Mot-cleflittérature indienne (de l’Inde)

su­jet

Harṣa, « Trois Pièces de théâtre (VIIe siècle apr. J.-C.). “Priya darshika” “Nagananda” “Ratnavali” »

éd. Buchet-Chastel, Paris

éd. Bu­chet-Chas­tel, Pa­ris

Il s’agit de « Rat­nâ­valî »1 (« Col­lier-de-gemmes »), « Priya­darśikâ »2 (« Belle-à-voir ») et autres pièces de théâtre du roi So­leil-de-vertu (Śî­lâ­di­tya3), plus cé­lèbre dans l’histoire et la lit­té­ra­ture de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vard­hana4. La fi­gure de ce roi — dra­ma­turge, poète, ami na­tu­rel des re­li­gions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus net­te­ment des­si­nées de l’Inde clas­sique. Outre ses mon­naies et ins­crip­tions, deux té­moi­gnages de pre­mière main nous ren­seignent sur lui. Le cour­ti­san Bâṇa, qui bé­né­fi­cia de ses lar­gesses, a ré­digé sa vie ro­man­cée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣa­ca­rita »5) — une vie qui s’arrête, ce­pen­dant, in­opi­né­ment au hui­tième cha­pitre, soit que le bio­graphe l’ait lais­sée in­ache­vée, soit que les siècles en aient fait dis­pa­raître les der­nières pages. À ce té­moi­gnage s’ajoute ce­lui du pè­le­rin chi­nois Xuan­zang, qui passa en Inde plus de douze ans et qui nous a laissé, dans les « Mé­moires » re­la­tifs à son voyage, maints dé­tails sur ce sou­ve­rain qui fut pour lui un hôte et un ami. Le por­trait concor­dant dressé par ces do­cu­ments nous re­pré­sente Harṣa à la tête d’une ar­mée for­mi­dable, qui ne comp­tait pas moins de soixante mille élé­phants et cent mille hommes de ca­va­le­rie ; mais loin d’abuser de sa puis­sance, il était au contraire aussi pa­ci­fique qu’il était pieux. « Et par sa sage ad­mi­nis­tra­tion, il ré­pan­dit par­tout l’union et la paix ; il… pra­ti­qua le bien au point d’oublier le som­meil et le man­ger », rap­porte Xuan­zang6. « Dans les villes — grandes et pe­tites — des cinq Indes7, dans les vil­lages, dans les car­re­fours, au croi­se­ment des che­mins, il fit bâ­tir des mai­sons de se­cours, où l’on dé­po­sait des ali­ments, des breu­vages et des mé­di­ca­ments pour les don­ner en au­mône aux voya­geurs… et aux in­di­gents. Ces dis­tri­bu­tions bien­fai­santes ne ces­saient ja­mais. » Rem­pli de zèle pour la foi du Boud­dha, Harṣa était en même temps rem­pli de to­lé­rance pour toute spi­ri­tua­lité. Il convo­quait ré­gu­liè­re­ment une es­pèce de grande as­sem­blée de tous les re­li­gieux ver­sés dans les livres, pour la­quelle il épui­sait le tré­sor et les ma­ga­sins de l’État. Ce mé­lange d’indulgence et de li­bé­ra­lité royale perce à jour éga­le­ment dans les œuvres lit­té­raires qui lui sont at­tri­buées — trois pièces de théâtre et deux poé­sies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splen­deur non seule­ment en Inde, mais à l’étranger.

  1. En sans­crit « रत्नावली ». Au­tre­fois trans­crit « Rat­na­wali ». Haut
  2. En sans­crit « प्रियदर्शिका ». Au­tre­fois trans­crit « Priya dar­shika » ou « Priya­dar­çikâ ». Haut
  3. En sans­crit शीलादित्य. Au­tre­fois trans­crit Çî­lâ­di­tya. Haut
  4. En sans­crit हर्षवर्धन. Au­tre­fois trans­crit Harça, Har­cha ou Har­sha. Haut
  1. En sans­crit « हर्षचरितम् », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Harṣa­ca­ri­tam », « Har­chat­cha­rita », « Har­sa­cha­rita », « Har­sha­cha­rita » ou « Har­sha­ca­rita ». Haut
  2. « Mé­moires sur les contrées oc­ci­den­tales », liv. V, ch. LXI. Haut
  3. Les Chi­nois comp­taient cinq Indes cor­res­pon­dant aux quatre points car­di­naux avec, au mi­lieu, l’Inde cen­trale. Haut

« Harṣa Vardhana, Empereur et poète de l’Inde septentrionale (606-648 apr. J.-C.) : étude sur sa vie et son temps »

