Les Entretiens de Confucius, souverain sans couronne

« Sans cette clé fon­da­men­tale [Les En­tre­tiens], on ne sau­rait avoir ac­cès à la ci­vi­li­sa­tion chi­noise. Et qui igno­re­rait cette ci­vi­li­sa­tion ne pour­rait ja­mais at­teindre qu’une in­tel­li­gence par­tielle de l’ex­pé­rience hu­maine. »

Confu­cius. Les En­tre­tiens de Confu­cius, trad. du chi­nois par Pierre Ry­ck­mans, préf. de René Étiemble. Pa­ris : Gal­li­mard, coll. « Connais­sance de l’Orient », 1987.

L’­his­toire de la pen­sée offre peu d’exemples d’une in­fluence aussi éten­due et aussi du­rable que celle du Vé­néré Maître Kong ou Kong­fuzi1Formes reje­tées :
Cong fou tsëe.
Krong-fou-tsé.
K’ong-fou-tseu.
Kong-fou-tze.
Khoung-fu-tzée.
Khoung-fou-dze.
Cung-fou-tsée.
Khung-fu-dsü.
Kung-fu-tsu.
Kung fu-tzu.
Cun-fu zu.
Cum-fu-çu.
. Si l’on doit ju­ger de sa gran­deur par la marque pro­fonde qu’il a im­pri­mée sur tous les peuples d’Asie orien­ta­le, l’on peut as­su­ré­ment le nom­mer « le plus grand ins­ti­tu­teur […] que les siècles aient ja­mais pro­duit ». C’est dans ses Entretiens (Lunyu)2Formes reje­tées :
Analectes.
Dialogues.
Les An­nales.
Les Pro­pos.
Les En­tre­tiens phi­lo­so­phiques.
Les Dis­cus­sions phi­lo­so­phiques.
Le Livre des en­tre­tiens ou des dis­cours mo­raux.
Dis­cours et pa­roles.
Aphorismes.
Conver­sa­tions avec ses dis­ciples.
Li­ber sen­ten­tia­rum (Le Livre des sen­tences).
Ra­tio­ci­nan­tium ser­mones (Les En­tre­tiens des ra­tio­na­listes).
Dis­sertæ sen­ten­tiæ.
Lén-yù.
Luen yu.
Louen yu.
Loung yu.
Lien-yu.
Liun iu.
Liun-ju.
Loun-yu.
Loun iu.
Lún-iù.
Ne pas confondre avec :
Les En­tre­tiens fa­mi­liers de Confu­cius (Kongzi jiayu) qui forment une sorte de sup­plé­ment hé­té­ro­doxe au re­cueil des Entretiens.
que se sont ma­ni­fes­tés son ar­dent amour de l’­hu­ma­nité ; sa mo­rale in­fi­ni­ment su­bli­me, mais en même temps pui­sée dans les pures sources du bon sens ; son souci per­ma­nent de res­ti­tuer à la na­ture hu­maine cette beauté pre­miè­re, ce pre­mier lus­tre, reçu du Ciel et obs­curci par les té­nèbres de l’igno­rance. On ne s’éton­nera donc pas si les pères jé­sui­tes, qui le firent connaître et ad­mi­rer à l’Eu­rope sous le nom la­ti­nisé de Confu­cius, conçurent pour lui un en­thou­siasme égal à ce­lui des Chi­nois. Ils virent dans ses Entretiens les perles de la Chine ou une chose de plus grand prix en­co­re, parce que pre­tio­sior est cunc­tis opi­bus [sa­pien­tia] (la sa­gesse est plus pré­cieuse que les perles)3Pr 3,15 (trad. La Bible : tra­duc­tion of­fi­cielle li­tur­gique).. Et ils conclurent que « ces en­sei­gne­ments ne sont pas seule­ment bons pour les gens de la Chi­ne, mais […] qu’il y a peu de Français qui ne s’es­ti­massent […] fort heu­reux s’ils les pou­vaient ré­duire en pra­tique ». Vol­taire lui-mê­me, conquis, ac­cro­cha dans son ca­bi­net un por­trait du sage chi­nois, au bas duquel il mit ces quatre vers :

