Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefindien (hindou) : pays, gentilé ou langue

« Le Roman des sept sages de Rome »

éd. Honoré Champion, coll. Champion Classiques-Moyen Âge, Paris

Il s’agit des versions françaises K et C des « Paraboles de Sendabar sur les ruses des femmes » (« Mishle Sendabar » *), ou mieux « Paraboles de Sindebad », contes d’origine indienne, dont il existe des imitations dans la plupart des langues orientales, et qui, sous le titre de « L’Histoire des sept sages de Rome » (« Historia septem sapientum Romæ »), ont obtenu un très vif succès en Europe occidentale, où les trouvères français en ont fait « Le Roman des sept sages ». Le renseignement le plus ancien et le plus utile que nous ayons sur ces contes, nous est donné par l’historien Massoudi (Xe siècle apr. J.-C.). Dans un chapitre intitulé « Généralités sur l’histoire de l’Inde, ses doctrines, et l’origine de ses royaumes », cet historien attribue le « Livre des sept vizirs, du maître, du jeune homme et de la femme du roi » à un sage indien, contemporain du roi Harṣa Vardhana (VIIe siècle apr. J.-C.), et qu’il nomme Sindebad **. Ainsi donc, c’est en Inde que l’imagination humaine, féconde et exubérante comme la vallée du Gange, a enfanté ces contes ; c’est de l’Inde qu’ils ont pris leur envol en se répandant aux extrémités du monde pour nous amuser et instruire. Et si nous faisons l’effort de remonter de siècle en siècle, de langue en langue — du français au latin, du latin à l’hébreu, de l’hébreu à l’arabe, de l’arabe au pehlvi, du pehlvi au sanscrit — nous arrivons à Sendabar ou Sendabad ou Sindebad ou Sindbad, qu’il ne faut pas confondre du reste avec le marin du même nom dans les « Mille et une Nuits ». Tous ces noms paraissent corrompus. En tout cas, en l’absence du texte original sanscrit, je m’en réfère à la version hébraïque. En voici l’intrigue : Une reine devient amoureuse de son beau-fils, qui rejette les vaines avances de cette femme. Elle en est irritée et l’accuse d’avoir voulu la séduire, un peu comme Phèdre a accusé Hippolyte, ou comme la femme de Putiphar a accusé Joseph. Le roi condamne son fils ; mais, durant une semaine, le jugement demeure suspendu. Chaque jour, l’un des sept sages voués à l’éducation du jeune prince fait au monarque un récit qui a pour but de lui inspirer quelque défiance à l’égard des femmes ; et la reine y répond, chaque jour, par un récit qui doit produire l’effet contraire. Enfin, le prince démontre son innocence, et la reine est condamnée ; mais le jeune homme demande et obtient la grâce de la coupable. Lisez la suite›

* En hébreu « משלי סנדבאר ». Autrefois transcrit « Mischle Sandabar » ou « Mishle Sendebar ».

** En arabe سندباد.

Buzurg ibn Šahrîyâr, « Livre des merveilles de l’Inde »

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des merveilles de l’Inde » (« Kitâb ‘aǧâ’ib al-Hind » *) attribué à Buzurg ibn Šahriyâr al-Râm-Hurmuzî **. L’auteur — un Persan de Râm-Hurmuz *** — a sillonné les côtes de l’Inde et de l’Insulinde en tant que capitaine de navire (« nâḫudât ») ; mais la plupart des faits qu’il nous rapporte ont pour garants d’autres capitaines de navire, maîtres de navigation (« mu‘allim ») et pilotes de sa connaissance. « On y trouve de la géographie, de l’histoire naturelle, de la fantaisie…, des récits de tempêtes et de naufrages, des scènes d’anthropophagie, et — disons-le tout de suite comme avertissement aux personnes faciles à effaroucher — plusieurs traits de mœurs orientales, contés avec une franchise un peu crue » ****. De ce riche fouillis, il se dégage, au total, cent trente-quatre anecdotes, que l’auteur nous dit avoir recueillies de la bouche même des navigateurs arabes et persans qui y ont joué le premier rôle. Certaines d’entre elles sont datées, et les dates s’échelonnent de l’an 900 à l’an 953 apr. J.-C. Il est donc permis d’en déduire que le recueil a été achevé en cette dernière année ou peu après. Comme l’indique le titre de « Livre des merveilles de l’Inde », et comme c’est presque toujours le cas s’agissant d’anecdotes nées naturelles dans la bouche de marins, l’extraordinaire, le terrible, le merveilleux occupe une très grande place. Les histoires fabuleuses de serpents géants et de peuples mangeurs d’hommes ne font donc pas défaut, et l’auteur finit parfois par lâcher : « À mon sens, c’est une rêverie sans fondement. Dieu seul connaît la vérité » *****. Mais il s’en trouve d’autres qui frappent par leur simplicité et leur accent véridique ; car, à l’opposé des « Mille et une Nuits », elles peuvent se conclure par des revers de fortune et des faillites : « Un bâtiment coule à fond en pleine mer, un autre est submergé en vue du port ; tel échoue et se brise sur les écueils, tel autre est frappé par la corne d’un narval. Ici, de tout un nombreux équipage naufragé, six ou sept hommes seulement se sauvent, par des moyens miraculeux, après avoir souffert mille morts. Là, un seul échappe aux flots pour tomber entre les mains d’un monstre à face humaine, d’un Polyphème qui l’engraisse pour le dévorer » ******. Lisez la suite›

* En arabe « كتاب عجائب الهند ». Autrefois transcrit « Kitāb ‘adjā’ib al-Hind » ou « Kitab al-ajaib al-Hind ».

** En persan بزرگ بن شهریار رامهرمزی. Autrefois transcrit Bozorg fils de Chahriyâr ou Buzurg b. Shahriyār.

*** En persan رامهرمز. Autrefois transcrit Râmhormoz, Ram-Hormuz ou Ramhormouz.

**** Marcel Devic.

***** p. 173.

****** Marcel Devic.

Harṣa, « Trois pièces de théâtre (VIIe siècle). “Priya darshika” “Nagananda” “Ratnavali” »

éd. Buchet-Chastel, Paris

Il s’agit de « Ratnâvalî » * (« Collier-de-gemmes ») et autres pièces de théâtre du roi Soleil-de-vertu (Śîlâditya **), plus célèbre dans l’histoire et la littérature de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vardhana ***. La figure de ce roi — dramaturge, poète, ami naturel des religions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus nettement dessinées de l’Inde classique. Outre ses monnaies et inscriptions, deux témoignages de première main nous renseignent sur lui. Le courtisan Bâṇa, qui bénéficia de ses largesses, a rédigé sa vie romancée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣacarita ») — une vie qui s’arrête, cependant, inopinément au huitième chapitre, soit que le biographe l’ait laissée inachevée, soit que les siècles en aient fait disparaître les dernières pages. À ce témoignage s’ajoute celui du pèlerin chinois Xuanzang, qui passa en Inde plus de douze ans, et qui nous a donné, dans les « Mémoires » relatifs à son voyage, de nombreux détails sur un roi qui fut, à la fois, son hôte et ami. Le portrait concordant dressé par ces documents nous représente Harṣa à la tête d’une armée formidable, qui ne comptait pas moins de soixante mille éléphants et cent mille hommes de cavalerie ; mais loin d’abuser de sa puissance, il était au contraire aussi pacifique qu’il était pieux. « Et par sa sage administration, il répandit partout l’union et la paix ; il… pratiqua le bien au point d’oublier le sommeil et le manger », rapporte Xuanzang ****. « Dans les villes — grandes et petites — des cinq Indes *****, dans les villages, dans les carrefours, au croisement des chemins, il fit bâtir des maisons de secours, où l’on déposait des aliments, des breuvages et des médicaments pour les donner en aumône aux voyageurs… et aux indigents. Ces distributions bienfaisantes ne cessaient jamais. » Rempli de zèle pour la foi du Bouddha, Harṣa était en même temps rempli de tolérance pour toute spiritualité. Il convoquait régulièrement une espèce de grande assemblée de tous les religieux versés dans les livres, pour laquelle il épuisait le trésor et les magasins de l’État. Ce mélange d’indulgence et de libéralité royale perce à jour également dans les œuvres littéraires qui lui sont attribuées — trois pièces de théâtre et deux poésies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splendeur non seulement en Inde, mais à l’étranger. Lisez la suite›

* Autrefois transcrit « Ratnawali ».

