Mot-clefFrédérique Woerther

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Apollodore de Pergame, « Fragments et Témoignages »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit d’Apollodore, na­tif de Per­game (dans l’actuelle Tur­quie), ex­cellent rhé­teur grec, pré­cep­teur de l’Empereur Au­guste (Ier siècle av. J.-C.). Il vé­cut quatre-vingt-deux ans et laissa à sa mort un « Art rhé­to­rique » (« Technê rhê­to­rikê »1) aujourd’hui perdu, et que Ta­cite qua­li­fiait de « livre très aride » (« ari­dis­si­mus li­ber »). En quoi consis­tait sa doc­trine et en quoi elle dif­fé­rait de celle de son grand ri­val, Théo­dore de Ga­dara, c’est ce qu’il est as­sez dif­fi­cile de dé­ter­mi­ner. Mais si on laisse de côté les dé­tails tech­niques, que Stra­bon avouait déjà ne plus sai­sir (« les dif­fé­ren­cier dé­passe ma com­pé­tence »2), on peut in­di­quer les grandes lignes des deux doc­trines. Apol­lo­dore s’occupa prin­ci­pa­le­ment de l’éloquence ju­di­ciaire ; Théo­dore eut plu­tôt en vue l’éloquence po­li­tique. Les pré­ceptes po­sés par Apol­lo­dore étaient plus concrets et plus pra­tiques, car il di­sait que le propre d’un dis­cours ju­di­ciaire était, d’abord et avant tout, de per­sua­der le juge, et de conduire le ver­dict là où il le vou­lait. Ainsi donc, il sou­met­tait l’orateur à la réus­site. En­fin, pour mieux pré­pa­rer l’esprit du juge, Apol­lo­dore pres­cri­vait de faire une « nar­ra­tion » (en la­tin « nar­ra­tio »), c’est-à-dire un ex­posé des faits réels ou sup­po­sés, ne né­gli­geant pas les dé­tails, et re­mon­tant aussi haut qu’il le fal­lait. On cite à ce pro­pos l’anecdote sui­vante : Dans une cer­taine plai­doi­rie, Brut­té­dius Ni­ger, dis­ciple d’Apollodore, re­pro­cha à Val­lius Sy­ria­cus de n’avoir pas ra­conté les faits et in­sista lon­gue­ment sur ce qu’on ne voyait pas com­ment l’esclave avait été pro­vo­qué à l’adultère, com­ment il avait été conduit dans la chambre à cou­cher, etc. Val­lius Sy­ria­cus lui ré­pon­dit en di­sant : « D’abord, nous n’avons pas étu­dié chez le même maître : toi, tu as suivi Apol­lo­dore, qui veut tou­jours des nar­ra­tions ; moi, Théo­dore, qui n’en veut pas tou­jours. Et puisque tu me de­mandes, Ni­ger, pour­quoi je n’ai pas ra­conté les faits, c’est tout sim­ple­ment pour te lais­ser ce soin ! »

  1. En grec « Τέχνη ῥητορική ». Haut
  1. p. 2. Haut

Théodore de Gadara, « Fragments et Témoignages »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit de Théo­dore de Ga­dara1, maître de l’art rhé­to­rique grec, qui se dis­tin­gua par l’éclectisme de ses re­cherches. Il na­quit à Ga­dara, dans l’actuelle Jor­da­nie ; ses pa­rents étaient es­claves. Il émi­gra de bonne heure dans l’île de Rhodes ; c’est sans doute pour cette rai­son qu’il pré­fé­rait se faire ap­pe­ler Rho­dien. Le fu­tur Em­pe­reur Ti­bère sui­vit at­ten­ti­ve­ment ses le­çons lorsqu’il sé­journa sur cette île (de l’an 5 av. J.-C. à l’an 2 apr. J.-C.). On dit que Théo­dore fut le pre­mier à avoir dé­celé la na­ture cruelle de son élève, et qu’il le gron­dait sou­vent en l’appelant « boue pé­trie de sang » (par al­lu­sion à Pla­ton qui avait dé­fini la « boue » comme une terre « pé­trie d’humide »2). Outre Ti­bère, il eut pour élève le rhé­teur Her­ma­go­ras (ce­lui connu sous le nom de « dis­ciple de Théo­dore »). Il mou­rut vrai­sem­bla­ble­ment à Rhodes. Il écri­vit un grand nombre d’ouvrages, dont l’encyclopédie Souda a conservé les titres, et qui ne portent pas seule­ment sur la rhé­to­rique, mais aussi la gram­maire — par exemple, « Sur la res­sem­blance des dia­lectes et sa dé­mons­tra­tion » (« Peri dia­lek­tôn ho­moio­tê­tos kai apo­deixeôs »3), la po­li­tique — par exemple, « Sur la consti­tu­tion » (« Peri po­li­teias »4), l’histoire — par exemple, « Sur l’histoire » (« Peri his­to­rias »5), et même la géo­gra­phie — par exemple, « Sur la Cœlé-Sy­rie » (« Peri Koi­lês Sy­rias »6). En tout cas, il semble avoir joui d’une haute ré­pu­ta­tion, et c’est son nom qui se pré­sente sous la plume de Ju­vé­nal lorsqu’il veut ci­ter le nom d’un in­tel­lec­tuel re­nommé. Il laissa der­rière lui une école, celle des Théo­do­riens, dont on ne sait à peu près rien, si­non qu’elle était la ri­vale de celle des Apol­lo­do­riens, fon­dée par Apol­lo­dore de Per­game. Il n’est pas ex­clu que le traité « Du su­blime » soit l’œuvre d’un Théo­do­rien, car se­lon ce traité, c’est Théo­dore qui dressa la liste de quelques-uns des vices op­po­sés au su­blime comme, par exemple, le « pa­ren­thyrse »7 (« en­thou­siasme hors de pro­pos »), c’est-à-dire le mau­vais usage du pa­thé­tique.