« De la seule rai­son sa­lu­taire in­ter­prè­te,
Sans éblouir le mon­de, éclai­rant les es­prits,
Il ne parla qu’en sage et ja­mais en pro­phète ;
Ce­pen­dant on le crut, et même en son pays. »

Vol­taire. « De la Chine ». Œuvres com­plètes de Vol­taire, vol. 40, Ques­tions sur l’En­cy­clo­pé­die, par des ama­teurs, IV, César-Égalité. Ox­ford : Vol­taire Foun­da­tion, 2009.

L’Évidence de la droite raison

Consi­dé­rée sous le double rap­port de la mo­rale et de la po­li­tique, la doc­trine de Confu­cius se com­pare à celle que So­crate en­sei­gnait vers la même époque. « Amis de la rai­son, en­ne­mis de l’en­thou­siasme » (Vol­tai­re), Confu­cius et So­crate ont re­vêtu la sa­gesse an­tique de cette dou­ceur, de cette évi­den­ce, de ce calme ca­pables de tou­cher les es­prits les plus rudes. Ja­mais, peut-être, l’es­prit hu­main ne fut plus di­gne­ment re­pré­senté que par ces deux hommes. Su­pé­rieurs par leur phi­lo­so­phie, ils ne l’étaient pas moins par leur ju­ge­ment. Aus­si, ils sa­vaient toujours jusqu’où il faut al­ler et où il faut s’ar­rê­ter. Et si, tou­te­fois, ils s’écar­taient du droit che­min, leur bon sens les y ra­me­nait, en quoi ils ont un avan­tage consi­dé­rable sur bien des phi­lo­sophes de notre temps qui ont des rai­son­ne­ments si en­tor­tillés, si faux, des sub­ti­li­tés si épou­van­ta­bles, qu’ils peinent à se com­prendre eux-mêmes. « Le Maître dit : “Nul ne son­ge­rait à sor­tir au­tre­ment que par la porte. Pourquoi les gens cherchent-ils à mar­cher en de­hors de la Voie ?” » (VI.17)

On re­gret­te­ra, dès lors, l’opi­nion de He­gel qui, ne trou­vant dans Les En­tre­tiens au­cun de ces éga­re­ments auxquels il don­nait le nom de phi­lo­so­phie, tran­cha d’un mot ter­rible : « il au­rait mieux valu pour la ré­pu­ta­tion de Confu­cius que l’on n’eût pas tra­duit son ou­vrage »4He­gel, Georg Wil­helm Frie­drich. Leçons sur l’­his­toire de la phi­lo­so­phie, trad. de l’al­le­mand par Jean Gi­be­lin. Pa­ris : Gal­li­mard, 1954.. Cette mé­prise est d’au­tant plus étrange que l’Al­le­magne pos­sè­de, avec les Conver­sa­tions de Goethe, un livre émi­nem­ment proche par sa se­reine in­ti­mi­té, par la pré­sence vivante d’un Maître. Que l’on ne s’y trompe pas ! Ju­ger Confu­cius in­digne d’être tra­duit, c’est reje­ter la rai­son même — « cette vé­rité in­té­rieure qui est dans l’âme de tous les hom­mes, et que notre phi­lo­sophe consul­tait sans cesse [pour] conduire toutes ses pa­roles » (Jean de La­bru­ne).