** Parfois transcrit Çîlâditya.

*** Autrefois transcrit Harça, Harcha ou Harsha.

**** « Mémoires sur les contrées occidentales », liv. V, ch. 61.

***** Les Chinois comptaient cinq Indes correspondant aux quatre points cardinaux avec, au milieu, l’Inde centrale.

« Harṣa Vardhana, empereur et poète de l’Inde septentrionale (606-648 apr. J.-C.) : étude sur sa vie et son temps »

éd. J.-B. Istas, Louvain

Il s’agit de l’« Hymne aux huit grands temples sacrés » (« Aṣṭa mahâ śrî caitya stotra » *) et autres poésies du roi Soleil-de-vertu (Śîlâditya **), plus célèbre dans l’histoire et la littérature de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vardhana ***. La figure de ce roi — dramaturge, poète, ami naturel des religions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus nettement dessinées de l’Inde classique. Outre ses monnaies et inscriptions, deux témoignages de première main nous renseignent sur lui. Le courtisan Bâṇa, qui bénéficia de ses largesses, a rédigé sa vie romancée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣacarita ») — une vie qui s’arrête, cependant, inopinément au huitième chapitre, soit que le biographe l’ait laissée inachevée, soit que les siècles en aient fait disparaître les dernières pages. À ce témoignage s’ajoute celui du pèlerin chinois Xuanzang, qui passa en Inde plus de douze ans, et qui nous a donné, dans les « Mémoires » relatifs à son voyage, de nombreux détails sur un roi qui fut, à la fois, son hôte et ami. Le portrait concordant dressé par ces documents nous représente Harṣa à la tête d’une armée formidable, qui ne comptait pas moins de soixante mille éléphants et cent mille hommes de cavalerie ; mais loin d’abuser de sa puissance, il était au contraire aussi pacifique qu’il était pieux. « Et par sa sage administration, il répandit partout l’union et la paix ; il… pratiqua le bien au point d’oublier le sommeil et le manger », rapporte Xuanzang ****. « Dans les villes — grandes et petites — des cinq Indes *****, dans les villages, dans les carrefours, au croisement des chemins, il fit bâtir des maisons de secours, où l’on déposait des aliments, des breuvages et des médicaments pour les donner en aumône aux voyageurs… et aux indigents. Ces distributions bienfaisantes ne cessaient jamais. » Rempli de zèle pour la foi du Bouddha, Harṣa était en même temps rempli de tolérance pour toute spiritualité. Il convoquait régulièrement une espèce de grande assemblée de tous les religieux versés dans les livres, pour laquelle il épuisait le trésor et les magasins de l’État. Ce mélange d’indulgence et de libéralité royale perce à jour également dans les œuvres littéraires qui lui sont attribuées — trois pièces de théâtre et deux poésies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splendeur non seulement en Inde, mais à l’étranger. Lisez la suite›

* Autrefois transcrit « Aṣṭa-mahā-çrī-caitya-stotra », « Aṣṭhaṃahāśri caityastotra » ou « Ashta-maha-sri-chaitya-stotra ».

** Parfois transcrit Çîlâditya.

*** Autrefois transcrit Harça, Harcha ou Harsha.

**** « Mémoires sur les contrées occidentales », liv. V, ch. 61.

***** Les Chinois comptaient cinq Indes correspondant aux quatre points cardinaux avec, au milieu, l’Inde centrale.

« Deux Rédactions du “Roman des sept sages de Rome” »

XIXe siècle

Il s’agit des versions françaises D et H des « Paraboles de Sendabar sur les ruses des femmes » (« Mishle Sendabar » *), ou mieux « Paraboles de Sindebad », contes d’origine indienne, dont il existe des imitations dans la plupart des langues orientales, et qui, sous le titre de « L’Histoire des sept sages de Rome » (« Historia septem sapientum Romæ »), ont obtenu un très vif succès en Europe occidentale, où les trouvères français en ont fait « Le Roman des sept sages ». Le renseignement le plus ancien et le plus utile que nous ayons sur ces contes, nous est donné par l’historien Massoudi (Xe siècle apr. J.-C.). Dans un chapitre intitulé « Généralités sur l’histoire de l’Inde, ses doctrines, et l’origine de ses royaumes », cet historien attribue le « Livre des sept vizirs, du maître, du jeune homme et de la femme du roi » à un sage indien, contemporain du roi Harṣa Vardhana (VIIe siècle apr. J.-C.), et qu’il nomme Sindebad **. Ainsi donc, c’est en Inde que l’imagination humaine, féconde et exubérante comme la vallée du Gange, a enfanté ces contes ; c’est de l’Inde qu’ils ont pris leur envol en se répandant aux extrémités du monde pour nous amuser et instruire. Et si nous faisons l’effort de remonter de siècle en siècle, de langue en langue — du français au latin, du latin à l’hébreu, de l’hébreu à l’arabe, de l’arabe au pehlvi, du pehlvi au sanscrit — nous arrivons à Sendabar ou Sendabad ou Sindebad ou Sindbad, qu’il ne faut pas confondre du reste avec le marin du même nom dans les « Mille et une Nuits ». Tous ces noms paraissent corrompus. En tout cas, en l’absence du texte original sanscrit, je m’en réfère à la version hébraïque. En voici l’intrigue : Une reine devient amoureuse de son beau-fils, qui rejette les vaines avances de cette femme. Elle en est irritée et l’accuse d’avoir voulu la séduire, un peu comme Phèdre a accusé Hippolyte, ou comme la femme de Putiphar a accusé Joseph. Le roi condamne son fils ; mais, durant une semaine, le jugement demeure suspendu. Chaque jour, l’un des sept sages voués à l’éducation du jeune prince fait au monarque un récit qui a pour but de lui inspirer quelque défiance à l’égard des femmes ; et la reine y répond, chaque jour, par un récit qui doit produire l’effet contraire. Enfin, le prince démontre son innocence, et la reine est condamnée ; mais le jeune homme demande et obtient la grâce de la coupable. Lisez la suite›

* En hébreu « משלי סנדבאר ». Autrefois transcrit « Mischle Sandabar » ou « Mishle Sendebar ».

