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Mot-clefpoésie pendjabi

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Muqbal, «Hir et Ranjhan : légende du Penjab»

dans « Revue de l’Orient, de l’Algérie et des colonies », vol. 6, p. 113-148

dans «Revue de l’Orient, de l’Algérie et des colo­nies», vol. 6, p. 113-148

Il s’agit de l’«His­toire de Hîr et de Rân­j­hâ» («Qis­sa Hîr-Rân­j­hâ»*, ou plus sim­ple­ment «Hîr-Rân­j­hâ»**) dans la ver­sion de Muq­bal***. C’est pen­dant le siècle et demi entre la mort du der­nier grand Moghol (en l’an 1707) et l’annexion du Pend­jab à la cou­ronne bri­tan­nique (en l’an 1849) que le poème nar­ra­tif pend­ja­bi a atteint son apo­gée. L’on appelle ce genre de poème «qis­sa» («his­toire»). Tirée le plus sou­vent de quelque légende amou­reuse et tra­gique, la «qis­sa» a résul­té de la ren­contre de deux tra­di­tions : l’une, celle pure­ment indienne des légendes mytho­lo­giques; l’autre, celle des romans en vers per­sans, dont l’influence sur la langue et la lit­té­ra­ture pend­ja­bis a été consi­dé­rable. De toutes les «qis­sas», la plus chère au cœur des Pend­ja­bis, c’est l’«His­toire de Hîr et de Rân­j­hâ». La ver­sion de Waris Shah, qui se dis­tingue de celles de Damo­dar et de Muq­bal par ses nom­breuses péri­pé­ties, peut être résu­mée ain­si : Il était une fois un chef de vil­lage qui avait huit fils, dont le cadet, Rân­j­hâ, était son pré­fé­ré; mais il n’avait pas encore ren­du son der­nier sou­pir, que ses fils s’arrangèrent pour dépouiller Rân­j­hâ de l’héritage et lui faire quit­ter le pays, avec sa seule flûte sous le bras. Le jeune homme se mit en route, le cœur affli­gé, et arri­va à la rivière Che­nab. Il y vit un bac et pria le pas­seur de bien vou­loir le faire tra­ver­ser. Séduites par sa beau­té, les deux épouses du pas­seur convain­quirent ce der­nier de le lais­ser mon­ter à bord. Rân­j­hâ y trou­va un beau lit déjà fait, et s’étant cou­ché, il som­bra bien­tôt dans un pro­fond som­meil. Il en fut tiré par un grand tumulte autour de lui : Hîr, la fille d’un riche pro­prié­taire, arri­vée au bac avec ses soixante com­pagnes, était en train de répri­man­der le nau­to­nier pour avoir lais­sé un étran­ger souiller son lit; mais à peine Rân­j­hâ eut-il ouvert les yeux, que la colère de Hîr s’évanouit, et qu’elle s’éprit éper­du­ment de lui. Mal­gré l’interdiction du père de Hîr, les deux jeunes gens n’auront désor­mais rien en eux qui ne soit consa­cré à l’amour. L’«His­toire de Hîr et de Rân­j­hâ» conti­nue d’être popu­laire jusqu’à nos jours dans les cam­pagnes du Pend­jab, qui ont à peine chan­gé de visage. Les Mira­sis ou les Bhats, races de col­por­teurs et de musi­ciens ambu­lants, chantent tou­jours ce poème fami­lier, comme les rhap­sodes de la Grèce chan­taient «L’Iliade» : «Lorsque les labou­reurs se ras­semblent sur la “dara” (la “place du vil­lage”) à la fin d’une longue jour­née de tra­vail, on est frap­pé de voir com­bien ils sont dési­reux d’entendre “Hîr et Rân­j­hâ” pour apai­ser et délas­ser leur esprit fati­gué. Un homme qui sait bien réci­ter cette his­toire est tou­jours très deman­dé. La popu­la­ri­té de ce poème ne se borne pas aux vil­lages. Les cita­dins [l’]écoutent avec un égal ravis­se­ment à la radio»****.

* En pend­ja­bi «ਕਿੱਸਾ ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ». Par­fois trans­crit «Kis­sa Hir-Ran­j­ha» ou «Quis­sa Heer-Ran­jah». Haut

** En pend­ja­bi «ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ». Par­fois trans­crit «Hīr-Rāṃ­jhā», «Hir-Rand­j­ha», «Hîr-Rân­j­han», «Hir-Raj­ha» ou «Heer-Ran­j­ha». Haut

*** En pend­ja­bi ਮੁਕਬਲ. Par­fois trans­crit Mac­bûl, Maq­bul, Mak­bul ou Muk­bal. Haut

**** Dans Hakim Moham­med Said, «Hir et Ran­j­ha, les amants du Pend­jab», p. 32. Haut

Waris Shah, «Hīr : poème panjabi du XVIIIe siècle. Tome I»

