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Mot-cleflittérature médiévale

sujet

Roustavéli, «L’Homme à la peau de léopard»

éd. électronique

éd. élec­tro­nique

Il s’agit de «L’Homme à la peau de léo­pard»*Vep­khis-tkaos­sa­ni»**), fameuse épo­pée géor­gienne du temps de la reine Tha­mar*** (1184-1213 apr. J.-C.). Cette reine si belle, si savante, si guer­rière dut lut­ter contre Georges Bogo­lioubs­ki, son pre­mier époux, pour impo­ser David Sos­lane, son second, ce qui n’empêcha pas son siècle de deve­nir le siècle d’or de la Géor­gie, qui s’étendit de la mer Noire à la Cas­pienne, des monts du Cau­case aux sources de l’Euphrate. Au cours de cette période, la vie intel­lec­tuelle pros­pé­ra, subis­sant l’influence des civi­li­sa­tions arabe, per­sane et grecque. Une foule d’écrivains célèbres, qui entou­raient le trône, vinrent por­ter la richesse de la langue à son apo­gée. Mais leur nom pâlit devant celui de Cho­ta Rous­ta­vé­li****. Son épo­pée, «L’Homme à la peau de léo­pard», est véné­rée par tout le peuple géor­gien. Ses vers en sont les accents de gloire; et ses pages, sui­vant une cou­tume, fai­saient une par­tie obli­gée de la cor­beille de mariage de la fian­cée — heu­reux pays où l’on esti­mait le livre au même prix que les bijoux! Une œuvre ori­gi­nale que cette épo­pée? Non point par son sujet, en tout cas, et de l’aveu même de Rous­ta­vé­li : «Cette légende per­sane tra­duite en géor­gien, telle une perle soli­taire dans le creux de la main je l’ai trou­vée et mise en vers»*****. Ce sujet? Le roi d’Arabie cède son trône à sa fille Thi­mia­tine, ce qui ne peut aller sans de grandes chasses. Or, en cou­rant cerfs, biches, che­vreaux, gazelles, les chas­seurs découvrent un étrange per­son­nage vêtu de la peau que vous savez déjà, et qui réus­sit à se déro­ber à leur curio­si­té. Ce n’est que grâce à l’astuce d’Avthandil qu’ils par­vien­dront à apprendre son nom : Tariel, prince indien, qui ne peut se conso­ler de la perte de la belle Nes­tane, rete­nue par les Turcs. Mais ce récit exo­tique est à clef. Thi­mia­tine mon­tée sur le trône, c’est Tha­mar en per­sonne, ce dont Rous­ta­vé­li ne fait point mys­tère : «Chan­tons la reine Tha­mar!», dit-il dans son pro­logue******. «Mêlant les larmes au sang, je lui ai dédié mes odes les plus choi­sies… Je suis fou de celle dont la volon­té suprême com­mande les troupes… Je n’en peux plus, je suc­combe, il n’y a point de remède. Qu’elle me donne la gué­ri­son ou la terre pour ma tombe!» Mais pour­quoi ces «larmes» et ce «sang»? C’est que Tha­mar, «impi­toyable comme un roc»*******, aurait refu­sé de cou­ron­ner la flamme de notre poète. De là à pré­tendre que, de déses­poir, il en prit le froc de moine, il n’y a qu’un pas; le peuple le fran­chit allè­gre­ment. Il n’empêche que pour joindre la petite his­toire à la grande, l’archéologie aurait décou­vert dans le monas­tère géor­gien de la Sainte-Croix, à Jéru­sa­lem, une fresque et une stèle au nom de Rous­ta­vé­li.

* Autre­fois tra­duit «Le Preux à la peau de tigre», «Le Héros à la peau de léo­pard», «Le Che­va­lier à la peau de léo­pard» ou «Le Che­va­lier à la peau de tigre». Haut

** En géor­gien «ვეფხისტყაოსანი». Par­fois trans­crit «Vepxis tqao­sa­ni», «Wep­kis tkaos­sa­ni», «Weph­khis tqao­sa­ni», «Veph­khis tkao­sa­ni», «Veph­kh­vis-tkao­sa­ni», «Vepxis t’q’aosani», «Vepx­vis t’q(’)aosani», «Vep­khiss-tkaos­sa­ni» ou «Vepkhist’q’aosani». Haut

