Mot-cleflittérature indienne (de l’Inde)

sujet

Harṣa, « Trois pièces de théâtre (VIIe siècle). “Priya darshika” “Nagananda” “Ratnavali” »

éd. Buchet-Chastel, Paris

Il s’agit de « Ratnâvalî »* (« Collier-de-gemmes ») et autres pièces de théâtre du roi Soleil-de-vertu (Śîlâditya**), plus célèbre dans l’histoire et la littérature de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vardhana***. La figure de ce roi — dramaturge, poète, ami naturel des religions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus nettement dessinées de l’Inde classique. Outre ses monnaies et inscriptions, deux témoignages de première main nous renseignent sur lui. Le courtisan Bâṇa, qui bénéficia de ses largesses, a rédigé sa vie romancée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣacarita »****) — une vie qui s’arrête, cependant, inopinément au huitième chapitre, soit que le biographe l’ait laissée inachevée, soit que les siècles en aient fait disparaître les dernières pages. À ce témoignage s’ajoute celui du pèlerin chinois Xuanzang, qui passa en Inde plus de douze ans et qui nous a laissé, dans les « Mémoires » relatifs à son voyage, maints détails sur ce souverain qui fut pour lui un hôte et un ami. Le portrait concordant dressé par ces documents nous représente Harṣa à la tête d’une armée formidable, qui ne comptait pas moins de soixante mille éléphants et cent mille hommes de cavalerie ; mais loin d’abuser de sa puissance, il était au contraire aussi pacifique qu’il était pieux. « Et par sa sage administration, il répandit partout l’union et la paix ; il… pratiqua le bien au point d’oublier le sommeil et le manger », rapporte Xuanzang*****. « Dans les villes — grandes et petites — des cinq Indes******, dans les villages, dans les carrefours, au croisement des chemins, il fit bâtir des maisons de secours, où l’on déposait des aliments, des breuvages et des médicaments pour les donner en aumône aux voyageurs… et aux indigents. Ces distributions bienfaisantes ne cessaient jamais. » Rempli de zèle pour la foi du Bouddha, Harṣa était en même temps rempli de tolérance pour toute spiritualité. Il convoquait régulièrement une espèce de grande assemblée de tous les religieux versés dans les livres, pour laquelle il épuisait le trésor et les magasins de l’État. Ce mélange d’indulgence et de libéralité royale perce à jour également dans les œuvres littéraires qui lui sont attribuées — trois pièces de théâtre et deux poésies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splendeur non seulement en Inde, mais à l’étranger.

* En sanscrit « रत्नावली ». Autrefois transcrit « Ratnawali ». Haut

** En sanscrit शीलादित्य. Autrefois transcrit Çîlâditya. Haut

*** En sanscrit हर्षवर्धन. Autrefois transcrit Harça, Harcha ou Harsha. Haut

**** En sanscrit « हर्षचरितम् », inédit en français. Autrefois transcrit « Harṣacaritam », « Harchatcharita », « Harsacharita », « Harshacharita » ou « Harshacarita ». Haut

***** « Mémoires sur les contrées occidentales », liv. V, ch. 61. Haut

****** Les Chinois comptaient cinq Indes correspondant aux quatre points cardinaux avec, au milieu, l’Inde centrale. Haut

« Harṣa Vardhana, Empereur et poète de l’Inde septentrionale (606-648 apr. J.-C.) : étude sur sa vie et son temps »

éd. J.-B. Istas, Louvain

Il s’agit de l’« Hymne aux huit grands temples sacrés »* (« Aṣṭa mahâ śrî caitya stotra »**) et autres poésies du roi Soleil-de-vertu (Śîlâditya***), plus célèbre dans l’histoire et la littérature de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vardhana****. La figure de ce roi — dramaturge, poète, ami naturel des religions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus nettement dessinées de l’Inde classique. Outre ses monnaies et inscriptions, deux témoignages de première main nous renseignent sur lui. Le courtisan Bâṇa, qui bénéficia de ses largesses, a rédigé sa vie romancée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣacarita »*****) — une vie qui s’arrête, cependant, inopinément au huitième chapitre, soit que le biographe l’ait laissée inachevée, soit que les siècles en aient fait disparaître les dernières pages. À ce témoignage s’ajoute celui du pèlerin chinois Xuanzang, qui passa en Inde plus de douze ans et qui nous a laissé, dans les « Mémoires » relatifs à son voyage, maints détails sur ce souverain qui fut pour lui un hôte et un ami. Le portrait concordant dressé par ces documents nous représente Harṣa à la tête d’une armée formidable, qui ne comptait pas moins de soixante mille éléphants et cent mille hommes de cavalerie ; mais loin d’abuser de sa puissance, il était au contraire aussi pacifique qu’il était pieux. « Et par sa sage administration, il répandit partout l’union et la paix ; il… pratiqua le bien au point d’oublier le sommeil et le manger », rapporte Xuanzang******. « Dans les villes — grandes et petites — des cinq Indes*******, dans les villages, dans les carrefours, au croisement des chemins, il fit bâtir des maisons de secours, où l’on déposait des aliments, des breuvages et des médicaments pour les donner en aumône aux voyageurs… et aux indigents. Ces distributions bienfaisantes ne cessaient jamais. » Rempli de zèle pour la foi du Bouddha, Harṣa était en même temps rempli de tolérance pour toute spiritualité. Il convoquait régulièrement une espèce de grande assemblée de tous les religieux versés dans les livres, pour laquelle il épuisait le trésor et les magasins de l’État. Ce mélange d’indulgence et de libéralité royale perce à jour également dans les œuvres littéraires qui lui sont attribuées — trois pièces de théâtre et deux poésies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splendeur non seulement en Inde, mais à l’étranger.

* Autrefois traduit « Hymne aux huit grands “caityas” vénérables ». Haut

** En sanscrit « अष्ट-महा-श्री-चैत्य-स्तोत्र ». Autrefois transcrit « Aṣṭa-mahā-çrī-caitya-stotra », « Aṣṭhaṃahāśricaityastotra » ou « Ashta-maha-sri-chaitya-stotra ». Haut

*** En sanscrit शीलादित्य. Autrefois transcrit Çîlâditya. Haut

**** En sanscrit हर्षवर्धन. Autrefois transcrit Harça, Harcha ou Harsha. Haut

***** En sanscrit « हर्षचरितम् », inédit en français. Autrefois transcrit « Harṣacaritam », « Harchatcharita », « Harsacharita », « Harshacharita » ou « Harshacarita ». Haut

****** « Mémoires sur les contrées occidentales », liv. V, ch. 61. Haut

******* Les Chinois comptaient cinq Indes correspondant aux quatre points cardinaux avec, au milieu, l’Inde centrale. Haut

Bhartrihari, « Les Stances érotiques, morales et religieuses »

XIXe siècle

Il s’agit des « Trois Centuries de quatrains » (« Śatakatraya »*) de Bhartrihari**, l’un des plus grands poètes d’expression sanscrite (VIIe siècle apr. J.-C. sans doute). L’oubli et l’indifférence où tombent certaines œuvres de l’esprit humain est quelque chose de singulier. Cet oubli est injuste ; mais, à bien des égards, je me l’explique. Cependant, jamais je ne m’expliquerai l’oubli qui frappe Bhartrihari. Lui qui a été, pourtant, le premier poète hindou à être traduit en Europe. Lui dont Iqbal a dit : « Regarde ce chanteur de [mon] pays ! Par la grâce de son regard, la rosée se transforme en perles. Ce poète à l’œuvre subtile qui s’appelle Bhartrihari possède une nature semblable aux nuages de feu »***. Ses quatrains, à la fois ardents et sereins, qui chantent toutes les jouissances et qui les trouvent toutes vaines, méditent, plusieurs siècles avant Khayyam, sur le néant des choses d’ici-bas, dans un style intemporel d’une incontestable élévation. Ils sont au nombre de trois cents, partagés en trois parties égales : la première est érotique****, la deuxième — morale*****, la troisième et dernière traite de l’impermanence, en incitant à la vie contemplative et au renoncement au monde******. Une légende digne des « Mille et une Nuits » circule à ce propos : Bhartrihari aurait été roi, assis sur le trône d’Ujjayinî (l’actuelle Ujjain*******). Ayant reçu d’un saint homme un fruit précieux qui conférait l’immortalité, il l’offrit à la reine. La reine le donna au conseiller, son adultère amant ; le conseiller — à une autre femme ; de sorte que, passant ainsi de main en main, cette ambroisie parvint à une servante qui fut aperçue par le roi. Dégoûté du monde par l’infidélité de son épouse, laissant là le pouvoir et les grandeurs, Bhartrihari s’en alla sans regret d’Ujjayinî. Ses quatrains le montrent vivant désormais en ascète, après avoir fixé son séjour à Bénarès, sur le bord de la rivière des dieux, le Gange (3.87). Il se nourrit d’aumônes ; il habite parmi les hommes sans avoir de rapports avec eux (3.95). Vêtu seulement d’un pagne qui couvre sa nudité, il fuit avec effroi la diversité des apparences matérielles et il crie à haute voix : « Shiva ! Shiva ! » (3.85). « N’accorde aucune confiance, ô mon cœur, à l’inconstante déesse de la Fortune ! C’est une courtisane vénale qui abandonne ses amants sur un froncement de sourcil… Prenons la saie d’ascète et allons de porte en porte dans les rues de Bénarès, en attendant que l’aumône nous tombe dans la main que nous tendons en guise d’écuelle », écrit-il (3.66).

* En sanscrit « शतकत्रय ». Parfois transcrit « Shatakatraya ». Haut

** En sanscrit भर्तृहरि. Parfois transcrit Barthrouherri, Bharthruhari, Bhartriheri, Bhartṛhari ou Bartṛhari. Haut

*** « Le Livre de l’éternité », p. 132. Haut

**** « Śṛṅgâraśatakam » (« शृङ्गारशतकम् »). Parfois transcrit « Shringâra Çataka » ou « Śhriṅgāraśhataka ». Haut

***** « Nîtiśatakam » (« नीतिशतकम् »). Parfois transcrit « Nîtî Çataka » ou « Nītīśhataka ». Haut

****** « Vairâgyaśatakam » (« वैराग्यशतकम् »). Parfois transcrit « Vairâgya Çataka », « Vairâgyashataka » ou « Vairagya Shatakam ». Haut

******* En hindi उज्जैन. Parfois transcrit Ugein, Ogein, Ojein, Odjain, Oudjayin, Oudjeïn, Udjein, Oujjeïn ou Oujjain. Haut

« Kabir : une expérience mystique au-delà des religions »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

Il s’agit de Kabîr*, surnommé « le tisserand de Bénarès », l’un des poètes les plus populaires de l’Inde, et l’un des fondateurs de la littérature hindi, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seulement il a employé le hindi, mais il a insisté sur l’avantage de se servir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sanscrit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simulacre, et ne jugeait vraie que la parole intérieure de l’âme : « Je n’ai jamais touché », dit-il**, « ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La grandeur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche ». Sa renommée est fondée sur les cinq cents couplets (« dohâs »***) et les cent stances (« padas »****) transcrits par ses disciples, et dont des morceaux choisis figurent dans le « Gourou Granth Sahib », le livre saint des Sikhs. Ils se distinguent par leur valeur poétique, mais surtout par une certaine manière de s’exprimer — mordante et railleuse envers les pratiques extérieures du culte — que personne n’a osé ou pu imiter après Kabîr. Ils s’adressent aux hindouistes aussi bien qu’aux musulmans ; ils moquent l’hypocrisie des pandits et de leurs Védas aussi bien que celle des mollahs et de leurs Khutbas : « Ô mollah », dit Kabîr*****, « pourquoi crier si fort : crains-tu qu’Allah soit sourd ? Celui que tu appelles tout haut, cherche-Le dans ton cœur ! » Et plus loin****** : « Ô pandit, tes idées sont toutes fausses !… À lire et à relire Védas et Puranas, en as-tu pour autant été illuminé ?… Prisonnier des concepts qui ici-bas furent tiens, quel repos crois-tu donc trouver dans l’au-delà ? »

* En hindi कबीर. Autrefois transcrit Cabir. Haut

** p. 151. Haut

*** En hindi दोहा. Haut

**** En hindi पद. Haut

***** « Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes », p. 105. Haut

****** id. p. 161 & 104. Haut

« Les Inscriptions d’Asoka »

éd. Les Belles Lettres, coll. La Voix de l’Inde, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. La Voix de l’Inde, Paris

