Mot-clefUniversité de Paris (1215-1794)

sujet

« Jean Tarin, recteur de l’Université de Paris (1590-1666) : notice biographique »

XIXe siècle

Il s’agit de Jean Tarin, helléniste français, recteur de l’Université de Paris, lecteur royal en éloquence grecque et latine*. Il a laissé une édition et traduction latine d’Isocrate, signées modestement « I. T. B. A. » (« Jean Tarin de Beaufort en Anjou ») ou « I. T. A. » (« Jean Tarin d’Anjou »), et qui sont restées, pour cette raison, inconnues des deux ou trois historiens qui ont parlé de lui. Tarin était fils d’un meunier et naquit en l’an 1590. Dès son enfance, se sentant un goût très prononcé pour les études, il pressa vivement sa famille de l’envoyer à l’école ; mais il ne put rien obtenir de ses parents, qui y étaient opposés. Cependant, peu après la fondation d’un collège de jésuites à La Flèche, il vint s’y présenter comme étudiant, pieds nus, n’ayant autre chose qu’une chemise sur les épaules et un sac plein de noix et de pièces de pain. Il fut mis, par compassion, entre les balayeurs des classes du collège ; de là, il fut marmiton des pensionnaires, puis laquais d’un des pères. Fut-il maltraité ? En tout cas, il vouera par la suite à la Compagnie de Jésus une haine profonde, que celle-ci lui rendra bien, si l’on en juge par le portrait peu flatteur qu’a tracé de lui le père François Garasse : « [C’est] un homme de néant, nommé Tarin », dit le père**, « à demi géant, qui porte un visage de cyclope et une voix de taureau, par laquelle il tonnait contre nous… ; il est de fort bas lieu, fils d’un meunier de Rochefort [lisez Beaufort] ». Son éducation achevée avec tous les prix, Tarin s’en vint à Paris, où il s’accosta d’un autre paria de la Compagnie de Jésus, qui lui ouvrit grand les portes du professorat. N’ayant pas tardé à montrer l’excellence de son esprit, il acquit la réputation d’« un abîme de science et un des savants hommes du monde » : « Plût à Dieu que je susse autant de grec et de latin que [lui] », dit un de ses contemporains***. Sa réputation fut portée jusqu’au roi Louis XIII, qui, l’ayant fait lecteur royal, lui proposa plusieurs évêchés ; mais Tarin, qui ne se croyait pas appelé à l’état ecclésiastique, refusa de se rendre à cette offre et il prit le parti du mariage. Il fut plus d’une fois recteur de l’Université de Paris, dont il défendit toujours les droits avec force et fermeté. Une anecdote illustre ce que je viens de dire : Un jour, étant à un acte de philosophie, il avait, comme c’était son droit, pris la place d’honneur, lorsque de hauts prélats arrivèrent et voulurent la lui faire quitter ou en prendre une au-dessus de lui. « La terre que vous foulez ici aux pieds, ô illustres princes d’Église, est à moi, et je ne souffrirai point que vous fouliez aussi de la sorte ma dignité ! » (« Terra hæc, quam conculcatis, o illustrissimi Ecclesiæ principes, mea est ; nec patiar meam dignitatem sic a vobis contaminari ! »), leur dit-il. Et il fit cesser l’acte.

* On appelait « lecteurs royaux » les professeurs du Collège royal, l’actuel Collège de France. Haut

** « Mémoires », p. 104. Haut

*** Guy Patin. Haut