*** En géor­gien თამარი. Par­fois trans­crit Tama­ri, Tamar ou Tama­ra. Haut

**** En géor­gien შოთა რუსთაველი. Par­fois trans­crit Rous­tha­vé­li, Rous­thawé­li, Rust’haveli, Rus­ta­ve­li, Rus­ta­vel­li, Ros­ta­ve­li ou Rous­tha­wel. On ren­contre aus­si la gra­phie რუსთველი (Rous­th­vé­li). Par­fois trans­crit Rous­th­wel. Haut

***** p. 16. Haut

****** p. 14. Haut

******* p. 18. Haut

«Le Roman des sept sages de Rome»

éd. Honoré Champion, coll. Champion Classiques-Moyen Âge, Paris

éd. Hono­ré Cham­pion, coll. Cham­pion Clas­siques-Moyen Âge, Paris

Il s’agit des ver­sions fran­çaises K et C des «Para­boles de Sen­da­bar sur les ruses des femmes» («Mishle Sen­da­bar»*), ou mieux «Para­boles de Sin­de­bad», contes d’origine indienne, dont il existe des imi­ta­tions dans la plu­part des langues orien­tales, et qui, sous le titre de «L’Histoire des sept sages de Rome» («His­to­ria sep­tem sapien­tum Romæ»), ont obte­nu un très vif suc­cès en Europe occi­den­tale, où les trou­vères fran­çais en ont fait «Le Roman des sept sages». Le ren­sei­gne­ment le plus ancien et le plus utile que nous ayons sur ces contes, nous est don­né par l’historien Mas­sou­di (Xe siècle apr. J.-C.). Dans un cha­pitre inti­tu­lé «Géné­ra­li­tés sur l’histoire de l’Inde, ses doc­trines, et l’origine de ses royaumes», cet his­to­rien attri­bue le «Livre des sept vizirs, du maître, du jeune homme et de la femme du roi» à un sage indien, contem­po­rain du roi Harṣa Vard­ha­na (VIIe siècle apr. J.-C.), et qu’il nomme Sin­de­bad**. Ain­si donc, c’est en Inde que l’imagination humaine, féconde et exu­bé­rante comme la val­lée du Gange, a enfan­té ces contes; c’est de l’Inde qu’ils ont pris leur envol en se répan­dant aux extré­mi­tés du monde pour nous amu­ser et ins­truire. Et si nous fai­sons l’effort de remon­ter de siècle en siècle, de langue en langue — du fran­çais au latin, du latin à l’hébreu, de l’hébreu à l’arabe, de l’arabe au pehl­vi, du pehl­vi au sans­crit — nous arri­vons à Sen­da­bar ou Sen­da­bad ou Sin­de­bad ou Sind­bad, qu’il ne faut pas confondre du reste avec le marin du même nom dans les «Mille et une Nuits». Tous ces noms paraissent cor­rom­pus. En tout cas, en l’absence du texte ori­gi­nal sans­crit, je m’en réfère à la ver­sion hébraïque. En voi­ci l’intrigue : Une reine devient amou­reuse de son beau-fils, qui rejette les vaines avances de cette femme. Elle en est irri­tée et l’accuse d’avoir vou­lu la séduire, un peu comme Phèdre a accu­sé Hip­po­lyte, ou comme la femme de Puti­phar a accu­sé Joseph. Le roi condamne son fils; mais, durant une semaine, le juge­ment demeure sus­pen­du. Chaque jour, l’un des sept sages voués à l’éducation du jeune prince fait au monarque un récit qui a pour but de lui ins­pi­rer quelque défiance à l’égard des femmes; et la reine y répond, chaque jour, par un récit qui doit pro­duire l’effet contraire. Enfin, le prince démontre son inno­cence, et la reine est condam­née; mais le jeune homme demande et obtient la grâce de la cou­pable.