Il s’agit des « Inscriptions d’Aśoka », un magnifique ensemble d’inscriptions gravées sur des rochers et des piliers en plusieurs endroits du sous-continent indien. Ce sont les plus anciennes inscriptions qu’on y ait découvertes ; elles sont habituellement rédigées dans l’idiome de l’endroit, et il est frappant de trouver, outre le mâgadhî, deux langues étrangères : le grec et l’araméen. Elles contiennent des édits royaux empreints du bouddhisme le plus pur, et ayant pour but de prescrire la pratique d’une bienveillance qui s’étend sur tous les êtres vivants. L’auteur, parlant de lui à la troisième personne, se donne le titre de « roi » (« raya » ou « raja ») et les surnoms de Priyadraśi* (« au regard amical ») et de Devanaṃpriya (« ami des dieux »). Le vrai nom du monarque n’apparaît nulle part ; mais nous savons grâce à d’autres sources que l’Empereur Aśoka**, fondateur de la domination du bouddhisme dans l’Inde, portait ces deux surnoms. On pourrait objecter que ce ne sont là que des épithètes convenues, qui auraient pu être portées par plus d’un monarque indien. Cependant, voici ce qui achève de confirmer l’identification avec Aśoka : Dans le XIIIe édit, l’auteur nomme, parmi ses voisins, un certain Aṃtiyoko, « roi grec », et un peu plus à l’Ouest, quatre autres rois : Turamaye, Aṃtikini, Maka et Alikasudaro***. La réunion de ces noms rend leur identité hors de doute : ce sont Antiochos II, Ptolémée II, Antigone II, Magas et Alexandre II, lesquels régnaient au IIIe siècle av. J.-C. C’est précisément l’époque à laquelle, sous le sceptre d’Aśoka, le bouddhisme s’imposait comme un mouvement spirituel majeur, à la faveur de l’exemple personnel de l’Empereur.

* Parfois transcrit Piādasi, Piyadasi, Priyadarshi, Priyadarśi, Piyadarsi, Priyadrashi, Priyadraśi, Priyadarśin ou Priyadarshin. En grec Piodassès (Πιοδάσσης). Haut

** Parfois transcrit Açoka ou Ashoka. Haut

*** « Merveilleuse surprise dans ce monde hindou, si fermé en apparence aux actions du dehors, si oublieux en tous cas de ses relations avec les peuples étrangers », ajoute Émile Senart. Haut

« Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome II »

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

Il s’agit du « Ṛgveda »*, de l’« Atharvaveda »** et autres hymnes hindous portant le nom de Védas (« sciences sacrées ») — nom dérivé de la même racine « vid » qui se trouve dans nos mots « idée », « idole ». Il est certain que ces hymnes sont le plus ancien monument de la littérature de l’Inde (IIe millénaire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas interprètes et traducteurs ; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omniprésent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne voudrais pas, pour autant, qu’on se fasse une opinion trop exagérée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décousues, à des formules de rituel déconcertantes, sortes de balbutiements du verbe, dont l’originalité finit par agacer. « Les savants, depuis [Abel] Bergaigne surtout, ont cessé d’admirer dans les Védas les premiers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en présence [de] la nature… À parler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgveda” sont du galimatias. Les indianistes le savent et en conviennent volontiers entre eux », dit Salomon Reinach***. La rhétorique védique est, en effet, une rhétorique bizarre, qui effarouche les meilleurs savants par la disparité des images et le chevauchement des sens. Elle se compose de métaphores sacerdotales, compliquées et obscures à dessein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, entendaient s’en réserver le monopole. Souvent, ces métaphores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, associées quelque part à une troisième, sont ensuite associées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voici un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mythologique : Le « soma » (« liqueur céleste ») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le « soma » est donc un lait, ou plutôt, c’est un beurre qui a des « pieds », qui a des « sabots », et qu’Indra trouve dans la vache. Le « soma » est donc un veau qui sort d’un « pis », et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la substitution du mot « nuée » avec le mot « nuage ». De là, cet hymne :

« Voilà le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nombril de l’immortel”.
Proclamons le nom du beurre,
Soutenons-le de nos hommages en ce sacrifice !…
Le buffle aux quatre cornes l’a excrété.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spirituel,
Ces coulées de beurre cent fois encloses,
Invisibles à l’ennemi. Je les considère :
La verge d’or est en leur milieu
 », etc.

