Mot-clefFatemeh Pakravan

au­teur

Pakravan, « Ombres du vent : récit. [Tome I]. Lumière de mes yeux »

éd. Parallèles, McLean

éd. Pa­ral­lèles, McLean

Il s’agit des mé­moires en langue fran­çaise de Mme Fa­te­meh Pa­kra­van ra­con­tant en trois par­ties l’histoire de son père, in­ti­tu­lée « Lu­mière de mes yeux » ; celle de sa mère, in­ti­tu­lée « Le Vi­sage de ma mère » ; et avec « Le So­leil éclaté », celle de son mari M. le gé­né­ral Has­san Pa­kra­van. Is­sus de fa­milles per­sanes aux ori­gines mul­tiples, M. et Mme Pa­kra­van étaient des Ira­niens de pro­fonde culture fran­çaise, de­meu­rés ir­ré­duc­ti­ble­ment à la croi­sée de l’Orient et de l’Occident. Le fran­çais était leur langue de pré­di­lec­tion, et Pa­ris — une ville qui n’avait au­cun se­cret pour eux. L’un et l’autre furent ap­pe­lés à des fonc­tions émi­nentes en Iran : Mme Pa­kra­van fut di­rec­trice d’hôpital à Té­hé­ran, avant d’être nom­mée Se­cré­taire gé­né­rale au Tou­risme ; M. le gé­né­ral Pa­kra­van, fils de la ro­man­cière Emi­neh Pa­kra­van, élève des écoles d’artillerie de Poi­tiers et de Fon­tai­ne­bleau, en­sei­gna à l’Académie mi­li­taire de Té­hé­ran, où il eut comme élève le fu­tur schah d’Iran. Ce der­nier lui confia di­vers postes di­plo­ma­tiques, et sur­tout il le mit, à par­tir de 1961, à la tête de la SAVAK. M. le gé­né­ral Pa­kra­van ne tarda pas à ré­for­mer cette re­dou­table po­lice po­li­tique ira­nienne. Il se mon­tra phi­lo­sophe, hu­ma­niste, ou­vert sur le monde, là où ses pré­dé­ces­seurs avaient été am­bi­tieux, bru­taux, san­gui­naires. Son hon­nê­teté est res­tée dans les mé­moires : un « saint », de l’avis même des op­po­sants au schah. Res­pecté des in­tel­lec­tuels, il tenta de per­sua­der les meilleurs de tra­vailler pour lui ; il pro­mit aux autres de ne pas gê­ner leurs tra­vaux. Il contrô­lait en per­ma­nence l’intégrité de ses em­ployés : on ra­conte qu’un jour, alors qu’il vi­si­tait un lieu de dé­ten­tion, il en­ten­dit des gé­mis­se­ments. Il se di­ri­gea vers la cel­lule d’où pro­ve­naient les plaintes. Un pri­son­nier y était al­longé. « Que se passe-t-il ? », de­manda-t-il. « J’ai été frappé », ré­pon­dit le pri­son­nier en lui mon­trant ses che­villes en­flées. Aus­si­tôt M. le gé­né­ral Pa­kra­van fit ali­gner les geô­liers de­vant le pri­son­nier, qui d’un geste en dé­si­gna un. Et de­vant l’assistance mé­du­sée, le chef de la SAVAK gi­fla le res­pon­sable en lui di­sant : « Tu sais bien que j’ai in­ter­dit qu’on mal­traite les pri­son­niers ! Tu fe­ras dix jours d’arrêts de ri­gueur ! »1 Bon nombre d’opposants lui doivent la li­berté et la vie, dont en pre­mier lieu l’ayatollah Kho­meiny. On sait de quelle fa­çon scan­da­leuse ce der­nier le re­mer­cia : il le fit fu­siller peu après la chute du schah en 1979, comme il fit fu­siller un mil­lier d’autres gé­né­raux, of­fi­ciers et sous-of­fi­ciers. « Quand le corps de son père fut rendu à Ka­rim Pa­kra­van, [le ré­gime is­la­mique] eut cette phrase ter­rible : “Il était pour nous plus dan­ge­reux vi­vant que mort” », rap­porte un jour­na­liste2. « In­ter­dic­tion fut faite aux ci­me­tières ira­niens d’accepter le corps du mar­tyr, qui n’avait pas le droit à une sé­pul­ture dé­cente. Pen­dant trois jours et trois nuits, le fils pro­mena le corps de son père de vil­lage en bour­gade à la re­cherche d’un lieu d’enterrement. Fi­na­le­ment… aux portes du dé­sert, sous un arbre, le fils en­se­ve­lit son père. »

  1. Dans Chris­tian De­lan­noy, « SAVAK ». Haut
  1. M. Frei­doune Sa­heb­jam. Haut