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Pompignan, «Œuvres. Tome III»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de «La Tra­gé­die de Didon» et autres œuvres de Jean-Jacques Le Franc, mar­quis de Pom­pi­gnan, poète et magis­trat fran­çais, tra­duc­teur de l’hébreu, du grec, du latin, de l’anglais et de l’italien, traî­né dans la boue par Vol­taire et par les phi­lo­sophes (XVIIIe siècle). «Nous avons pris l’habitude de por­ter sur le XVIIIe siècle un juge­ment som­maire et sans appel», dit un his­to­rien*. «Vol­taire, Dide­rot, d’Alembert donnent à cette période intel­lec­tuelle sa signi­fi­ca­tion domi­nante. L’effort de ces puis­sants écri­vains fut si violent; l’appui tacite… qu’ils ren­con­trèrent chez leurs contem­po­rains fut si bien concer­té; la pro­tec­tion dont les cou­vrirent les poten­tats aida si bien leur pro­pa­gande… qu’à eux seuls les Ency­clo­pé­distes paraissent expri­mer les ten­dances morales de [tout] leur siècle». Mais à côté de cette uni­for­mi­té dans les ten­dances se dis­tinguent des figures diver­gentes, comme celle de Pom­pi­gnan : éclai­rées, mais farou­che­ment chré­tiennes; pro­tec­trices des inté­rêts popu­laires, mais rigou­reu­se­ment dévouées au Roi de France; des figures moyennes qui, sans renier les nou­veaux acquis de l’esprit humain, demeu­raient res­pec­tueuses envers les vieux sym­boles, et qui refu­saient de croire que, pour allu­mer le flam­beau de la phi­lo­so­phie, on devait éteindre celui de la chré­tien­té. Ces figures moyennes, dit Pom­pi­gnan, par­lant donc de lui-même**, «qui [ont peut-être réus­si] médio­cre­ment dans [leur] genre, n’ont pas du moins à se repro­cher d’avoir insul­té les mœurs, ni la reli­gion. Quoi qu’en disent les plai­sants du siècle, il vaut mieux encore ennuyer un peu son pro­chain, que de lui gâter le cœur ou l’esprit.» Telle était la posi­tion de Pom­pi­gnan lorsqu’arriva le 10 mars 1760, le jour de sa récep­tion à l’Académie fran­çaise au fau­teuil de Mau­per­tuis. Por­té à l’apogée de sa gloire, il crut un moment au bon­heur et eut l’audace d’ouvrir son dis­cours de récep­tion par des attaques imper­son­nelles contre les livres des Lumières, qu’il accu­sa de por­ter l’empreinte «d’une lit­té­ra­ture dépra­vée, d’une morale cor­rom­pue et d’une phi­lo­so­phie altière, qui sape éga­le­ment le trône et l’autel». Atta­quer ain­si en pleine séance les livres des gens de lettres dont il deve­nait le col­lègue, était une erreur ou à tout le moins une incon­ve­nance, que Pom­pi­gnan paya au cen­tuple. Une pluie d’injures, de libelles, de quo­li­bets, de facé­ties et, mal­heu­reu­se­ment, d’accusations men­son­gères s’abattit sur lui de la part des Ency­clo­pé­distes. «Il ne faut pas seule­ment le rendre ridi­cule», écri­vait Vol­taire à d’Alembert dans une lettre***, «il faut qu’il soit odieux. Met­tons-le hors d’état de nuire…» Le signal était don­né. Vol­taire, tou­jours adroit à manier l’arme de la malice, épui­sa, en prose et en vers, tous les moyens de rire aux dépens de Pom­pi­gnan et de ses «Poé­sies sacrées». Pas un jour ne se pas­sa sans qu’un trait acé­ré ne vînt s’ajouter à ceux de la veille

* Émile Vaïsse-Cibiel. Haut

** «Dis­cours pré­li­mi­naire aux “Poé­sies sacrées”» dans «Œuvres. Tome I». Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome VI. 1760-1762», p. 622. Haut

Pompignan, «Œuvres. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Odes» et autres œuvres de Jean-Jacques Le Franc, mar­quis de Pom­pi­gnan, poète et magis­trat fran­çais, tra­duc­teur de l’hébreu, du grec, du latin, de l’anglais et de l’italien, traî­né dans la boue par Vol­taire et par les phi­lo­sophes (XVIIIe siècle). «Nous avons pris l’habitude de por­ter sur le XVIIIe siècle un juge­ment som­maire et sans appel», dit un his­to­rien*. «Vol­taire, Dide­rot, d’Alembert donnent à cette période intel­lec­tuelle sa signi­fi­ca­tion domi­nante. L’effort de ces puis­sants écri­vains fut si violent; l’appui tacite… qu’ils ren­con­trèrent chez leurs contem­po­rains fut si bien concer­té; la pro­tec­tion dont les cou­vrirent les poten­tats aida si bien leur pro­pa­gande… qu’à eux seuls les Ency­clo­pé­distes paraissent expri­mer les ten­dances morales de [tout] leur siècle». Mais à côté de cette uni­for­mi­té dans les ten­dances se dis­tinguent des figures diver­gentes, comme celle de Pom­pi­gnan : éclai­rées, mais farou­che­ment chré­tiennes; pro­tec­trices des inté­rêts popu­laires, mais rigou­reu­se­ment dévouées au Roi de France; des figures moyennes qui, sans renier les nou­veaux acquis de l’esprit humain, demeu­raient res­pec­tueuses envers les vieux sym­boles, et qui refu­saient de croire que, pour allu­mer le flam­beau de la phi­lo­so­phie, on devait éteindre celui de la chré­tien­té. Ces figures moyennes, dit Pom­pi­gnan, par­lant donc de lui-même**, «qui [ont peut-être réus­si] médio­cre­ment dans [leur] genre, n’ont pas du moins à se repro­cher d’avoir insul­té les mœurs, ni la reli­gion. Quoi qu’en disent les plai­sants du siècle, il vaut mieux encore ennuyer un peu son pro­chain, que de lui gâter le cœur ou l’esprit.» Telle était la posi­tion de Pom­pi­gnan lorsqu’arriva le 10 mars 1760, le jour de sa récep­tion à l’Académie fran­çaise au fau­teuil de Mau­per­tuis. Por­té à l’apogée de sa gloire, il crut un moment au bon­heur et eut l’audace d’ouvrir son dis­cours de récep­tion par des attaques imper­son­nelles contre les livres des Lumières, qu’il accu­sa de por­ter l’empreinte «d’une lit­té­ra­ture dépra­vée, d’une morale cor­rom­pue et d’une phi­lo­so­phie altière, qui sape éga­le­ment le trône et l’autel». Atta­quer ain­si en pleine séance les livres des gens de lettres dont il deve­nait le col­lègue, était une erreur ou à tout le moins une incon­ve­nance, que Pom­pi­gnan paya au cen­tuple. Une pluie d’injures, de libelles, de quo­li­bets, de facé­ties et, mal­heu­reu­se­ment, d’accusations men­son­gères s’abattit sur lui de la part des Ency­clo­pé­distes. «Il ne faut pas seule­ment le rendre ridi­cule», écri­vait Vol­taire à d’Alembert dans une lettre***, «il faut qu’il soit odieux. Met­tons-le hors d’état de nuire…» Le signal était don­né. Vol­taire, tou­jours adroit à manier l’arme de la malice, épui­sa, en prose et en vers, tous les moyens de rire aux dépens de Pom­pi­gnan et de ses «Poé­sies sacrées». Pas un jour ne se pas­sa sans qu’un trait acé­ré ne vînt s’ajouter à ceux de la veille

* Émile Vaïsse-Cibiel. Haut

** «Dis­cours pré­li­mi­naire aux “Poé­sies sacrées”» dans «Œuvres. Tome I». Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome VI. 1760-1762», p. 622. Haut

Pompignan, «Œuvres. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Poé­sies sacrées» et autres œuvres de Jean-Jacques Le Franc, mar­quis de Pom­pi­gnan, poète et magis­trat fran­çais, tra­duc­teur de l’hébreu, du grec, du latin, de l’anglais et de l’italien, traî­né dans la boue par Vol­taire et par les phi­lo­sophes (XVIIIe siècle). «Nous avons pris l’habitude de por­ter sur le XVIIIe siècle un juge­ment som­maire et sans appel», dit un his­to­rien*. «Vol­taire, Dide­rot, d’Alembert donnent à cette période intel­lec­tuelle sa signi­fi­ca­tion domi­nante. L’effort de ces puis­sants écri­vains fut si violent; l’appui tacite… qu’ils ren­con­trèrent chez leurs contem­po­rains fut si bien concer­té; la pro­tec­tion dont les cou­vrirent les poten­tats aida si bien leur pro­pa­gande… qu’à eux seuls les Ency­clo­pé­distes paraissent expri­mer les ten­dances morales de [tout] leur siècle». Mais à côté de cette uni­for­mi­té dans les ten­dances se dis­tinguent des figures diver­gentes, comme celle de Pom­pi­gnan : éclai­rées, mais farou­che­ment chré­tiennes; pro­tec­trices des inté­rêts popu­laires, mais rigou­reu­se­ment dévouées au Roi de France; des figures moyennes qui, sans renier les nou­veaux acquis de l’esprit humain, demeu­raient res­pec­tueuses envers les vieux sym­boles, et qui refu­saient de croire que, pour allu­mer le flam­beau de la phi­lo­so­phie, on devait éteindre celui de la chré­tien­té. Ces figures moyennes, dit Pom­pi­gnan, par­lant donc de lui-même**, «qui [ont peut-être réus­si] médio­cre­ment dans [leur] genre, n’ont pas du moins à se repro­cher d’avoir insul­té les mœurs, ni la reli­gion. Quoi qu’en disent les plai­sants du siècle, il vaut mieux encore ennuyer un peu son pro­chain, que de lui gâter le cœur ou l’esprit.» Telle était la posi­tion de Pom­pi­gnan lorsqu’arriva le 10 mars 1760, le jour de sa récep­tion à l’Académie fran­çaise au fau­teuil de Mau­per­tuis. Por­té à l’apogée de sa gloire, il crut un moment au bon­heur et eut l’audace d’ouvrir son dis­cours de récep­tion par des attaques imper­son­nelles contre les livres des Lumières, qu’il accu­sa de por­ter l’empreinte «d’une lit­té­ra­ture dépra­vée, d’une morale cor­rom­pue et d’une phi­lo­so­phie altière, qui sape éga­le­ment le trône et l’autel». Atta­quer ain­si en pleine séance les livres des gens de lettres dont il deve­nait le col­lègue, était une erreur ou à tout le moins une incon­ve­nance, que Pom­pi­gnan paya au cen­tuple. Une pluie d’injures, de libelles, de quo­li­bets, de facé­ties et, mal­heu­reu­se­ment, d’accusations men­son­gères s’abattit sur lui de la part des Ency­clo­pé­distes. «Il ne faut pas seule­ment le rendre ridi­cule», écri­vait Vol­taire à d’Alembert dans une lettre***, «il faut qu’il soit odieux. Met­tons-le hors d’état de nuire…» Le signal était don­né. Vol­taire, tou­jours adroit à manier l’arme de la malice, épui­sa, en prose et en vers, tous les moyens de rire aux dépens de Pom­pi­gnan et de ses «Poé­sies sacrées». Pas un jour ne se pas­sa sans qu’un trait acé­ré ne vînt s’ajouter à ceux de la veille

