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Mot-clefAlexis Vasilievitch Koltsov

auteur

«Koltsov (1809-1842)»

dans « La Littérature russe : notices et extraits des principaux auteurs depuis les origines jusqu’à nos jours », XIXᵉ siècle

dans «La Lit­té­ra­ture russe : notices et extraits des prin­ci­paux auteurs depuis les ori­gines jusqu’à nos jours», XIXe siècle

Il s’agit du «Fau­cheur» («Kos­sar»*) et autres poèmes d’Alexis Vasi­lie­vitch Kolt­sov**, poète russe (XIXe siècle). Son père était mar­chand de bœufs; et sa mère, issue d’une famille qui se livrait au même négoce, était illet­trée. Né au plein cœur de la steppe, qui lui ser­vit de pre­mière école, en même temps que de confi­dente des mou­ve­ments les plus intimes de son cœur, le futur poète fut éle­vé à la diable, sans sur­veillance, jouant avec les gamins des rues et bar­bo­tant à son aise dans la boue. C’est bien à lui qu’on appli­que­ra cette parole de La Bruyère : «L’on voit cer­tains ani­maux farouches, répan­dus par la cam­pagne, noirs, livides et tout brû­lés du soleil, atta­chés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opi­niâ­tre­té invin­cible; ils ont comme une voix arti­cu­lée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine; et en effet, ils sont des hommes». Il avait déjà neuf ans lorsqu’on son­gea à l’envoyer à l’école. Il n’y res­ta même pas un an et demi. Dès qu’il sut écrire et comp­ter, son père le prit à la mai­son pour éco­no­mi­ser le trai­te­ment d’un com­mis. Le petit Alexis connais­sait à peine l’orthographe et il res­ta pour tou­jours brouillé avec elle, ain­si qu’avec la ponc­tua­tion et par­fois même avec la gram­maire. Mais la lec­ture était sa pas­sion, et le peu d’argent qu’on lui don­nait pour des frian­dises, il le consa­crait à ache­ter les volumes des «Mille et une Nuits». Il avait quinze ans lorsqu’un ami, fau­ché par une mort pré­ma­tu­rée, eut l’idée de lui léguer toute sa biblio­thèque : soixante-dix volumes. Quel tré­sor! Mais son père ne lui lais­sait guère le temps d’en jouir. Il fal­lait sans cesse l’accompagner dans les bazars pour ache­ter des bes­tiaux qu’ils engrais­saient sur la steppe et qu’ils reven­daient à l’une des nom­breuses fon­de­ries de suif. «Je suis enchaî­né par ma situa­tion», dit Kolt­sov***. «Mau­dit métier! Que suis-je? Un homme sans indi­vi­dua­li­té, sans parole, sans rien. Une lamen­table créa­ture, un misé­rable être qui n’est bon qu’à traî­ner de l’eau et du bois, un mer­can­ti, un grippe-sou, un juif, un Tzi­gane, une canaille, voi­là ce que je dois être.»

* En russe «Косарь». Haut

** En russe Алексей Васильевич Кольцов. Par­fois trans­crit Alek­sej Vasil’evič Kol’cov, Alexei Was­sil­je­witsch Kol­zow, Alexis-Vas­si­lie­vitsch Kolt­zof, Alexis Vas­si­lié­vitch Kolt­zov ou Alek­sey Vasi­lye­vitch Kolt­soff. Haut

*** «Un Poète russe : Alexis Kolt­sov», p. 551. Haut

«Un Poète russe : Alexis Koltsov»

dans « Le Correspondant », vol. 246, p. 541-553

dans «Le Cor­res­pon­dant», vol. 246, p. 541-553

Il s’agit du «Grand Mys­tère» («Véli­kaïa Taï­na»*) et autres poèmes d’Alexis Vasi­lie­vitch Kolt­sov**, poète russe (XIXe siècle). Son père était mar­chand de bœufs; et sa mère, issue d’une famille qui se livrait au même négoce, était illet­trée. Né au plein cœur de la steppe, qui lui ser­vit de pre­mière école, en même temps que de confi­dente des mou­ve­ments les plus intimes de son cœur, le futur poète fut éle­vé à la diable, sans sur­veillance, jouant avec les gamins des rues et bar­bo­tant à son aise dans la boue. C’est bien à lui qu’on appli­que­ra cette parole de La Bruyère : «L’on voit cer­tains ani­maux farouches, répan­dus par la cam­pagne, noirs, livides et tout brû­lés du soleil, atta­chés à la terre qu’ils fouillent et qu’ils remuent avec une opi­niâ­tre­té invin­cible; ils ont comme une voix arti­cu­lée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine; et en effet, ils sont des hommes». Il avait déjà neuf ans lorsqu’on son­gea à l’envoyer à l’école. Il n’y res­ta même pas un an et demi. Dès qu’il sut écrire et comp­ter, son père le prit à la mai­son pour éco­no­mi­ser le trai­te­ment d’un com­mis. Le petit Alexis connais­sait à peine l’orthographe et il res­ta pour tou­jours brouillé avec elle, ain­si qu’avec la ponc­tua­tion et par­fois même avec la gram­maire. Mais la lec­ture était sa pas­sion, et le peu d’argent qu’on lui don­nait pour des frian­dises, il le consa­crait à ache­ter les volumes des «Mille et une Nuits». Il avait quinze ans lorsqu’un ami, fau­ché par une mort pré­ma­tu­rée, eut l’idée de lui léguer toute sa biblio­thèque : soixante-dix volumes. Quel tré­sor! Mais son père ne lui lais­sait guère le temps d’en jouir. Il fal­lait sans cesse l’accompagner dans les bazars pour ache­ter des bes­tiaux qu’ils engrais­saient sur la steppe et qu’ils reven­daient à l’une des nom­breuses fon­de­ries de suif. «Je suis enchaî­né par ma situa­tion», dit Kolt­sov***. «Mau­dit métier! Que suis-je? Un homme sans indi­vi­dua­li­té, sans parole, sans rien. Une lamen­table créa­ture, un misé­rable être qui n’est bon qu’à traî­ner de l’eau et du bois, un mer­can­ti, un grippe-sou, un juif, un Tzi­gane, une canaille, voi­là ce que je dois être.»

* En russe «Великая Тайна». Haut

** En russe Алексей Васильевич Кольцов. Par­fois trans­crit Alek­sej Vasil’evič Kol’cov, Alexei Was­sil­je­witsch Kol­zow, Alexis-Vas­si­lie­vitsch Kolt­zof, Alexis Vas­si­lié­vitch Kolt­zov ou Alek­sey Vasi­lye­vitch Kolt­soff. Haut

*** «Un Poète russe : Alexis Kolt­sov», p. 551. Haut