** En arabe سندباد.

« Histoire de Sindban : contes syriaques »

éd. E. Leroux, coll. de Contes et Chansons populaires, Paris

Il s’agit de la version syriaque des « Paraboles de Sendabar sur les ruses des femmes » (« Mishle Sendabar » *), ou mieux « Paraboles de Sindebad », contes d’origine indienne, dont il existe des imitations dans la plupart des langues orientales, et qui, sous le titre de « L’Histoire des sept sages de Rome » (« Historia septem sapientum Romæ »), ont obtenu un très vif succès en Europe occidentale, où les trouvères français en ont fait « Le Roman des sept sages ». Le renseignement le plus ancien et le plus utile que nous ayons sur ces contes, nous est donné par l’historien Massoudi (Xe siècle apr. J.-C.). Dans un chapitre intitulé « Généralités sur l’histoire de l’Inde, ses doctrines, et l’origine de ses royaumes », cet historien attribue le « Livre des sept vizirs, du maître, du jeune homme et de la femme du roi » à un sage indien, contemporain du roi Harṣa Vardhana (VIIe siècle apr. J.-C.), et qu’il nomme Sindebad **. Ainsi donc, c’est en Inde que l’imagination humaine, féconde et exubérante comme la vallée du Gange, a enfanté ces contes ; c’est de l’Inde qu’ils ont pris leur envol en se répandant aux extrémités du monde pour nous amuser et instruire. Et si nous faisons l’effort de remonter de siècle en siècle, de langue en langue — du français au latin, du latin à l’hébreu, de l’hébreu à l’arabe, de l’arabe au pehlvi, du pehlvi au sanscrit — nous arrivons à Sendabar ou Sendabad ou Sindebad ou Sindbad, qu’il ne faut pas confondre du reste avec le marin du même nom dans les « Mille et une Nuits ». Tous ces noms paraissent corrompus. En tout cas, en l’absence du texte original sanscrit, je m’en réfère à la version hébraïque. En voici l’intrigue : Une reine devient amoureuse de son beau-fils, qui rejette les vaines avances de cette femme. Elle en est irritée et l’accuse d’avoir voulu la séduire, un peu comme Phèdre a accusé Hippolyte, ou comme la femme de Putiphar a accusé Joseph. Le roi condamne son fils ; mais, durant une semaine, le jugement demeure suspendu. Chaque jour, l’un des sept sages voués à l’éducation du jeune prince fait au monarque un récit qui a pour but de lui inspirer quelque défiance à l’égard des femmes ; et la reine y répond, chaque jour, par un récit qui doit produire l’effet contraire. Enfin, le prince démontre son innocence, et la reine est condamnée ; mais le jeune homme demande et obtient la grâce de la coupable. Lisez la suite›

* En hébreu « משלי סנדבאר ». Autrefois transcrit « Mischle Sandabar » ou « Mishle Sendebar ».

** En arabe سندباد.

Bhartrihari, « Les Stances érotiques, morales et religieuses »

XIXe siècle

Il s’agit des « Trois Centuries de quatrains » (« Śatakatraya » *) de Bhartrihari **, l’un des plus grands poètes d’expression sanscrite. L’oubli qui frappe certaines œuvres de l’esprit humain est quelque chose de singulier. Cet oubli est injuste ; cependant, à bien des égards, je me l’explique. Mais jamais je ne m’expliquerai l’indifférence et l’oubli où demeure l’œuvre de Bhartrihari. Ses sublimes quatrains, à la fois raffinés et naturels, ardents et sereins, qui chantent toutes les jouissances et qui les trouvent vaines, méditent, plusieurs siècles avant Khayyam, sur le néant des choses d’ici-bas. Ils sont au nombre de trois cents, partagés en trois sections égales : la première est érotique *** ; la deuxième — morale **** ; la troisième et dernière traite de l’impermanence du monde, en incitant au renoncement et à la vie contemplative *****. Une légende circule à ce sujet : Bhartrihari aurait été roi, assis sur le trône d’Ujjayinî (l’actuelle Ujjain). Ayant reçu d’un saint homme un fruit précieux qui conférait l’immortalité, il le donna à la reine. La reine le remit au conseiller qui était son amant, le conseiller à une autre femme, de sorte que, passant de main en main, cette ambroisie parvint à une servante qui fut aperçue par le roi. Convaincu de l’infidélité de son épouse, et laissant là les mondanités et les grandeurs, Bhartrihari abandonna le trône à son frère pour s’en aller d’Ujjayinî et se vouer au renoncement. Ses quatrains nous le montrent vivant désormais en ascète, après avoir fixé son séjour à Bénarès sur le bord de la rivière des dieux, le Gange (3.87). Il se nourrit d’aumônes ; il habite parmi les hommes sans avoir de rapports avec eux (3.95). Vêtu seulement d’un pagne qui couvre sa nudité, il fuit avec effroi la diversité des apparences matérielles et il crie à haute voix : « Shiva ! Shiva ! » (3.85). « N’accorde aucune confiance, ô mon cœur, à l’inconstante déesse de la Fortune ! C’est une courtisane vénale qui abandonne ses amants sur un froncement de sourcil… Prenons la saie d’ascète et allons de porte en porte dans les rues de Bénarès, en attendant que l’aumône nous tombe dans la main que nous tendons en guise d’écuelle », écrit-il (3.66). Lisez la suite›

* En sanscrit « शतकत्रय ». Parfois transcrit « Shatakatraya ».

** En sanscrit भर्तृहरि. Parfois transcrit Barthrouherri, Bharthruhari, Bhartriheri, Bhartṛhari ou Bartṛhari.

*** « Śṛṅgâraśatakam » (« शृङ्गारशतकम् »).

**** « Nîtiśatakam » (« नीतिशतकम् »).

***** « Vairâgyaśatakam » (« वैराग्यशतकम् »).

Muqbal, « Hir et Ranjhan : légende du Penjab »

dans « Revue de l’Orient, de l’Algérie et des colonies », vol. 6, p. 113-148

dans « Revue de l’Orient, de l’Algérie et des colonies », vol. 6, p. 113-148

Il s’agit de l’« Histoire de Hîr et de Rânjhâ » (« Qissa Hîr-Rânjhâ » *, ou plus simplement « Hîr-Rânjhâ » **) dans la version de Muqbal ***. C’est pendant le siècle et demi entre la mort du dernier grand Moghol (en l’an 1707) et l’annexion du Pendjab à la couronne britannique (en l’an 1849) que le poème narratif pendjabi a atteint son apogée. L’on appelle ce genre de poème « qissa » (« histoire »). Tirée le plus souvent de quelque légende amoureuse et tragique, la « qissa » a résulté de la rencontre de deux traditions : l’une, celle purement indienne des légendes mythologiques ; l’autre, celle des romans en vers persans, dont l’influence sur la langue et la littérature pendjabis a été considérable. De toutes les « qissas », la plus chère au cœur des Pendjabis, c’est l’« Histoire de Hîr et de Rânjhâ ». La version de Waris Shah, qui se distingue de celles de Damodar et de Muqbal par ses nombreuses péripéties, peut être résumée ainsi : Il était une fois un chef de village qui avait huit fils, dont le cadet, Rânjhâ, était son préféré ; mais il n’avait pas encore rendu son dernier soupir, que ses fils s’arrangèrent pour dépouiller Rânjhâ de l’héritage et lui faire quitter le pays, avec sa seule flûte sous le bras. Le jeune homme se mit en route, le cœur affligé, et arriva à la rivière Chenab. Il y vit un bac et pria le passeur de bien vouloir le faire traverser. Séduites par sa beauté, les deux épouses du passeur convainquirent ce dernier de le laisser monter à bord. Rânjhâ y trouva un beau lit déjà fait, et s’étant couché, il sombra bientôt dans un profond sommeil. Il en fut tiré par un grand tumulte autour de lui : Hîr, la fille d’un riche propriétaire, arrivée au bac avec ses soixante compagnes, était en train de réprimander le nautonier pour avoir laissé un étranger souiller son lit ; mais à peine Rânjhâ eut-il ouvert les yeux, que la colère de Hîr s’évanouit, et qu’elle s’éprit éperdument de lui. Malgré l’interdiction du père de Hîr, les deux jeunes gens n’auront désormais rien en eux qui ne soit consacré à l’amour. L’« Histoire de Hîr et de Rânjhâ » continue d’être populaire jusqu’à nos jours dans les campagnes du Pendjab, qui ont à peine changé de visage. Les Mirasis ou les Bhats, races de colporteurs et de musiciens ambulants, chantent toujours ce poème familier, comme les rhapsodes de la Grèce chantaient « L’Iliade » : « Lorsque les laboureurs se rassemblent sur la “dara” (la “place du village”) à la fin d’une longue journée de travail, on est frappé de voir combien ils sont désireux d’entendre “Hîr et Rânjhâ” pour apaiser et délasser leur esprit fatigué. Un homme qui sait bien réciter cette histoire est toujours très demandé. La popularité de ce poème ne se borne pas aux villages. Les citadins [l’]écoutent avec un égal ravissement à la radio » ****. Lisez la suite›