* En hébreu «משלי סנדבאר». Autre­fois trans­crit «Mischle San­da­bar» ou «Mishle Sen­de­bar». Haut

** En arabe سندباد. Haut

«Deux Rédactions du “Roman des sept sages de Rome”»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des ver­sions fran­çaises D et H des «Para­boles de Sen­da­bar sur les ruses des femmes» («Mishle Sen­da­bar»*), ou mieux «Para­boles de Sin­de­bad», contes d’origine indienne, dont il existe des imi­ta­tions dans la plu­part des langues orien­tales, et qui, sous le titre de «L’Histoire des sept sages de Rome» («His­to­ria sep­tem sapien­tum Romæ»), ont obte­nu un très vif suc­cès en Europe occi­den­tale, où les trou­vères fran­çais en ont fait «Le Roman des sept sages». Le ren­sei­gne­ment le plus ancien et le plus utile que nous ayons sur ces contes, nous est don­né par l’historien Mas­sou­di (Xe siècle apr. J.-C.). Dans un cha­pitre inti­tu­lé «Géné­ra­li­tés sur l’histoire de l’Inde, ses doc­trines, et l’origine de ses royaumes», cet his­to­rien attri­bue le «Livre des sept vizirs, du maître, du jeune homme et de la femme du roi» à un sage indien, contem­po­rain du roi Harṣa Vard­ha­na (VIIe siècle apr. J.-C.), et qu’il nomme Sin­de­bad**. Ain­si donc, c’est en Inde que l’imagination humaine, féconde et exu­bé­rante comme la val­lée du Gange, a enfan­té ces contes; c’est de l’Inde qu’ils ont pris leur envol en se répan­dant aux extré­mi­tés du monde pour nous amu­ser et ins­truire. Et si nous fai­sons l’effort de remon­ter de siècle en siècle, de langue en langue — du fran­çais au latin, du latin à l’hébreu, de l’hébreu à l’arabe, de l’arabe au pehl­vi, du pehl­vi au sans­crit — nous arri­vons à Sen­da­bar ou Sen­da­bad ou Sin­de­bad ou Sind­bad, qu’il ne faut pas confondre du reste avec le marin du même nom dans les «Mille et une Nuits». Tous ces noms paraissent cor­rom­pus. En tout cas, en l’absence du texte ori­gi­nal sans­crit, je m’en réfère à la ver­sion hébraïque. En voi­ci l’intrigue : Une reine devient amou­reuse de son beau-fils, qui rejette les vaines avances de cette femme. Elle en est irri­tée et l’accuse d’avoir vou­lu la séduire, un peu comme Phèdre a accu­sé Hip­po­lyte, ou comme la femme de Puti­phar a accu­sé Joseph. Le roi condamne son fils; mais, durant une semaine, le juge­ment demeure sus­pen­du. Chaque jour, l’un des sept sages voués à l’éducation du jeune prince fait au monarque un récit qui a pour but de lui ins­pi­rer quelque défiance à l’égard des femmes; et la reine y répond, chaque jour, par un récit qui doit pro­duire l’effet contraire. Enfin, le prince démontre son inno­cence, et la reine est condam­née; mais le jeune homme demande et obtient la grâce de la cou­pable.

* En hébreu «משלי סנדבאר». Autre­fois trans­crit «Mischle San­da­bar» ou «Mishle Sen­de­bar». Haut

** En arabe سندباد. Haut

«Histoire de Sindban : contes syriaques»