éd. Institut français, coll. Publications de l’Institut français d’indologie, Pondichéry

éd. Ins­ti­tut fran­çais, coll. Publi­ca­tions de l’Institut fran­çais d’indologie, Pon­di­ché­ry

Il s’agit de l’«His­toire de Hîr et de Rân­j­hâ» («Qis­sa Hîr-Rân­j­hâ»*, ou plus sim­ple­ment «Hîr-Rân­j­hâ»**) dans la ver­sion de Waris Shah***. C’est pen­dant le siècle et demi entre la mort du der­nier grand Moghol (en l’an 1707) et l’annexion du Pend­jab à la cou­ronne bri­tan­nique (en l’an 1849) que le poème nar­ra­tif pend­ja­bi a atteint son apo­gée. L’on appelle ce genre de poème «qis­sa» («his­toire»). Tirée le plus sou­vent de quelque légende amou­reuse et tra­gique, la «qis­sa» a résul­té de la ren­contre de deux tra­di­tions : l’une, celle pure­ment indienne des légendes mytho­lo­giques; l’autre, celle des romans en vers per­sans, dont l’influence sur la langue et la lit­té­ra­ture pend­ja­bis a été consi­dé­rable. De toutes les «qis­sas», la plus chère au cœur des Pend­ja­bis, c’est l’«His­toire de Hîr et de Rân­j­hâ». La ver­sion de Waris Shah, qui se dis­tingue de celles de Damo­dar et de Muq­bal par ses nom­breuses péri­pé­ties, peut être résu­mée ain­si : Il était une fois un chef de vil­lage qui avait huit fils, dont le cadet, Rân­j­hâ, était son pré­fé­ré; mais il n’avait pas encore ren­du son der­nier sou­pir, que ses fils s’arrangèrent pour dépouiller Rân­j­hâ de l’héritage et lui faire quit­ter le pays, avec sa seule flûte sous le bras. Le jeune homme se mit en route, le cœur affli­gé, et arri­va à la rivière Che­nab. Il y vit un bac et pria le pas­seur de bien vou­loir le faire tra­ver­ser. Séduites par sa beau­té, les deux épouses du pas­seur convain­quirent ce der­nier de le lais­ser mon­ter à bord. Rân­j­hâ y trou­va un beau lit déjà fait, et s’étant cou­ché, il som­bra bien­tôt dans un pro­fond som­meil. Il en fut tiré par un grand tumulte autour de lui : Hîr, la fille d’un riche pro­prié­taire, arri­vée au bac avec ses soixante com­pagnes, était en train de répri­man­der le nau­to­nier pour avoir lais­sé un étran­ger souiller son lit; mais à peine Rân­j­hâ eut-il ouvert les yeux, que la colère de Hîr s’évanouit, et qu’elle s’éprit éper­du­ment de lui. Mal­gré l’interdiction du père de Hîr, les deux jeunes gens n’auront désor­mais rien en eux qui ne soit consa­cré à l’amour. L’«His­toire de Hîr et de Rân­j­hâ» conti­nue d’être popu­laire jusqu’à nos jours dans les cam­pagnes du Pend­jab, qui ont à peine chan­gé de visage. Les Mira­sis ou les Bhats, races de col­por­teurs et de musi­ciens ambu­lants, chantent tou­jours ce poème fami­lier, comme les rhap­sodes de la Grèce chan­taient «L’Iliade» : «Lorsque les labou­reurs se ras­semblent sur la “dara” (la “place du vil­lage”) à la fin d’une longue jour­née de tra­vail, on est frap­pé de voir com­bien ils sont dési­reux d’entendre “Hîr et Rân­j­hâ” pour apai­ser et délas­ser leur esprit fati­gué. Un homme qui sait bien réci­ter cette his­toire est tou­jours très deman­dé. La popu­la­ri­té de ce poème ne se borne pas aux vil­lages. Les cita­dins [l’]écoutent avec un égal ravis­se­ment à la radio»****.

* En pend­ja­bi «ਕਿੱਸਾ ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ». Par­fois trans­crit «Kis­sa Hir-Ran­j­ha» ou «Quis­sa Heer-Ran­jah». Haut

** En pend­ja­bi «ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ». Par­fois trans­crit «Hīr-Rāṃ­jhā», «Hir-Rand­j­ha», «Hîr-Rân­j­han», «Hir-Raj­ha» ou «Heer-Ran­j­ha». Haut

*** En pend­ja­bi ਵਾਰਿਸ ਸ਼ਾਹ. Par­fois trans­crit Waris Schah ou Vāris̤ Śāh. Haut

**** Dans Hakim Moham­med Said, «Hir et Ran­j­ha, les amants du Pend­jab», p. 32. Haut