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Mot-clefPhilippe Thiébault

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Yulgok, «Anthologie de la sagesse extrême-orientale»

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pen­sée, Géme­nos

Il s’agit de l’«Antho­lo­gie de la sagesse extrême-orien­tale» («Sŏn­ghak chi­pyo»*, lit­té­ra­le­ment «Recueil essen­tiel de l’étude de la sagesse»), ouvrage qui appar­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok***la Val­lée des châ­tai­gniers»), aurait pu pour­suivre une exis­tence de moine; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre médi­ta­tion, il se reti­ra dans un monas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san*****). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : «Alors que je visi­tais [un des monts], je péné­trais seul un jour, durant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y décou­vris un petit ermi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était assis dans une posi­tion cor­recte, me regar­dant, sans dire un mot et sans se lever. Fure­tant par­tout dans l’ermitage, je ne remar­quai aucun objet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­pa­ré de repas depuis plu­sieurs jours»******. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie reti­rée et soli­taire aurait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui appor­ter un bon­heur com­plet; elle aurait consis­té à négli­ger ses devoirs envers la socié­té laïque, si lourds soient-ils. «Je n’ai pas encore ache­vé mes rela­tions avec le monde», dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et coréennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il déci­da d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays selon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Regar­dé dans son pays comme le modèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois ministre. Poli­ti­cien enga­gé et grand mora­liste, il lais­sa der­rière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des esprits et le déve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : «Sans étude, nul homme ne pour­rait deve­nir humain», dit-il dans une célèbre phrase********. Par «étude», Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : «Il suf­fit», pré­cise-t-il, «de se conduire à tout moment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère atten­tion­né, en jeune homme res­pec­tueux des aînés ou en ami de confiance.» Dans notre monde actuel où l’on ne com­prend plus que l’étude réside dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un admi­rable sou­tien.

* En coréen «성학집요», en chi­nois «聖學輯要». Par­fois trans­crit «Song-hak tchi-pyo» ou «Seon­ghak jibyo». Haut

** En coréen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chi­nois 栗谷. Autre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Phi­lippe Thié­bault, «La Pen­sée coréenne», p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** «Prin­cipes essen­tiels pour édu­quer les jeunes gens», p. 7. Haut