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Mot-clefpoésie érotique japonaise

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«Un Haïku satirique : le “senryû”»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Bibliothèque japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Biblio­thèque japo­naise, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut

«Haïku érotiques : extraits de la “Fleur du bout” et du “Tonneau de saule”»

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Pic­quier poche, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut

«Courtisanes du Japon»

éd. Ph. Picquier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Ton­neau de saule» («Yana­gi­da­ru»*), de la «Fleur du bout» («Suet­su­mu­ha­na»**) et d’autres recueils de «sen­ryû»*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le «sen­ryû» est un poème sati­rique ou éro­tique, de forme simi­laire au haï­ku. Mais si le haï­ku est la com­po­si­tion d’un gen­til­homme sérieux, sou­cieux du qu’en-dira-t-on, le «sen­ryû» est celle d’un bour­geois rieur et éhon­té, livré à ses seuls plai­sirs, pas­sant des heures, à visage décou­vert, sous les lam­pions et les lan­ternes des quar­tiers de dis­trac­tion. Ces quar­tiers, dis­pa­rus seule­ment au XXe siècle, étaient de vraies curio­si­tés à visi­ter, aus­si inté­res­santes que les sanc­tuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soi­gneu­se­ment cir­cons­crits «à la fois fée­riques et lamen­tables… char­mants, lumi­neux… et naïfs en leur immo­ra­li­té»****, où s’offraient aux yeux des pas­sants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouis­santes, des femmes somp­tueu­se­ment parées. Chaque ville pos­sé­dait un quar­tier affec­té à ces éta­lages. Celui d’Edo (Tôkyô), nom­mé le Yoshi­wa­ra*****, était le plus beau de l’Empire japo­nais : noblesse oblige. On ne s’y ren­dait pas sur l’impulsion du moment. Seul un pro­vin­cial éga­ré dans la ville, ou un sol­dat de gar­ni­son, pou­vait s’imaginer trou­ver satis­fac­tion de la sorte. Le bour­geois éclai­ré et rom­pu aux plai­sirs déli­cats savait qu’il fal­lait com­men­cer par l’achat et la lec­ture appro­fon­die du «Cata­logue», où figu­raient, avec un sys­tème de des­crip­tion éla­bo­ré, les noms et les rangs des cour­ti­sanes dis­po­nibles. «Rien des “Entre­tiens de Confu­cius” [il] ne com­prend, mais [il] sait tout lire dans le “Cata­logue”», dit un «sen­ryû». Le Yoshi­wa­ra étant loin du centre-ville, on s’y ren­dait le plus sou­vent en chaise à por­teurs : le voyage ne coû­tait pas cher, et on évi­tait la fatigue du che­min à pied. Mais on pre­nait la pré­cau­tion de mon­ter et de des­cendre à quelque dis­tance de chez soi, pour ne pas se faire sur­prendre par son épouse soup­çon­neuse : «En plein [che­min], nez à nez avec l’épouse; ah, cala­mi­té!», dit un «sen­ryû». On pou­vait alors ten­ter de se jus­ti­fier : «Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent», mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce «sen­ryû» : «Au milieu [du che­min] “lettre de sépa­ra­tion tu m’écris de suite!”» Quant au fils pro­digue, pris en fla­grant délit par ses parents : «Bou­clé dans sa chambre, en rêve encore il par­court le quar­tier des filles», dit un «sen­ryû», en paro­diant ce célèbre haï­ku com­po­sé par Bashô avant sa mort : «En rêve encore je par­cours les landes déso­lées».

* En japo­nais «柳多留». Haut

** En japo­nais «末摘花». Haut

*** En japo­nais 川柳. Haut

**** Mati­gnon, «La Pros­ti­tu­tion au Japon : le quar­tier du “Yoshi­wa­ra” de Tokio». Haut

***** En japo­nais 吉原. Haut