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Mot-cleféthiopien

pays, gen­ti­lé ou langue

«L’Histoire d’Aḥiqar en éthiopien»

dans « Annales d’Éthiopie », vol. 11, p. 141-152

dans «Annales d’Éthiopie», vol. 11, p. 141-152

Il s’agit de la ver­sion éthio­pienne de l’«His­toire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien», un conte qui existe dans presque toutes les langues du Proche-Orient antique (VIIe av. J.-C.). Voi­ci le résu­mé de ce conte : Aḥi­qar* était un homme ver­tueux et un conseiller des rois d’Assyrie. N’ayant pas de fils, il adop­ta le fils de sa sœur, Nadan. Il l’éleva et lui adres­sa une pre­mière série de leçons, sous forme de maximes et de pro­verbes. Plus tard, empê­ché par les infir­mi­tés de la vieillesse de rem­plir ses fonc­tions, Aḥi­qar pré­sen­ta Nadan comme son suc­ces­seur. Com­blé d’honneurs, Nadan ne tar­da pas à faire preuve de la plus noire ingra­ti­tude. Il tra­hit indi­gne­ment son père adop­tif et bien­fai­teur : il le calom­nia auprès du roi Assa­rhad­don (de l’an 680 à l’an 669 av. J.-C.), lequel ordon­na sa mort. Cepen­dant, le bour­reau était un obli­gé d’Aḥiqar et ne rem­plit pas l’ordre don­né. Il exé­cu­ta un autre cri­mi­nel, dont il appor­ta la tête au roi, et tint Aḥi­qar caché. Enhar­di par la nou­velle de la mort du conseiller royal, le pha­raon d’Égypte lan­ça au roi le défi de résoudre plu­sieurs énigmes per­fides, sous peine d’avoir à lui payer un tri­but. Sor­ti de sa cachette, Aḥi­qar alla en Égypte, répon­dit aux énigmes du pha­raon et, à son retour, deman­da que Nadan lui fût livré. Il le frap­pa de mille coups, pour faire entrer la sagesse «par der­rière son dos»** puisqu’elle n’avait pu entrer par les oreilles, et lui adres­sa une deuxième série de leçons, sous forme de fables, et des­ti­nées à prou­ver qu’il valait mieux vivre dans une hutte en homme juste que dans un palais en cri­mi­nel.

* En ara­méen אחיקר, en syriaque ܐܚܝܩܪ. Par­fois trans­crit Achi­char, Achi­qar, Achi­kar, Aḥi­car ou Aḥi­kar. On ren­contre aus­si la gra­phie Ḥiqar (ܚܝܩܪ). Par­fois trans­crit Hai­qâr, Haï­kar, Hey­car, Hicar, Khi­kar ou Ḥikar. Haut

** «His­toire et Sagesse d’Aḥikar l’Assyrien; tra­duc­tion des ver­sions syriaques par Fran­çois Nau», p. 236. Haut

Jean de Nikiou, «Chronique»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la Chro­nique de l’évêque Jean de Nikiou*, his­toire uni­ver­selle qui com­mence à Adam et Ève pour aller jusqu’au VIIe siècle apr. J.-C., où elle fut écrite. Comme on s’y atten­drait, l’étendue des cha­pitres et leur inté­rêt vont crois­sant à mesure qu’on approche de l’époque de l’auteur et culminent avec la conquête de l’Égypte par les musul­mans, dont la Chro­nique offre un témoi­gnage ocu­laire de pre­mière impor­tance. L’original copte fut, à une époque incer­taine, tra­duit en arabe, et de l’arabe en éthio­pien. Nous n’avons plus que cette der­nière ver­sion (XVIIe siècle apr. J.-C.). Elle est due à un diacre égyp­tien (nom­mé Gabriel) émi­gré en Éthio­pie et qui devait savoir mal la langue indi­gène, car il a vu sa copie révi­sée par un let­tré éthio­pien (nom­mé Mĕḫĕrkā Dĕngĕl**). Nous savons peu de choses sur l’auteur ori­gi­nal (Jean) qui s’est modes­te­ment abs­te­nu de par­ler de lui-même. La ville dont il était l’évêque s’appelait Nikious ou Nikiou***, et ses ruines se situent près de l’actuelle ville de Menouf, au Nord de l’Égypte. Dans la pré­face pla­cée au com­men­ce­ment du livre par le tra­duc­teur arabe et repro­duite dans la ver­sion éthio­pienne, le nom de Jean est accom­pa­gné du titre de «mudab­bar»**** ou «mudabbĕr»*****, du mot arabe «mudab­bir»******admi­nis­tra­teur»), qui désigne ici un «rec­teur des cou­vents». Or, l’évêque Sévère, dans son «His­toire des patriarches d’Alexandrie», dit que ce titre de «mudab­bir» avait été confé­ré à Jean par le patriarche Simon, mais qu’il en fut déchu sous ce même patriarche dans les cir­cons­tances que voi­ci : Il arri­va que quelques moines enle­vèrent une jeune reli­gieuse, l’amenèrent dans la val­lée de Habib et la vio­lèrent. Sur l’ordre de Jean, les auteurs du méfait subirent une puni­tion si sévère, que l’un d’eux en mou­rut dix jours après. Alors, les autres évêques de la contrée se réunirent; et Jean, pour avoir excé­dé les limites du châ­ti­ment cor­po­rel per­mis, fut pri­vé de son titre de «mudab­bir», inter­dit des fonc­tions épis­co­pales et réduit à la condi­tion d’un simple moine. On peut donc pré­su­mer qu’il écri­vit sa Chro­nique peu avant sa des­ti­tu­tion, entre les années 692 et 700.

* Par­fois trans­crit Jean de Nikiu. Haut

** En éthio­pien ምኅርካ ፡ ድንግል ፡. Haut

*** En grec Νικίους ou Νικίου. Haut

**** En éthio­pien ሙደበር ፡. Autre­fois trans­crit «mou­dab­bar». Haut

***** En éthio­pien ሙደብር ፡. Autre­fois trans­crit «mou­dab­ber». Haut

****** En arabe مدبّر. Autre­fois trans­crit «mou­dab­bir». Haut