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Mot-clefPaul Miclău

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Blaga, «Poèmes choisis»

éd. Grai și Suflet, coll. Ianus, Bucarest

éd. Grai și Suflet, coll. Ianus, Buca­rest

Il s’agit des «Poèmes choi­sis» («Poeme alese») de Lucian Bla­ga, poète, dra­ma­turge et phi­lo­sophe rou­main, dont l’œuvre sublime se résume en un vers : «Je crois que l’éternité est née au vil­lage»*. Né en 1895 au vil­lage de Lan­crăm, dont le nom, dit-il, rap­pelle «la sono­ri­té des larmes» («sune­tele lacri­mei»), fils d’un prêtre ortho­doxe, Bla­ga fit son entrée à l’Académie rou­maine sans pro­non­cer, comme de cou­tume, l’éloge de son pré­dé­ces­seur. Son dis­cours de récep­tion fut un éloge du vil­lage romain, comme le fut aus­si toute son œuvre. Pour l’auteur de «L’Âme du vil­lage» («Sufle­tul satu­lui»), les pay­sages cam­pa­gnards, les che­mins de terre et de boue sont «le seuil du monde» («prag de lume»), le vil­lage-idée d’où partent les vastes hori­zons de la créa­tion artis­tique et poé­tique. Les regards rêveurs des pay­sans sondent l’univers, se per­dant dans l’infini. L’homme de la ville au contraire vit «dans le frag­ment, la rela­ti­vi­té, le concret méca­nique, dans une tris­tesse constante et dans une super­fi­cia­li­té lucide». Cet éloge de l’âme du vil­lage comme creu­set, comme âme de la nation est dou­blé de l’angoisse devant le mys­tère de ce que Bla­ga appelle «le Grand Ano­nyme» («Marele Ano­nim»), c’est-à-dire Dieu. Face à cette angoisse-là, la solu­tion qu’il ébauche, en s’inspirant des roman­tiques alle­mands, passe par le sacri­fice de l’individu en tant qu’individu au pro­fit d’une spi­ri­tua­li­té col­lec­tive, ano­nyme et spon­ta­née. Puisque les grandes ques­tions du monde res­tent sans réponse, la sagesse serait de se taire et de se fondre avec la terre dans les sillons de l’éternité :

«Regarde, c’est le soir», dit Bla­ga**.
«L’âme du vil­lage pal­pite près de nous
Comme une odeur timide d’herbe cou­pée,
Comme une chute de fumée des avant-toits de paille…
»

* En rou­main «Eu cred că veș­ni­cia s-a năs­cut la sat». Haut

** Dans Constan­tin Cio­pra­ga, «La Per­son­na­li­té de la lit­té­ra­ture rou­maine». Haut