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Mot-clef1789-1799 (Révolution)

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Chateaubriand, «Voyages en Amérique et en Italie. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Voyage en Ita­lie» et autres œuvres de Fran­çois René de Cha­teau­briand, auteur et poli­tique fran­çais, père du roman­tisme chré­tien. Le mal, le grand mal de Cha­teau­briand fut d’être né entre deux siècles, «comme au confluent de deux fleuves»*, et de voir les carac­tères oppo­sés de ces deux siècles se ren­con­trer dans ses opi­nions. Sor­ti des entrailles de l’ancienne monar­chie, de l’ancienne aris­to­cra­tie, il se pla­ça contre la Révo­lu­tion fran­çaise, dès qu’il la vit dans ses pre­mières vio­lences, et il res­ta roya­liste, sou­vent contre son ins­tinct. Car au fond de lui-même, il était de la race, de la famille de Napo­léon Bona­parte. Même fougue, même éclat, même mélan­co­lie moderne. Si les Bour­bons avaient mieux appré­cié Cha­teau­briand, il est pos­sible qu’il eût été moins vul­né­rable au sou­ve­nir de l’Empereur deve­nu res­plen­dis­sant comme un «large soleil». Le paral­lèle qu’il fait dans ses «Mémoires d’outre-tombe» entre l’Empire et la monar­chie bour­bo­nienne, pour cruel qu’il soit, est l’expression sin­cère de la concep­tion de l’auteur, tel­le­ment plus vraie que celle du poli­tique : «Retom­ber de Bona­parte et de l’Empire à ce qui les a sui­vis, c’est tom­ber de la réa­li­té dans le néant; du som­met d’une mon­tagne dans un gouffre. Tout n’est-il pas ter­mi­né avec Napo­léon?… Com­ment nom­mer Louis XVIII en place de l’Empereur? Je rou­gis en [y] pen­sant». Triste jusqu’au déses­poir, sans amis et sans espé­rance, il était obsé­dé par un pas­sé à jamais éva­noui et tom­bé dans le néant. «Je n’ai plus qu’à m’asseoir sur des ruines et à mépri­ser cette vie», écri­vait-il** en son­geant qu’il était lui-même une ruine encore plus chan­ce­lante. Aucune pen­sée ne venait le conso­ler excep­té la reli­gion chré­tienne, à laquelle il était reve­nu avec cha­leur et avec véhé­mence. Sa mère et sa sœur avaient eu la plus grande part à cette conver­sion : «Ma mère, après avoir été jetée à soixante-douze ans dans des cachots où elle vit périr une par­tie de ses enfants, expi­ra enfin sur un gra­bat, où ses mal­heurs l’avaient relé­guée. Le sou­ve­nir de mes éga­re­ments [le scep­ti­cisme de mon “Essai sur les Révo­lu­tions”] répan­dit sur ses der­niers jours une grande amer­tume; elle char­gea, en mou­rant, une de mes sœurs de me rap­pe­ler à cette reli­gion dans laquelle j’avais été éle­vé. Ma sœur me man­da le der­nier vœu de ma mère. Quand la lettre me par­vint au-delà des mers, ma sœur elle-même n’existait plus; elle était morte aus­si des suites de son empri­son­ne­ment. Ces deux voix sor­ties du tom­beau, cette mort qui ser­vait d’interprète à la mort, m’ont frap­pé; je suis deve­nu chré­tien»