* En pendjabi « ਕਿੱਸਾ ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ ». Parfois transcrit « Kissa Hir-Ranjha » ou « Quissa Heer-Ranjah ».

** En pendjabi « ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ ». Parfois transcrit « Hīr-Rāṃjhā », « Hir-Randjha », « Hîr-Rânjhan », « Hir-Rajha » ou « Heer-Ranjha ».

*** En pendjabi ਮੁਕਬਲ. Parfois transcrit Macbûl, Maqbul, Makbul ou Mukbal.

**** Dans Hakim Mohammed Said, « Hir et Ranjha, les amants du Pendjab », p. 32.

Waris Shah, « Hīr : poème panjabi du XVIIIe siècle. Tome I »

éd. Institut français, coll. Publications de l’Institut français d’indologie, Pondichéry

éd. Institut français, coll. Publications de l’Institut français d’indologie, Pondichéry

Il s’agit de l’« Histoire de Hîr et de Rânjhâ » (« Qissa Hîr-Rânjhâ » *, ou plus simplement « Hîr-Rânjhâ » **) dans la version de Waris Shah ***. C’est pendant le siècle et demi entre la mort du dernier grand Moghol (en l’an 1707) et l’annexion du Pendjab à la couronne britannique (en l’an 1849) que le poème narratif pendjabi a atteint son apogée. L’on appelle ce genre de poème « qissa » (« histoire »). Tirée le plus souvent de quelque légende amoureuse et tragique, la « qissa » a résulté de la rencontre de deux traditions : l’une, celle purement indienne des légendes mythologiques ; l’autre, celle des romans en vers persans, dont l’influence sur la langue et la littérature pendjabis a été considérable. De toutes les « qissas », la plus chère au cœur des Pendjabis, c’est l’« Histoire de Hîr et de Rânjhâ ». La version de Waris Shah, qui se distingue de celles de Damodar et de Muqbal par ses nombreuses péripéties, peut être résumée ainsi : Il était une fois un chef de village qui avait huit fils, dont le cadet, Rânjhâ, était son préféré ; mais il n’avait pas encore rendu son dernier soupir, que ses fils s’arrangèrent pour dépouiller Rânjhâ de l’héritage et lui faire quitter le pays, avec sa seule flûte sous le bras. Le jeune homme se mit en route, le cœur affligé, et arriva à la rivière Chenab. Il y vit un bac et pria le passeur de bien vouloir le faire traverser. Séduites par sa beauté, les deux épouses du passeur convainquirent ce dernier de le laisser monter à bord. Rânjhâ y trouva un beau lit déjà fait, et s’étant couché, il sombra bientôt dans un profond sommeil. Il en fut tiré par un grand tumulte autour de lui : Hîr, la fille d’un riche propriétaire, arrivée au bac avec ses soixante compagnes, était en train de réprimander le nautonier pour avoir laissé un étranger souiller son lit ; mais à peine Rânjhâ eut-il ouvert les yeux, que la colère de Hîr s’évanouit, et qu’elle s’éprit éperdument de lui. Malgré l’interdiction du père de Hîr, les deux jeunes gens n’auront désormais rien en eux qui ne soit consacré à l’amour. L’« Histoire de Hîr et de Rânjhâ » continue d’être populaire jusqu’à nos jours dans les campagnes du Pendjab, qui ont à peine changé de visage. Les Mirasis ou les Bhats, races de colporteurs et de musiciens ambulants, chantent toujours ce poème familier, comme les rhapsodes de la Grèce chantaient « L’Iliade » : « Lorsque les laboureurs se rassemblent sur la “dara” (la “place du village”) à la fin d’une longue journée de travail, on est frappé de voir combien ils sont désireux d’entendre “Hîr et Rânjhâ” pour apaiser et délasser leur esprit fatigué. Un homme qui sait bien réciter cette histoire est toujours très demandé. La popularité de ce poème ne se borne pas aux villages. Les citadins [l’]écoutent avec un égal ravissement à la radio » ****. Lisez la suite›

* En pendjabi « ਕਿੱਸਾ ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ ». Parfois transcrit « Kissa Hir-Ranjha » ou « Quissa Heer-Ranjah ».

** En pendjabi « ਹੀਰ ਰਾਂਝਾ ». Parfois transcrit « Hīr-Rāṃjhā », « Hir-Randjha », « Hîr-Rânjhan », « Hir-Rajha » ou « Heer-Ranjha ».

*** En pendjabi ਵਾਰਿਸ ਸ਼ਾਹ. Parfois transcrit Waris Schah ou Vāris̤ Śāh.

**** Dans Hakim Mohammed Said, « Hir et Ranjha, les amants du Pendjab », p. 32.

Banârasî-dâs, « Histoire à demi : autobiographie d’un marchand jaïna du XVIIe siècle »

éd. Presses Sorbonne nouvelle, Paris

éd. Presses Sorbonne nouvelle, Paris

Il s’agit d’« Histoire à demi » (« Ardha-kathânaka » *), le premier récit autobiographique de la littérature hindi et de la littérature indienne en général. Ce fut en 1641 apr. J.-C. qu’un marchand et poète nommé Banârasî-dâs **, âgé de cinquante-cinq ans, rédigea ce récit en vers. Il l’intitula « Histoire à demi » en faisant allusion à la durée de vie idéale qui, selon la religion jaïna, est de cent dix ans. Les débâcles commerciales et les échecs rythment véritablement la vie de cet homme qui, au fil de son récit, se révèle aussi médiocre marchand que passable poète. Il débuta dans son métier à l’âge de vingt-et-un ans. Son père rassembla les marchandises dont disposait la famille — des pierres précieuses, deux grandes gourdes d’huile, vingt mesures de beurre clarifié, des châles de Jaunpur — et après avoir fait venir son fils Banârasî-dâs, il lui expliqua ses vues, disant : « Prends toutes ces affaires. Va à Agra et vends les articles. Désormais, le fardeau de la maison, c’est toi qui le prends sur les épaules. Il faudra que tu nourrisses toute la famille » ***. Ces mots durent peser bien lourd sur les épaules d’un jeune homme tout juste repenti d’avoir passé le plus clair de son temps dans l’amour des jeunes filles, où il avait « délaissé l’honneur familial et la pudeur du monde » ****. Ayant chargé les marchandises sur une charrette, il se rendit non sans mal à Agra. Il tâcha de vendre tout, sans vraiment en connaître la valeur, et se fit largement escroquer par les acheteurs. Il donnait à qui offrait, ne sachant pas discerner « qui était honnête, qui était malhonnête » *****. Pire encore, il avait attaché un étui de perles à la ceinture de son pantalon : la ceinture se cassa, et le précieux étui fut perdu. Il avait aussi caché des rubis dans la doublure de son pantalon : il le mit à sécher au soleil ; des voleurs passèrent et l’emportèrent. Il tomba dans la banqueroute pour la première fois. Ce ne fut pas la dernière. À chaque fois, il se consola, se considérant heureux dans son malheur : « Le bonheur et le malheur », dit-il ******, « sont vus comme deux choses [différentes par] l’ignorant. Dans la fortune et l’infortune, le savant [au contraire] se tient d’une seule manière. Il est comme un soleil levant qui ne délaisserait pas la nuit ; comme un soleil couchant qui ne délaisserait pas la splendeur du jour ». Telle est sans doute la leçon la plus utile de ce récit. Lisez la suite›

* En hindi « अर्ध-कथानक ». Parfois transcrit « Ardhakathanak ».

