Mot-clefroman laotien

su­jet

« La Reine exilée et son Fils : poème épique laotien narrant une des vies du Bouddha »

dans « Péninsule », vol. 18-19, p. 1-274

dans « Pé­nin­sule », vol. 18-19, p. 1-274

Il s’agit du « nāṅ Tēṅ an1 »1 (« La Reine exi­lée et son Fils », ou lit­té­ra­le­ment « La Dame Tēṅ an1 »), un des ro­mans épiques du Laos. Les Lao­tiens ont une pré­di­lec­tion mar­quée pour les longs ré­cits en vers, im­pré­gnés de boud­dhisme, et re­le­vés par la fan­tai­sie et par l’agencement des aven­tures. Ils les ap­pellent « bœ̄n2 văn­naḥ­gaḥtī »2 (« textes lit­té­raires »). Ils les lisent dans les réunions ; ils les ré­citent pen­dant la nuit aux jeunes femmes ré­cem­ment ac­cou­chées, pour les em­pê­cher de suc­com­ber au som­meil et de de­ve­nir ainsi une proie fa­cile pour les mau­vais es­prits. Cer­tains de ces ro­mans épiques sont d’une lon­gueur ac­ca­blante : le « dāv2 kā­laḥ­ket »3, par exemple, compte à peu près dix mille vers, et le « cāṃPā sī1 Tŏn2 »4 — en­vi­ron qua­torze mille. « Il faut croire que les pé­ri­pé­ties qui forment la trame du ré­cit en font to­lé­rer la lon­gueur », dit Louis Fi­not5. « Pour­tant ni les ac­teurs ni les in­ci­dents du drame ne brillent par la va­riété : les mêmes fi­gures et les mêmes scènes se re­pré­sentent sans cesse avec une mo­no­to­nie qui las­se­rait le lec­teur le plus in­tré­pide, mais qui ne pa­raît pas dé­plaire aux âmes simples pour les­quelles des bardes ano­nymes ont com­posé ces en­fan­tines rhap­so­dies. » Je l’avoue : ces ro­mans épiques, en gé­né­ral fort mal­adroits, tra­cés pour la plu­part par des mains la­bo­rieuses, m’ont tou­ché. Je les ai ou­verts sou­vent avec dé­dain, et presque ja­mais je ne les ai fer­més sans être ému. La forme, à très peu d’exceptions près, en est dé­fec­tueuse, mais cela par ru­desse plu­tôt que par mau­vais goût. Ils res­pirent tant de sin­cé­rité, de sym­pa­thie, de bonne vo­lonté ; on y trouve des sen­ti­ments si res­pec­tables dans leur naï­veté, que moi, qui étais dé­cidé à en rire, j’ai tou­jours fini par m’y plaire. Ja­mais je n’accueillerai par la raille­rie cette confes­sion hon­nête d’un poète :

« Moi, qui ai com­posé ce ré­cit ver­si­fié,
Je me suis en­fui au loin, tout comme la pe­tite [hé­roïne dont je vous parle] !
Car moi, votre ser­vi­teur, couche en so­li­taire ;
Je suis bien seul, dans ma chambre, les bras pen­dant dans le vide…
De­puis que j’ai quitté ma mai­son pour al­ler chez les Thaï où je n’ai pas d’amis,
Je m’efforce d’écrire des vers pour me ré­chauf­fer le cœur.
Tout au fond de mon être… je me dis que je fi­ni­rai par ren­trer chez moi.
Ils sont évi­dem­ment bien éloi­gnés l’un de l’autre, la cité d’or et le pays na­tal !
 »

  1. En lao­tien « ນາງແຕງອ່ອນ ». Par­fois trans­crit « Nang Tèng One », « Naṅ Teṅ On », « Nāng Tǣng ‘Ǭn », « Nang Taeng Oon » ou « Nang Taeng Aun ». Haut
  2. En lao­tien ພື້ນວັນນະຄະດີ. Haut
  3. En lao­tien « ທ້າວກາລະເກດ », in­édit en fran­çais. Haut
  1. En lao­tien « ຈໍາປາສີ່ຕົ້ນ », in­édit en fran­çais. Haut
  2. « Re­cherches sur la lit­té­ra­ture lao­tienne », p. 116. Haut