La Voie du sage

Comme tant d’autres « instituteurs » du genre hu­main, comme le Boud­dha en In­de, Za­ra­thous­tra en Per­se, Confu­cius n’était pas un écri­vain, mais un Maître qui laissa à ses dis­ciples le soin de trans­crire ses en­sei­gne­ments. Du res­te, étran­ger aux grands dis­cours et à l’élo­quence dé­pla­cée, il leur pré­fé­rait une at­ti­tude re­cueillie, « comme celle d’un mu­si­cien pen­ché sur son ins­tru­ment pour en ti­rer les plus belles mé­lo­dies »5Se­lon l’­heu­reuse image d’An­toine-Jo­seph As­saf.. Il al­lait par­fois jusqu’à sou­pi­rer : « Je vou­drais ne plus par­ler ». Aux dis­ciples qui s’émou­vaient de ses si­len­ces, il ré­torquait avec une majesté presque cos­mique : « Le Ciel parle-t-il ? Pour­tant les quatre sai­sons suivent leur cours, pour­tant les cent créa­tures naissent. Le Ciel parle-t-il ? » (X­VII.19)

Il dé­cla­rait hum­ble­ment à qui vou­lait l’en­tendre : « Je trans­mets, je n’in­vente rien […] et j’aime l’An­tiquité » (VII.1). Ce rôle de pas­seur des rites (li), du sa­voir (zhi), du sens d’hu­ma­nité (ren), il le rem­plis­sait avec dé­voue­ment, avec di­gnité ; non sans pas­ser par de pro­fonds abat­te­ments, sa­chant com­bien « sa mis­sion est lour­de, et sa route est longue » (VIII.7). Ce­pen­dant, il s’en­cou­ra­geait à la pen­sée d’ac­com­plir un vé­ri­table man­dat cé­leste : « Le roi Wen est mort. Main­te­nant, n’est-ce pas moi qui suis in­vesti du dé­pôt de la ci­vi­li­sa­tion ? Si le Ciel avait juré sa per­te, pourquoi l’au­rait-il confié à un mor­tel comme moi ? Et si le Ciel a dé­cidé de pré­ser­ver ce dé­pôt, qu’ai-je à craindre des gens de Kuang ? » (IX.5)

L’Empire de la vertu

Un mot qui re­vient très sou­vent dans Les En­tre­tiens est ce­lui d’« hon­nête homme » (junzi), qui dé­si­gne, dans les textes an­ciens, un gen­til­homme issu de noble race et fa­mil­le, mais qui prend ici un sens nou­veau, Confu­cius sub­sti­tuant l’aris­to­cra­tie du cœur à celle du sang. L’­homme de qua­lité ne se dé­fi­nit plus par la nais­sance qu’il reçoit des mains du ha­sard, mais par l’élé­va­tion mo­rale et la sen­si­bi­lité qu’il acquiert grâce à l’étude6Comme le rap­pelle Cy­rille Ja­va­ry, la France at­ten­dra vingt-trois siècles après Confu­cius pour voir Fi­ga­ro, le va­let de chambre du com­te, re­ven­diquer des sen­ti­ments d’éga­lité et de re­vanche contre les pri­vi­lèges de son maître : « Mon­sieur le comte […]. Parce que vous êtes un grand sei­gneur, vous vous croyez un grand gé­nie !… No­bles­se, for­tu­ne, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naî­tre, et rien de plus. Du res­te, homme as­sez or­di­naire ! Tan­dis que moi », etc.. Pa­reil à « l’étoile Po­laire » (II.1), im­muable et cen­tral, il laisse rayon­ner sa ver­tu. Tout en­tier à son de­voir, il ne se sou­cie pas de n’être pas remarqué ; il cherche plu­tôt à faire quelque chose de remarquable : « Le Maître dit : “Ce n’est pas un mal­heur d’être mé­connu des hom­mes, mais c’est un mal­heur de les mé­con­naî­tre” » (I.16). Où trou­ver une maxime plus bel­le, une in­dif­fé­rence plus grande à l’égard de la gloire et des cou­ronnes ?


Pour aller plus loin

Autour de Les Entretiens de Confucius

Citations

« 子曰:「不知命,無以爲君子也;不知禮,無以立也;不知言,無以知人也。」 »

論語 sur Wi­ki­source 中文, [en li­gne], consulté le 15 avril 2026.

