Mot-clefJamîl ibn Ma‘mar

au­teur

Jamîl, « Élégie »

dans « Journal des savants », 1829, p. 419-420

dans « Jour­nal des sa­vants », 1829, p. 419-420

Il s’agit de Ja­mîl ibn Ma‘mar1 (VIIe siècle apr. J.-C.), poète arabe qui de­vint cé­lèbre par la ten­dresse de ses sen­ti­ments et la constance de son amour en­vers Bu­thayna2 au point qu’on le sur­nomma Ja­mîl Bu­thayna3 (« le Ja­mîl de Bu­thayna »). On ra­conte que la pre­mière fois que Ja­mîl s’attacha à Bu­thayna fut lorsqu’il alla un jour abreu­ver son bé­tail. Il s’endormit, lais­sant ses cha­meaux re­mon­ter la val­lée au bord de la­quelle était ins­tallé le clan de Bu­thayna. Celle-ci, en al­lant pui­ser de l’eau avec une voi­sine, passa près des cha­meaux et les chassa. Elle n’était en­core qu’une fillette. Ja­mîl l’insulta ; elle lui ré­pon­dit par des raille­ries qu’il trouva agréables. Alors, il com­posa le poème sui­vant : « Ô Bu­thayna, ce sont des in­sultes qui ont dé­clen­ché notre amour dans la val­lée de Bag­hîd. Nous lui avons adressé des pro­pos aux­quels elle ré­pon­dit par des pa­roles sem­blables. C’est vrai, ô Bu­thayna, que chaque pa­role ap­pelle une ré­ponse »4. Il prit, par la suite, l’habitude de lui rendre vi­site en l’absence des hommes du clan et de ba­var­der avec elle, jusqu’au mo­ment où l’on eut vent de l’affaire. Il de­manda sa main, mais on la lui re­fusa. Lorsqu’on la ma­ria, il conti­nua à la ren­con­trer chez elle à l’insu de son mari. On s’en plai­gnit au gou­ver­neur, et ce­lui-ci or­donna qu’au cas où Ja­mîl ren­drait vi­site à Bu­tayna, il se­rait per­mis de ver­ser son sang. Ja­mîl s’enfuit au Yé­men ; mais chaque nuit, il gra­vis­sait les dunes du dé­sert pour res­pi­rer le vent qui ve­nait du pays de Bu­thayna : « Ne vois-tu pas com­bien je suis éperdu et que mon corps est dé­fait ? Un souffle seule­ment de par­fum de Bu­thayna… il faut si peu à mon âme et même moins que si peu »5. On dit que Ja­mîl mou­rut en Égypte peu de temps après. Lorsque la nou­velle de sa mort fut par­ve­nue à la Mecque, et que Bu­thayna, après avoir in­ter­rogé le por­teur de cette fa­tale nou­velle, ne put plus dou­ter de la perte de son amant, elle ex­prima sa dou­leur par les vers sui­vants, les seuls qui se soient conser­vés de sa poé­sie : « Certes, l’heure où j’oublierai le sou­ve­nir de Ja­mîl, est une heure que le cours du temps n’a point en­core ame­née ; et puisse-t-elle ne ja­mais ar­ri­ver ! Ô Ja­mîl, ô fils de Ma‘mar, quand la mort t’aura frappé, que m’importe d’éprouver les tour­ments de la vie ou de goû­ter ses dou­ceurs ! »

  1. En arabe جميل بن معمر. Par­fois trans­crit Ge­mil, Djé­mil, Ǧamīl ou Djamīl. Haut
  2. En arabe بثينة. Par­fois trans­crit Bo­çaïna, Bo­théina, Bo­theï­nah, Bo­taïna, Bo­taï­nah, Buṯayna, Bu­tay­nah, Bo­thayna ou Bou­thayna. On ren­contre aussi la gra­phie Bathna (بثنة) dont Bu­thayna est le di­mi­nu­tif. Haut
  3. En arabe جميل بثينة. Haut
  1. Dans Abû al-Fa­raj, « La Femme arabe dans “Le Livre des chants” », p. 76. Haut
  2. Dans Jean-Claude Va­det, « L’Esprit cour­tois en Orient », p. 365. Haut