Harṣa, « Trois Pièces de théâtre (VIIe siècle apr. J.-C.). “Priya darshika” “Nagananda” “Ratnavali” »

éd. Buchet-Chastel, Paris

éd. Bu­chet-Chas­tel, Pa­ris

Il s’agit de « Rat­nâ­valî »1 (« Col­lier-de-gemmes »), « Priya­darśikâ »2 (« Belle-à-voir ») et autres pièces de théâtre du roi So­leil-de-vertu (Śî­lâ­di­tya3), plus cé­lèbre dans l’histoire et la lit­té­ra­ture de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vard­hana4. La fi­gure de ce roi — dra­ma­turge, poète, ami na­tu­rel des re­li­gions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus net­te­ment des­si­nées de l’Inde clas­sique. Outre ses mon­naies et ins­crip­tions, deux té­moi­gnages de pre­mière main nous ren­seignent sur lui. Le cour­ti­san Bâṇa, qui bé­né­fi­cia de ses lar­gesses, a ré­digé sa vie ro­man­cée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣa­ca­rita »5) — une vie qui s’arrête, ce­pen­dant, in­opi­né­ment au hui­tième cha­pitre, soit que le bio­graphe l’ait lais­sée in­ache­vée, soit que les siècles en aient fait dis­pa­raître les der­nières pages. À ce té­moi­gnage s’ajoute ce­lui du pè­le­rin chi­nois Xuan­zang, qui passa en Inde plus de douze ans et qui nous a laissé, dans les « Mé­moires » re­la­tifs à son voyage, maints dé­tails sur ce sou­ve­rain qui fut pour lui un hôte et un ami. Le por­trait concor­dant dressé par ces do­cu­ments nous re­pré­sente Harṣa à la tête d’une ar­mée for­mi­dable, qui ne comp­tait pas moins de soixante mille élé­phants et cent mille hommes de ca­va­le­rie ; mais loin d’abuser de sa puis­sance, il était au contraire aussi pa­ci­fique qu’il était pieux. « Et par sa sage ad­mi­nis­tra­tion, il ré­pan­dit par­tout l’union et la paix ; il… pra­ti­qua le bien au point d’oublier le som­meil et le man­ger », rap­porte Xuan­zang6. « Dans les villes — grandes et pe­tites — des cinq Indes7, dans les vil­lages, dans les car­re­fours, au croi­se­ment des che­mins, il fit bâ­tir des mai­sons de se­cours, où l’on dé­po­sait des ali­ments, des breu­vages et des mé­di­ca­ments pour les don­ner en au­mône aux voya­geurs… et aux in­di­gents. Ces dis­tri­bu­tions bien­fai­santes ne ces­saient ja­mais. » Rem­pli de zèle pour la foi du Boud­dha, Harṣa était en même temps rem­pli de to­lé­rance pour toute spi­ri­tua­lité. Il convo­quait ré­gu­liè­re­ment une es­pèce de grande as­sem­blée de tous les re­li­gieux ver­sés dans les livres, pour la­quelle il épui­sait le tré­sor et les ma­ga­sins de l’État. Ce mé­lange d’indulgence et de li­bé­ra­lité royale perce à jour éga­le­ment dans les œuvres lit­té­raires qui lui sont at­tri­buées — trois pièces de théâtre et deux poé­sies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splen­deur non seule­ment en Inde, mais à l’étranger.

Il n’existe pas moins de quatre tra­duc­tions fran­çaises de « Rat­nâ­valî », mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle de M. Alain Da­nié­lou.

« सागरिका । परिवृत्य राजानमवलोक्य सस्पृहम् । कधम् । अअं सो राआ उदअणो जस्स अहं तादेण दिण्णा । ता परपेसणकरिसिदं मे सरीरमे एदस्स दंसणेण बहुमदं संवुत्तम् ।

राजा । कथम् । उत्सवापहृतचेतोभिः संध्यातिक्रमो ऽप्यस्माभिर्नोपलक्षितः । देवि । पश्य ।

उदयतटान्तरितमियं प्राची सूचयति दिङ्निशानाथम् ।
परिपाण्डुना मुखेन प्रियमिव हृदयस्थितं रमणी ॥
 »

— Pas­sage dans la langue ori­gi­nale

« FILLE-DES-FLOTS (se tour­nant avec joie et re­gar­dant le roi avec lan­gueur). — Quoi ! C’est donc lui le roi So­leil-le­vant à qui mon père m’avait des­ti­née ! (Elle sou­pire.) Hu­mi­liée, au ser­vice d’une autre, cette vi­sion m’a re­donné ma di­gnité.

