Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefCharles Genequand : traducteur ou traductrice

Ibn Bâğğa (Avempace), « La Conduite de l’isolé et Deux Autres Épîtres »

éd. J. Vrin, coll. Textes et Traditions, Paris

éd. J. Vrin, coll. Textes et Traditions, Paris

Il s’agit de la « Conduite de l’isolé » (« Tadbîr al-mutawaḥḥid » *), l’« Épître d’adieu » (« Risâlat al-wadâ‘ » **) et la « Conjonction de l’intellect avec l’homme » (« Ittiṣâl al-‘aql bi-al-insân » ***) d’Ibn Bâğğa ****. Cet Arabe d’Espagne, dont le nom sera corrompu en celui d’Aben Bache, Avempache ou Avempace *****, fut le premier homme d’Andalousie à avoir cultivé avec succès toutes les sciences ; car, outre ses connaissances étendues dans la médecine, les mathématiques, les sciences physiques et la musique, il joignit à une intelligence profonde et pénétrante un talent distingué pour la philosophie. Il mourut à un âge peu avancé en 1138 apr. J.-C. Quelques-uns rapportent qu’il fut empoisonné par des médecins, dont il avait excité la jalousie. Son illustre successeur, Ibn Thofaïl, lui rendra cet hommage d’avoir surpassé tous « les hommes d’un esprit supérieur qui ont vécu en Andalousie » ; mais, en même temps, il regrettera que les affaires de ce monde et une mort prématurée n’aient pas permis à Ibn Bâğğa de partager les trésors de sa science ; car, dira-t-il ******, « la plupart des ouvrages qu’on trouve de lui manquent de fini et sont tronqués à la fin… Quant à ses écrits achevés, ce sont des abrégés et de petits traités rédigés à la hâte. Il en fait lui-même l’aveu : il déclare que la thèse dont il s’est proposé la démonstration dans le traité de la “Conjonction de l’intellect avec l’homme”, ce traité n’en peut donner une idée claire qu’au prix de beaucoup de peine et de fatigue… et que, s’il en pouvait trouver le temps, il les remanierait volontiers ». Ses principaux écrits philosophiques, qui sont les trois signalés plus haut, portent sur le but final de l’existence humaine, qui est d’entrer dans une union (une « conjonction ») de plus en plus étroite avec l’intellect. En effet, selon Ibn Bâğğa, l’intellect est l’essence et la nature de l’homme, comme le tranchant est l’essence et la nature du couteau ; et si c’est par les actes corporels que l’homme existe, c’est seulement par les actes intellectuels qu’il est divin : « L’intellect est donc l’existant le plus cher à Dieu Très-Haut, et lorsque l’homme atteint cet intellect lui-même… cet homme a atteint la chose créée la plus chère à Dieu » *******. Cette théorie de l’intellect est empruntée à l’« Éthique à Nicomaque » ; mais ce qui importe ici, c’est que grâce à elle s’entama le moment andalou de la pensée musulmane. Lisez la suite›

* En arabe « تدبير المتوحد ». Parfois transcrit « Tadbîr el-motawahhid ».

** En arabe « رسالة الوداع ».

*** En arabe « اتصال العقل بالإنسان ». Parfois transcrit « Ittiṣāl al-‘aḳl bi-l-insān ».

**** En arabe ابن باجة. Parfois transcrit Ebn Bagiah, Ebn Bageh, Ebn-Bajah, Abenbeja, Ibn Bâdjeh, Ibn Bajjah, Ibn Bâjja, Ibn Bâddja, Ibn Bâdja ou Ibn Bādjdja. Également connu sous le surnom d’Ibn al-Ṣā’iġ (ابن الصائغ), c’est-à-dire « Fils de l’Orfèvre ». Parfois transcrit Ebn al-Saïegh, Ebn Alsaïeg, Ibn-al-Sayegh, Ibn-al-Çayeg, Ibn eç-Çâ’igh ou Ibn al-Sa’igh.

***** Parfois transcrit Avenpace ou Avempeche.

****** « Hayy ben Yaqdhân ; traduction par Léon Gauthier », p. 11.

******* p. 163.