* En sanscrit « ऋग्वेद ». Parfois transcrit « Rk Veda », « Rak-véda », « Ragveda », « Rěgveda », « Rik-veda », « Rick Veda » ou « Rig-ved ». Haut

** En sanscrit « अथर्ववेद ». Haut

*** « Orpheus : histoire générale des religions », p. 77-78. On peut joindre à cette opinion celle de Voltaire : « Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figurez-vous la “Légende dorée”, les “Conformités de saint François d’Assise”, les “Exercices spirituels” de saint Ignace et les “Sermons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très imparfaite des impertinences des Védas » (« Lettres chinoises, indiennes et tartares », lettre IX). Haut

Viṣṇuśarmâ (Bidpaï), « Les Cinq Livres de la sagesse, “Pañcatantra” »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit du « Pañcatantra »* (« Les Cinq Livres »), ensemble de contes, où les ruses les plus habiles et les pensées les plus délicates sont l’apanage des animaux. « Dans un pays [comme l’Inde] où parmi les croyances se trouve le dogme de la métempsychose — où l’on attribue aux animaux une âme semblable à celle de l’homme — il était naturel de leur prêter les idées et les passions de l’espèce humaine et de leur en supposer le langage », dit un indianiste**. On ne peut, en effet, refuser d’admettre que les Hindous jouissent dans la fable animalière d’une supériorité par la physionomie toute particulière qu’ils ont donnée à ce genre. Chez eux, au lieu d’être un récit isolé, employé comme simple exemple, la fable est un traité complet de politique et de morale, où les récits s’entrelacent les uns dans les autres, de sorte qu’un récit commencé donne lieu, avant qu’il ne soit fini, à un second récit, interrompu bientôt lui-même par un troisième, et celui-ci par un quatrième ; le tout en prose et en vers. Parmi tous les traités en sanscrit de cette sorte, le « Pañcatantra » est le plus remarquable qui soit parvenu jusqu’à nous. Cet ouvrage, que les Persans ont adapté au VIe siècle apr. J.-C. sous le titre de « Kalila et Dimna », est dû à un sage nommé Viṣṇuśarmâ***, lequel est représenté à la fois comme narrateur des contes et comme auteur du livre. Les Persans l’ont surnommé Bidpaï ou Pilpaï (Pilpay chez La Fontaine), surnom fort obscur, car tous les essais pour le ramener à une forme sanscrite n’ont abouti qu’à des conjectures.

* En sanscrit « पञ्चतन्त्र ». Autrefois transcrit « Pantcha-tantra », « Panchatantra » ou « Pantschatantra ». Haut

** Auguste Loiseleur-Deslongchamps. Haut

*** En sanscrit विष्णुशर्मा. Autrefois transcrit Wichnou-sarma, Vichnou Sçarma, Vishnusharma ou Visnu Sharma. On rencontre aussi la graphie विष्णुशर्मन् (Viṣṇuśarman). Haut

Vâlmîki, « Le Rāmāyaṇa »

éd. Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, Paris

éd. Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, Paris

Il s’agit du « Râmâyaṇa »* de Vâlmîki**. Le « Râmâyaṇa » ressemble à un de ces grands monuments où toute une nation se reconnaît et s’admire avec complaisance, et qui excitent la curiosité des autres peuples. Toute l’Inde se reconnaît et s’admire dans cette monumentale « Iliade » de vingt-quatre mille versets, dont l’Homère s’appelle Vâlmîki ; elle est vue, à bon droit, comme le chef-d’œuvre de la poésie indienne. On n’en sait pas plus sur l’Homère indien que sur l’Homère grec ; on ignore jusqu’au siècle où il a vécu (quelque part au Ier millénaire av. J.-C.). Dans le chapitre I.2, il est raconté que c’est Brahmâ lui-même, le créateur des mondes, qui a incité Vâlmîki à écrire cette épopée, en promettant au poète que « tant qu’il y aura sur terre des montagnes et des rivières, l’histoire du “Râmâyaṇa” circulera dans les mondes ». La promesse a été tenue. Les éloges dithyrambiques de Michelet, les pages enthousiastes de Laprade attestent l’émotion qui saisit aujourd’hui encore les esprits cultivés en présence de ce chef-d’œuvre : « L’année… où j’ai pu lire le grand poème sacré de l’Inde, le divin “Râmâyaṇa”… me restera chère et bénie… “La récitation d’un seul vers de ce poème suffit à laver de ses fautes même celui qui en commet chaque jour”***… Notre péché permanent, la lie, le levain amer qu’apporte et laisse le temps, ce grand fleuve de poésie l’emporte et nous purifie. Quiconque a séché son cœur, qu’il l’abreuve au “Râmâyaṇa”… Quiconque a trop fait, trop voulu, qu’il boive à cette coupe profonde un long trait de vie, de jeunesse », dit Michelet****. C’est que, dans tout le cours de cette épopée, on se trouve, à chaque pas, aux prises avec un être et une forme provisoires : homme, animal, plante, rien de définitif, rien d’immuable. De là ce respect et cette crainte religieuse de la nature, qui fournissent à la poésie de Vâlmîki des détails si touchants ; de là aussi ces méditations rêveuses, ces peintures de la vie ascétique, enfin ces dissertations philosophiques, qui tiennent non moins de place que les combats. Celle-ci par exemple : « La vieillesse ruine l’homme : que peut-il faire pour s’y opposer ? Les hommes se réjouissent quand le soleil se lève, ils se réjouissent quand le jour s’éteint… Ils sont heureux de voir commencer une saison nouvelle, comme si c’était un renouveau : mais le retour des saisons ne fait qu’épuiser la vigueur des créatures »*****. Quelle grandeur dans ces versets pleins de mélancolie !

