Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Xue Tao, « Un Torrent de montagne »

éd. La Différence, coll. Orphée, Paris

éd. La Différence, coll. Orphée, Paris

Il s’agit de Xue Tao *, courtisane chinoise (VIIIe-IXe siècle) célèbre pour ses poèmes, et pour avoir mis à la mode une espèce de papier rouge foncé qui porte son nom, et dont elle se servait pour correspondre avec ses centaines de prétendants. On raconte qu’à l’âge de huit ans, elle faisait déjà des vers et qu’elle parlait un langage fort différent du langage ordinaire des enfants. Un jour, son père, s’arrêtant à l’ombre d’un paulownia près d’un puits, composa le début d’un quatrain :

« Dans la cour, il est un antique paulownia ;
Son tronc élevé perce les nuages
 ».

Et sa fille de le compléter :

« Ses rameaux accueillent les oiseaux du nord et du sud ;
Ses feuilles disent adieu aux vents qui vont et viennent
 » **.

Le père de Xue Tao, après s’être réjoui d’une telle précocité, se chagrina tout à coup du sens caché de ces vers, dans lesquels il devinait la triste profession qu’exercerait sa fille exposée « aux vents qui vont et viennent ». Et les faits lui donnèrent raison ; car, restée seule après la mort soudaine de son père, la jeune fille s’inscrivit dans une maison de courtisanes à Chengdu et consuma tout son génie dans le vain talent de plaire aux hommes. Elle fréquenta, pourtant, de grands lettrés de son temps, en particulier Yuan Zhen, lorsque ce dernier fut de passage. « Nombreux sont ceux qui pensent qu’elle espérait se faire épouser par le poète, bien qu’elle ait été d’une dizaine d’années son aînée. Ont-ils quitté Chengdu pour vivre leur amour pendant un temps comme certains l’affirment ? Les sources divergent. Quoi qu’il en soit, un fait demeure : Xue Tao et Yuan Zhen se portaient plus que de l’affection et échangèrent des poèmes. » ***

courtisane chinoise célèbre pour ses poèmes

Voici un passage qui donnera une idée de la manière de Xue Tao :
« Ô ! perle immaculée
Ô ! source de lumière,
Ton orient si pur
Est le reflet dans l’eau
D’un palais de cristal.

Mais survienne une tache
Et l’on te trouve laide ;
Dans le creux de la main
Nul ne te gardera
Jusqu’au lever du jour
 » ****.

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • Florence Hu-Sterk, « Ainsi bat l’autre cœur : anthologie commentée de poèmes d’amour chinois » (éd. You Feng, Paris)
  • Florence Hu-Sterk, « L’Enfant-Poète dans la Chine des Tang » dans « Enfances » (éd. Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, coll. Asie, Paris), p. 165-174.

* En chinois 薛濤. Autrefois transcrit Hsieh T’ao ou Hsüeh T’ao.

** Florence Hu-Sterk, « Ainsi bat l’autre cœur ».

*** id.

**** p. 71.