éd. E. Leroux, coll. de Contes et Chansons populaires, Paris

éd. E. Leroux, coll. de Contes et Chan­sons popu­laires, Paris

Il s’agit de la ver­sion syriaque des «Para­boles de Sen­da­bar sur les ruses des femmes» («Mishle Sen­da­bar»*), ou mieux «Para­boles de Sin­de­bad», contes d’origine indienne, dont il existe des imi­ta­tions dans la plu­part des langues orien­tales, et qui, sous le titre de «L’Histoire des sept sages de Rome» («His­to­ria sep­tem sapien­tum Romæ»), ont obte­nu un très vif suc­cès en Europe occi­den­tale, où les trou­vères fran­çais en ont fait «Le Roman des sept sages». Le ren­sei­gne­ment le plus ancien et le plus utile que nous ayons sur ces contes, nous est don­né par l’historien Mas­sou­di (Xe siècle apr. J.-C.). Dans un cha­pitre inti­tu­lé «Géné­ra­li­tés sur l’histoire de l’Inde, ses doc­trines, et l’origine de ses royaumes», cet his­to­rien attri­bue le «Livre des sept vizirs, du maître, du jeune homme et de la femme du roi» à un sage indien, contem­po­rain du roi Harṣa Vard­ha­na (VIIe siècle apr. J.-C.), et qu’il nomme Sin­de­bad**. Ain­si donc, c’est en Inde que l’imagination humaine, féconde et exu­bé­rante comme la val­lée du Gange, a enfan­té ces contes; c’est de l’Inde qu’ils ont pris leur envol en se répan­dant aux extré­mi­tés du monde pour nous amu­ser et ins­truire. Et si nous fai­sons l’effort de remon­ter de siècle en siècle, de langue en langue — du fran­çais au latin, du latin à l’hébreu, de l’hébreu à l’arabe, de l’arabe au pehl­vi, du pehl­vi au sans­crit — nous arri­vons à Sen­da­bar ou Sen­da­bad ou Sin­de­bad ou Sind­bad, qu’il ne faut pas confondre du reste avec le marin du même nom dans les «Mille et une Nuits». Tous ces noms paraissent cor­rom­pus. En tout cas, en l’absence du texte ori­gi­nal sans­crit, je m’en réfère à la ver­sion hébraïque. En voi­ci l’intrigue : Une reine devient amou­reuse de son beau-fils, qui rejette les vaines avances de cette femme. Elle en est irri­tée et l’accuse d’avoir vou­lu la séduire, un peu comme Phèdre a accu­sé Hip­po­lyte, ou comme la femme de Puti­phar a accu­sé Joseph. Le roi condamne son fils; mais, durant une semaine, le juge­ment demeure sus­pen­du. Chaque jour, l’un des sept sages voués à l’éducation du jeune prince fait au monarque un récit qui a pour but de lui ins­pi­rer quelque défiance à l’égard des femmes; et la reine y répond, chaque jour, par un récit qui doit pro­duire l’effet contraire. Enfin, le prince démontre son inno­cence, et la reine est condam­née; mais le jeune homme demande et obtient la grâce de la cou­pable.

* En hébreu «משלי סנדבאר». Autre­fois trans­crit «Mischle San­da­bar» ou «Mishle Sen­de­bar». Haut

** En arabe سندباد. Haut

«Quatre Sagas légendaires d’Islande»

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge européen, Grenoble

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge euro­péen, Gre­noble

Il s’agit de la «Saga d’Egil le Man­chot et d’Asmund Tueur-de-guer­riers-fauves» («Egils Saga ein­hen­da ok Ásmun­dar ber­serk­ja­ba­na») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga des Sturlungar»

éd. Les Belles Lettres, coll. Classiques du Nord-Racines, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Clas­siques du Nord-Racines, Paris

Il s’agit de la «Saga des Stur­lun­gar» («Stur­lun­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Vikings de Jómsborg, “Jómsvíkinga Saga”»

éd. Heimdal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

éd. Heim­dal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

Il s’agit des «Vikings de Jóm­sborg» («Jóm­sví­kin­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga [des Völsungar :] Sigurðr ou la parole donnée»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Scandinavie, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Scan­di­na­vie, Paris

Il s’agit de la «Saga des Völ­sun­gar» («Völ­sun­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga de Gunnlaugr Langue-de-serpent • La Saga de Hallfredr le Scalde difficile»

éd. Joseph K., Nantes

éd. Joseph K., Nantes

Il s’agit de la «Saga de Gunn­lau­gr Langue-de-ser­pent» («Gunn­laugs Saga orm­stun­gu») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Deux Sagas islandaises légendaires»

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Véri­té des mythes-Sources, Paris

Il s’agit de la «Saga de Gau­tre­kr» («Gau­treks Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga des Orcadiens, “Orkneyinga Saga”»

éd. Aubier, Paris

éd. Aubier, Paris

Il s’agit de la «Saga des Orca­diens» («Ork­neyin­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Saga de Hrólfr kraki, “Hrólfs Saga kraka”»

éd. Anacharsis, Toulouse

éd. Ana­char­sis, Tou­louse

Il s’agit de la «Saga de Hról­fr kra­ki» («Hrólfs Saga kra­ka») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Les Sagas miniatures, “Þættir”»

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Véri­té des mythes-Sources, Paris

Il s’agit du «Dit d’Ormr fils de Stóról­fr» («Orms Þát­tr Stórólf­sso­nar») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut