes fois, les ac­cents dou­lou­reux d’une mère, d’une épouse, d’une sœur mirent les armes aux mains d’une tribu en­tière.

  1. En arabe الخنساء. Par­fois trans­crit al-Ḫansâ’ ou el Kanssa. Haut
  2. p. XVII. Haut
  1. En arabe مرثيّه. Par­fois trans­crit « mer­siye », « mar­siyeh », « mar­siya », « mar­sia » ou « marṯiya ». Haut