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Graffigny, «Correspondance. Tome I. Lettres 1-144 (1716-17 juin 1739)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments

Voi­ci un pas­sage qui don­ne­ra une idée du style de la «Cor­res­pon­dance» : «Entrez un peu dans mes peines, mon cher père, je vous en conjure, et voyez si ce que je vous pro­pose est bien éloi­gné de la rai­son… Dans les inquié­tudes où je suis, à qui aurai-je recours qu’à mon père? Ne reje­tez pas d’abord ma prière, consi­dé­rez l’état où je suis; et après cela, je me remets entiè­re­ment à la volon­té de Dieu, qui me sera signi­fiée par la vôtre. Ayez la bon­té de me faire réponse. Je l’attends comme je ne sau­rais vous dire, tant j’ai de crainte que vous ne trou­viez pas bon le seul par­ti que je vois à prendre dans ma peine»*****.

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* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

***** p. 2. Haut