le père Porée, « Discours sur la satire »

éd. H. Champion, coll. L’Âge des lumières, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. L’Âge des lu­mières, Pa­ris

Il s’agit du « Dis­cours sur la sa­tire » (« De sa­tyra ») du père Charles Po­rée, jé­suite fran­çais d’expression la­tine, le pro­fes­seur le plus ad­miré de son temps (XVIIIe siècle). Le pro­fes­so­rat ne fut ja­mais pour le père Po­rée ce qu’il était pour la plu­part de ses col­lègues — un passe-temps pro­vi­soire, des­tiné à oc­cu­per le re­li­gieux pen­dant ses pre­mières an­nées de sa­cer­doce. On trouve au contraire en sa per­sonne un mo­dèle de ces pé­da­gogues per­pé­tuels, ces « ma­gis­tri per­pe­tui », qui se vouent pour la vie à l’éducation de la jeu­nesse, sans cher­cher d’autre em­ploi pour les fa­cul­tés de leur es­prit. Si­tôt sa for­ma­tion re­li­gieuse ter­mi­née, le père Po­rée fut chargé d’une classe ; qua­rante-huit ans après, quand la mort vint le sur­prendre, elle le trouva en­core à son poste au col­lège Louis-le-Grand. Du­rant toutes ces dé­cen­nies, il ne sor­tit presque ja­mais du col­lège, tran­chant ainsi avec les ha­bi­tudes mon­daines des Bou­hours, des Ra­pin, des La Rue, dont il se mon­tra pour­tant le digne suc­ces­seur. Non seule­ment il en­sei­gnait l’amour des belles-lettres à ses élèves, mais en­core il vi­vait avec eux, il dé­mê­lait leurs dis­po­si­tions, il par­lait à leur cœur, il sa­vait à l’avance leurs ver­tus, leurs vices, et quand en­fin il les ren­dait à la so­ciété qui les lui avait confiés, il pou­vait dire sur quels hommes elle pou­vait comp­ter. Ses élèves de­meu­raient ses amis, et tous se fai­saient un de­voir de le consul­ter dans les grandes oc­ca­sions de la vie et de suivre son avis. Vol­taire fut de leur nombre, et le père Po­rée, qui avait de­viné et en­cou­ragé ses pre­miers suc­cès, di­sait par­fois, en en­ten­dant par­ler de son ir­ré­li­gion : « C’est ma gloire et ma honte ». Mais au fond de lui, il ai­mait trop les ta­lents lit­té­raires et il en était trop bon juge pour ne pas être flatté d’avoir contri­bué à ceux d’un tel élève. On cite sou­vent la lettre écrite par Vol­taire après la mort du père Po­rée, et où le dis­ciple fait de son maître cet éloge : « Rien n’effacera dans mon cœur la mé­moire du père Po­rée, qui est éga­le­ment chère à tous ceux qui ont étu­dié sous lui. Ja­mais homme ne ren­dit l’étude et la vertu plus ai­mable. Les heures de ses le­çons étaient pour nous des heures dé­li­cieuses, et j’aurais voulu qu’il eût été éta­bli1 dans Pa­ris comme dans Athènes que l’on pût as­sis­ter à tout âge à de telles le­çons. Je se­rais re­venu sou­vent les en­tendre… En­fin, pen­dant les sept an­nées que j’ai vécu en [son col­lège], qu’ai-je vu chez [lui] ? La vie la plus la­bo­rieuse, la plus fru­gale, la plus ré­glée. Toutes ses heures par­ta­gées entre les soins qu’[il] nous don­nait et les exer­cices de sa pro­fes­sion aus­tère »2.

le pro­fes­seur le plus ad­miré de son temps

Voici un pas­sage qui don­nera une idée du style du « Dis­cours sur la sa­tire » : « La sa­tire as­saille sans pi­tié la ré­volte ar­mée dans les camps, la pa­resse sous les tentes, l’impiété dans les temples, l’injustice sur les sièges des juges, la ra­pa­cité dans le comp­toir des ques­teurs, la mol­lesse dans le lit des riches, l’obscurité de la nais­sance dans les car­rosses, l’incompétence sur les chaires ; en un mot, où que le vice se cache, elle le dé­voile, l’assaille et le roue de coups. Non certes au moyen du glaive dont se sert la jus­tice ven­ge­resse, mais cer­tai­ne­ment pas non plus avec une arme in­of­fen­sive. Qu’ils disent à quel point ses pointes sont re­dou­tables, ces an­ciens Ro­mains qui, “si­tôt que… l’ardent Lu­ci­lius fai­sait briller son vers comme une lame d’épée”3, ruis­se­laient de sueur froide »4.

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  1. « Éta­bli » au sens d’« ad­mis ». Haut
  2. « Cor­res­pon­dance. Tome II. 1739-1748 », p. 951. Haut
  1. Ju­vé­nal, « Sa­tires », poème I. Haut
  2. p. 151 & 153. Haut