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. XLIII, ch. 8. Haut

** «Études his­to­riques». Haut

Chateaubriand, «Voyages en Amérique et en Italie. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Voyage en Amé­rique» et autres œuvres de Fran­çois René de Cha­teau­briand, auteur et poli­tique fran­çais, père du roman­tisme chré­tien. Le mal, le grand mal de Cha­teau­briand fut d’être né entre deux siècles, «comme au confluent de deux fleuves»*, et de voir les carac­tères oppo­sés de ces deux siècles se ren­con­trer dans ses opi­nions. Sor­ti des entrailles de l’ancienne monar­chie, de l’ancienne aris­to­cra­tie, il se pla­ça contre la Révo­lu­tion fran­çaise, dès qu’il la vit dans ses pre­mières vio­lences, et il res­ta roya­liste, sou­vent contre son ins­tinct. Car au fond de lui-même, il était de la race, de la famille de Napo­léon Bona­parte. Même fougue, même éclat, même mélan­co­lie moderne. Si les Bour­bons avaient mieux appré­cié Cha­teau­briand, il est pos­sible qu’il eût été moins vul­né­rable au sou­ve­nir de l’Empereur deve­nu res­plen­dis­sant comme un «large soleil». Le paral­lèle qu’il fait dans ses «Mémoires d’outre-tombe» entre l’Empire et la monar­chie bour­bo­nienne, pour cruel qu’il soit, est l’expression sin­cère de la concep­tion de l’auteur, tel­le­ment plus vraie que celle du poli­tique : «Retom­ber de Bona­parte et de l’Empire à ce qui les a sui­vis, c’est tom­ber de la réa­li­té dans le néant; du som­met d’une mon­tagne dans un gouffre. Tout n’est-il pas ter­mi­né avec Napo­léon?… Com­ment nom­mer Louis XVIII en place de l’Empereur? Je rou­gis en [y] pen­sant». Triste jusqu’au déses­poir, sans amis et sans espé­rance, il était obsé­dé par un pas­sé à jamais éva­noui et tom­bé dans le néant. «Je n’ai plus qu’à m’asseoir sur des ruines et à mépri­ser cette vie», écri­vait-il** en son­geant qu’il était lui-même une ruine encore plus chan­ce­lante. Aucune pen­sée ne venait le conso­ler excep­té la reli­gion chré­tienne, à laquelle il était reve­nu avec cha­leur et avec véhé­mence. Sa mère et sa sœur avaient eu la plus grande part à cette conver­sion : «Ma mère, après avoir été jetée à soixante-douze ans dans des cachots où elle vit périr une par­tie de ses enfants, expi­ra enfin sur un gra­bat, où ses mal­heurs l’avaient relé­guée. Le sou­ve­nir de mes éga­re­ments [le scep­ti­cisme de mon “Essai sur les Révo­lu­tions”] répan­dit sur ses der­niers jours une grande amer­tume; elle char­gea, en mou­rant, une de mes sœurs de me rap­pe­ler à cette reli­gion dans laquelle j’avais été éle­vé. Ma sœur me man­da le der­nier vœu de ma mère. Quand la lettre me par­vint au-delà des mers, ma sœur elle-même n’existait plus; elle était morte aus­si des suites de son empri­son­ne­ment. Ces deux voix sor­ties du tom­beau, cette mort qui ser­vait d’interprète à la mort, m’ont frap­pé; je suis deve­nu chré­tien»

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. XLIII, ch. 8. Haut

** «Études his­to­riques». Haut

Volney, «Considérations sur la guerre actuelle des Turcs»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Consi­dé­ra­tions sur la guerre actuelle des Turcs» de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il*, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il**. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* «Les Ruines», p. 19. Haut

** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut

Volney, «Leçons d’histoire, prononcées à l’École normale en l’an III de la République française»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Leçons d’histoire» de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il*, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il**. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* «Les Ruines», p. 19. Haut

** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Journal de voyage d’un jeune noble savoyard à Paris en 1766-1767»

éd. Presses universitaires du Septentrion, coll. Documents et témoignages, Villeneuve-d’Ascq

éd. Presses uni­ver­si­taires du Sep­ten­trion, coll. Docu­ments et témoi­gnages, Villeneuve-d’Ascq

Il s’agit du «Jour­nal de voyage à Paris en 1766-1767» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Mélanges tirés d’un por­te­feuille mili­taire» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Mélanges tirés d’un por­te­feuille mili­taire» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Un Homme d’autrefois : souvenirs recueillis par son arrière-petit-fils»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’«Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

Volney, «La Loi naturelle, ou Principes physiques de la morale»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «La Loi natu­relle, ou Prin­cipes phy­siques de la morale»* de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il**, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il***. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* Éga­le­ment connu sous le titre de «Caté­chisme du citoyen fran­çais». Haut

** «Les Ruines», p. 19. Haut

*** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut