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Rosny, «L’Énigme de Givreuse • La Haine surnaturelle»

éd. Bibliothèque nationale de France, coll. Les Orpailleurs, Paris

éd. Biblio­thèque natio­nale de France, coll. Les Orpailleurs, Paris

Il s’agit de «L’Énigme de Givreuse» et autres œuvres de Joseph-Hen­ri Ros­ny. Sous le pseu­do­nyme de Ros­ny se masque la col­la­bo­ra­tion lit­té­raire entre deux frères : Joseph-Hen­ri-Hono­ré Boëx et Séra­phin-Jus­tin-Fran­çois Boëx. Ils naquirent, l’aîné en 1856, le jeune en 1859, d’une famille fran­çaise, hol­lan­daise et espa­gnole ins­tal­lée en Bel­gique. Ces ori­gines diverses, leur ins­tinct de curio­si­té, un âpre amour de la lutte — les Ros­ny étaient d’une rare vigueur mus­cu­laire —, leur han­tise de la pré­his­toire, et jusque la fas­ci­na­tion qu’exerçaient sur eux les terres inhos­pi­ta­lières et sau­vages, firent naître chez eux le rêve de rejoindre les tri­bus indiennes qui han­taient encore les éten­dues loin­taines du Cana­da. Londres d’abord et Paris ensuite n’étaient dans leur tête qu’une escale; mais le des­tin les y fixa pour la vie et fit d’eux des pri­son­niers de ces villes tita­nesques que les Ros­ny allaient fouiller en pro­fon­deur, avec toute la pas­sion que sus­citent des contrées incon­nues, des contrées humaines et bru­tales. Ils péné­trèrent dans les fau­bourgs sor­dides; ils connurent les four­naises, les usines, les fabriques farouches et repous­santes, cra­chant leurs noires fumées dans le ciel, les dépo­toirs à perte de vue, autour des­quels grouillaient des hommes de fer et de feu. Cette vision exal­tait les Ros­ny jusqu’aux larmes : «Le front contre sa vitre, il contem­plait le fau­bourg sinistre, les hautes che­mi­nées d’usine, avec l’impression d’une tue­rie lente et invin­cible. Aurait-on le temps de sau­ver les hommes?… De vastes espé­rances ba­layaient cette crainte»*. À jamais éga­rés des tri­bus indiennes, les regret­tant de tout cœur, les Ros­ny se conso­lèrent en créant une poé­tique des villes, à laquelle on doit leurs meilleures pages. L’impression qu’un autre tire d’une forêt vierge, d’une savane, d’une jungle, d’un abîme d’herbes, de ramures et de fauves, ils la tirèrent, aus­si vierge, du remous de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Le sif­fle­ment des sirènes, le reten­tis­se­ment des enclumes, la rumeur des foules devint pour eux un bruit aus­si reli­gieux que l’appel des cloches. L’aspect féroce, puis­sant des tra­vailleurs, à la sor­tie des ate­liers, leur évo­qua les temps pri­mi­tifs où les pre­miers hommes se débat­taient dans des com­bats vio­lents contre les forces élé­men­taires de la nature. Dans leurs romans sociaux, qui rejoignent d’ailleurs leurs récits pré­his­to­riques et scien­ti­fiques, puisqu’ils étu­dient et pré­voient «tout l’antique mys­tère»** des deve­nirs de la vie — dans leurs romans sociaux, dis-je, les Ros­ny font voir que «la forêt vierge et les grandes indus­tries ne sont pas des choses oppo­sées, ce sont des choses ana­logues»; qu’un «mor­ceau de Paris, où s’entasse la gran­deur de nos sem­blables, doit faire pal­pi­ter les artistes autant que la chute du Rhin à Schaff­house»***; que l’œuvre des hommes est non moins belle et mons­trueuse que celle de la nature — ou plu­tôt il est impos­sible de sépa­rer l’une de l’autre.

* «La Vague rouge». Haut

** «L’Aube du futur». Haut

*** «La Vague rouge». Haut

Rosny, «La Mort de la Terre et Autres Contes»

éd. Bibliothèque nationale de France, coll. Les Orpailleurs, Paris

éd. Biblio­thèque natio­nale de France, coll. Les Orpailleurs, Paris

Il s’agit de «La Mort de la Terre» et autres œuvres de Joseph-Hen­ri Ros­ny. Sous le pseu­do­nyme de Ros­ny se masque la col­la­bo­ra­tion lit­té­raire entre deux frères : Joseph-Hen­ri-Hono­ré Boëx et Séra­phin-Jus­tin-Fran­çois Boëx. Ils naquirent, l’aîné en 1856, le jeune en 1859, d’une famille fran­çaise, hol­lan­daise et espa­gnole ins­tal­lée en Bel­gique. Ces ori­gines diverses, leur ins­tinct de curio­si­té, un âpre amour de la lutte — les Ros­ny étaient d’une rare vigueur mus­cu­laire —, leur han­tise de la pré­his­toire, et jusque la fas­ci­na­tion qu’exerçaient sur eux les terres inhos­pi­ta­lières et sau­vages, firent naître chez eux le rêve de rejoindre les tri­bus indiennes qui han­taient encore les éten­dues loin­taines du Cana­da. Londres d’abord et Paris ensuite n’étaient dans leur tête qu’une escale; mais le des­tin les y fixa pour la vie et fit d’eux des pri­son­niers de ces villes tita­nesques que les Ros­ny allaient fouiller en pro­fon­deur, avec toute la pas­sion que sus­citent des contrées incon­nues, des contrées humaines et bru­tales. Ils péné­trèrent dans les fau­bourgs sor­dides; ils connurent les four­naises, les usines, les fabriques farouches et repous­santes, cra­chant leurs noires fumées dans le ciel, les dépo­toirs à perte de vue, autour des­quels grouillaient des hommes de fer et de feu. Cette vision exal­tait les Ros­ny jusqu’aux larmes : «Le front contre sa vitre, il contem­plait le fau­bourg sinistre, les hautes che­mi­nées d’usine, avec l’impression d’une tue­rie lente et invin­cible. Aurait-on le temps de sau­ver les hommes?… De vastes espé­rances ba­layaient cette crainte»*. À jamais éga­rés des tri­bus indiennes, les regret­tant de tout cœur, les Ros­ny se conso­lèrent en créant une poé­tique des villes, à laquelle on doit leurs meilleures pages. L’impression qu’un autre tire d’une forêt vierge, d’une savane, d’une jungle, d’un abîme d’herbes, de ramures et de fauves, ils la tirèrent, aus­si vierge, du remous de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Le sif­fle­ment des sirènes, le reten­tis­se­ment des enclumes, la rumeur des foules devint pour eux un bruit aus­si reli­gieux que l’appel des cloches. L’aspect féroce, puis­sant des tra­vailleurs, à la sor­tie des ate­liers, leur évo­qua les temps pri­mi­tifs où les pre­miers hommes se débat­taient dans des com­bats vio­lents contre les forces élé­men­taires de la nature. Dans leurs romans sociaux, qui rejoignent d’ailleurs leurs récits pré­his­to­riques et scien­ti­fiques, puisqu’ils étu­dient et pré­voient «tout l’antique mys­tère»** des deve­nirs de la vie — dans leurs romans sociaux, dis-je, les Ros­ny font voir que «la forêt vierge et les grandes indus­tries ne sont pas des choses oppo­sées, ce sont des choses ana­logues»; qu’un «mor­ceau de Paris, où s’entasse la gran­deur de nos sem­blables, doit faire pal­pi­ter les artistes autant que la chute du Rhin à Schaff­house»***; que l’œuvre des hommes est non moins belle et mons­trueuse que celle de la nature — ou plu­tôt il est impos­sible de sépa­rer l’une de l’autre.

