Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefFrançois Nau : traducteur ou traductrice

« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien »

éd. Letouzey et Ané, coll. Documents pour l’étude de la Bible, Paris

Il s’agit des versions syriaques de l’« Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien », un conte qui existe dans presque toutes les langues du Proche-Orient antique (VIIe av. J.-C.). Voici le résumé de ce conte : Aḥiqar * était un homme vertueux et un conseiller des rois d’Assyrie. N’ayant pas de fils, il adopta le fils de sa sœur, Nadan. Il l’éleva et lui adressa une première série de leçons, sous forme de maximes et de proverbes. Plus tard, empêché par les infirmités de la vieillesse de remplir ses fonctions, Aḥiqar présenta Nadan comme son successeur. Comblé d’honneurs, Nadan ne tarda pas à faire preuve de la plus noire ingratitude. Il trahit indignement son père adoptif et bienfaiteur : il le calomnia auprès du roi Assarhaddon (de l’an 680 à l’an 669 av. J.-C.), lequel ordonna sa mort. Cependant, le bourreau était un obligé d’Aḥiqar et ne remplit pas l’ordre donné. Il exécuta un autre criminel, dont il apporta la tête au roi, et tint Aḥiqar caché. Enhardi par la nouvelle de la mort du conseiller royal, le pharaon d’Égypte lança au roi le défi de résoudre plusieurs énigmes perfides, sous peine d’avoir à lui payer un tribut. Sorti de sa cachette, Aḥiqar alla en Égypte, répondit aux énigmes du pharaon et, à son retour, demanda que Nadan lui fût livré. Il le frappa de mille coups, pour faire entrer la sagesse « par derrière son dos » ** puisqu’elle n’avait pu entrer par les oreilles, et lui adressa une deuxième série de leçons, sous forme de fables, et destinées à prouver qu’il valait mieux vivre dans une hutte en homme juste que dans un palais en criminel. Lisez la suite›

* En araméen אחיקר, en syriaque ܐܚܝܩܪ. Parfois transcrit Achichar, Achiqar, Achikar, Aḥicar ou Aḥikar. On rencontre aussi la graphie Ḥiqar (ܚܝܩܪ). Parfois transcrit Haiqâr, Haïkar, Heycar, Hicar, Khikar ou Ḥikar.

** « Histoire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien ; traduction des versions syriaques par François Nau », p. 236.

« Le Livre des lois des pays »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des lois des pays » (« Kethâbhâ dhe-Nâmôsê dh’Athrawâthâ » *), dialogue philosophique mettant en scène un des plus anciens savants de la Syrie, Bar-Daiṣân **, ou plus simplement Bardesane ***. Ce fut un savant éclectique, « riche, aimable, libéral, instruit, bien posé à la Cour, versé à la fois dans la science chaldéenne et dans la culture hellénique » ****, qui toucha à toutes les philosophies et à toutes les écoles, sans s’attacher à aucune en particulier. Tout cela lui valut la réputation d’hérétique, bien qu’il fût sincèrement chrétien (IIe-IIIe siècle apr. J.-C.). On ne sait pas sur quel sol il est né précisément ; car Hippolyte de Rome l’appelle l’« Arménien » ***** ; Julius Africanus l’appelle le « Parthe » et l’« habile archer » ****** ; Porphyre et saint Jérôme le nomment le « Babylonien » ******* ; Épiphane nous dit qu’« il était originaire de Mésopotamie » ******** ; Eusèbe l’appelle le « Syrien » ********* ; enfin, les auteurs syriaques le font naître dans la ville d’Édesse, en Syrie **********. Il est certain, en tout cas, que c’est dans cette ville qu’il passa la plus grande partie de sa vie. Demeuré orphelin dès son jeune âge, il habita dans la maison d’un pontife dénommé Koudouz ***********. Celui-ci l’adopta et lui enseigna l’astrologie et l’astronomie, car ces sciences étaient indispensables aux prêtres qui voulaient en imposer au peuple, en prédisant les éclipses de lune et en devinant l’action des planètes sur le destin de l’homme. L’esprit de Bardesane se détachera plus tard de ces spéculations (« je les ai aimées jadis », dira-t-il ************). Dans le plus célèbre de ses opuscules philosophiques, il fera la démonstration que Dieu a doué les hommes du libre arbitre, et que l’influence des sept planètes et de ce qu’on appelle l’horoscope n’a aucune prise sur eux. Le titre syriaque de cet opuscule est inconnu ; Eusèbe, Épiphane et Photius l’ont lu dans une traduction grecque intitulée « Dialogue sur le destin » (« Peri heimarmenês dialogos » *************). Aujourd’hui, nous n’avons plus rien de Bardesane, excepté un témoignage contemporain, insuffisant sans doute, mais qui reproduit une partie de sa pensée : « Le Livre des lois des pays ». Notre savant y parle comme Socrate dans les dialogues de Platon, c’est-à-dire à la troisième personne, tandis que ses disciples s’y expriment à la première. On en a conclu que l’un d’eux, peut-être Philippe, en est le rédacteur. Bardesane y fournit de nombreux détails sur les lois et les mœurs des pays et montre comment ces lois et ces mœurs l’emportent sur le destin : « Car les hommes, dans chaque pays, se donnèrent des lois à l’aide de cette liberté qui leur fut octroyée par Dieu et qui est contraire au destin des “dominateurs” (des “planètes”) » **************. Lisez la suite›

* En syriaque « ܟܬܒܐ ܕܢܡܘܣܐ ܕܐܬܪܘܬܐ ». Parfois transcrit « Kethaba dha-Namosa dh’Athrawatha », « Kṯāḇā ḏ-Nāmōsē ḏ-Aṯrawwāṯā » ou « Kṯāḇā ḏ-Nāmōsē ḏ-Aṯrawāṯā ».

** En syriaque ܒܪܕܝܨܢ. Autrefois transcrit Bar-Daissan ou Bar Daiçân.

*** En grec Βαρδησάνης. Parfois transcrit Bardesan, Bardessane ou Bardesanes. On rencontre aussi les graphies Βαρδισάνης (Bardisane) et Βαρδησιάνης (Bardesiane).

**** Ernest Renan, « Marc-Aurèle ».

***** En grec Ἀρμένιος. « “Philosophumena”, ou Réfutation de toutes les hérésies », liv. VII, ch. 31, sect. 1.

****** En grec Πάρθος et σοφὸς τοξότης. « Les “Cestes” », liv. I, ch. 20.

******* En grec Βαϐυλώνιος. « De l’abstinence », liv. IV, sect. 17. En latin Babylonius. « Contre Jovinien », liv. II, ch. 14.

******** En grec ἐκ Μεσοποταμίας τὸ γένος ἦν. « Panarion », inédit en français.

********* En grec Σύρος. « La Préparation évangélique », liv. VI, ch. 9, sect. 32.

********** Aujourd’hui Urfa, en Turquie, près de la frontière syrienne.

*********** En syriaque ܟܘܕܘܙ.

************ « Le Livre des lois des pays », p. 37.

************* En grec « Περὶ εἱμαρμένης διάλογος ».

************** p. 45.