« L’Engoulevent blanc »

dans « Le Roman classique lao », éd. École française d’Extrême-Orient, coll. Publications de l’École française d’Extrême-Orient, Paris

dans « Le Ro­man clas­sique lao », éd. École fran­çaise d’Extrême-Orient, coll. Pu­bli­ca­tions de l’École fran­çaise d’Extrême-Orient, Pa­ris

Il s’agit du « dāv2 nŏk kaḥpā phœ̄eak »1 (« L’Engoulevent blanc »), un des ro­mans épiques du Laos. Les Lao­tiens ont une pré­di­lec­tion mar­quée pour les longs ré­cits en vers, im­pré­gnés de boud­dhisme, et re­le­vés par la fan­tai­sie et par l’agencement des aven­tures. Ils les ap­pellent « bœ̄n2 văn­naḥ­gaḥtī »2 (« textes lit­té­raires »). Ils les lisent dans les réunions ; ils les ré­citent pen­dant la nuit aux jeunes femmes ré­cem­ment ac­cou­chées, pour les em­pê­cher de suc­com­ber au som­meil et de de­ve­nir ainsi une proie fa­cile pour les mau­vais es­prits. Cer­tains de ces ro­mans épiques sont d’une lon­gueur ac­ca­blante : le « dāv2 kā­laḥ­ket »3, par exemple, compte à peu près dix mille vers, et le « cāṃPā sī1 Tŏn2 »4 — en­vi­ron qua­torze mille. « Il faut croire que les pé­ri­pé­ties qui forment la trame du ré­cit en font to­lé­rer la lon­gueur », dit Louis Fi­not5. « Pour­tant ni les ac­teurs ni les in­ci­dents du drame ne brillent par la va­riété : les mêmes fi­gures et les mêmes scènes se re­pré­sentent sans cesse avec une mo­no­to­nie qui las­se­rait le lec­teur le plus in­tré­pide, mais qui ne pa­raît pas dé­plaire aux âmes simples pour les­quelles des bardes ano­nymes ont com­posé ces en­fan­tines rhap­so­dies. » Je l’avoue : ces ro­mans épiques, en gé­né­ral fort mal­adroits, tra­cés pour la plu­part par des mains la­bo­rieuses, m’ont tou­ché. Je les ai ou­verts sou­vent avec dé­dain, et presque ja­mais je ne les ai fer­més sans être ému. La forme, à très peu d’exceptions près, en est dé­fec­tueuse, mais cela par ru­desse plu­tôt que par mau­vais goût. Ils res­pirent tant de sin­cé­rité, de sym­pa­thie, de bonne vo­lonté ; on y trouve des sen­ti­ments si res­pec­tables dans leur naï­veté, que moi, qui étais dé­cidé à en rire, j’ai tou­jours fini par m’y plaire. Ja­mais je n’accueillerai par la raille­rie cette confes­sion hon­nête d’un poète :

« Moi, qui ai com­posé ce ré­cit ver­si­fié,
Je me suis en­fui au loin, tout comme la pe­tite [hé­roïne dont je vous parle] !
Car moi, votre ser­vi­teur, couche en so­li­taire ;
Je suis bien seul, dans ma chambre, les bras pen­dant dans le vide…
De­puis que j’ai quitté ma mai­son pour al­ler chez les Thaï où je n’ai pas d’amis,
Je m’efforce d’écrire des vers pour me ré­chauf­fer le cœur.
Tout au fond de mon être… je me dis que je fi­ni­rai par ren­trer chez moi.
Ils sont évi­dem­ment bien éloi­gnés l’un de l’autre, la cité d’or et le pays na­tal !
 »

  1. En lao­tien « ທ້າວນົກກະບາເຜືອກ ». Par­fois trans­crit « Thao Nok Kaba Phueak » ou « Thao Nok Kaba Phüak ». Haut
  2. En lao­tien ພື້ນວັນນະຄະດີ. Haut
  3. En lao­tien « ທ້າວກາລະເກດ », in­édit en fran­çais. Haut
  1. En lao­tien « ຈໍາປາສີ່ຕົ້ນ », in­édit en fran­çais. Haut
  2. « Re­cherches sur la lit­té­ra­ture lao­tienne », p. 116. Haut

Pangkham, « Sinsay : chef-d’œuvre de la littérature lao »

