Mot-clefSylvain Brocquet

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Bilhaṇa, « Stances des amours d’un voleur »

éd. Fata Morgana, coll. Les Immémoriaux, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Mor­gana, coll. Les Im­mé­mo­riaux, Saint-Clé­ment-de-Ri­vière

Il s’agit des « Cin­quante Stances des amours du vo­leur » (« Cau­rî­su­ra­ta­pañ­câśikâ »1), plus connues sous le titre abrégé des « Cin­quante Stances du vo­leur » (« Cau­ra­pañ­câśikâ »2) de Bil­haṇa3. Ce poète hin­dou (XIe siècle apr. J.-C.), chargé d’instruire une jeune prin­cesse, se laissa vaincre par les charmes de sa royale élève ; après plu­sieurs jours de vo­lup­tés clan­des­tines, les deux amants furent tra­his, dé­non­cés et sur­pris par le roi qui condamna à la peine de mort l’instituteur trop sen­sible. Avant de su­bir son châ­ti­ment, le cou­pable chanta, dans une cin­quan­taine de stances, les ap­pas de sa maî­tresse et les sou­ve­nirs de son amour :

« Aujourd’hui en­core,
Mon es­prit tremble quand je songe
Comme il me fut in­ter­dit de dire tout ce que, pour moi, elle fit,
Alors que m’entraînaient loin du pa­lais royal
Des sbires im­pla­cables et ter­ri­fiants, pa­reils aux émis­saires de Yama4
 »5.

Ému par la beauté de ces poé­sies (que le poète au­rait dé­cla­mées tout en mon­tant sur l’échafaud, à rai­son d’une par marche !), le roi se laissa in­flé­chir et ac­corda au condamné la main de sa fille. Telle est la lé­gende prin­ci­pale qui ac­com­pagne, dans les ma­nus­crits, le texte des « Cin­quante Stances du vo­leur ». Mais là s’arrêtent les traits com­muns. Le nom du hé­ros de l’aventure — tan­tôt Bil­haṇa, tan­tôt Caura (« le vo­leur ») — les dé­tails du ré­cit, le nombre des stances, le texte en­fin de ces stances sont mo­di­fiés, al­té­rés et trans­for­més d’une re­cen­sion à l’autre. Ainsi, les ma­nus­crits dits du Nord et ceux dits du Sud-Ouest n’ont en com­mun que quatre ou cinq stances.

  1. En sans­crit « चौरीसुरतपञ्चाशिका ». Au­tre­fois trans­crit « Chauri su­rata pan­cha­sika » ou « Chauri Su­ra­ta­pan­cha­shika ». Haut
  2. En sans­crit « चौरपञ्चाशिका ». Au­tre­fois trans­crit « Tchâu­ra­pant­châ­çikâ », « Tchâaura pant­cha­çika », « Tschau­ra­pant­scha­sika », « Co­ra­pañcāśikā », « Chaura pan­cha­sika », « Chaura-pan­chā­çikā » ou « Chau­ra­pan­cha­shika ». Outre cette ap­pel­la­tion com­mu­né­ment em­ployée, les « Cin­quante Stances du vo­leur » portent en­core di­vers titres, se­lon les édi­tions, tels que : « बिल्हणपञ्चाशिका » (« Bil­haṇa­pañ­câśikâ »), c’est-à-dire les « Cin­quante Stances de Bil­haṇa », ou « चौरशतक » (« Cau­raśa­taka »), c’est-à-dire « La Cen­tu­rie du vo­leur » sur le mo­dèle de « La Cen­tu­rie d’Amaru ». Haut
  3. En sans­crit बिल्हण. Au­tre­fois trans­crit Bil­han. Haut
  1. Yama est en même temps le dieu des en­fers et le juge des morts. Haut
  2. p. 47. Haut