« Confu­cius dit : “Qui ne connaît le des­tin ne peut vivre en hon­nête homme. Qui ne connaît les rites ne sait com­ment se te­nir. Qui ne connaît le sens des mots ne peut connaître les hom­mes”. »

Confu­cius. Les En­tre­tiens de Confu­cius, trad. du chi­nois par Pierre Ry­ck­mans, préf. de René Étiemble. Pa­ris : Gal­li­mard, coll. « Connais­sance de l’Orient », 1987.

« Le Maître a dit : “Qui ne connaît son lot ne sau­rait être un homme de bien ; qui ne connaît les rites ne sau­rait te­nir son rang ; qui ne connaît le sens des mots ne sau­rait ju­ger les hom­mes”. »

Confu­cius. Les En­tre­tiens de Confu­cius et de ses dis­ciples, trad. du chi­nois par Jean Le­vi. Pa­ris : A. Mi­chel, coll. « Spi­ri­tua­li­tés vi­vantes », 2016 ; ré­éd. sous le titre Entretiens, Pa­ris : Les Belles Let­tres, 2019.

« Le Maître dit : “Qui ne re­con­naît le dé­cret cé­leste ne sau­rait être homme de bien. Qui ne pos­sède les rites ne sau­rait s’af­fir­mer. Qui ne connaît la va­leur des mots ne sau­rait connaître les hom­mes”. »

Confu­cius. Les En­tre­tiens, trad. du chi­nois par Anne Cheng. Pa­ris : Édi­tions du Seuil, coll. « Points. Sa­gesses », 1981.

« Confu­cius dit : “Sans connais­sance de la des­ti­née, on ne sau­rait de­ve­nir un homme de qua­li­té. Sans connais­sance de la cour­toi­sie, on ne sau­rait s’y te­nir. Sans connais­sance du sens des mots, on ne pour­rait com­prendre les hom­mes”. »

Confu­cius. Les En­tre­tiens de Confu­cius et de ses dis­ciples, trad. du chi­nois par An­dré Lé­vy. Pa­ris : Flam­ma­rion, coll. « GF », 1994.

« Confu­cius dit : “Si l’on ne connaît pas le des­tin, rien ne per­met d’être un homme de bien. Si l’on ne connaît pas les ri­tes, rien ne per­met de s’éta­blir dans la so­cié­té. Si l’on ne connaît pas le sens des mots, rien ne per­met de connaître les hommes !” »

Phi­lo­sophes confu­cia­nistes, trad. du chi­nois par Charles Le Blanc et Rémi Ma­thieu. Pa­ris : Gal­li­mard, coll. « Bi­blio­thèque de la Pléiade », 2009.

« Le phi­lo­sophe dit : “Si l’on ne se croit pas chargé de rem­plir une mis­sion, un man­dat, on ne peut pas être consi­déré comme un homme su­pé­rieur.

Si l’on ne connaît pas les rites ou les lois qui règlent les re­la­tions so­cia­les, on n’a rien pour se fixer dans sa conduite.

Si l’on ne connaît pas la va­leur des pa­roles des hom­mes, on ne les connaît pas eux-mê­mes”. »

Confu­cius et Men­cius. Les Quatre Livres de phi­lo­so­phie mo­rale et po­li­tique de la Chine, trad. du chi­nois par Guillaume Pau­thier. Pa­ris : Char­pen­tier, 1841.

« Le Maître : “Qui ne connaît le dé­cret ne sau­rait de­ve­nir un homme noble. Qui ne connaît les rites ne sau­rait se te­nir. Qui ne connaît les mots ne sau­rait connaître les hom­mes”. »

Confu­cius. Le Livre de la sa­gesse de Confu­cius, trad. du chi­nois par Eu­la­lie Steens. Mo­naco ; Pa­ris : Édi­tions du Ro­cher, coll. « Les Grands Textes spi­ri­tuels », 1996.

« Le Maître dit : “Ce­lui qui ne connaît pas la vo­lonté du Ciel (la loi na­tu­rel­le) ne sera ja­mais un sage. Ce­lui qui ne connaît pas les règles et les usages ne sera pas constant dans sa conduite. Ce­lui qui ne sait pas dis­cer­ner le vrai du faux dans les dis­cours des hommes ne peut connaître les hom­mes”. »

Confu­cius et Men­cius. Les Quatre Livres, trad. du chi­nois en français et en la­tin par Sé­ra­phin Cou­vreur. Hejian : Im­pri­me­rie de la mis­sion ca­tho­lique, 1895.