* En sanscrit « रामायण ». « Râmâyaṇa » signifie « La Marche de Râma ». Autrefois traduit « La Râmaïde ». Haut

** En sanscrit वाल्मीकि. Haut

*** « Râmâyaṇa », ch. VII.111. Haut

**** « Bible de l’humanité. Tome I », p. 1-2. Haut

***** « Râmâyaṇa », ch. II.105. Haut

Kabîr, « Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes »

éd. Les Deux Océans, Paris

éd. Les Deux Océans, Paris

Il s’agit de Kabîr*, surnommé « le tisserand de Bénarès », l’un des poètes les plus populaires de l’Inde, et l’un des fondateurs de la littérature hindi, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seulement il a employé le hindi, mais il a insisté sur l’avantage de se servir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sanscrit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simulacre, et ne jugeait vraie que la parole intérieure de l’âme : « Je n’ai jamais touché », dit-il**, « ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La grandeur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche ». Sa renommée est fondée sur les cinq cents couplets (« dohâs »***) et les cent stances (« padas »****) transcrits par ses disciples, et dont des morceaux choisis figurent dans le « Gourou Granth Sahib », le livre saint des Sikhs. Ils se distinguent par leur valeur poétique, mais surtout par une certaine manière de s’exprimer — mordante et railleuse envers les pratiques extérieures du culte — que personne n’a osé ou pu imiter après Kabîr. Ils s’adressent aux hindouistes aussi bien qu’aux musulmans ; ils moquent l’hypocrisie des pandits et de leurs Védas aussi bien que celle des mollahs et de leurs Khutbas : « Ô mollah », dit Kabîr*****, « pourquoi crier si fort : crains-tu qu’Allah soit sourd ? Celui que tu appelles tout haut, cherche-Le dans ton cœur ! » Et plus loin****** : « Ô pandit, tes idées sont toutes fausses !… À lire et à relire Védas et Puranas, en as-tu pour autant été illuminé ?… Prisonnier des concepts qui ici-bas furent tiens, quel repos crois-tu donc trouver dans l’au-delà ? »

* En hindi कबीर. Autrefois transcrit Cabir. Haut

** « Kabir : une expérience mystique au-delà des religions », p. 151. Haut

*** En hindi दोहा. Haut

**** En hindi पद. Haut

***** p. 105. Haut

****** p. 161 & 104. Haut

Tulsî-dâs, « Le Lac spirituel : un chef-d’œuvre de la poésie religieuse indienne »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Râm-carit-mânas »* (« Le Lac spirituel de la geste de Râma »), qu’on appelle aussi le « Tulsî-kṛt Râmâyaṇ »**, c’est-à-dire le « Râmâyaṇa composé par Tulsî », pour le distinguer de l’ancienne épopée en sanscrit, le « Râmâyaṇa », attribuée au sage Vâlmîki. Il suffit d’ouvrir le « Râm-carit-mânas » pour voir combien Tulsî-dâs*** a emprunté à Vâlmîki, combien il l’a suivi à chaque pas et même dans toutes les inventions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imitations. Mais tout en l’imitant, il a cru devoir faire autrement que Vâlmîki ; il l’a imité en faisant non pas mieux — c’eût été une tâche au-dessus de ses forces — mais plus dévotionnel, moins nuancé. « C’est une composition, qui, l’intention religieuse à part, ressemble à quelque chose d’une imitation fort libre et, j’ose le dire, tout à fait arbitraire, où Tulsî-dâs… a voulu peut-être éviter souvent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches parasites, a coupé des rameaux utiles », dit Hippolyte Fauche****. Le fait que le « Râm-carit-mânas » a été composé en langue vulgaire (en hindi) et non en langue savante (en sanscrit) explique à la fois son immense popularité auprès des masses hindoues, et les critiques quelquefois dédaigneuses, mais quelquefois aussi justifiées, que lui ont adressées les lettrés du pays. Tulsî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la curieuse apologie qu’il a mise en tête du « Râm-carit-mânas » : « Les savants poéticiens, dénués de tendresse pour Râma, prendront plaisir à se gausser de mon poème », dit-il, « car il est en langue vulgaire, et mon esprit est faible ! Oui, il mérite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit !… Les cœurs nobles me pardonneront ma témérité, et ils écouteront avec bienveillance mes propos enfantins, comme un père et une mère écoutent avec joie les balbutiements de leur petit enfant ! »

