Aller au contenu

Mot-clefMarie Duc

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Pseudo-Apollodore, «La Bibliothèque : un manuel antique de mythologie»

éd. de l’Aire, coll. Le Chant du monde, Vevey

éd. de l’Aire, coll. Le Chant du monde, Vevey

Il s’agit de la «Biblio­thèque»*, le plus ancien abré­gé qui nous soit par­ve­nu sur la mytho­lo­gie de la Grèce, ses dieux et ses héros (Ie ou IIe siècle apr. J.-C.). C’est un ouvrage rela­ti­ve­ment court, même en tenant compte de la perte d’une par­tie du troi­sième et der­nier livre, qu’on ne connaît que par des «épi­to­més» (des «abré­gés de l’abrégé»). Long­temps attri­bué au gram­mai­rien Apol­lo­dore d’Athènes, qui s’était occu­pé de mytho­lo­gie, on est aujourd’hui cer­tain qu’il n’est pas de lui. Il débute par l’origine des dieux et du monde, et va jusqu’aux péré­gri­na­tions des héros reve­nant de Troie. Il se ter­mine donc par les évé­ne­ments qui forment la limite entre la fable et l’histoire. Bien qu’il soit d’un grand secours pour l’intelligence de cer­tains auteurs anciens, cet ouvrage de vul­ga­ri­sa­tion ne repro­duit pas le vrai esprit des mythes et est même consi­dé­ré par les cri­tiques comme médiocre, sans réel enthou­siasme, sans génie. Pleines de vie, de sens, de véri­té pour les poètes et les artistes qui les avaient ani­mées de leur souffle, les fables mytho­lo­giques ne sont plus, dans la «Biblio­thèque», que des lettres mortes, des objets de curio­si­té sco­laire et non de foi. Il est évident que les Grecs ces­sèrent, dès cette époque, de croire en leurs dieux, et que les véné­rables légendes nées de l’imagination pri­mi­tive per­dirent toute leur signi­fi­ca­tion. Il faut consi­dé­rer la «Biblio­thèque» comme un cata­logue de légendes des­sé­chées et conser­vées en her­bier, un inven­taire fos­si­li­sé. Je ne veux pas nier ici l’utilité de ce genre d’ouvrage; mais quel sacri­lège, au point de vue reli­gieux, de dépouiller de tous leurs orne­ments et de tout leur éclat les fables qui avaient ins­pi­ré les pro­duc­tions immor­telles de la poé­sie et de l’art, et de les réduire à de viles listes de faits, lieux, alliances et filia­tions, «qui res­semblent aux mythes pri­mi­tifs comme de vieilles fleurs en papier, jau­nies et enfu­mées, res­semblent aux fleurs des champs»**.

* En grec «Βιϐλιοθήκη». Haut

** Ernest Renan, «Les Reli­gions de l’Antiquité». Haut