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Mot-clefChristiane Tortel

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Kharaqânî, «Paroles d’un soufi»

éd. du Seuil, coll. Points-Sagesses, Paris

éd. du Seuil, coll. Points-Sagesses, Paris

Il s’agit d’Abû’l-Hasan Kha­ra­qâ­nî*, mys­tique per­san qui ne savait ni lire ni écrire (Xe-XIe siècle apr. J.-C.). Ce n’était pas un théo­ri­cien, mais un saint absor­bé dans la contem­pla­tion et les pra­tiques ascé­tiques. «Cet océan de tris­tesse, cet homme plus solide que le roc, ce soleil divin, ce ciel sans confins, ce pro­dige du Sei­gneur, ce pôle de l’époque, Abû’l-Hasan Kha­ra­qâ­nî — que Dieu lui fasse misé­ri­corde! — était le roi des rois de tous les maîtres… Il avait la sta­bi­li­té d’une mon­tagne, il était le phare de la connais­sance… Il était le dépo­si­taire des secrets de la véri­té. Il avait une enver­gure d’âme extra­or­di­naire et un rang sublime. Son savoir de la chose divine était immense, et l’intempérance de son dis­cours le cou­vrait d’un lustre incom­pa­rable», dit Attar**.

Lorsque Kha­ra­qâ­nî était enfant, ses parents l’envoyaient gar­der les bêtes dans les champs, un déjeu­ner dans les mains. L’enfant dis­tri­buait secrè­te­ment son déjeu­ner en aumône et ne man­geait rien jusqu’au soir. Un jour qu’il labou­rait la terre, l’appel à la prière reten­tit. Il alla accom­plir son devoir, et lorsque les hommes eurent ache­vé de prier, ils s’aperçurent que les bœufs de Kha­ra­qâ­nî labou­raient tout seuls. Il se pros­ter­na et dit : «Ô Sei­gneur! j’ai pour­tant enten­du dire que tu cachais ceux que tu aimes aux yeux des hommes»

* En per­san ابوالحسن خرقانی. Par­fois trans­crit Aboul-Hasan el-Khar­ra­ka­ni, Abū al-Ḥasan al-Ḫara­qānī, Abu’l-Ḥasan-e Khar­ra­qā­ni, Aby-l-Kha­san Kha­ra­ka­ni, Abol­ha­san Kha­râ­gha­ni, Abdul Hasan Khar­qa­ni ou Ebu Hasan el Hara­ka­ni. Haut

** Dans p. 75. Haut

Attar, «Le Livre des secrets, “Asrâr-nâma”»

éd. Les Deux Océans, Paris

éd. Les Deux Océans, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Livre des secrets» («Asrar namèh»*) de Férid-eddin Attar** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère Attar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opi­nion peut paraître hasar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî ne lui est en rien infé­rieur; mais de toutes les idées de ce célèbre dis­ciple, je défie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roû­mî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : «Attar a par­cou­ru les sept cités de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle»***; et encore : «Attar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sanaï fut ses yeux; je ne fais que suivre leurs traces»****. Férid-eddin exer­ça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ain­si que l’indique son sur­nom d’Attar («qui fabrique ou qui vend des par­fums»). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui atti­rait les regards du public et qui flat­tait aus­si bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme impor­tant, un fou, ou pour mieux dire, un reli­gieux très avan­cé dans la vie spi­ri­tuelle*****, vint à sa porte, jeta un regard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis pous­sa un pro­fond sou­pir. Attar, éton­né, le pria de pas­ser son che­min. «Tu as rai­son», lui répon­dit l’inconnu, «le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embar­ras­sé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ain­si de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage.»

* En per­san «اسرار‌نامه». Par­fois trans­crit «Asrar-nâmé», «Asrâr-nâma» ou «Asrār-nāmah». Haut

** En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Farî­dod­dîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feri­dud­din Attar, Fari­dud­dine Attar, Fari­dad­din Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

*** En per­san

«هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
».

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**** En per­san

«عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
».

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***** Les fous sont regar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés par­mi les sou­fis. Haut