éd. J.-B. Istas, Louvain

éd. J.-B. Is­tas, Lou­vain

Il s’agit de l’« Hymne aux huit grands temples sa­crés »1 (« Aṣṭa mahâ śrî cai­tya sto­tra »2) et autres poé­sies du roi So­leil-de-vertu (Śî­lâ­di­tya3), plus cé­lèbre dans l’histoire et la lit­té­ra­ture de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vard­hana4. La fi­gure de ce roi — dra­ma­turge, poète, ami na­tu­rel des re­li­gions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus net­te­ment des­si­nées de l’Inde clas­sique. Outre ses mon­naies et ins­crip­tions, deux té­moi­gnages de pre­mière main nous ren­seignent sur lui. Le cour­ti­san Bâṇa, qui bé­né­fi­cia de ses lar­gesses, a ré­digé sa vie ro­man­cée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣa­ca­rita »5) — une vie qui s’arrête, ce­pen­dant, in­opi­né­ment au hui­tième cha­pitre, soit que le bio­graphe l’ait lais­sée in­ache­vée, soit que les siècles en aient fait dis­pa­raître les der­nières pages. À ce té­moi­gnage s’ajoute ce­lui du pè­le­rin chi­nois Xuan­zang, qui passa en Inde plus de douze ans et qui nous a laissé, dans les « Mé­moires » re­la­tifs à son voyage, maints dé­tails sur ce sou­ve­rain qui fut pour lui un hôte et un ami. Le por­trait concor­dant dressé par ces do­cu­ments nous re­pré­sente Harṣa à la tête d’une ar­mée for­mi­dable, qui ne comp­tait pas moins de soixante mille élé­phants et cent mille hommes de ca­va­le­rie ; mais loin d’abuser de sa puis­sance, il était au contraire aussi pa­ci­fique qu’il était pieux. « Et par sa sage ad­mi­nis­tra­tion, il ré­pan­dit par­tout l’union et la paix ; il… pra­ti­qua le bien au point d’oublier le som­meil et le man­ger », rap­porte Xuan­zang6. « Dans les villes — grandes et pe­tites — des cinq Indes7, dans les vil­lages, dans les car­re­fours, au croi­se­ment des che­mins, il fit bâ­tir des mai­sons de se­cours, où l’on dé­po­sait des ali­ments, des breu­vages et des mé­di­ca­ments pour les don­ner en au­mône aux voya­geurs… et aux in­di­gents. Ces dis­tri­bu­tions bien­fai­santes ne ces­saient ja­mais. » Rem­pli de zèle pour la foi du Boud­dha, Harṣa était en même temps rem­pli de to­lé­rance pour toute spi­ri­tua­lité. Il convo­quait ré­gu­liè­re­ment une es­pèce de grande as­sem­blée de tous les re­li­gieux ver­sés dans les livres, pour la­quelle il épui­sait le tré­sor et les ma­ga­sins de l’État. Ce mé­lange d’indulgence et de li­bé­ra­lité royale perce à jour éga­le­ment dans les œuvres lit­té­raires qui lui sont at­tri­buées — trois pièces de théâtre et deux poé­sies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splen­deur non seule­ment en Inde, mais à l’étranger.

  1. Au­tre­fois tra­duit « Hymne aux huit grands “cai­tyas” vé­né­rables ». Haut
  2. En sans­crit « अष्ट-महा-श्री-चैत्य-स्तोत्र ». Au­tre­fois trans­crit « Aṣṭa-mahā-çrī-cai­tya-sto­tra », « Aṣṭ­haṃahāś­ri­cai­tyas­to­tra » ou « Ashta-maha-sri-chai­tya-sto­tra ». Haut
  3. En sans­crit शीलादित्य. Au­tre­fois trans­crit Çî­lâ­di­tya. Haut
  4. En sans­crit हर्षवर्धन. Au­tre­fois trans­crit Harça, Har­cha ou Har­sha. Haut
  1. En sans­crit « हर्षचरितम् », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Harṣa­ca­ri­tam », « Har­chat­cha­rita », « Har­sa­cha­rita », « Har­sha­cha­rita » ou « Har­sha­ca­rita ». Haut
  2. « Mé­moires sur les contrées oc­ci­den­tales », liv. V, ch. LXI. Haut
  3. Les Chi­nois comp­taient cinq Indes cor­res­pon­dant aux quatre points car­di­naux avec, au mi­lieu, l’Inde cen­trale. Haut

Bhartrihari, « Les Stances érotiques, morales et religieuses »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Trois Cen­tu­ries de qua­trains » (« Śa­ta­ka­traya »1) de Bhar­tri­hari2, l’un des plus grands poètes d’expression sans­crite (VIIe siècle apr. J.-C. sans doute). L’oubli et l’indifférence où tombent cer­taines œuvres de l’esprit hu­main est quelque chose de sin­gu­lier. Cet ou­bli est in­juste ; mais, à bien des égards, je me l’explique. Ce­pen­dant, ja­mais je ne m’expliquerai l’oubli qui frappe Bhar­tri­hari. Lui qui a été, pour­tant, le pre­mier poète hin­dou à être tra­duit en Eu­rope. Lui dont Iq­bal a dit : « Re­garde ce chan­teur de [mon] pays ! Par la grâce de son re­gard, la ro­sée se trans­forme en perles. Ce poète à l’œuvre sub­tile qui s’appelle Bhar­tri­hari pos­sède une na­ture sem­blable aux nuages de feu »3. Ses qua­trains, à la fois ar­dents et se­reins, qui chantent toutes les jouis­sances et qui les trouvent toutes vaines, mé­ditent, plu­sieurs siècles avant Khayyam, sur le néant des choses d’ici-bas, dans un style in­tem­po­rel d’une in­con­tes­table élé­va­tion. Ils sont au nombre de trois cents, par­ta­gés en trois par­ties égales : la pre­mière est éro­tique4, la deuxième — mo­rale5, la troi­sième et der­nière traite de l’impermanence, en in­ci­tant à la vie contem­pla­tive et au re­non­ce­ment au monde6. Une lé­gende digne des « Mille et une Nuits » cir­cule à ce pro­pos : Bhar­tri­hari au­rait été roi, as­sis sur le trône d’Ujjayinî (l’actuelle Uj­jain7). Ayant reçu d’un saint homme un fruit pré­cieux qui confé­rait l’immortalité, il l’offrit à la reine. La reine le donna au conseiller, son adul­tère amant ; le conseiller — à une autre femme ; de sorte que, pas­sant ainsi de main en main, cette am­broi­sie par­vint à une ser­vante qui fut aper­çue par le roi. Dé­goûté du monde par l’infidélité de son épouse, lais­sant là le pou­voir et les gran­deurs, Bhar­tri­hari s’en alla sans re­gret d’Ujjayinî. Ses qua­trains le montrent vi­vant dé­sor­mais en as­cète, après avoir fixé son sé­jour à Bé­na­rès, sur le bord de la ri­vière des dieux, le Gange (3.87). Il se nour­rit d’aumônes ; il ha­bite parmi les hommes sans avoir de rap­ports avec eux (3.95). Vêtu seule­ment d’un pagne qui couvre sa nu­dité, il fuit avec ef­froi la di­ver­sité des ap­pa­rences ma­té­rielles et il crie à haute voix : « Shiva ! Shiva ! » (3.85). « N’accorde au­cune confiance, ô mon cœur, à l’inconstante déesse de la For­tune ! C’est une cour­ti­sane vé­nale qui aban­donne ses amants sur un fron­ce­ment de sour­cil… Pre­nons la saie d’ascète et al­lons de porte en porte dans les rues de Bé­na­rès, en at­ten­dant que l’aumône nous tombe dans la main que nous ten­dons en guise d’écuelle », écrit-il (3.66).