ROI. — Hé quoi ! Oc­cu­pés par la fête, nous n’avons même pas re­mar­qué la tom­bée de la nuit. Voyez, di­vine !

L’Orient déjà, par la pâ­leur de son vi­sage, fait pres­sen­tir l’approche de la lune, comme le com­por­te­ment d’une femme tra­hit la pré­sence de ce­lui qu’elle aime, et qui ré­side dans son cœur. »

— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Da­nié­lou

« SĀGARIKĀ (se re­tour­nant et re­gar­dant ar­dem­ment le roi). — Oh !… C’est le roi Udayana, à qui m’avait fian­cée mon père !… Parmi ce tour­ment de ser­vir, ma per­sonne à sa vue a re­trouvé du prix.

LE ROI. — Oh !… Cette fête nous a dis­traits… Nous avons, sans y prendre garde, laissé pas­ser le cré­pus­cule… Voyez, reine !…

La ré­gion le­van­tine là-bas, à la pâ­leur de sa face, tra­hit la pré­sence ca­chée du Maître de la nuit der­rière les pentes du mont d’Orient, comme une amante celle du bien-aimé dans son cœur… »

— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Mau­rice Le­hot (« Ratnā­valī », éd. Les Belles Lettres, coll. Émile Se­nart, Pa­ris)

« SĀGARIKĀ (se re­tourne et re­garde amou­reu­se­ment le roi). — Com­ment ! C’est le roi Udayana, au­quel mon père m’a don­née ! Mal­gré le tour­ment de ser­vir au­trui, je re­couvre à sa vue l’estime de moi-même !

LE ROI. — Com­ment ! L’esprit dis­trait par la fête, nous n’avons pas re­mar­qué que le cré­pus­cule était passé ! Re­garde, ô reine !

Le Maître de la nuit, ca­ché du mont d’Orient, la ré­gion du le­vant le tra­hit aussi bien, à sa face pâ­lie, que l’amante tra­hit l’aimé qui oc­cupe son cœur ! »

— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Syl­vain Broc­quet (« Ratnā­valī » dans « Théâtre de l’Inde an­cienne », éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris, p. 741-800)

« SAGARIKA (re­ve­nant). — Com­ment ? Est-ce là cet Ou­dayana, à qui mon père me des­ti­nait pour épouse ?… Ce n’est pas sans rai­son que je m’étais laissé fas­ci­ner par sa vue.

OUDAYANA. — L’heure du cré­pus­cule est pas­sée, et nous n’avons pas re­mar­qué la marche du temps, oc­cu­pés de ces cé­ré­mo­nies aussi saintes qu’agréables. Voyez, ma­dame !

Du côté de l’Orient, le ciel est pâle ; pa­reil à la jeune beauté sé­pa­rée de ses amours, il semble lan­guir d’impatience en at­ten­dant son sei­gneur… »

— Pas­sage dans la tra­duc­tion in­di­recte d’Alexandre Lan­glois (« “Rat­nâ­vali”, ou le Col­lier » dans « Chefs-d’œuvre du théâtre in­dien. Tome II », XIXe siècle, p. 207-275)

Avertissement Cette tra­duc­tion n’a pas été faite sur l’original.

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Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  1. En sans­crit « रत्नावली ». Au­tre­fois trans­crit « Rat­na­wali ». Haut
  2. En sans­crit « प्रियदर्शिका ». Au­tre­fois trans­crit « Priya dar­shika » ou « Priya­dar­çikâ ». Haut
  3. En sans­crit शीलादित्य. Au­tre­fois trans­crit Çî­lâ­di­tya. Haut
  4. En sans­crit हर्षवर्धन. Au­tre­fois trans­crit Harça, Har­cha ou Har­sha. Haut
  1. En sans­crit « हर्षचरितम् », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Harṣa­ca­ri­tam », « Har­chat­cha­rita », « Har­sa­cha­rita », « Har­sha­cha­rita » ou « Har­sha­ca­rita ». Haut
  2. « Mé­moires sur les contrées oc­ci­den­tales », liv. V, ch. LXI. Haut
  3. Les Chi­nois comp­taient cinq Indes cor­res­pon­dant aux quatre points car­di­naux avec, au mi­lieu, l’Inde cen­trale. Haut