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Mot-clefSénégal

pays, gen­ti­lé ou langue

«À l’ombre des grands fromagers : proverbes malinké»

éd. Conseil international de la langue française-Édicef, coll. Fleuve et Flamme, Paris

éd. Conseil inter­na­tio­nal de la langue fran­çaise-Édi­cef, coll. Fleuve et Flamme, Paris

Il s’agit d’un recueil de pro­verbes malin­ké. Nul genre d’enseignement n’est plus ancien que celui des pro­verbes. Son ori­gine remonte aux âges les plus recu­lés du globe. Dès que les hommes, mus par un ins­tinct irré­sis­tible ou pous­sés par la volon­té divine, se furent réunis en socié­té; dès qu’ils eurent consti­tué un lan­gage suf­fi­sant à l’expression de leurs besoins, les pro­verbes prirent nais­sance en tant que résu­mé natu­rel des idées com­munes de l’humanité. «S’ils avaient pu se conser­ver, s’ils étaient par­ve­nus jusqu’à nous sous leur forme pri­mi­tive», dit Pierre-Marie Qui­tard*, «ils seraient le plus curieux monu­ment du pro­grès des pre­mières socié­tés; ils jet­te­raient un jour mer­veilleux sur l’histoire de la civi­li­sa­tion, dont ils mar­que­raient le point de départ avec une irré­cu­sable fidé­li­té.» La Bible, qui contient plu­sieurs livres de pro­verbes, dit : «Celui qui applique son âme à réflé­chir sur la Loi du Très-Haut… recherche le sens secret des pro­verbes et revient sans cesse sur les énigmes des maximes»**. Les sages de la Grèce eurent la même pen­sée que la Bible. Confu­cius imi­ta les pro­verbes et fut à son tour imi­té par ses dis­ciples. De même que l’âge de l’arbre peut se juger par le tronc; de même, les pro­verbes nous apprennent le génie ou l’esprit propre à chaque nation, et les détails de sa vie pri­vée. On en tenait cer­tains en telle estime, qu’on les disait d’origine céleste : «C’est du ciel», dit Juvé­nal***, «que nous est venue la maxime : “Connais-toi toi-même”. Il la fau­drait gra­ver dans son cœur et la médi­ter tou­jours.» C’est pour­quoi, d’ailleurs, on les gra­vait sur le devant des portes des temples, sur les colonnes et les marbres. Ces ins­crip­tions, très nom­breuses du temps de Pla­ton, fai­saient dire à ce phi­lo­sophe qu’on pou­vait faire un excellent cours de morale en voya­geant à pied, si l’on vou­lait les lire; les pro­verbes étant «le fruit de l’expérience de tous les peuples et comme le bon sens de tous les siècles réduit en for­mules»

* «Études his­to­riques, lit­té­raires et morales sur les pro­verbes fran­çais et le lan­gage pro­ver­bial», p. 2. Haut

** «Livre de l’Ecclésiastique», XXXIX, 1-3. Haut

*** «Satires», poème XI, v. 27-28. Haut

Diop, «Coups de pilon : poèmes»

éd. Présence africaine, Paris

éd. Pré­sence afri­caine, Paris

Il s’agit des œuvres com­plètes de M. David Man­des­si Diop, poète de la négri­tude, farouche défen­seur de la cause afri­caine (XXe siècle). Né en France, d’un père séné­ga­lais et d’une mère came­rou­naise, M. Diop fai­sait de ses poèmes de vraies armes de com­bat dans une période de lutte contre le colo­nia­lisme euro­péen. En 1956, il publiait dans la revue «Pré­sence afri­caine» un pam­phlet inti­tu­lé «Autour des condi­tions d’une poé­sie natio­nale chez les peuples noirs», lequel devait ser­vir plus tard de pré­face à son recueil de poèmes «Coups de pilon». Dans ce pam­phlet, M. Diop décri­vait la fran­co­pho­nie avec un pes­si­misme tra­gique, car tout suc­cès des lit­té­ra­tures d’expression fran­çaise lui sem­blait être un suc­cès de «la colo­ni­sa­tion qui, lorsqu’elle ne par­vient plus à main­te­nir ses sujets en escla­vage, en fait des intel­lec­tuels dociles aux modes lit­té­raires occi­den­tales»*. On sai­sit alors le déchi­re­ment de M. Diop qui, pri­vé de l’usage des langues afri­caines et cou­pé de ses terres ances­trales, était convain­cu qu’en écri­vant dans une langue qui n’était pas celle de ses aïeux, il ne pou­vait réel­le­ment tra­duire le chant pro­fond du conti­nent afri­cain :

«Afrique, mon Afrique…
Je ne t’ai jamais connue
Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à tra­vers les champs répan­du
Le sang de ta sueur
La sueur de ton tra­vail
Le tra­vail de l’esclavage
L’esclavage de tes enfants…
»

* p. 71. Haut