« Ma­gis­ter ait : “Qui non co­gnos­cit Cæli man­da­ta, non ha­bet quo fiat sa­piens vir. Qui non no­vit ri­tus, non ha­bet quo consi­stat, id est, non ha­bet cer­tam le­gem qua constan­ter se di­ri­gat. Qui nes­cit dis­cer­nere (exa­mi­nare et æs­ti­ma­re) ho­mi­num dic­ta, non ha­bet quo nos­cat ho­mi­nes”. »

Confu­cius et Men­cius. Les Quatre Livres, trad. du chi­nois en français et en la­tin par Sé­ra­phin Cou­vreur. Hejian : Im­pri­me­rie de la mis­sion ca­tho­lique, 1895.

« Le Maître dit : “Ce­lui qui ne connaît pas le dé­cret cé­leste ne sau­rait être un homme ho­no­rable. Ce­lui qui ne connaît pas les règles et les usages ne sau­rait s’af­fer­mir. Ce­lui qui ne connaît pas le sens des pro­pos ne peut connaître les hom­mes”. »

Confu­cius. En­tre­tiens du Maître avec ses dis­ciples, trad. du chi­nois par Sé­ra­phin Cou­vreur, rév. de la trad. et postf. de Mu­riel Ba­ryo­sher-Che­mou­ny. Pa­ris : Éd. Mille et une nuits, coll. « Mille et une nuits », 1997 ; ré­éd. sous le titre Pa­roles de Confu­cius, En­tre­tiens, Pa­ris : Hugo po­che, coll. « Hugo poche : sa­gesses », 2023.

« Confu­cii ef­fa­tum : “Nec sa­pien­tiam ap­pre­hen­de­re, qui Cæli le­gem ; nec in vir­tute sta­re, qui ri­tuum ho­nes­ta­tem ; nec ho­mines po­test di­gnos­ce­re, qui ver­bo­rum ar­tem igno­rat”. »

Confu­cius et Men­cius. Si­nen­sis im­pe­rii li­bri clas­sici sex, trad. du chi­nois en la­tin par François Noël. Prague : per J. J. Ka­me­ni­cky, 1711.

« Confu­cius di­sait : “On ne peut par­ve­nir à la sa­gesse si l’on ne connaît pas la loi du ciel, ni s’af­fer­mir dans la vertu si l’on ignore les rites de l’­hon­nê­te­té, ni dis­cer­ner les hommes si l’on ne sait pas l’art de par­ler”. »

Confu­cius et Men­cius. Les Livres clas­siques de l’Em­pire de la Chine, trad. in­di­recte du la­tin par François-An­dré-Adrien Pluquet, d’après celle de François Noël. Pa­ris : de Bure ; Bar­rois aîné et Bar­rois jeu­ne, 1784.

« Confu­cius aie­bat : “Qui non s[c]it, adeoque nec cre­dit dari Cœli man­da­tum et Pro­vi­den­tiam, id est, qui non in­tel­li­git et cre­dit pros­pera et ad­ver­sa, vi­tam et mor­tem, etc. a Cœli nutu consi­lioque pen­dere (vel, ut ex­po­nunt alii, qui non co­gnos­cit lu­men ra­tio­nis cœ­li­tus in­di­tum esse mor­ta­li­bus, ad quod vitæ suæ ra­tiones omnes com­po­nat, et quæ prava sunt, fu­giat, quæ rec­ta, pro­sequa­tur), vir hujus­modi pro­fecto non ha­be­bit quo eva­dat pro­bus ac sa­piens ; quin imo multa com­mit­tet ho­mine in­di­gna, dum quæ illi­cita sunt, vel su­pra vires suas, consec­ta­bi­tur, vel iis ma­lis, quæ frus­tra co­na­bi­tur ef­fu­ge­re, suc­cum­bet.