** En hindi बनारसीदास. Parfois transcrit Banārasīdāsa.

*** p. 89.

**** p. 76.

***** p. 92.

****** p. 72.

« Kabir : une expérience mystique au-delà des religions »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

Il s’agit de Kabîr *, surnommé « le tisserand de Bénarès », l’un des poètes les plus populaires de l’Inde, et l’un des fondateurs de la littérature hindi, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seulement il a employé le hindi, mais il a insisté sur l’avantage de se servir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sanscrit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simulacre, et ne jugeait vraie que la parole intérieure de l’âme : « Je n’ai jamais touché », dit-il **, « ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La grandeur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche ». Sa renommée est fondée sur les cinq cents couplets (« dohâs » ***) et les cent stances (« padas » ****) transcrits par ses disciples, et dont des morceaux choisis figurent dans le « Gourou Granth Sahib », le livre saint des Sikhs. Ils se distinguent par leur valeur poétique, mais surtout par une certaine manière de s’exprimer — mordante et railleuse envers les pratiques extérieures du culte — que personne n’a osé ou pu imiter après Kabîr. Ils s’adressent aux hindouistes aussi bien qu’aux musulmans ; ils moquent l’hypocrisie des pandits et de leurs Védas aussi bien que celle des mollahs et de leurs Khutbas : « Ô mollah », dit Kabîr *****, « pourquoi crier si fort : crains-tu qu’Allah soit sourd ? Celui que tu appelles tout haut, cherche-Le dans ton cœur ! » Et plus loin ****** : « Ô pandit, tes idées sont toutes fausses !… À lire et à relire Védas et Puranas, en as-tu pour autant été illuminé ?… Prisonnier des concepts qui ici-bas furent tiens, quel repos crois-tu donc trouver dans l’au-delà ? » Lisez la suite›

* En hindi कबीर. Autrefois transcrit Cabir.

** p. 151.

*** En hindi दोहा.

**** En hindi पद.

***** « Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes », p. 105.

****** id. p. 161 & 104.

« Sri Gourou Granth Sahib. Tome IV »

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intellectual Services International, Providenciales

Il s’agit de l’« Adi Granth » * (le « Premier Livre ») ou « Gourou Granth Sahib » ** (le « Maître Livre »), le livre saint des Sikhs, compilé par le cinquième gourou Arjan Dev ***, puis révisé et achevé par le dixième gourou Gobind Singh ****. Les Sikhs le désignent souvent sous la vague appellation de « Granth » (le « Livre »), de même que les chrétiens citent le leur sous celle de « Bible » (« Biblia » signifiant les « Livres »). Le « Granth » est une œuvre tout à fait unique par rapport aux canons des autres religions. Ce qui l’en distingue, c’est qu’il se présente comme une fascinante anthologie poétique, qui ne contient pas seulement les psaumes et les hymnes de ses propres fondateurs, comme gourou Nanak *****, mais aussi ceux de poètes mystiques antérieurs : Kabîr, Jayadeva, Bhikhan, Nâm-dev… En tout quinze poètes non sikhs (appelés « bhagats » ******) sont incorporés au « Granth », dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gourous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voilà donc plus de cinq siècles de poésie indienne, totalisant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pendjabi à diverses autres langues : le sanscrit, le persan, le hindi… Une tradition universellement reçue rapporte que le dixième gourou, à son lit de mort, ne nomma pas de successeur, mais décida que la Parole du « Granth » serait désormais l’éternel gourou : « Ici-bas, tous les Sikhs sont chargés de reconnaître le “Granth” comme leur gourou. Reconnais “Gourou Granth Sahib” comme la personne visible des gourous. Ceux qui cherchent à rencontrer le Seigneur dans la Parole telle qu’elle s’est manifestée dans le livre, Le découvriront » *******. Depuis ce jour-là, le « Granth » reste l’unique autorité des Sikhs, ainsi que le seul objet de vénération que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple central, qui s’élève toujours à Amritsar ********, au milieu de l’étang sacré (Amritsar signifiant « étang de l’immortalité »), ne renferme aucune idole, mais seulement des exemplaires du « Granth » déposés sur des coussins de soie : « Jour et nuit, sans désemparer, comme pour réaliser une sorte d’adoration perpétuelle, des “granthis” chantent sous ces voûtes révérées des fragments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les Sikhs ont simplement des salles d’édification, où un “granthi” leur lit… le texte sacré », explique Albert Réville Lisez la suite›

* En pendjabi « ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ ». Parfois transcrit « Adi-grant ».

** En pendjabi « ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ ». Parfois transcrit « Guru Granth Saheb ».

*** En pendjabi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Parfois transcrit Arjun Dev.

**** En pendjabi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Parfois transcrit Govind Singh.

***** En pendjabi ਨਾਨਕ.

****** En pendjabi ਭਗਤ.

******* « Le Sikhisme : anthologie de la poésie religieuse », p. 36.

******** En pendjabi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ.

« Sri Gourou Granth Sahib. Tome III »

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intellectual Services International, Providenciales

Il s’agit de l’« Adi Granth » * (le « Premier Livre ») ou « Gourou Granth Sahib » ** (le « Maître Livre »), le livre saint des Sikhs, compilé par le cinquième gourou Arjan Dev ***, puis révisé et achevé par le dixième gourou Gobind Singh ****. Les Sikhs le désignent souvent sous la vague appellation de « Granth » (le « Livre »), de même que les chrétiens citent le leur sous celle de « Bible » (« Biblia » signifiant les « Livres »). Le « Granth » est une œuvre tout à fait unique par rapport aux canons des autres religions. Ce qui l’en distingue, c’est qu’il se présente comme une fascinante anthologie poétique, qui ne contient pas seulement les psaumes et les hymnes de ses propres fondateurs, comme gourou Nanak *****, mais aussi ceux de poètes mystiques antérieurs : Kabîr, Jayadeva, Bhikhan, Nâm-dev… En tout quinze poètes non sikhs (appelés « bhagats » ******) sont incorporés au « Granth », dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gourous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voilà donc plus de cinq siècles de poésie indienne, totalisant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pendjabi à diverses autres langues : le sanscrit, le persan, le hindi… Une tradition universellement reçue rapporte que le dixième gourou, à son lit de mort, ne nomma pas de successeur, mais décida que la Parole du « Granth » serait désormais l’éternel gourou : « Ici-bas, tous les Sikhs sont chargés de reconnaître le “Granth” comme leur gourou. Reconnais “Gourou Granth Sahib” comme la personne visible des gourous. Ceux qui cherchent à rencontrer le Seigneur dans la Parole telle qu’elle s’est manifestée dans le livre, Le découvriront » *******. Depuis ce jour-là, le « Granth » reste l’unique autorité des Sikhs, ainsi que le seul objet de vénération que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple central, qui s’élève toujours à Amritsar ********, au milieu de l’étang sacré (Amritsar signifiant « étang de l’immortalité »), ne renferme aucune idole, mais seulement des exemplaires du « Granth » déposés sur des coussins de soie : « Jour et nuit, sans désemparer, comme pour réaliser une sorte d’adoration perpétuelle, des “granthis” chantent sous ces voûtes révérées des fragments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les Sikhs ont simplement des salles d’édification, où un “granthi” leur lit… le texte sacré », explique Albert Réville Lisez la suite›

* En pendjabi « ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ ». Parfois transcrit « Adi-grant ».

** En pendjabi « ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ ». Parfois transcrit « Guru Granth Saheb ».

*** En pendjabi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Parfois transcrit Arjun Dev.

**** En pendjabi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Parfois transcrit Govind Singh.

***** En pendjabi ਨਾਨਕ.

****** En pendjabi ਭਗਤ.

******* « Le Sikhisme : anthologie de la poésie religieuse », p. 36.

******** En pendjabi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ.

« Sri Gourou Granth Sahib. Tome II »

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intellectual Services International, Providenciales

Il s’agit de l’« Adi Granth » * (le « Premier Livre ») ou « Gourou Granth Sahib » ** (le « Maître Livre »), le livre saint des Sikhs, compilé par le cinquième gourou Arjan Dev ***, puis révisé et achevé par le dixième gourou Gobind Singh ****. Les Sikhs le désignent souvent sous la vague appellation de « Granth » (le « Livre »), de même que les chrétiens citent le leur sous celle de « Bible » (« Biblia » signifiant les « Livres »). Le « Granth » est une œuvre tout à fait unique par rapport aux canons des autres religions. Ce qui l’en distingue, c’est qu’il se présente comme une fascinante anthologie poétique, qui ne contient pas seulement les psaumes et les hymnes de ses propres fondateurs, comme gourou Nanak *****, mais aussi ceux de poètes mystiques antérieurs : Kabîr, Jayadeva, Bhikhan, Nâm-dev… En tout quinze poètes non sikhs (appelés « bhagats » ******) sont incorporés au « Granth », dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gourous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voilà donc plus de cinq siècles de poésie indienne, totalisant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pendjabi à diverses autres langues : le sanscrit, le persan, le hindi… Une tradition universellement reçue rapporte que le dixième gourou, à son lit de mort, ne nomma pas de successeur, mais décida que la Parole du « Granth » serait désormais l’éternel gourou : « Ici-bas, tous les Sikhs sont chargés de reconnaître le “Granth” comme leur gourou. Reconnais “Gourou Granth Sahib” comme la personne visible des gourous. Ceux qui cherchent à rencontrer le Seigneur dans la Parole telle qu’elle s’est manifestée dans le livre, Le découvriront » *******. Depuis ce jour-là, le « Granth » reste l’unique autorité des Sikhs, ainsi que le seul objet de vénération que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple central, qui s’élève toujours à Amritsar ********, au milieu de l’étang sacré (Amritsar signifiant « étang de l’immortalité »), ne renferme aucune idole, mais seulement des exemplaires du « Granth » déposés sur des coussins de soie : « Jour et nuit, sans désemparer, comme pour réaliser une sorte d’adoration perpétuelle, des “granthis” chantent sous ces voûtes révérées des fragments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les Sikhs ont simplement des salles d’édification, où un “granthi” leur lit… le texte sacré », explique Albert Réville Lisez la suite›

* En pendjabi « ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ ». Parfois transcrit « Adi-grant ».

** En pendjabi « ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ ». Parfois transcrit « Guru Granth Saheb ».

*** En pendjabi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Parfois transcrit Arjun Dev.

**** En pendjabi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Parfois transcrit Govind Singh.

***** En pendjabi ਨਾਨਕ.

****** En pendjabi ਭਗਤ.

******* « Le Sikhisme : anthologie de la poésie religieuse », p. 36.

******** En pendjabi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ.

« Sri Gourou Granth Sahib. Tome I »

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intellectual Services International, Providenciales

Il s’agit de l’« Adi Granth » * (le « Premier Livre ») ou « Gourou Granth Sahib » ** (le « Maître Livre »), le livre saint des Sikhs, compilé par le cinquième gourou Arjan Dev ***, puis révisé et achevé par le dixième gourou Gobind Singh ****. Les Sikhs le désignent souvent sous la vague appellation de « Granth » (le « Livre »), de même que les chrétiens citent le leur sous celle de « Bible » (« Biblia » signifiant les « Livres »). Le « Granth » est une œuvre tout à fait unique par rapport aux canons des autres religions. Ce qui l’en distingue, c’est qu’il se présente comme une fascinante anthologie poétique, qui ne contient pas seulement les psaumes et les hymnes de ses propres fondateurs, comme gourou Nanak *****, mais aussi ceux de poètes mystiques antérieurs : Kabîr, Jayadeva, Bhikhan, Nâm-dev… En tout quinze poètes non sikhs (appelés « bhagats » ******) sont incorporés au « Granth », dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gourous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voilà donc plus de cinq siècles de poésie indienne, totalisant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pendjabi à diverses autres langues : le sanscrit, le persan, le hindi… Une tradition universellement reçue rapporte que le dixième gourou, à son lit de mort, ne nomma pas de successeur, mais décida que la Parole du « Granth » serait désormais l’éternel gourou : « Ici-bas, tous les Sikhs sont chargés de reconnaître le “Granth” comme leur gourou. Reconnais “Gourou Granth Sahib” comme la personne visible des gourous. Ceux qui cherchent à rencontrer le Seigneur dans la Parole telle qu’elle s’est manifestée dans le livre, Le découvriront » *******. Depuis ce jour-là, le « Granth » reste l’unique autorité des Sikhs, ainsi que le seul objet de vénération que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple central, qui s’élève toujours à Amritsar ********, au milieu de l’étang sacré (Amritsar signifiant « étang de l’immortalité »), ne renferme aucune idole, mais seulement des exemplaires du « Granth » déposés sur des coussins de soie : « Jour et nuit, sans désemparer, comme pour réaliser une sorte d’adoration perpétuelle, des “granthis” chantent sous ces voûtes révérées des fragments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les Sikhs ont simplement des salles d’édification, où un “granthi” leur lit… le texte sacré », explique Albert Réville Lisez la suite›

* En pendjabi « ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ ». Parfois transcrit « Adi-grant ».

