Mot-clefGabriel de La Porte du Theil

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Musée le Grammairien, « Les Amours de Léandre et de Héro : poème »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Amours de Léandre et de Héro » (« Ta kath’ Hêrô kai Lean­dron »1), poème de trois cent qua­rante vers, pe­tit chef-d’œuvre hel­lé­nis­tique qui se res­sent de l’époque de dé­ca­dence, et que Her­mann Kö­chly dé­fi­nit comme « la der­nière rose du jar­din dé­cli­nant des lettres grecques » (« ul­ti­mam emo­rien­tis Græ­ca­rum lit­te­ra­rum horti ro­sam »). En ef­fet, si quel­que­fois un ton simple, naïf et tou­chant élève ce poème jusqu’à ceux des an­ciens Grecs, ces peintres si vrais de la na­ture, quel­que­fois aussi des traces évi­dentes tra­hissent une ori­gine tar­dive du IVe-Ve siècle apr. J.-C. tant dans la teinte trop sen­ti­men­tale que dans les or­ne­ments trop re­cher­chés par les­quels l’auteur a peint les amours et la mort de ses deux hé­ros. Ima­gi­ne­rait-on qu’un poète du temps d’Ho­mère eût pu écrire comme Mu­sée : « Que de grâces brillent sur sa per­sonne ! Les An­ciens ont compté trois Grâces : quelle er­reur ! L’œil riant de Héro pé­tille de cent grâces »2. Mais à tra­vers ces ai­mables dé­fauts cir­cule une vague et ar­dente sen­si­bi­lité, une mé­lan­co­lie va­po­reuse qui an­nonce par avance le ro­man­tisme des an­nées 1800. Si By­ron a tra­versé l’Hellespont à la nage, c’est parce que Léandre l’avait fait pour les beaux yeux de celle qu’il ai­mait. Le lec­teur ne sait peut-être pas la lé­gende à l’origine des « Amours de Léandre et de Héro ». La voici : Héro était une prê­tresse à Ses­tos, et Léandre un jeune homme d’Abydos, deux villes si­tuées en face l’une de l’autre sur les bords de l’Hellespont, là où le ca­nal est le moins large. Pour al­ler voir Héro, Léandre tra­ver­sait tous les soirs l’Hellespont à la nage ; un flam­beau al­lumé par son amante sur une tour éle­vée lui ser­vait de phare. Hé­las ! Léandre se noya pen­dant une tem­pête et fut jeté par la mer au pied de la tour de Héro qui, le re­con­nais­sant le len­de­main ma­tin, se pré­ci­pita du haut de cet édi­fice et se tua ainsi au­près de son amant. Tel est, en sa pri­mi­tive sim­pli­cité, le fait di­vers sur le­quel un dé­nommé Mu­sée le Gram­mai­rien3 a fait son poème. Ce fait di­vers est an­cien. Vir­gile et Ovide le connais­saient ; Stra­bon, qui écri­vait sur la géo­gra­phie à la même époque où Vir­gile et Ovide se dis­tin­guaient par leurs vers — Stra­bon, dis-je, dans sa des­crip­tion d’Abydos et de Ses­tos, fait men­tion ex­presse de la tour de Héro ; en­fin, Mar­tial y puise le su­jet de deux de ses épi­grammes, dont l’une4 a été si bien tra­duite par Vol­taire :

« Léandre conduit par l’Amour
En na­geant di­sait aux orages :
“Lais­sez-moi ga­gner les ri­vages,
Ne me noyez qu’à mon re­tour”
 »

  1. En grec « Τὰ καθ’ Ἡρὼ καὶ Λέανδρον ». Haut
  2. p. 11. Haut
  1. En grec Μουσαῖος ὁ Γραμματικός. Haut
  2. « Épi­grammes », XXVb. Haut