éd. Liang Ziang Chong Chareon, Bangkok

éd. Liang Ziang Chong Cha­reon, Bang­kok

Il s’agit du « sin jai »1, un des ro­mans épiques du Laos. Les Lao­tiens ont une pré­di­lec­tion mar­quée pour les longs ré­cits en vers, im­pré­gnés de boud­dhisme, et re­le­vés par la fan­tai­sie et par l’agencement des aven­tures. Ils les ap­pellent « bœ̄n2 văn­naḥ­gaḥtī »2 (« textes lit­té­raires »). Ils les lisent dans les réunions ; ils les ré­citent pen­dant la nuit aux jeunes femmes ré­cem­ment ac­cou­chées, pour les em­pê­cher de suc­com­ber au som­meil et de de­ve­nir ainsi une proie fa­cile pour les mau­vais es­prits. Cer­tains de ces ro­mans épiques sont d’une lon­gueur ac­ca­blante : le « dāv2 kā­laḥ­ket »3, par exemple, compte à peu près dix mille vers, et le « cāṃPā sī1 Tŏn2 »4 — en­vi­ron qua­torze mille. « Il faut croire que les pé­ri­pé­ties qui forment la trame du ré­cit en font to­lé­rer la lon­gueur », dit Louis Fi­not5. « Pour­tant ni les ac­teurs ni les in­ci­dents du drame ne brillent par la va­riété : les mêmes fi­gures et les mêmes scènes se re­pré­sentent sans cesse avec une mo­no­to­nie qui las­se­rait le lec­teur le plus in­tré­pide, mais qui ne pa­raît pas dé­plaire aux âmes simples pour les­quelles des bardes ano­nymes ont com­posé ces en­fan­tines rhap­so­dies. » Je l’avoue : ces ro­mans épiques, en gé­né­ral fort mal­adroits, tra­cés pour la plu­part par des mains la­bo­rieuses, m’ont tou­ché. Je les ai ou­verts sou­vent avec dé­dain, et presque ja­mais je ne les ai fer­més sans être ému. La forme, à très peu d’exceptions près, en est dé­fec­tueuse, mais cela par ru­desse plu­tôt que par mau­vais goût. Ils res­pirent tant de sin­cé­rité, de sym­pa­thie, de bonne vo­lonté ; on y trouve des sen­ti­ments si res­pec­tables dans leur naï­veté, que moi, qui étais dé­cidé à en rire, j’ai tou­jours fini par m’y plaire. Ja­mais je n’accueillerai par la raille­rie cette confes­sion hon­nête d’un poète :

« Moi, qui ai com­posé ce ré­cit ver­si­fié,
Je me suis en­fui au loin, tout comme la pe­tite [hé­roïne dont je vous parle] !
Car moi, votre ser­vi­teur, couche en so­li­taire ;
Je suis bien seul, dans ma chambre, les bras pen­dant dans le vide…
De­puis que j’ai quitté ma mai­son pour al­ler chez les Thaï où je n’ai pas d’amis,
Je m’efforce d’écrire des vers pour me ré­chauf­fer le cœur.
Tout au fond de mon être… je me dis que je fi­ni­rai par ren­trer chez moi.
Ils sont évi­dem­ment bien éloi­gnés l’un de l’autre, la cité d’or et le pays na­tal !
 »

  1. En lao­tien « ສິນໄຊ ». Par­fois trans­crit « Sin­say », « Sin­sai », « Sin Xay » ou « Sine Xay ». Outre cette ap­pel­la­tion com­mu­né­ment em­ployée, le « sin jai » porte en­core di­vers titres, se­lon les édi­tions, tels que : « săṅkh silP jăy » (« ສັງຂສິລປຊັຍ ») ou « săṅ sin jai » (« ສັງສິນໄຊ »). Par­fois trans­crit « Sang Sin­xaï ». Haut
  2. En lao­tien ພື້ນວັນນະຄະດີ. Haut
  3. En lao­tien « ທ້າວກາລະເກດ », in­édit en fran­çais. Haut
  1. En lao­tien « ຈໍາປາສີ່ຕົ້ນ », in­édit en fran­çais. Haut
  2. « Re­cherches sur la lit­té­ra­ture lao­tienne », p. 116. Haut