** En pendjabi « ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ ». Parfois transcrit « Guru Granth Saheb ».

*** En pendjabi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Parfois transcrit Arjun Dev.

**** En pendjabi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Parfois transcrit Govind Singh.

***** En pendjabi ਨਾਨਕ.

****** En pendjabi ਭਗਤ.

******* « Le Sikhisme : anthologie de la poésie religieuse », p. 36.

******** En pendjabi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ.

« Les Inscriptions d’Asoka »

éd. Les Belles Lettres, coll. La Voix de l’Inde, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. La Voix de l’Inde, Paris

Il s’agit des « Inscriptions d’Aśoka », un magnifique ensemble d’inscriptions gravées sur des rochers et des piliers en plusieurs endroits du sous-continent indien. Ce sont les plus anciennes inscriptions qu’on y ait découvertes ; elles sont habituellement rédigées dans l’idiome de l’endroit, et il est frappant de trouver, outre le mâgadhî, deux langues étrangères : le grec et l’araméen. Elles contiennent des édits royaux empreints du bouddhisme le plus pur, et ayant pour but de prescrire la pratique d’une bienveillance qui s’étend sur tous les êtres vivants. L’auteur, parlant de lui à la troisième personne, se donne le titre de « roi » (« raya » ou « raja ») et les surnoms de Priyadraśi * (« au regard amical ») et de Devanaṃpriya (« ami des dieux »). Le vrai nom du monarque n’apparaît nulle part ; mais nous savons grâce à d’autres sources que l’Empereur Aśoka **, fondateur de la domination du bouddhisme dans l’Inde, portait ces deux surnoms. On pourrait objecter que ce ne sont là que des épithètes convenues, qui auraient pu être portées par plus d’un monarque indien. Cependant, voici ce qui achève de confirmer l’identification avec Aśoka : Dans le XIIIe édit, l’auteur nomme, parmi ses voisins, un certain Aṃtiyoko, « roi grec », et un peu plus à l’ouest, quatre autres rois : Turamaye, Aṃtikini, Maka et Alikasudaro ***. La réunion de ces noms rend leur identité hors de doute : ce sont Antiochos II, Ptolémée II, Antigone II, Magas et Alexandre II, lesquels régnaient au IIIe siècle av. J.-C. C’est précisément l’époque à laquelle, sous le sceptre d’Aśoka, le bouddhisme s’imposait comme un mouvement spirituel majeur, à la faveur de l’exemple personnel de l’Empereur. Lisez la suite›

* Parfois transcrit Piādasi, Piyadasi, Priyadarshi, Priyadarśi, Piyadarsi, Priyadrashi, Priyadraśi, Priyadarśin ou Priyadarshin. En grec Piodassès (Πιοδάσσης).

** Parfois transcrit Açoka ou Ashoka.

*** « Merveilleuse surprise dans ce monde hindou, si fermé en apparence aux actions du dehors, si oublieux en tous cas de ses relations avec les peuples étrangers », ajoute Émile Senart.

Haribhadra, « Ballade des coquins »

éd. Flammarion, coll. GF, Paris

éd. Flammarion, coll. GF, Paris

Il s’agit de la « Ballade des coquins » (« Dhûrtâkhyâna » *) d’Haribhadra Sûri **, l’une des rares œuvres d’intention et de forme satiriques dans la littérature hindoue (VIIIe siècle apr. J.-C.). L’auteur, qui s’est détourné du brahmanisme et qui veut nous en détourner à notre tour, propose une série d’histoires absurdes dont il nous révèle, après coup, qu’elles concordent avec la littérature des brahmanes. Il veut ainsi nous prouver que cette dernière est sans valeur et irrationnelle. Le canevas sur lequel il brode sa démonstration est remarquable par sa complexité : À la saison des pluies, alors qu’il est impossible de voyager, des centaines de « coquins » (« dhûrta » ***, d’où le titre de la « Ballade ») se réunissent dans un parc à proximité de la ville d’Ujjain. Ce sont des maîtres en illusions et en mensonges, constamment occupés à faire le mal, ignorant la pitié, ruinant la confiance que vieillards, femmes et enfants placent en eux, amis uniquement de la fraude qu’ils pratiquent à l’aide d’encens, d’onguents et de magies noires telles que l’hypnotisme et l’art de paralyser, experts, enfin, à changer leur voix et leur apparence. Leurs chefs organisent, à l’occasion, une sorte de jeu-concours dont la règle est la suivante : Chacun doit raconter une aventure qu’il a vécue, si invraisemblable et si peu digne de foi soit-elle. Le gagnant sera celui dont l’histoire n’a pas d’équivalente dans les légendes du « Mahâbhârata », du « Râmâyaṇa » et du reste de la littérature brahmanique. L’un des coquins raconte avoir vu, un jour, un village entier échapper à des bandits en trouvant refuge dans un concombre, que dévora une chèvre gigantesque, avalée à son tour par un boa, lui-même happé par une grue, qui s’envola et se posa dans la cour du roi… Rien d’étonnant, rétorquent les autres participants, à ce qu’un concombre contienne un village : selon la « Chândogya Upaniṣad » et le « Viṣṇu Purâṇa », le monde à son origine n’était-il pas contenu dans un œuf ? Quant au coquin qui raconte être revenu à la vie après qu’il eut eu la tête tranchée et jetée dans un jujubier, il n’impressionne guère plus : selon le « Râmâyaṇa », le dieu Hanumân ne fit-il pas ressusciter les singes morts au combat et qui avaient eu les membres coupés et brisés ? Bref, les légendes brahmaniques ne sont ni moins suspectes ni plus réussies que les histoires racontées par ces fieffés coquins : telle est la conclusion à laquelle veut arriver la « Ballade ». Lisez la suite›

* En prâkrit « धूर्ताख्यान ». Autrefois transcrit « Dhurtakhyan ».

** En prâkrit हरिभद्र सूरि. Autrefois transcrit Haribhadra Soori.

*** En prâkrit धूर्त.

Bhattacharya, « Eaux troubles : du Gange à l’Aveyron »

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

Il s’agit d’« Eaux troubles : du Gange à l’Aveyron » de M. Lokenath Bhattacharya, auteur hindou d’expression bengali et française. Il naquit à Bhatpara *, ville aux bords du Gange. Chaque soir, assis sur les marches baignées par les eaux diaphanes, il contemplait les sommets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aussi paisiblement que les ondes du fleuve. La famille de M. Bhattacharya au sens le plus large demeurait sous un même toit : ses grands-parents paternels, ses parents et ses deux frères cadets, chacun avec son épouse et ses enfants. Tous faisaient partie d’un même ensemble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exerçaient, d’ailleurs, le même métier : c’étaient des professeurs de sanscrit, pieux et traditionnels. Lui, il avait horreur de leur austérité qui ne laissait aucune place aux épanchements : « Dans ma famille respectée [mais] orthodoxe, réactionnaire, la musique était un tabou. Je devais aller chanter dans les toilettes ! J’ai dû étudier le sanscrit avant le bengali » **. Suite à une querelle familiale, ses parents quittèrent Bhatpara et s’installèrent à Calcutta : « une ville insupportable… une ogresse », dit-il ***. Il vécut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une blessure, une absence qui ne sera jamais comblée. À partir de 1950, il apprit le français à l’Alliance française de Calcutta et il put même partir en France, boursier de l’Université de Paris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il découvrit la littérature française : « Rimbaud, un choc incroyable » ****. Il se lança bientôt dans une traduction bengali d’« Une Saison en enfer ». Ce fut même le premier livre auquel il apposa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bizarre grand écart, à des traductions de Descartes (« Discours de la méthode »), de Romain Rolland (« Gandhi » et « Inde : journal »), de Molière (« Tartuffe »), de Sartre (« Les Mots ») et enfin d’Henri Michaux. Michaux, de son côté, fut le véritable introducteur en France des textes personnels de M. Bhattacharya, qu’il défendit auprès de divers éditeurs. Ces textes, écrits originellement en bengali, furent des occasions pour l’auteur de se relire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhattacharya : une française et une bengali, la première réinventée à partir de la seconde. Lisez la suite›

* En bengali ভাটপাড়া.