* «La Vague rouge». Haut

** «L’Aube du futur». Haut

*** «La Vague rouge». Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XIII. Lettres 1907-2092 (20 août 1752-30 décembre 1753)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XII. Lettres 1723-1906 (20 juin 1751-18 août 1752)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome XI. Lettres 1570-1722 (2 juillet 1750-19 juin 1751)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome X. Lettres 1391-1569 (26 avril 1749-2 juillet 1750)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome IX. Lettres 1217-1390 (11 mars 1748-25 avril 1749)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome VIII. Lettres 1026-1216 (19 juillet 1746-11 octobre 1747)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome VII. Lettres 897-1025 (11 septembre 1745-17 juillet 1746)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome VI. Lettres 761-896 (23 octobre 1744-10 septembre 1745)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome V. Lettres 636-760 (3 janvier 1744-21 octobre 1744)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome IV. Lettres 491-635 (30 novembre 1742-2 janvier 1744)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut

Graffigny, «Correspondance. Tome III. Lettres 309-490 (1er octobre 1740-27 novembre 1742)»

éd. Voltaire Foundation-Taylor Institution, Oxford

éd. Vol­taire Foun­da­tion-Tay­lor Ins­ti­tu­tion, Oxford

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» de Fran­çoise de Graf­fi­gny*, femme de lettres fran­çaise (XVIIIe siècle), dont le bel esprit et l’élégance du style firent dirent à un cri­tique** «qu’elle fai­sait infi­dé­li­té à son sexe, en usur­pant les talents du nôtre». Née Fran­çoise d’Happoncourt, elle fut mariée — ou pour mieux dire — sacri­fiée à Fran­çois Huguet de Graf­fi­gny, homme empor­té, jaloux et extrê­me­ment violent. Dès les pre­mières années de vie conju­gale, elle se vit expo­sée aux mépris et aux insultes; des injures, son mari en vint aux coups, et la chose fit tant d’éclat qu’étant par­ve­nue à la police, il y eut ordre d’emprisonner cet homme bru­tal qui, sitôt relâ­ché, fit suivre ses pre­miers excès par quan­ti­té d’autres. Il lui arri­va plu­sieurs fois de ter­ras­ser son épouse à coups de pied et de poing, et après une fausse couche qu’elle eut, de lui mettre l’épée nue sur l’estomac. La pauvre femme per­dit tous ses enfants en bas âge et eut beau­coup à souf­frir; la lettre sui­vante le montre assez : «Mon cher père», y dit Graf­fi­gny***, «je suis obli­gée dans l’extrémité où je me trouve de vous sup­plier de ne me point aban­don­ner et de m’envoyer au plus vite cher­cher par M. de Raré­court, car je suis en grand dan­ger et suis toute bri­sée de coups. Je me jette à votre misé­ri­corde et vous prie que ce soit bien vite». Après avoir pen­dant de longues années don­né des preuves d’une patience héroïque, elle par­vint à obte­nir une sépa­ra­tion juri­dique. Libé­rée des hor­ribles chaînes qu’elle avait trop long­temps por­tées, elle vint à Paris. Sa vie n’avait été qu’un tis­su de mal­heurs et de désa­gré­ments, et ce fut dans ces mal­heurs qu’elle pui­sa le sen­ti­ment d’une immense tris­tesse, d’une mélan­co­lie de tous les ins­tants qui carac­té­ri­sa son roman «Lettres d’une Péru­vienne» : «Il ne me reste», y dit-elle****, «que la triste conso­la­tion de [vous] peindre mes dou­leurs… Que j’ai de joie à [vous les] dire, à leur don­ner toutes les sortes d’existences qu’elles peuvent avoir! Je vou­drais les tra­cer sur le plus dur métal, sur les murs de ma chambre, sur mes habits, sur tout ce qui m’environne, et les expri­mer dans toutes les langues». Mais ce roman et un ou deux autres qu’elle écri­vit n’égalèrent jamais tout à fait celui de sa vie; et plus encore que dans les «Lettres d’une Péru­vienne», les lec­teurs trou­ve­ront de l’intérêt dans les mil­liers de lettres qui consti­tuent sa véri­table «Cor­res­pon­dance».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Gra­fi­gny, Gra­fi­gni et Graf­fi­gni. Haut

** Étienne-Guillaume Colombe. Haut

*** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 1. Haut

**** «Lettres d’une Péru­vienne», p. 155. Haut