Quisquis igno­rat de­co­rum cujusque rei et mo­dum, nec­non ri­tus of­fi­ciaque ci­vi­lia, quæ so­cie­ta­tis hu­manæ vin­cula quæ­dam sunt, ac pro­prium cujusque ho­mi­nis de­cus et fir­ma­men­tum, non ha­be­bit is quo eri­ga­tur aut eva­dat vir gra­vis et constans, et sibi aliisque uti­lis ; la­be­tur enim as­si­due, fluc­tua­bit in­cer­tus, et ip­sius quoque vir­tu­tis, si quam forte adep­tus est, jac­tu­ram aliquando fa­ciet.

Lin­gua cor­dis in­dex est ; nec raro quidquid in toto la­tet ho­mi­ne, bre­vis ejus­dem pro­dit ora­tio. Quo­circa quisquis non in­tel­li­git ser­mones ho­mi­num, sic ut apte dis­cer­nat quam rec­te, quam per­pe­ram quid di­ca­tur, non ha­be­bit quo pers­pec­tos ha­beat ip­sos ho­mines : er­rores illo­rum sci­li­cet, in­do­lem, consi­lia, fa­cul­tates.

Porro quisquis hæc tria — Cœ­li, inquam, pro­vi­den­tiam, re­rum mo­dum, ip­sos de­nique ho­mines — probe co­gno­ve­rit, itaque vixe­rit, ut huic cog­ni­tioni vita mo­ri­busque re­spon­deat, is om­nino dici po­te­rit partes omnes rari sa­pien­tis, et qui longe su­pra vul­gus emi­neat, ex­ple­vis­se”. »

Confu­cius. Confu­cius Si­na­rum phi­lo­so­phus, sive Scien­tia si­nen­sis la­tine ex­po­sita, trad. du chi­nois en la­tin par Pros­pero In­tor­cet­ta, Chris­tian Herd­tri­ch, François de Rou­ge­mont et Phi­lippe Cou­plet. Pa­ris : D. Hor­the­mels, 1687.

« Qui ne connaît pas les ordres du Ciel et la Pro­vi­den­ce, qui ne croit pas que la pros­pé­rité et l’ad­ver­si­té, la vie et la mort, etc. dé­pendent de la vo­lonté et du conseil du Ciel, et qui ne re­con­naît pas que la lu­mière de la rai­son est un don que le Ciel fait aux mor­tels, et auquel il faut confor­mer tous les mou­ve­ments de notre vie, comme étant la règle du mal et du bien, de ce qu’il faut fuir et de ce qu’il faut em­bras­ser ; as­su­ré­ment qu’un homme de la sorte ne pourra ja­mais de­ve­nir homme de bien et sa­ge, bien loin de là, il ne manquera pas de faire plu­sieurs choses in­dignes d’un hom­me, il se por­tera à des choses qui sont illi­cites ou au-des­sus de ses for­ces, et il suc­com­bera à des maux qu’il tâ­chera vai­ne­ment d’évi­ter.

Ce­lui qui ignore la bien­séance et la ma­nière de chaque cho­se, les cou­tumes et les de­voirs mu­tuels qui sont comme les liens de la so­ciété hu­maine et l’or­ne­ment par­ti­cu­lier d’un cha­cun ; il ne s’élè­vera ja­mais à rien, et il ne par­vien­dra point à être un homme d’im­por­tan­ce, gra­ve, constant et utile aux siens et aux autres ; mais il tom­bera conti­nuel­le­ment, il flot­tera dans une in­cer­ti­tude per­pé­tuel­le, et s’il a même ac­quis quelque ver­tu, en­fin un jour il la per­dra.

