Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Nelligan, « Poésies complètes »

éd. TYPO, coll. Poésie, Montréal

éd. TYPO, coll. Poésie, Montréal

Il s’agit des « Poésies » d’Émile Nelligan, le plus grand poète québécois, le seul qui soit honoré de notices dans les dictionnaires étrangers (XIXe siècle). Les biographes s’accordent à le décrire comme un mince adolescent, à la figure pâle, qui allait le regard perdu dans les nuages, les doigts souillés d’encre, la redingote en désordre, et parmi tout cela, l’air fier. Il prétendait que ses vers s’envoleraient un jour vers la France, d’où ils reviendraient sous la forme d’un beau livre, avec les bravos de tout Montréal. « C’est un drôle de garçon », disaient les uns ; « un peu poseur », trouvaient les autres *. Mais sa fierté n’était qu’une façade ; elle cachait une sensibilité exaspérée, tantôt débordante d’enthousiasme, tantôt assombrie d’une nerveuse mélancolie :

« C’est le règne du rire amer et de la rage
De se savoir poète et l’objet du mépris,
De se savoir un cœur et de n’être compris
Que par le clair de lune et les grands soirs d’orage !…

Les cloches ont chanté ; le vent du soir odore.
Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
Je suis si gai, si gai, dans mon rire sonore,
Oh ! si gai, que j’ai peur d’éclater en sanglots !
 » **

le plus grand poète québécois, le seul qui soit honoré de notices dans les dictionnaires étrangers

L’incompréhension qui l’entourait, les longues veilles passées à crayonner des vers fébriles où « déjà, parmi des traits étincelants, la déraison montrait sa griffe hideuse » *** finirent par miner la santé du jeune homme. Il mourut deux fois : d’abord, de mort intellectuelle ou de folie à l’âge de dix-neuf ans ; puis, de mort corporelle à l’âge de cinquante-sept ans. Il ne laissa derrière lui que ses « Poésies », nobles rêveries d’un ange maudit, exalté par la solitude, étranger d’ailleurs aux connaissances que la pratique des affaires et l’expérience du monde peuvent seules enseigner. « Cette vocation littéraire ; l’éclosion spontanée de ce talent ; la valeur de cette œuvre, tout inachevée qu’elle demeure, tiennent pour moi du prodige », dit Louis Dantin, ami et éditeur clandestin de Nelligan. « J’ose dire qu’on chercherait en vain dans notre Parnasse, présent et passé, une âme douée au point de vue poétique comme l’était celle de cet enfant de dix-neuf ans… En admettant que l’homme et l’œuvre ne soient qu’une ébauche, il faut affirmer que c’est une ébauche de génie. »

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  • Quatorze poèmes de Nelligan, lus par ~Angelot [Taille : 7,2 Mo]
  • Cent soixante-deux poèmes de Nelligan, lus par Yvon Jean [Taille : 159,6 Mo]
  • Deux poèmes de Nelligan, lus par Diane Boudreau [Taille : 971 Ko]
  • Dix poèmes de Nelligan, lus par Gilles-Claude Thériault [Taille : 14,3 Mo]
  • Un poème de Nelligan, lu par Daniel Paquin [Taille : 2,2 Mo]
  • Un poème de Nelligan, lu par Ange-Marie Mucel [Taille : 1 Mo]
  • Un poème de Nelligan, lu par ~DanielDeronda [Taille : 467 Ko]
  • Un poème de Nelligan, lu par Andrée-Ann Granger [Taille : 456 Ko]
  • Un poème de Nelligan, lu par ~Mayah [Taille : 770 Ko]
  • Un poème de Nelligan, lu par Ashley Candland [Taille : 611 Ko].

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

* Dans Charles ab der Halden, « Nouvelles Études de littérature canadienne française », p. 342.

** p. 217-218.

*** Témoignage de Louis Dantin.