  1. En sans­crit « शतकत्रय ». Par­fois trans­crit « Sha­ta­ka­traya ». Haut
  2. En sans­crit भर्तृहरि. Par­fois trans­crit Bar­throu­herri, Bhar­thru­hari, Bhar­tri­heri, Bhartṛ­hari ou Bartṛ­hari. Haut
  3. « Le Livre de l’éternité », p. 132. Haut
  4. « Śṛṅ­gâ­raśa­ta­kam » (« शृङ्गारशतकम् »). Par­fois trans­crit « Shrin­gâra Ça­taka » ou « Śh­riṅgā­raś­ha­taka ». Haut
  1. « Nî­tiśa­ta­kam » (« नीतिशतकम् »). Par­fois trans­crit « Nîtî Ça­taka » ou « Nītīś­ha­taka ». Haut
  2. « Vai­râ­gyaśa­ta­kam » (« वैराग्यशतकम् »). Par­fois trans­crit « Vai­râ­gya Ça­taka », « Vai­râ­gya­sha­taka » ou « Vai­ra­gya Sha­ta­kam ». Haut
  3. En hindi उज्जैन. Par­fois trans­crit Ugein, Ogein, Ojein, Od­jain, Oud­jayin, Oud­jeïn, Ud­jein, Ou­j­jeïn ou Ou­j­jain. Haut

« Kabir : une expérience mystique au-delà des religions »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Mi­chel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vi­vantes, Pa­ris

Il s’agit de Ka­bîr1, sur­nommé « le tis­se­rand de Bé­na­rès », l’un des poètes les plus po­pu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hindi, bien qu’il n’ait peut-être ja­mais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a em­ployé le hindi, mais il a in­sisté sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue sa­vante. Car, comme So­crate, Ka­bîr se mé­fiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un si­mu­lacre, et ne ju­geait vraie que la pa­role in­té­rieure de l’âme : « Je n’ai ja­mais tou­ché », dit-il2, « ni encre, ni pa­pier. Ma main ja­mais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Ka­bîr la fait naître des pa­roles de sa bouche ». Sa re­nom­mée re­pose sur les cinq cents cou­plets (« do­hâs »3) et les cent stances (« pa­das »4) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis fi­gurent dans le « Gou­rou Granth Sa­hib », le livre saint des si­khs. Ils se dis­tinguent par leur va­leur poé­tique, par leur conci­sion et in­ten­sité, mais aussi et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions is­la­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adopté par un tis­se­rand mu­sul­man, Ka­bîr rê­vait d’amalgamer hin­douisme et is­lam en une seule et même re­li­gion mys­tique. Lui-même se di­sait « l’enfant d’Allah et de Râma » et es­ti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des « pots de la même ar­gile »5. On ra­conte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes dé­cla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler ; les mu­sul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit re­cou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, fi­nirent par s’approcher du ca­davre et sou­le­vèrent le lin­ceul ; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet en­droit un mau­so­lée. Les mu­sul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. « Il y a donc aujourd’hui à Ma­ghar6 deux mo­nu­ments dé­diés à Ka­bîr », dit Mme Char­lotte Vau­de­ville7. « Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils té­moignent de l’irréductible contra­dic­tion que le gé­nie même du ré­for­ma­teur de­vait être fi­na­le­ment im­puis­sant à ré­soudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité ! »

  1. En hindi कबीर. Au­tre­fois trans­crit Ca­bir. Haut
  2. « Ka­bir : une ex­pé­rience mys­tique au-delà des re­li­gions », p. 151. Haut
  3. En hindi दोहा. Haut
  4. En hindi पद. Haut
  1. « Ka­bir : une ex­pé­rience mys­tique au-delà des re­li­gions », p. 95 & 11. Haut
  2. En hindi मगहर. Par­fois trans­crit Ma­ga­har. Ville si­tuée dans le dis­trict ac­tuel de Sant Ka­bîr Na­gar. Haut
  3. « Pré­face à “Au ca­ba­ret de l’amour : pa­roles de Ka­bîr” », p. 16. Haut

« Les Inscriptions d’Asoka »

éd. Les Belles Lettres, coll. La Voix de l’Inde, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. La Voix de l’Inde, Pa­ris

Il s’agit des « Ins­crip­tions d’Aśoka », un ma­gni­fique en­semble d’inscriptions gra­vées sur des ro­chers et des pi­liers en plu­sieurs en­droits du sous-conti­nent in­dien. Ce sont les plus an­ciennes ins­crip­tions qu’on y ait dé­cou­vertes ; elles sont ha­bi­tuel­le­ment ré­di­gées dans l’idiome de l’endroit, et il est frap­pant de trou­ver, outre le mâ­gadhî, deux langues étran­gères : le grec et l’araméen. Elles contiennent des édits royaux em­preints du boud­dhisme le plus pur, et ayant pour but de pres­crire la pra­tique d’une bien­veillance qui s’étend sur tous les êtres vi­vants. L’auteur, par­lant de lui à la troi­sième per­sonne, se donne le titre de « roi » (« raya » ou « raja ») et les sur­noms de Priya­draśi1 (« au re­gard ami­cal ») et de De­va­naṃ­priya (« ami des dieux »). Le vrai nom du mo­narque n’apparaît nulle part ; mais nous sa­vons grâce à d’autres sources que l’Empereur Aśoka2, fon­da­teur de la do­mi­na­tion du boud­dhisme dans l’Inde, por­tait ces deux sur­noms. On pour­rait ob­jec­ter que ce ne sont là que des épi­thètes conve­nues, qui au­raient pu être por­tées par plus d’un mo­narque in­dien. Ce­pen­dant, voici ce qui achève de confir­mer l’identification avec Aśoka : Dans le XIIIe édit, l’auteur nomme, parmi ses voi­sins, un cer­tain Aṃ­tiyoko, « roi grec », et un peu plus à l’Ouest, quatre autres rois : Tu­ra­maye, Aṃ­ti­kini, Maka et Ali­ka­su­daro3. La réunion de ces noms rend leur iden­tité hors de doute : ce sont An­tio­chos II, Pto­lé­mée II, An­ti­gone II, Ma­gas et Alexandre II, les­quels ré­gnaient au IIIe siècle av. J.-C. C’est pré­ci­sé­ment l’époque à la­quelle, sous le sceptre d’Aśoka, le boud­dhisme s’imposait comme un mou­ve­ment spi­ri­tuel ma­jeur, à la fa­veur de l’exemple per­son­nel de l’Empereur.

  1. Par­fois trans­crit Piā­dasi, Piya­dasi, Priya­dar­shi, Priya­darśi, Piya­darsi, Priya­dra­shi, Priya­draśi, Priya­darśin ou Priya­dar­shin. En grec Pio­das­sès (Πιοδάσσης). Haut
  2. Par­fois trans­crit Açoka ou Ashoka. Haut
  1. « Mer­veilleuse sur­prise dans ce monde hin­dou, si fermé en ap­pa­rence aux ac­tions du de­hors, si ou­blieux en tous cas de ses re­la­tions avec les peuples étran­gers », ajoute Émile Se­nart. Haut

« Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome II »

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gé­rard et Cie, coll. Ma­ra­bout uni­ver­sité-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du « Ṛg­veda »1, de l’« Athar­va­veda »2 et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Vé­das (« sciences sa­crées ») — nom dé­rivé de la même ra­cine « vid » qui se trouve dans nos mots « idée », « idole ». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus an­cien mo­nu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui ar­rête à chaque pas in­ter­prètes et tra­duc­teurs ; mais ce qui le prouve en­core mieux, c’est qu’on n’y trouve au­cune trace du culte aujourd’hui om­ni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour au­tant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mé­rite. On a af­faire à des bribes de ma­gie dé­cou­sues, à des for­mules de ri­tuel dé­con­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité fi­nit par aga­cer. « Les sa­vants, de­puis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont cessé d’admirer dans les Vé­das les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la na­ture… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛg­veda” sont du ga­li­ma­tias. Les in­dia­nistes le savent et en conviennent vo­lon­tiers entre eux », dit Sa­lo­mon Rei­nach3. La rhé­to­rique vé­dique est, en ef­fet, une rhé­to­rique bi­zarre, qui ef­fa­rouche les meilleurs sa­vants par la dis­pa­rité des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de mé­ta­phores sa­cer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres vé­diques, qui vi­vaient de l’autel, en­ten­daient s’en ré­ser­ver le mo­no­pole. Sou­vent, ces mé­ta­phores font, comme nous di­rions, d’une pierre deux coups. Deux idées, as­so­ciées quelque part à une troi­sième, sont en­suite as­so­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dé­goût de se voir en­semble. Voici un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une sa­veur my­tho­lo­gique : Le « soma » (« li­queur cé­leste ») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le « soma » est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des « pieds », qui a des « sa­bots », et qu’Indra trouve dans la vache. Le « soma » est donc un veau qui sort d’un « pis », et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot « nuée » avec le mot « nuage ». De là, cet hymne :

« Voilà le nom se­cret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sa­cri­fice !…
Le buffle aux quatre cornes l’a ex­crété.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois en­closes,
In­vi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur mi­lieu
 », etc.

  1. En sans­crit « ऋग्वेद ». Par­fois trans­crit « Rk Veda », « Rak-véda », « Rag­veda », « Rěg­veda », « Rik-veda », « Rick Veda » ou « Rig-ved ». Haut
  2. En sans­crit « अथर्ववेद ». Haut
  1. « Or­pheus : his­toire gé­né­rale des re­li­gions », p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : « Les Vé­das sont le plus en­nuyeux fa­tras que j’aie ja­mais lu. Fi­gu­rez-vous la “Lé­gende do­rée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Me­not joints en­semble, vous n’aurez en­core qu’une idée très im­par­faite des im­per­ti­nences des Vé­das » (« Lettres chi­noises, in­diennes et tar­tares », lettre IX). Haut

Viṣṇuśarmâ (Bidpaï), « Les Cinq Livres de la sagesse, “Pañcatantra” »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit du « Pañ­ca­tan­tra »1 (« Les Cinq Livres »), en­semble de contes et d’apologues, où les ruses les plus ha­biles et les pen­sées les plus dé­li­cates sont l’apanage des ani­maux. « Dans un pays [comme l’Inde] où parmi les croyances se trouve le dogme de la mé­tem­psy­chose — où l’on at­tri­bue aux ani­maux une âme sem­blable à celle de l’homme — il était na­tu­rel de leur prê­ter les idées et les pas­sions de l’espèce hu­maine et de leur en sup­po­ser le lan­gage », ex­plique un in­dia­niste2. On ne peut, en ef­fet, re­fu­ser d’admettre que les Hin­dous jouissent dans la fable ani­ma­lière d’une su­pé­rio­rité par la phy­sio­no­mie toute par­ti­cu­lière qu’ils ont don­née à ce genre. Chez eux, au lieu d’être un ré­cit isolé, em­ployé comme simple exemple, la fable est un traité com­plet de « po­li­tique » (« ar­thaśâs­tra »3) et de « conduite ha­bile » (« nî­tiśâs­tra »4), où les ré­cits s’entrelacent les uns dans les autres, de sorte qu’un ré­cit com­mencé donne lieu, avant qu’il ne soit fini, à un se­cond ré­cit, bien­tôt in­ter­rompu lui-même par un troi­sième, et ce­lui-ci par un qua­trième ; le tout en prose et en vers. Parmi les trai­tés en sans­crit de cette sorte, le « Pañ­ca­tan­tra » est le plus re­mar­quable qui soit par­venu jusqu’à nous. « Dans l’ensemble », dit Louis Re­nou5, « les ré­cits sont ex­cel­lents, le ton de cer­tains dis­cours plai­sam­ment doc­to­ral, nuancé d’ironie ; le mé­lange des bêtes et des hu­mains at­teste à sa ma­nière cette fra­ter­nité qu’on re­trouve dans l’art ani­ma­lier des bas-re­liefs et des fresques ». Cet ou­vrage, qui pas­sera du sans­crit en pehlvi, puis du pehlvi en arabe sous le titre de « Ka­lila et Dimna », est dû à un sage de l’Inde dé­nommé Viṣṇuśarmâ6, le­quel est re­pré­senté à la fois comme nar­ra­teur des fables et comme au­teur du livre. Les Per­sans le sur­nom­me­ront Bid­paï ou Pil­paï (Pil­pay chez La Fon­taine), sur­nom fort obs­cur, car tous les es­sais pour le ra­me­ner à quelque forme sans­crite n’ont abouti qu’à des conjec­tures plus ou moins in­gé­nieuses.

  1. En sans­crit « पञ्चतन्त्र ». Au­tre­fois trans­crit « Pant­cha-tan­tra », « Pan­cha­tan­tra » ou « Pant­scha­tan­tra ». Haut
  2. Au­guste Loi­se­leur-Des­long­champs. Haut
  3. En sans­crit अर्थशास्त्र. Haut
  1. En sans­crit नीतिशास्त्र. Haut
  2. « L’Inde clas­sique : ma­nuel des études in­diennes. Tome II », p. 240. Haut
  3. En sans­crit विष्णुशर्मा. Par­fois trans­crit Vi­sh­nu­sharma, Wich­nou-sarma ou Vich­nou Sçarma. On ren­contre aussi la gra­phie विष्णुशर्मन् (Viṣṇuśar­man). Par­fois trans­crit Vi­sh­nou-Char­man. Haut

Vâlmîki, « Le Rāmāyaṇa »

éd. Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. En­cy­clo­pé­die de la Pléiade, Pa­ris

Il s’agit du « Râ­mâyaṇa »1 de Vâl­mîki2. Le « Râ­mâyaṇa » res­semble à un de ces grands mo­nu­ments où toute une na­tion se re­con­naît et s’admire avec com­plai­sance, et qui ex­citent la cu­rio­sité des autres peuples. Toute l’Inde se re­con­naît et s’admire dans cette mo­nu­men­tale « Iliade » de vingt-quatre mille ver­sets, dont l’Homère s’appelle Vâl­mîki ; elle est vue, à bon droit, comme le chef-d’œuvre de la poé­sie in­dienne. On n’en sait pas plus sur l’Homère in­dien que sur l’Homère grec ; on ignore jusqu’au siècle où il a vécu (quelque part au Ier mil­lé­naire av. J.-C.). Dans le cha­pitre I.2, il est ra­conté que c’est Brahmâ lui-même, le créa­teur des mondes, qui a in­cité Vâl­mîki à écrire cette épo­pée, en pro­met­tant au poète que « tant qu’il y aura sur terre des mon­tagnes et des ri­vières, l’histoire du “Râ­mâyaṇa” cir­cu­lera dans les mondes ». La pro­messe a été te­nue. Les éloges di­thy­ram­biques de Mi­che­let, les pages en­thou­siastes de La­prade at­testent l’émotion qui sai­sit aujourd’hui en­core les es­prits culti­vés en pré­sence de ce chef-d’œuvre : « L’année… où j’ai pu lire le grand poème sa­cré de l’Inde, le di­vin “Râ­mâyaṇa”… me res­tera chère et bé­nie… “La ré­ci­ta­tion d’un seul vers de ce poème suf­fit à la­ver de ses fautes même ce­lui qui en com­met chaque jour”3… Notre pé­ché per­ma­nent, la lie, le le­vain amer qu’apporte et laisse le temps, ce grand fleuve de poé­sie l’emporte et nous pu­ri­fie. Qui­conque a sé­ché son cœur, qu’il l’abreuve au “Râ­mâyaṇa”… Qui­conque a trop fait, trop voulu, qu’il boive à cette coupe pro­fonde un long trait de vie, de jeu­nesse », dit Mi­che­let4. C’est que, dans tout le cours de cette épo­pée, on se trouve, à chaque pas, aux prises avec un être et une forme pro­vi­soires : homme, ani­mal, plante, rien de dé­fi­ni­tif, rien d’immuable. De là ce res­pect et cette crainte re­li­gieuse de la na­ture, qui four­nissent à la poé­sie de Vâl­mîki des dé­tails si tou­chants ; de là aussi ces mé­di­ta­tions rê­veuses, ces pein­tures de la vie as­cé­tique, en­fin ces dis­ser­ta­tions phi­lo­so­phiques, qui tiennent non moins de place que les com­bats. Celle-ci par exemple : « La vieillesse ruine l’homme : que peut-il faire pour s’y op­po­ser ? Les hommes se ré­jouissent quand le so­leil se lève, ils se ré­jouissent quand le jour s’éteint… Ils sont heu­reux de voir com­men­cer une sai­son nou­velle, comme si c’était un re­nou­veau : mais le re­tour des sai­sons ne fait qu’épuiser la vi­gueur des créa­tures »5. Quelle gran­deur dans ces ver­sets pleins de mé­lan­co­lie !

  1. En sans­crit « रामायण ». « Râ­mâyaṇa » si­gni­fie « La Marche de Râma ». Au­tre­fois tra­duit « La Râ­maïde ». Haut
  2. En sans­crit वाल्मीकि. Haut
  3. « Râ­mâyaṇa », ch. VII.111. Haut
  1. « Bible de l’humanité. Tome I », p. 1-2. Haut
  2. « Râ­mâyaṇa », ch. II.105. Haut

Kabîr, « Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes »

éd. Les Deux Océans, Paris

éd. Les Deux Océans, Pa­ris

Il s’agit de Ka­bîr1, sur­nommé « le tis­se­rand de Bé­na­rès », l’un des poètes les plus po­pu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hindi, bien qu’il n’ait peut-être ja­mais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a em­ployé le hindi, mais il a in­sisté sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue sa­vante. Car, comme So­crate, Ka­bîr se mé­fiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un si­mu­lacre, et ne ju­geait vraie que la pa­role in­té­rieure de l’âme : « Je n’ai ja­mais tou­ché », dit-il2, « ni encre, ni pa­pier. Ma main ja­mais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Ka­bîr la fait naître des pa­roles de sa bouche ». Sa re­nom­mée re­pose sur les cinq cents cou­plets (« do­hâs »3) et les cent stances (« pa­das »4) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis fi­gurent dans le « Gou­rou Granth Sa­hib », le livre saint des si­khs. Ils se dis­tinguent par leur va­leur poé­tique, par leur conci­sion et in­ten­sité, mais aussi et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions is­la­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adopté par un tis­se­rand mu­sul­man, Ka­bîr rê­vait d’amalgamer hin­douisme et is­lam en une seule et même re­li­gion mys­tique. Lui-même se di­sait « l’enfant d’Allah et de Râma » et es­ti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des « pots de la même ar­gile »5. On ra­conte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes dé­cla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler ; les mu­sul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit re­cou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, fi­nirent par s’approcher du ca­davre et sou­le­vèrent le lin­ceul ; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet en­droit un mau­so­lée. Les mu­sul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. « Il y a donc aujourd’hui à Ma­ghar6 deux mo­nu­ments dé­diés à Ka­bîr », dit Mme Char­lotte Vau­de­ville7. « Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils té­moignent de l’irréductible contra­dic­tion que le gé­nie même du ré­for­ma­teur de­vait être fi­na­le­ment im­puis­sant à ré­soudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité ! »

  1. En hindi कबीर. Au­tre­fois trans­crit Ca­bir. Haut
  2. « Ka­bir : une ex­pé­rience mys­tique au-delà des re­li­gions », p. 151. Haut
  3. En hindi दोहा. Haut
  4. En hindi पद. Haut
  1. « Ka­bir : une ex­pé­rience mys­tique au-delà des re­li­gions », p. 95 & 11. Haut
  2. En hindi मगहर. Par­fois trans­crit Ma­ga­har. Ville si­tuée dans le dis­trict ac­tuel de Sant Ka­bîr Na­gar. Haut
  3. « Pré­face à “Au ca­ba­ret de l’amour : pa­roles de Ka­bîr” », p. 16. Haut

Tulsî-dâs, « Le Lac spirituel : un chef-d’œuvre de la poésie religieuse indienne »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Li­brai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du « Râm-ca­rit-mâ­nas »1 (« Le Lac spi­ri­tuel de la geste de Râma »), qu’on ap­pelle aussi le « Tulsî-kṛt Râ­mâyaṇ »2, c’est-à-dire le « Râ­mâyaṇa com­posé par Tulsî », pour le dis­tin­guer de l’ancienne épo­pée en sans­crit, le « Râ­mâyaṇa », at­tri­buée au sage Vâl­mîki. Il suf­fit d’ouvrir le « Râm-ca­rit-mâ­nas » pour voir com­bien Tulsî-dâs3 a em­prunté à Vâl­mîki, com­bien il l’a suivi à chaque pas et même dans toutes les in­ven­tions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imi­ta­tions. « C’est une com­po­si­tion qui, l’intention re­li­gieuse à part, res­semble à quelque chose d’une imi­ta­tion fort libre et — j’ose le dire — tout à fait ar­bi­traire, où Tulsî-dâs… a voulu peut-être évi­ter sou­vent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches pa­ra­sites, a coupé des ra­meaux utiles », ex­plique Hip­po­lyte Fauche4. Ce­pen­dant, tout en l’imitant, Tulsî-dâs a cru de­voir faire au­tre­ment que Vâl­mîki ; il a fait non pas mieux — c’eût été une tâche au-des­sus de ses forces — mais plus froid, plus em­pesé, plus dé­vot. Son Râma n’est plus un hé­ros qui parle, c’est un dieu dont l’élément hu­main s’est éva­poré com­plè­te­ment : « Le mer­veilleux en est-il aug­menté ? Loin de là ! Il s’en trouve af­fai­bli, car le mer­veilleux était dans l’union inef­fable de ces deux na­tures ; et main­te­nant on ne sent plus dans le dieu un cœur d’homme, où vienne se ré­chauf­fer un sang hu­main… ; et l’on a perdu le charme de re­con­naître ici dans le dieu cet “Homo sum : hu­mani nil a me alie­num puto” », conclut Fauche5. Le fait que le « Râm-ca­rit-mâ­nas » a été com­posé en langue vul­gaire (en hindi) et non en langue sa­vante (en sans­crit) ex­plique à la fois son im­mense po­pu­la­rité au­près des masses hin­doues, et les cri­tiques quel­que­fois dé­dai­gneuses, mais quel­que­fois aussi jus­ti­fiées, que lui ont adres­sées les let­trés du pays. Tulsî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la cu­rieuse apo­lo­gie qu’il a mise en tête du « Râm-ca­rit-mâ­nas » : « Les sa­vants poé­ti­ciens, dé­nués de ten­dresse pour Râma, pren­dront plai­sir à se gaus­ser de mon poème », dit-il, « car il est en langue vul­gaire, et mon es­prit est faible ! Oui, il mé­rite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit !… Les cœurs nobles me par­don­ne­ront ma té­mé­rité, et ils écou­te­ront avec bien­veillance mes pro­pos en­fan­tins, comme un père et une mère écoutent avec joie les bal­bu­tie­ments de leur pe­tit en­fant ! »

  1. En hindi « रामचरितमानस ». Par­fois trans­crit « Ram-cha­rit-ma­nas », « Ram­cha­ri­ta­ma­nasa », « Rā­ma­ca­ri­tamā­nas » ou « Rā­ma­ca­ri­tamā­nasa ». Haut
  2. En hindi « तुलसीकृत रामायण ». Haut
  3. En hindi तुलसीदास. Par­fois trans­crit Toulsi-das, Tulcî-dâs, Tu­lasīdāsa ou Tu­lasīdās. Haut
  1. « Râ­mâyana : poème sans­crit ; tra­duit en fran­çais pour la pre­mière fois par Hip­po­lyte Fauche. Tome VII », p. CLIX. Haut
  2. id. p. CXXIV. Haut

Tulsî-dâs, « Le Rāmāyan »

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Le Monde indien, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres re­pré­sen­ta­tives-Le Monde in­dien, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du « Râm-ca­rit-mâ­nas »1 (« Le Lac spi­ri­tuel de la geste de Râma »), qu’on ap­pelle aussi le « Tulsî-kṛt Râ­mâyaṇ »2, c’est-à-dire le « Râ­mâyaṇa com­posé par Tulsî », pour le dis­tin­guer de l’ancienne épo­pée en sans­crit, le « Râ­mâyaṇa », at­tri­buée au sage Vâl­mîki. Il suf­fit d’ouvrir le « Râm-ca­rit-mâ­nas » pour voir com­bien Tulsî-dâs3 a em­prunté à Vâl­mîki, com­bien il l’a suivi à chaque pas et même dans toutes les in­ven­tions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imi­ta­tions. « C’est une com­po­si­tion qui, l’intention re­li­gieuse à part, res­semble à quelque chose d’une imi­ta­tion fort libre et — j’ose le dire — tout à fait ar­bi­traire, où Tulsî-dâs… a voulu peut-être évi­ter sou­vent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches pa­ra­sites, a coupé des ra­meaux utiles », ex­plique Hip­po­lyte Fauche4. Ce­pen­dant, tout en l’imitant, Tulsî-dâs a cru de­voir faire au­tre­ment que Vâl­mîki ; il a fait non pas mieux — c’eût été une tâche au-des­sus de ses forces — mais plus froid, plus em­pesé, plus dé­vot. Son Râma n’est plus un hé­ros qui parle, c’est un dieu dont l’élément hu­main s’est éva­poré com­plè­te­ment : « Le mer­veilleux en est-il aug­menté ? Loin de là ! Il s’en trouve af­fai­bli, car le mer­veilleux était dans l’union inef­fable de ces deux na­tures ; et main­te­nant on ne sent plus dans le dieu un cœur d’homme, où vienne se ré­chauf­fer un sang hu­main… ; et l’on a perdu le charme de re­con­naître ici dans le dieu cet “Homo sum : hu­mani nil a me alie­num puto” », conclut Fauche5. Le fait que le « Râm-ca­rit-mâ­nas » a été com­posé en langue vul­gaire (en hindi) et non en langue sa­vante (en sans­crit) ex­plique à la fois son im­mense po­pu­la­rité au­près des masses hin­doues, et les cri­tiques quel­que­fois dé­dai­gneuses, mais quel­que­fois aussi jus­ti­fiées, que lui ont adres­sées les let­trés du pays. Tulsî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la cu­rieuse apo­lo­gie qu’il a mise en tête du « Râm-ca­rit-mâ­nas » : « Les sa­vants poé­ti­ciens, dé­nués de ten­dresse pour Râma, pren­dront plai­sir à se gaus­ser de mon poème », dit-il, « car il est en langue vul­gaire, et mon es­prit est faible ! Oui, il mé­rite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit !… Les cœurs nobles me par­don­ne­ront ma té­mé­rité, et ils écou­te­ront avec bien­veillance mes pro­pos en­fan­tins, comme un père et une mère écoutent avec joie les bal­bu­tie­ments de leur pe­tit en­fant ! »

  1. En hindi « रामचरितमानस ». Par­fois trans­crit « Ram-cha­rit-ma­nas », « Ram­cha­ri­ta­ma­nasa », « Rā­ma­ca­ri­tamā­nas » ou « Rā­ma­ca­ri­tamā­nasa ». Haut
  2. En hindi « तुलसीकृत रामायण ». Haut
  3. En hindi तुलसीदास. Par­fois trans­crit Toulsi-das, Tulcî-dâs, Tu­lasīdāsa ou Tu­lasīdās. Haut
  1. « Râ­mâyana : poème sans­crit ; tra­duit en fran­çais pour la pre­mière fois par Hip­po­lyte Fauche. Tome VII », p. CLIX. Haut
  2. id. p. CXXIV. Haut

« Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome I »