** Nadia Chevalerias et Marc Blanchet, « Bhattacharya entr’ouvre la chambre ».

*** id.

**** id.

Bhattacharya, « Nu de la fin du jour »

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

Il s’agit de « Nu de la fin du jour » de M. Lokenath Bhattacharya, auteur hindou d’expression bengali et française. Il naquit à Bhatpara *, ville aux bords du Gange. Chaque soir, assis sur les marches baignées par les eaux diaphanes, il contemplait les sommets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aussi paisiblement que les ondes du fleuve. La famille de M. Bhattacharya au sens le plus large demeurait sous un même toit : ses grands-parents paternels, ses parents et ses deux frères cadets, chacun avec son épouse et ses enfants. Tous faisaient partie d’un même ensemble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exerçaient, d’ailleurs, le même métier : c’étaient des professeurs de sanscrit, pieux et traditionnels. Lui, il avait horreur de leur austérité qui ne laissait aucune place aux épanchements : « Dans ma famille respectée [mais] orthodoxe, réactionnaire, la musique était un tabou. Je devais aller chanter dans les toilettes ! J’ai dû étudier le sanscrit avant le bengali » **. Suite à une querelle familiale, ses parents quittèrent Bhatpara et s’installèrent à Calcutta : « une ville insupportable… une ogresse », dit-il ***. Il vécut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une blessure, une absence qui ne sera jamais comblée. À partir de 1950, il apprit le français à l’Alliance française de Calcutta et il put même partir en France, boursier de l’Université de Paris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il découvrit la littérature française : « Rimbaud, un choc incroyable » ****. Il se lança bientôt dans une traduction bengali d’« Une Saison en enfer ». Ce fut même le premier livre auquel il apposa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bizarre grand écart, à des traductions de Descartes (« Discours de la méthode »), de Romain Rolland (« Gandhi » et « Inde : journal »), de Molière (« Tartuffe »), de Sartre (« Les Mots ») et enfin d’Henri Michaux. Michaux, de son côté, fut le véritable introducteur en France des textes personnels de M. Bhattacharya, qu’il défendit auprès de divers éditeurs. Ces textes, écrits originellement en bengali, furent des occasions pour l’auteur de se relire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhattacharya : une française et une bengali, la première réinventée à partir de la seconde. Lisez la suite›

* En bengali ভাটপাড়া.

** Nadia Chevalerias et Marc Blanchet, « Bhattacharya entr’ouvre la chambre ».

*** id.

**** id.

Bhattacharya, « La Descente du Gange, “Gangavataran” »

éd. Langues & Mondes-L’Asiathèque, Paris

éd. Langues & Mondes-L’Asiathèque, Paris

Il s’agit de « La Descente du Gange » de M. Lokenath Bhattacharya, auteur hindou d’expression bengali et française. Il naquit à Bhatpara *, ville aux bords du Gange. Chaque soir, assis sur les marches baignées par les eaux diaphanes, il contemplait les sommets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aussi paisiblement que les ondes du fleuve. La famille de M. Bhattacharya au sens le plus large demeurait sous un même toit : ses grands-parents paternels, ses parents et ses deux frères cadets, chacun avec son épouse et ses enfants. Tous faisaient partie d’un même ensemble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exerçaient, d’ailleurs, le même métier : c’étaient des professeurs de sanscrit, pieux et traditionnels. Lui, il avait horreur de leur austérité qui ne laissait aucune place aux épanchements : « Dans ma famille respectée [mais] orthodoxe, réactionnaire, la musique était un tabou. Je devais aller chanter dans les toilettes ! J’ai dû étudier le sanscrit avant le bengali » **. Suite à une querelle familiale, ses parents quittèrent Bhatpara et s’installèrent à Calcutta : « une ville insupportable… une ogresse », dit-il ***. Il vécut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une blessure, une absence qui ne sera jamais comblée. À partir de 1950, il apprit le français à l’Alliance française de Calcutta et il put même partir en France, boursier de l’Université de Paris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il découvrit la littérature française : « Rimbaud, un choc incroyable » ****. Il se lança bientôt dans une traduction bengali d’« Une Saison en enfer ». Ce fut même le premier livre auquel il apposa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bizarre grand écart, à des traductions de Descartes (« Discours de la méthode »), de Romain Rolland (« Gandhi » et « Inde : journal »), de Molière (« Tartuffe »), de Sartre (« Les Mots ») et enfin d’Henri Michaux. Michaux, de son côté, fut le véritable introducteur en France des textes personnels de M. Bhattacharya, qu’il défendit auprès de divers éditeurs. Ces textes, écrits originellement en bengali, furent des occasions pour l’auteur de se relire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhattacharya : une française et une bengali, la première réinventée à partir de la seconde. Lisez la suite›

* En bengali ভাটপাড়া.

** Nadia Chevalerias et Marc Blanchet, « Bhattacharya entr’ouvre la chambre ».

*** id.

**** id.

Bhattacharya, « Poussières et Royaume »

éd. Le Bois d’Orion, L’Isle-sur-la-Sorgue

éd. Le Bois d’Orion, L’Isle-sur-la-Sorgue

Il s’agit de « Poussières et Royaume » de M. Lokenath Bhattacharya, auteur hindou d’expression bengali et française. Il naquit à Bhatpara *, ville aux bords du Gange. Chaque soir, assis sur les marches baignées par les eaux diaphanes, il contemplait les sommets des temples qui s’alignaient sur la rive d’en face, et le temps s’écoulait pour lui aussi paisiblement que les ondes du fleuve. La famille de M. Bhattacharya au sens le plus large demeurait sous un même toit : ses grands-parents paternels, ses parents et ses deux frères cadets, chacun avec son épouse et ses enfants. Tous faisaient partie d’un même ensemble, comme les feuilles d’un même arbre. Tous exerçaient, d’ailleurs, le même métier : c’étaient des professeurs de sanscrit, pieux et traditionnels. Lui, il avait horreur de leur austérité qui ne laissait aucune place aux épanchements : « Dans ma famille respectée [mais] orthodoxe, réactionnaire, la musique était un tabou. Je devais aller chanter dans les toilettes ! J’ai dû étudier le sanscrit avant le bengali » **. Suite à une querelle familiale, ses parents quittèrent Bhatpara et s’installèrent à Calcutta : « une ville insupportable… une ogresse », dit-il ***. Il vécut l’éloignement du fleuve bien-aimé comme une blessure, une absence qui ne sera jamais comblée. À partir de 1950, il apprit le français à l’Alliance française de Calcutta et il put même partir en France, boursier de l’Université de Paris, grâce à un des élèves de son père. Puis, il découvrit la littérature française : « Rimbaud, un choc incroyable » ****. Il se lança bientôt dans une traduction bengali d’« Une Saison en enfer ». Ce fut même le premier livre auquel il apposa son nom, avant de s’attaquer, par une sorte de bizarre grand écart, à des traductions de Descartes (« Discours de la méthode »), de Romain Rolland (« Gandhi » et « Inde : journal »), de Molière (« Tartuffe »), de Sartre (« Les Mots ») et enfin d’Henri Michaux. Michaux, de son côté, fut le véritable introducteur en France des textes personnels de M. Bhattacharya, qu’il défendit auprès de divers éditeurs. Ces textes, écrits originellement en bengali, furent des occasions pour l’auteur de se relire, de sorte qu’il existe deux œuvres de M. Bhattacharya : une française et une bengali, la première réinventée à partir de la seconde. Lisez la suite›

* En bengali ভাটপাড়া.

** Nadia Chevalerias et Marc Blanchet, « Bhattacharya entr’ouvre la chambre ».

*** id.

**** id.