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le père Porée, «Le Paresseux : comédie»

dans « Théâtre européen, nouvelle collection. Théâtre latin moderne » (XIXᵉ siècle), p. 1-42

dans «Théâtre euro­péen, nou­velle col­lec­tion. Théâtre latin moderne» (XIXe siècle), p. 1-42

Il s’agit de la comé­die «Le Pares­seux» («Otio­sus») du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»**.

le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps

Voi­ci un pas­sage qui don­ne­ra une idée du style de la comé­die «Le Pares­seux» : «TIMANTE. — À quelle heure donc se lève-t-il?

ERGASTE. — À quelle heure? Il est plus facile de dire à quelle heure il ne se lève pas. À coup sûr, il ne se lève ni à quatre heures du matin, ni à cinq heures, ni à six heures, ni aux heures sui­vantes; mais dire à quelle heure il se lève, voi­là le hic! D’ordinaire, il se réveille entre neuf et dix heures du matin; mais une fois réveillé, n’espérez pas qu’il se lève. Don­nez-lui au moins une heure pour son réveil. Alors il m’appelle à quatre reprises; on dirait qu’il va sor­tir de son lit, vain effort! Il retombe sur sa couche, il se tourne à droite, il se tourne à gauche, jusqu’à ce qu’il soit tout à fait fati­gué de dor­mir. Tenez, je l’entends qui sonne. (On entend le bruit d’une son­nette.) C’est son pre­mier réveil de ce matin; mais il ne sera pas long­temps à se ren­dor­mir»***.

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* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome II. 1739-1748», p. 951. Haut

*** p. 6. Haut