* En hindi « रामचरितमानस ». Parfois transcrit « Ram-charit-manas », « Ramcharitamanasa », « Rāmacaritamānas » ou « Rāmacaritamānasa ». Haut

** En hindi « तुलसीकृत रामायण ». Haut

*** En hindi तुलसीदास. Parfois transcrit Toulsi-das, Tulcî-dâs, Tulasīdāsa ou Tulasīdās. Haut

**** « Râmâyana : poème sanscrit ; traduit en français pour la première fois par Hippolyte Fauche. Tome VII », p. CLIX. Haut

Tulsî-dâs, « Le Rāmāyan »

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Le Monde indien, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Le Monde indien, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Râm-carit-mânas »* (« Le Lac spirituel de la geste de Râma »), qu’on appelle aussi le « Tulsî-kṛt Râmâyaṇ »**, c’est-à-dire le « Râmâyaṇa composé par Tulsî », pour le distinguer de l’ancienne épopée en sanscrit, le « Râmâyaṇa », attribuée au sage Vâlmîki. Il suffit d’ouvrir le « Râm-carit-mânas » pour voir combien Tulsî-dâs*** a emprunté à Vâlmîki, combien il l’a suivi à chaque pas et même dans toutes les inventions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imitations. Mais tout en l’imitant, il a cru devoir faire autrement que Vâlmîki ; il l’a imité en faisant non pas mieux — c’eût été une tâche au-dessus de ses forces — mais plus dévotionnel, moins nuancé. « C’est une composition, qui, l’intention religieuse à part, ressemble à quelque chose d’une imitation fort libre et, j’ose le dire, tout à fait arbitraire, où Tulsî-dâs… a voulu peut-être éviter souvent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches parasites, a coupé des rameaux utiles », dit Hippolyte Fauche****. Le fait que le « Râm-carit-mânas » a été composé en langue vulgaire (en hindi) et non en langue savante (en sanscrit) explique à la fois son immense popularité auprès des masses hindoues, et les critiques quelquefois dédaigneuses, mais quelquefois aussi justifiées, que lui ont adressées les lettrés du pays. Tulsî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la curieuse apologie qu’il a mise en tête du « Râm-carit-mânas » : « Les savants poéticiens, dénués de tendresse pour Râma, prendront plaisir à se gausser de mon poème », dit-il, « car il est en langue vulgaire, et mon esprit est faible ! Oui, il mérite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit !… Les cœurs nobles me pardonneront ma témérité, et ils écouteront avec bienveillance mes propos enfantins, comme un père et une mère écoutent avec joie les balbutiements de leur petit enfant ! »

* En hindi « रामचरितमानस ». Parfois transcrit « Ram-charit-manas », « Ramcharitamanasa », « Rāmacaritamānas » ou « Rāmacaritamānasa ». Haut

** En hindi « तुलसीकृत रामायण ». Haut

*** En hindi तुलसीदास. Parfois transcrit Toulsi-das, Tulcî-dâs, Tulasīdāsa ou Tulasīdās. Haut

**** « Râmâyana : poème sanscrit ; traduit en français pour la première fois par Hippolyte Fauche. Tome VII », p. CLIX. Haut

« Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome I »

