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Mot-clefPierre Kaser

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Yuan Mei, «Ce dont le Maître ne parle pas, “Zi bu yu” : contes»

dans « Le Visage vert », nº 16, p. 65-82

dans «Le Visage vert», no 16, p. 65-82

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de «Ce dont le Maître ne par­lait pas» («Zi bu yu»*) de Yuan Mei, col­lec­tion chi­noise de contes, d’historiettes, de faits divers, met­tant en scène toutes sortes d’esprits ou d’êtres sur­na­tu­rels (XVIIIe siècle). Le titre ren­voie au pas­sage sui­vant des «Entre­tiens de Confu­cius» : «Le Maître ne trai­tait ni des pro­diges, ni de la vio­lence, ni du désordre, ni des esprits»**. Or, tels sont jus­te­ment les thèmes qui sont abor­dés avec pré­di­lec­tion dans «Ce dont le Maître ne par­lait pas». Par la suite, sans doute pour évi­ter de trop se com­pro­mettre aux yeux des bien-pen­sants, Yuan Mei chan­gea ce titre quelque peu fron­deur par celui de «Nou­veau “Qi xie”» («Xin “Qi xie”»***) tiré, cette fois-ci, de «L’Œuvre com­plète» de Tchouang-tseu, où il est ques­tion d’un livre ou d’un homme qui aurait recueilli des légendes et qui se serait appe­lé Qi xie. Yuan Mei s’empara donc de cette appel­la­tion obs­cure pour en tirer une nou­velle, volon­tai­re­ment énig­ma­tique, et sur laquelle ses adver­saires ne pou­vaient faire que des conjec­tures, en l’absence de toute autre expli­ca­tion. «Aux yeux de la pos­té­ri­té, le renom de Yuan Mei tient sur­tout à l’originalité et au charme de sa poé­sie. Le “Zi bu yu” n’est sou­vent consi­dé­ré que comme une œuvre mineure, sinon même indigne de son auteur», explique M. Jean-Pierre Dié­ny****. Dans un XVIIIe siècle mar­qué, en Chine, par une éclo­sion de contes, le recueil de Yuan Mei fait, en effet, modeste figure aux côtés de deux recueils plus impor­tants : les «Contes extra­or­di­naires du pavillon des loi­sirs» du sublime Pu Son­gling, qui mou­rut un an avant la nais­sance de Yuan Mei, et les «Notes de la chau­mière des obser­va­tions sub­tiles» de l’érudit Ji Yun, son cadet de quelques années. En ban­nis­sant de sa prose les élé­gances de la poé­sie, en ne cher­chant l’inspiration que dans les confi­dences de parents et d’amis, en abor­dant le sexe jusque dans ses aspects les moins atten­dus, Yuan Mei est par trop désin­volte, et les herbes folles abondent dans son ouvrage. Il le pré­sente avec rai­son, dans sa pré­face, comme un recueil «de récits abra­ca­da­brants, sans pro­fonde signi­fi­ca­tion» fait prin­ci­pa­le­ment «pour le plai­sir»*****; il dit ailleurs****** avoir vou­lu «dans les his­toires de fan­tômes se défou­ler de l’absurdité».

* En chi­nois «子不語». Autre­fois trans­crit «Tseu-pou-yu» ou «Tzu pu yu». Haut

** VII, 21. Haut

*** En chi­nois «新齊諧». Autre­fois trans­crit «Sin “Ts’i-hiai”». Haut

**** p. 26. Haut

***** Dans Pierre Kaser, «Yuan Mei et son “Zi bu yu”», p. 84-85. Haut

****** «Divers Plai­sirs à la vil­la Sui», p. 40. Haut