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«Paraboles de Sendabar sur les ruses des femmes»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la ver­sion hébraïque des «Para­boles de Sen­da­bar sur les ruses des femmes» («Mishle Sen­da­bar»*), ou mieux «Para­boles de Sin­de­bad», contes d’origine indienne, dont il existe des imi­ta­tions dans la plu­part des langues orien­tales, et qui, sous le titre de «L’Histoire des sept sages de Rome» («His­to­ria sep­tem sapien­tum Romæ»), ont obte­nu un très vif suc­cès en Europe occi­den­tale, où les trou­vères fran­çais en ont fait «Le Roman des sept sages». Le ren­sei­gne­ment le plus ancien et le plus utile que nous ayons sur ces contes, nous est don­né par l’historien Mas­sou­di (Xe siècle apr. J.-C.). Dans un cha­pitre inti­tu­lé «Géné­ra­li­tés sur l’histoire de l’Inde, ses doc­trines, et l’origine de ses royaumes», cet his­to­rien attri­bue le «Livre des sept vizirs, du maître, du jeune homme et de la femme du roi» à un sage indien, contem­po­rain du roi Harṣa Vard­ha­na (VIIe siècle apr. J.-C.), et qu’il nomme Sin­de­bad**. Ain­si donc, c’est en Inde que l’imagination humaine, féconde et exu­bé­rante comme la val­lée du Gange, a enfan­té ces contes; c’est de l’Inde qu’ils ont pris leur envol en se répan­dant aux extré­mi­tés du monde pour nous amu­ser et ins­truire. Et si nous fai­sons l’effort de remon­ter de siècle en siècle, de langue en langue — du fran­çais au latin, du latin à l’hébreu, de l’hébreu à l’arabe, de l’arabe au pehl­vi, du pehl­vi au sans­crit — nous arri­vons à Sen­da­bar ou Sen­da­bad ou Sin­de­bad ou Sind­bad, qu’il ne faut pas confondre du reste avec le marin du même nom dans les «Mille et une Nuits». Tous ces noms paraissent cor­rom­pus. En tout cas, en l’absence du texte ori­gi­nal sans­crit, je m’en réfère à la ver­sion hébraïque. En voi­ci l’intrigue : Une reine devient amou­reuse de son beau-fils, qui rejette les vaines avances de cette femme. Elle en est irri­tée et l’accuse d’avoir vou­lu la séduire, un peu comme Phèdre a accu­sé Hip­po­lyte, ou comme la femme de Puti­phar a accu­sé Joseph. Le roi condamne son fils; mais, durant une semaine, le juge­ment demeure sus­pen­du. Chaque jour, l’un des sept sages voués à l’éducation du jeune prince fait au monarque un récit qui a pour but de lui ins­pi­rer quelque défiance à l’égard des femmes; et la reine y répond, chaque jour, par un récit qui doit pro­duire l’effet contraire. Enfin, le prince démontre son inno­cence, et la reine est condam­née; mais le jeune homme demande et obtient la grâce de la cou­pable.

«ותרא הנערה את קצף הנער ותפחד מאד ותאמר בלבה : אם אני לא אמיתהו בתוך שׁבעת הימים האלה הוא ימיתני. ותקם מיד ותקרע בגדיה ותפזר שערותיה ותשׁם ידיה על ראשה ותלך הלוך וזעוק. ותאמר למלך : הלא אמרת, כי בנך אילם, כל זאת בערמה עשׁה עד שהביאני החדרה וביקשׁ לשׁכב עמי. ויחר אף המלך מאד וחמתו בערה בו. ויאמר : טוב להעביר בן נבל כזה מן הארץ מהחיותו לחרפתי. ויצו להמיתו ולהביא ראשׁו לפניו.»
— Pas­sage dans la ver­sion hébraïque

«La jeune fille remar­qua le cour­roux du jeune homme; elle en conçut une grande frayeur et pen­sa en elle-même : “Si je ne le tue pas dans les sept jours, il me tue­ra”. Aus­si­tôt, elle se leva, déchi­ra ses vête­ments, s’arracha les che­veux, se frap­pa la tête de ses mains, appe­la au secours, pous­sa des cris et vint dire au roi : “Tu m’as dit que ton fils était muet, c’était par ruse qu’il a fait cela, pour m’attirer dans un appar­te­ment, et puis il a employé tous ses efforts pour me séduire”. Là-des­sus, la colère du roi fut vio­lem­ment exci­tée; il s’enflamma de fureur et dit : “Il vaut mieux qu’un fils indigne comme l’est celui-ci dis­pa­raisse de la terre, que de le lais­ser vivre à ma honte”. Et il ordon­na de le mettre à mort et de lui por­ter la tête du cou­pable.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Éliacin Car­mo­ly

«Tunc pros­pexit puel­la juve­nis iram; qua nimis ter­ri­ta dixit in corde suo : “Si ego non inter­fi­cio eum in medio isto­rum sep­tem die­rum, me mori faciet”. Et sur­rexit confes­tim et sci­dit ves­ti­men­ta sua, rum­pens capil­los, scin­dens genas cum ungue, et magna voce cla­mans intra­vit ad regem et dixit : “Rex magni­fice, nonne dixis­ti filium tuum esse mutum? Quod mihi non vide­tur verum; nam hoc tam diu pro indus­tria fecit donec me in cubi­cu­lum duxit, et mecum concum­bere quæ­si­vit”. Quo audi­to Rex tur­ba­tus est valde et accen­dens iram suam in filium ait : “Ad inpu­den­tiam mihi impu­ta­bi­tur, si hoc a me scan­da­lum non eje­ce­ro”. Hoc maxi­mo dolore Rex com­mo­tus præ­ce­pit gla­dia­to­ri­bus mor­ti eum confes­tim tra­dere et caput ejus ante præ­sen­tiam suam por­ta­ri.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine d’un ano­nyme (XIIIe siècle)

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* En hébreu «משלי סנדבאר». Autre­fois trans­crit «Mischle San­da­bar» ou «Mishle Sen­de­bar». Haut

** En arabe سندباد. Haut