La langue est la marque ou l’in­dice du cœur, et sou­vent un pe­tit mot échappé dé­couvre tout ce qu’un homme a dans l’es­prit ; c’est pourquoi qui­conque n’en­tend pas les dis­cours des hom­mes, de façon qu’il ne dis­cerne point jus­te­ment com­bien une chose sera bien ou mal à pro­pos di­te, il ne sera pas ca­pable de connaître le fond et l’in­té­rieur des hom­mes, leurs er­reurs, leur na­tu­rel, leurs des­seins, et jusques où s’étend ou ne s’étend pas leur ca­pa­ci­té.

Or, qui­conque connaî­tra bien ces trois choses — la pro­vi­dence du Ciel, la ma­nière par­ti­cu­lière des cho­ses, l’in­té­rieur des hom­mes, et qui se sera gou­verné de telle sorte que sa vie et ses mœurs aient ré­pondu à cette connais­san­ce, l’on pourra ab­so­lu­ment dire qu’il aura rem­pli toutes les par­ties d’un homme ra­re, sage et beau­coup au-des­sus du com­mun. »

Confu­cius. Confu­cius, ou La Science des princes conte­nant les prin­cipes de la re­li­gion, de la mo­rale par­ti­cu­liè­re, du gou­ver­ne­ment po­li­tique des an­ciens em­pe­reurs et ma­gis­trats de la Chine, ma­nus­crit nº 2331, trad. in­di­recte du la­tin par François Ber­nier, d’après celle de Pros­pero In­tor­cet­ta, Chris­tian Herd­tri­ch, François de Rou­ge­mont et Phi­lippe Cou­plet. Pa­ris, Bi­blio­thèque de l’Ar­se­nal, 1687 ; ré­éd. (préf. de Syl­vie Taus­sig, note si­no­lo­gique de Thierry Mey­nard), Pa­ris : Le Fé­lin, coll. « Les Marches du temps », 2015.

« Dsü dixit : “I­gno­rans man­da­tum haud eva­det vir prin­ci­pa­lis.

Igno­rans ri­tus haud ad consis­ten­dum.

Igno­rans verba haud ad nos­cen­dum ho­mi­nes”. »

Confu­cius. Werke des chi­ne­si­schen Wei­sen Khung-Fu-Dsü und sei­ner Schü­ler, t. II, trad. du chi­nois en al­le­mand et en la­tin par Wil­helm Schott. Ber­lin : C. H. Jo­nas, 1832.

« Phi­lo­so­phus ait : “Qui non ag­nos­cit Cæli pro­vi­den­tiam, non ha­bet unde fiat sa­piens. Qui haud nos­cit ri­tus, non ha­bet unde consi­stat. Qui non dis­cer­nit ser­mo­nes, non ha­bet unde co­gnos­cat ho­mi­nes”. »

Cur­sus lit­te­ra­turæ si­nicæ neo-mis­sio­na­riis ac­com­mo­da­tus, t. II. Stu­dium clas­si­co­rum, trad. du chi­nois en la­tin par An­gelo Zot­to­li. Shan­ghai : Mis­sio­nis ca­tho­licæ, 1879.

« Le sage dit : “Ce­lui qui ne re­con­naît pas et ne dis­cerne pas l’ordre du Ciel ne peut pas être un homme noble. Ce­lui qui ne connaît pas les usages ne se main­tien­dra pas. Ce­lui qui ne com­prend pas le sens exact des pa­roles ne peut pas com­prendre les gens”. »

Les­lie, Do­nald Da­niel. Confucius, étude sui­vie des En­tre­tiens de Confu­cius, trad. in­di­recte de l’­hé­breu par Za­cha­rie Maya­ni, d’après celle de Do­nald Da­niel Les­lie. Pa­ris : Se­ghers, coll. « Phi­lo­sophes de tous les temps », 1962.

Téléchargements

Enregistrements sonores
Œuvres imprimées

Bibliographie

Avatar photo
Yoto Yotov

Depuis 2010, je consacre mes veilles à faire dialoguer les siècles et les nations, persuadé que l’esprit humain est partout chez lui. Si cette vision d’une culture universelle est la vôtre, et si mes Notes du mont Royal vous ont un jour éclairé ou touché, songez à faire un don sur Liberapay.

Articles : 313