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

Il s’agit du « Ṛgveda »*, de l’« Atharvaveda »** et autres hymnes hindous portant le nom de Védas (« sciences sacrées ») — nom dérivé de la même racine « vid » qui se trouve dans nos mots « idée », « idole ». Il est certain que ces hymnes sont le plus ancien monument de la littérature de l’Inde (IIe millénaire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas interprètes et traducteurs ; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omniprésent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne voudrais pas, pour autant, qu’on se fasse une opinion trop exagérée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décousues, à des formules de rituel déconcertantes, sortes de balbutiements du verbe, dont l’originalité finit par agacer. « Les savants, depuis [Abel] Bergaigne surtout, ont cessé d’admirer dans les Védas les premiers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en présence [de] la nature… À parler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgveda” sont du galimatias. Les indianistes le savent et en conviennent volontiers entre eux », dit Salomon Reinach***. La rhétorique védique est, en effet, une rhétorique bizarre, qui effarouche les meilleurs savants par la disparité des images et le chevauchement des sens. Elle se compose de métaphores sacerdotales, compliquées et obscures à dessein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, entendaient s’en réserver le monopole. Souvent, ces métaphores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, associées quelque part à une troisième, sont ensuite associées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voici un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mythologique : Le « soma » (« liqueur céleste ») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le « soma » est donc un lait, ou plutôt, c’est un beurre qui a des « pieds », qui a des « sabots », et qu’Indra trouve dans la vache. Le « soma » est donc un veau qui sort d’un « pis », et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la substitution du mot « nuée » avec le mot « nuage ». De là, cet hymne :

« Voilà le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nombril de l’immortel”.
Proclamons le nom du beurre,
Soutenons-le de nos hommages en ce sacrifice !…
Le buffle aux quatre cornes l’a excrété.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spirituel,
Ces coulées de beurre cent fois encloses,
Invisibles à l’ennemi. Je les considère :
La verge d’or est en leur milieu
 », etc.

* En sanscrit « ऋग्वेद ». Parfois transcrit « Rk Veda », « Rak-véda », « Ragveda », « Rěgveda », « Rik-veda », « Rick Veda » ou « Rig-ved ». Haut

** En sanscrit « अथर्ववेद ». Haut

*** « Orpheus : histoire générale des religions », p. 77-78. On peut joindre à cette opinion celle de Voltaire : « Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figurez-vous la “Légende dorée”, les “Conformités de saint François d’Assise”, les “Exercices spirituels” de saint Ignace et les “Sermons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très imparfaite des impertinences des Védas » (« Lettres chinoises, indiennes et tartares », lettre IX). Haut

Jayadeva, « “Gita govinda”, Le Chant du berger : poème »

dans « Théologie hindoue » (XIXᵉ siècle), p. 244-266

dans « Théologie hindoue » (XIXe siècle), p. 244-266

Il s’agit du « Gîta govinda »* (« Le Chant du bouvier »), pièce à la fois chantée et dansée en l’honneur de Kṛṣṇa. Ce que l’on sait sur Jayadeva**, qui est l’auteur de cette pièce (XIIe siècle apr. J.-C.), se borne à des légendes. On raconte qu’à la mort de ses parents, le poète se mit en route vers le temple de Jagannâtha avec l’intention d’y adorer Kṛṣṇa. En chemin, cependant, il tomba d’inanition, accablé par la chaleur du soleil. Un bouvier, qui gardait son troupeau aux alentours, l’aperçut et vint le secourir en lui offrant du lait caillé. Lorsque Jayadeva arriva enfin au temple, quelle ne fut pas sa surprise quand il vit, à la place de la statue de Jagannâtha, le jeune homme qu’il venait de quitter ! Comprenant à l’instant que son sauveur était en réalité Kṛṣṇa, il en conçut l’idée du « Gîta govinda ». On prétend également que le poète hésitait un jour à écrire un vers susceptible de critique, et avant de prendre une décision, il prépara la page, puis descendit se baigner à la rivière. Pendant ce temps, Kṛṣṇa lui-même ayant pris les traits de Jayadeva, écrivit sur la page le vers qui avait embarrassé Jayadeva, laissa le carnet ouvert et se retira. Lorsque Jayadeva revint et qu’il vit cela, il fut étonné et interrogea sa femme à ce sujet. Elle lui dit : « Vous êtes revenu et avez écrit ce vers : quel autre que vous aurait touché à votre carnet ? »*** Jayadeva, très touché par cet événement, alla dans la forêt, où il vit un arbre étonnant : sur chaque feuille de cet arbre étaient écrits des hymnes du « Gîta govinda ».

* En sanscrit « गीत गोविन्द ». Autrefois transcrit « Geet govinda », « Geeta govinda », « Ghita govinda » ou « Guîta govinda ». Haut

** En sanscrit जयदेव. Autrefois transcrit Jaidev, Jayadev ou Djayadéva. Haut

*** Dans Garcin de Tassy, « Histoire de la littérature hindoui et hindoustani, 2e édition. Tome II », p. 72. Haut