  1. En grec Θεόδωρος Γαδαρεύς, en la­tin Theo­do­rus Ga­da­reus. Haut
  2. Pla­ton, « Théé­tète », 147c. Haut
  3. En grec « Περὶ διαλέκτων ὁμοιότητος καὶ ἀποδείξεως ». Haut
  4. En grec « Περὶ πολιτείας ». Haut
  1. En grec « Περὶ ἱστορίας ». Haut
  2. En grec « Περὶ Κοίλης Συρίας ». Haut
  3. En grec παρένθυρσος. Haut

Hermagoras, « Fragments et Témoignages »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit d’Hermagoras de Tem­nos1 et d’Hermagoras dis­ciple de Théo­dore2, deux fi­gures ma­jeures de la rhé­to­rique grecque.

Le pre­mier Her­ma­go­ras, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’Hermagoras l’Ancien3, pro­fes­sait en grec pro­ba­ble­ment à l’époque où les rhé­teurs n’étaient pas en­core bien vus à Rome, c’est-à-dire au IIe siècle av. J.-C. Isi­dore le cite, avec Gor­gias et Aris­tote, comme l’un des in­ven­teurs de la rhé­to­rique. Ci­cé­ron et Ælius Théon disent de lui qu’il pre­nait pour su­jets de contro­verse des ques­tions sans per­sonnes dé­fi­nies ni cir­cons­tances pré­cises, comme : « Y a-t-il un bien à part la vertu ? », « Les sens sont-ils fiables ? », « Quelle est la forme du monde ? », « Doit-on se ma­rier ? », « Doit-on faire des en­fants ? », etc. ques­tions qu’il se­rait tout aussi fa­cile de ran­ger parmi les thèses d’un phi­lo­sophe que d’un rhé­teur. Ce même Her­ma­go­ras pu­blia un traité de rhé­to­rique que Ci­cé­ron de­vait avoir entre les mains, puisqu’il en parle maintes fois, et qui « n’était pas tout à fait sans mé­rite » (« non men­do­sis­sime scripta ») ; c’était un abrégé des rhé­to­riques an­té­rieures où « l’intelligence et le soin » (« in­ge­niose et di­li­gen­ter ») ne fai­saient pas dé­faut, et où, de plus, l’auteur « don­nait plus d’une preuve de nou­veauté » (« non­ni­hil ipse quoque novi pro­tu­lisse »). Ailleurs, Ci­cé­ron parle de cet ou­vrage dans ces termes : « Il donne des règles et des pré­ceptes ora­toires pré­cis et sûrs qui, s’ils pré­sentent très peu d’apprêt — car le style en est sec —, suivent mal­gré tout un ordre, et com­portent cer­taines mé­thodes qui ne per­mettent pas de se four­voyer quand on parle ». Ce traité, en six vo­lumes, s’est mal­heu­reu­se­ment perdu as­sez vite ; il nous est connu uni­que­ment sous la forme de té­moi­gnages, non de frag­ments.

  1. En grec Ἑρμαγόρας Τήμνου. Haut
  2. En la­tin Her­ma­go­ras Theo­dori dis­ci­pu­lus. Haut
  1. En la­tin Her­ma­go­ras Ma­jor. Haut