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le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Journal de voyage d’un jeune noble savoyard à Paris en 1766-1767»

éd. Presses universitaires du Septentrion, coll. Documents et témoignages, Villeneuve-d’Ascq

éd. Presses uni­ver­si­taires du Sep­ten­trion, coll. Docu­ments et témoi­gnages, Villeneuve-d’Ascq

Il s’agit du «Jour­nal de voyage à Paris en 1766-1767» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Mélanges tirés d’un por­te­feuille mili­taire» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mélanges tirés d’un portefeuille militaire. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Mélanges tirés d’un por­te­feuille mili­taire» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Un Homme d’autrefois : souvenirs recueillis par son arrière-petit-fils»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’«Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut