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Mot-clefQu You

auteur

«En mouchant la chandelle : nouvelles chinoises des Ming»

éd. Gallimard, coll. L’Imaginaire, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. L’Imaginaire, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Nou­velles His­toires en mou­chant la chan­delle» («Jian­deng xin­hua»*) de Qu You** et de la «Suite aux his­toires en mou­chant la chan­delle» («Jian­deng yuhua»***) de Li Zhen****. Mou­cher une chan­delle, cou­per la mèche brû­lée qui empêche de bien éclai­rer, implique une heure tar­dive : celle où l’on a le loi­sir d’évoquer des rêves étranges, des amours irréelles avec des créa­tures de l’au-delà, des visites gla­çantes de spectres, de reve­nants ou de «démons aux allures bizarres et aux formes bis­cor­nues»*****. En ravi­vant la grande tra­di­tion des «récits fan­tas­tiques» en langue clas­sique («chuan qi»******), les recueils de Qu You et de Li Zhen connurent un si fort suc­cès, qu’ils furent mis à l’index afin qu’ils «ne dis­traient pas la jeu­nesse». Mais lisons-les avec atten­tion, cher­chons entre les lignes, et on décou­vri­ra la véri­table rai­son de cette cen­sure : c’est qu’ils fai­saient état d’une Chine où rien n’allait plus; où les fonc­tion­naires étaient d’insignes hypo­crites qui, sous la plus belle appa­rence de jus­tice, se per­met­taient toute sorte de fraudes et de bru­ta­li­tés; qui se glo­ri­fiaient de l’équité et de l’excellence de leurs lois, tout en ne se fai­sant aucun scru­pule de les enfreindre : «Inté­gri­té et indul­gence, ces deux mots sont de vrais talis­mans!», dit une des his­toires******* qui abonde en cri­tiques à peine dis­si­mu­lées. «Seule l’intégrité per­met de s’imposer une règle de vie, seule l’indulgence per­met d’être en contact avec le peuple; par l’intégrité, le cœur se for­ti­fie; par l’indulgence, le peuple devient plus proche. Quand le peuple est proche, il amende sa conduite, et c’est le terme ultime des com­pé­tences d’un fonc­tion­naire!» Ces opi­nions tran­chées, ce ton de reproche parais­saient bien plus per­ni­cieux aux yeux des auto­ri­tés Ming******** que les pas­sages jugés licen­cieux ou immo­raux.

* En chi­nois «剪燈新話». Autre­fois trans­crit «Chien-teng hsin-hua». Haut

** En chi­nois 瞿佑. Autre­fois trans­crit Ch’ü Yu. Haut

*** En chi­nois «剪燈餘話». Autre­fois trans­crit «Chien-teng yü-hua». Haut

**** En chi­nois 李禎. Autre­fois trans­crit Li Chen. Haut

***** p. 24. Haut

****** En chi­nois 傳奇. Haut

******* p. 159. Haut

******** De l’an 1368 à l’an 1644. Haut