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gé­rard et Cie, coll. Ma­ra­bout uni­ver­sité-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du « Ṛg­veda »1, de l’« Athar­va­veda »2 et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Vé­das (« sciences sa­crées ») — nom dé­rivé de la même ra­cine « vid » qui se trouve dans nos mots « idée », « idole ». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus an­cien mo­nu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui ar­rête à chaque pas in­ter­prètes et tra­duc­teurs ; mais ce qui le prouve en­core mieux, c’est qu’on n’y trouve au­cune trace du culte aujourd’hui om­ni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour au­tant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mé­rite. On a af­faire à des bribes de ma­gie dé­cou­sues, à des for­mules de ri­tuel dé­con­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité fi­nit par aga­cer. « Les sa­vants, de­puis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont cessé d’admirer dans les Vé­das les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la na­ture… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛg­veda” sont du ga­li­ma­tias. Les in­dia­nistes le savent et en conviennent vo­lon­tiers entre eux », dit Sa­lo­mon Rei­nach3. La rhé­to­rique vé­dique est, en ef­fet, une rhé­to­rique bi­zarre, qui ef­fa­rouche les meilleurs sa­vants par la dis­pa­rité des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de mé­ta­phores sa­cer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres vé­diques, qui vi­vaient de l’autel, en­ten­daient s’en ré­ser­ver le mo­no­pole. Sou­vent, ces mé­ta­phores font, comme nous di­rions, d’une pierre deux coups. Deux idées, as­so­ciées quelque part à une troi­sième, sont en­suite as­so­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dé­goût de se voir en­semble. Voici un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une sa­veur my­tho­lo­gique : Le « soma » (« li­queur cé­leste ») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le « soma » est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des « pieds », qui a des « sa­bots », et qu’Indra trouve dans la vache. Le « soma » est donc un veau qui sort d’un « pis », et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot « nuée » avec le mot « nuage ». De là, cet hymne :

« Voilà le nom se­cret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sa­cri­fice !…
Le buffle aux quatre cornes l’a ex­crété.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois en­closes,
In­vi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur mi­lieu
 », etc.

  1. En sans­crit « ऋग्वेद ». Par­fois trans­crit « Rk Veda », « Rak-véda », « Rag­veda », « Rěg­veda », « Rik-veda », « Rick Veda » ou « Rig-ved ». Haut
  2. En sans­crit « अथर्ववेद ». Haut
  1. « Or­pheus : his­toire gé­né­rale des re­li­gions », p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : « Les Vé­das sont le plus en­nuyeux fa­tras que j’aie ja­mais lu. Fi­gu­rez-vous la “Lé­gende do­rée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Me­not joints en­semble, vous n’aurez en­core qu’une idée très im­par­faite des im­per­ti­nences des Vé­das » (« Lettres chi­noises, in­diennes et tar­tares », lettre IX). Haut

Jayadeva, « “Gita govinda”, Le Chant du berger : poème »

dans « Théologie hindoue » (XIXᵉ siècle), p. 244-266

dans « Théo­lo­gie hin­doue » (XIXe siècle), p. 244-266

Il s’agit du « Gîta go­vinda »1 (« Le Chant du bou­vier »), pièce à la fois chan­tée et dan­sée en l’honneur de Kṛṣṇa. Ce que l’on sait sur Jaya­deva2, qui est l’auteur de cette pièce (XIIe siècle apr. J.-C.), se borne à des lé­gendes. On ra­conte qu’à la mort de ses pa­rents, le poète se mit en route vers le temple de Ja­gan­nâ­tha avec l’intention d’y ado­rer Kṛṣṇa. En che­min, ce­pen­dant, il tomba d’inanition, ac­ca­blé par la cha­leur du so­leil. Un bou­vier, qui gar­dait son trou­peau aux alen­tours, l’aperçut et vint le se­cou­rir en lui of­frant du lait caillé. Lorsque Jaya­deva ar­riva en­fin au temple, quelle ne fut pas sa sur­prise quand il vit, à la place de la sta­tue de Ja­gan­nâ­tha, le jeune homme qu’il ve­nait de quit­ter ! Com­pre­nant à l’instant que son sau­veur était en réa­lité Kṛṣṇa, il en conçut l’idée du « Gîta go­vinda ». On pré­tend éga­le­ment que le poète hé­si­tait un jour à écrire un vers sus­cep­tible de cri­tique, et avant de prendre une dé­ci­sion, il pré­para la page, puis des­cen­dit se bai­gner à la ri­vière. Pen­dant ce temps, Kṛṣṇa lui-même ayant pris les traits de Jaya­deva, écri­vit sur la page le vers qui avait em­bar­rassé Jaya­deva, laissa le car­net ou­vert et se re­tira. Lorsque Jaya­deva re­vint et qu’il vit cela, il fut étonné et in­ter­ro­gea sa femme à ce su­jet. Elle lui dit : « Vous êtes re­venu et avez écrit ce vers : quel autre que vous au­rait tou­ché à votre car­net ? »3 Jaya­deva, très tou­ché par cet évé­ne­ment, alla dans la fo­rêt, où il vit un arbre éton­nant : sur chaque feuille de cet arbre étaient écrits des hymnes du « Gîta go­vinda ».

  1. En sans­crit « गीत गोविन्द ». Au­tre­fois trans­crit « Geet go­vinda », « Geeta go­vinda », « Gi­ta­go­winda », « Ghita go­vinda » ou « Guîta go­vinda ». Haut
  2. En sans­crit जयदेव. Au­tre­fois trans­crit Jai­dev, Jaya­dev, Dscha­ja­de­vas ou Djaya­déva. Haut
  1. Dans Gar­cin de Tassy, « His­toire de la lit­té­ra­ture hin­doui et hin­dous­tani, 2e édi­tion. Tome II », p. 72. Haut