* Émile Vaïsse-Cibiel. Haut

** «Dis­cours pré­li­mi­naire aux “Poé­sies sacrées”» dans «Œuvres. Tome I». Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome VI. 1760-1762», p. 622. Haut

le père Porée, «Le Paresseux : comédie»

dans « Théâtre européen, nouvelle collection. Théâtre latin moderne » (XIXᵉ siècle), p. 1-42

dans «Théâtre euro­péen, nou­velle col­lec­tion. Théâtre latin moderne» (XIXe siècle), p. 1-42

Il s’agit de la comé­die «Le Pares­seux» («Otio­sus») du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut

le père Porée, «Le Joueur : comédie»

dans « Théâtre européen, nouvelle collection. Théâtre latin moderne » (XIXᵉ siècle), p. 43-76

dans «Théâtre euro­péen, nou­velle col­lec­tion. Théâtre latin moderne» (XIXe siècle), p. 43-76

Il s’agit de la comé­die «Le Joueur» («Alea­tor») du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut

«Théâtre jésuite néo-latin et Antiquité : sur le “Brutus” de Charles Porée (1708)»

éd. École française de Rome, coll. de l’École française de Rome, Rome

éd. École fran­çaise de Rome, coll. de l’École fran­çaise de Rome, Rome

Il s’agit de la tra­gé­die «Bru­tus» du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut

le père Porée, «“De theatro”, Discours sur les spectacles»

éd. Société de littératures classiques, coll. des Rééditions de textes du XVIIᵉ siècle, Toulouse

éd. Socié­té de lit­té­ra­tures clas­siques, coll. des Réédi­tions de textes du XVIIe siècle, Tou­louse

Il s’agit du «Dis­cours sur les spec­tacles» («De thea­tro») du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut

le père Porée, «Discours sur la satire»

éd. H. Champion, coll. L’Âge des lumières, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. L’Âge des lumières, Paris

Il s’agit du «Dis­cours sur la satire» («De saty­ra») du père Charles Porée, jésuite fran­çais d’expression latine, le pro­fes­seur le plus admi­ré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut jamais pour le père Porée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­ti­né à occu­per le reli­gieux pen­dant ses pre­mières années de sacer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un modèle de ces péda­gogues per­pé­tuels, ces «magis­tri per­pe­tui», qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre emploi pour les facul­tés de leur esprit. Sitôt sa for­ma­tion reli­gieuse ter­mi­née, le père Porée fut char­gé d’une classe; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trou­va encore à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Durant toutes ces décen­nies, il ne sor­tit presque jamais du col­lège, tran­chant ain­si avec les habi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Rapin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il ensei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais encore il vivait avec eux, il démê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il savait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand enfin il les ren­dait à la socié­té qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves demeu­raient ses amis, et tous se fai­saient un devoir de le consul­ter dans les grandes occa­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Porée, qui avait devi­né et encou­ra­gé ses pre­miers suc­cès, disait par­fois, en enten­dant par­ler de son irré­li­gion : «C’est ma gloire et ma honte». Mais au fond de lui, il aimait trop les talents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flat­té d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Porée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : «Rien n’effacera dans mon cœur la mémoire du père Porée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Jamais homme ne ren­dit l’étude et la ver­tu plus aimable. Les heures de ses leçons étaient pour nous des heures déli­cieuses, et j’aurais vou­lu qu’il eût été éta­bli* dans Paris comme dans Athènes que l’on pût assis­ter à tout âge à de telles leçons. Je serais reve­nu sou­vent les entendre… Enfin, pen­dant les sept années que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui]? La vie la plus labo­rieuse, la plus fru­gale, la plus réglée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère»

* «Éta­bli» au sens d’«admis». Haut