Mot-clefroman vietnamien

su­jet

« Les Pruniers refleuris : poème tonkinois »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Pru­niers re­fleu­ris » (« Nhị độ mai »), poème com­posé par un let­tré viet­na­mien sur la vie du­quel on n’a pas de dé­tails bio­gra­phiques, et qui, du reste, n’a pas jugé né­ces­saire d’attacher son nom à son livre (XIXe siècle). Ja­dis ce poème était fort es­timé dans la pro­vince du Ton­kin, où il y avait peu de per­sonnes qui ne fussent ca­pables d’en ré­ci­ter, ou plu­tôt d’en chan­ter, des pas­sages. L’intrigue de ce poème n’a rien d’original en elle-même ; c’est une adap­ta­tion écour­tée d’un ro­man chi­nois por­tant le même titre : « Er du mei »1, c’est-à-dire « La Flo­rai­son re­dou­blée des “mei” » (XVIe siècle). Mei, en viet­na­mien Mai, est le nom de la fa­mille à la­quelle ap­par­tient le hé­ros de cette his­toire, mais c’est aussi le nom d’une es­pèce de pru­nier, ou plu­tôt d’une es­pèce d’abricotier, qui re­vient sou­vent dans la rhé­to­rique chi­noise. C’est pour cela que la double flo­rai­son de ce pru­nier est in­ter­pré­tée, dans une scène mé­mo­rable, comme un au­gure de la res­tau­ra­tion de la fa­mille Mei ; et que le Pre­mier mi­nistre, le vi­lain de cette his­toire, dit : « Nous al­lons cher­cher un moyen de dé­truire ce pru­nier »2. Dans le pré­am­bule de l’adaptateur viet­na­mien, on lit : « À loi­sir, dans mon ca­bi­net d’étude, je me re­po­sais de mes tra­vaux en m’amusant à la lec­ture. Je trou­vai dans les ré­cits non his­to­riques ce­lui de “La Flo­rai­son re­dou­blée des pru­niers” au temps de l’Empereur Đức-tông de la dy­nas­tie Đường. En ce temps, le [ciel] avait donné nais­sance à un fonc­tion­naire in­cor­rup­tible. Il ap­par­te­nait à la fa­mille Mai, son nom ho­no­ri­fique était Bá Cao ; sa race était une race fi­dèle ; lui, était d’une na­ture dis­tin­guée et éle­vée… Son âme était droite comme le vol de la flèche, son cœur avait la lim­pi­dité de l’eau »3. L’adaptation viet­na­mienne se re­com­mande par une langue en­core pure de toute in­fluence oc­ci­den­tale et écrite se­lon le mètre po­pu­laire « lục bát » (« six-huit »). Ce mètre convient avec bon­heur au ca­rac­tère mu­si­cal de la langue viet­na­mienne dont les six tons, une fois bien agen­cés, se prêtent à l’expression de tous les états d’âme, avec toutes les cou­leurs et tous les rythmes propres à la poé­sie. « Sou­te­nue par la ca­dence de la mé­trique ou écrite dans la sim­pli­cité du lan­gage parlé, cette œuvre… a le don de ré­pondre au goût chan­geant du lec­teur qui aime à se lais­ser trans­por­ter en es­prit, loin de la réa­lité, dans un monde très dif­fé­rent de la mo­no­to­nie et de la pe­ti­tesse du siècle pré­sent », dit M. Trần Cửu Chấn

  1. En chi­nois « 二度梅 ». Au­tre­fois trans­crit « Erh-tou-mei » ou « Eul tou mei ». Tra­duit en fran­çais sous le titre des « Pru­niers mer­veilleux ». Haut
  2. p. 30. Haut
  1. p. 6-7. Haut