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Vigny, «Correspondance (1816-1863)»

éd. Calmann-Lévy, Paris

éd. Cal­mann-Lévy, Paris

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» d’Alfred de Vigny, poète fran­çais à la des­ti­née assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les roman­tiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas sui­vi dans ses démarches lit­té­raires. On l’a remar­qué sans en rien dire à per­sonne, sans qu’au sur­plus il s’en plai­gnît lui-même. Il était né cinq ans avant Vic­tor Hugo, sept ans après Lamar­tine. Mais tan­dis que les noms de ces deux géants rem­plis­saient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses «Poé­sies», mais un assez mau­vais drame — «Chat­ter­ton» en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mys­té­rieuse, de sa sainte soli­tude où il ren­trait aus­si­tôt. À quoi cela tient-il? À ses défauts d’abord, dont il faut conve­nir. Sou­vent, ses pro­duc­tions manquent de forte cou­leur et de relief. Aucune n’est avor­tée, mais presque toutes sont lan­guis­santes et mala­dives. Leur étio­le­ment, comme celui de toutes les géné­ra­tions dif­fi­ciles en vase clos, vient de ce qu’elles ont séjour­né trop long­temps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant com­plè­te­ment dans son silence, comme dans une tour inac­ces­sible : «[Ses] poé­sies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude géné­ra­tion, mais comme naissent les… choses pré­cieuses et froides, les perles, les coraux… avec les­quels elles ont de l’affinité — par agglu­ti­na­tion, cohé­sion lente, invi­sible conden­sa­tion», déclare un cri­tique*. «L’exécution de Vigny sou­vent brillante et tou­jours élé­gante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de labo­rieux… Et d’une manière géné­rale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Mai­son du ber­ger”, sa liber­té de poète est per­pé­tuel­le­ment entra­vée par je ne sais quelle hési­ta­tion ou quelle impuis­sance d’artiste», ajoute un autre cri­tique**. Cepen­dant, cette hési­ta­tion est le fait d’un homme qui se posait les ques­tions supé­rieures et qui éprou­vait la vie. Et quelle que fût la por­tée — ou médiocre ou éle­vée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pen­sée : «Pauvres faibles que nous sommes, per­dus par le tor­rent des pen­sées et nous accro­chant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enve­loppe!», dit-il***. Et aus­si : «J’allume mes bou­gies et j’écris, mes yeux en sont brû­lés. Je les éteins; reviennent les sou­ve­nirs…; et les larmes, que j’ai la force de cacher aux vivants dans la jour­née, reprennent leur cours. Enfin arrive la lumière du jour»

* Émile Mon­té­gut. Haut

** Fer­di­nand Bru­ne­tière. Haut

*** «Tome VI. Jour­nal d’un poète», p. 132. Haut

Vigny, «Œuvres complètes. Tome IX. Les Consultations du Docteur-Noir, part. 2. Daphné»

éd. Ch. Delagrave, Paris

éd. Ch. Dela­grave, Paris

Il s’agit de «Daph­né» d’Alfred de Vigny, poète fran­çais à la des­ti­née assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les roman­tiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas sui­vi dans ses démarches lit­té­raires. On l’a remar­qué sans en rien dire à per­sonne, sans qu’au sur­plus il s’en plai­gnît lui-même. Il était né cinq ans avant Vic­tor Hugo, sept ans après Lamar­tine. Mais tan­dis que les noms de ces deux géants rem­plis­saient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses «Poé­sies», mais un assez mau­vais drame — «Chat­ter­ton» en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mys­té­rieuse, de sa sainte soli­tude où il ren­trait aus­si­tôt. À quoi cela tient-il? À ses défauts d’abord, dont il faut conve­nir. Sou­vent, ses pro­duc­tions manquent de forte cou­leur et de relief. Aucune n’est avor­tée, mais presque toutes sont lan­guis­santes et mala­dives. Leur étio­le­ment, comme celui de toutes les géné­ra­tions dif­fi­ciles en vase clos, vient de ce qu’elles ont séjour­né trop long­temps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant com­plè­te­ment dans son silence, comme dans une tour inac­ces­sible : «[Ses] poé­sies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude géné­ra­tion, mais comme naissent les… choses pré­cieuses et froides, les perles, les coraux… avec les­quels elles ont de l’affinité — par agglu­ti­na­tion, cohé­sion lente, invi­sible conden­sa­tion», déclare un cri­tique*. «L’exécution de Vigny sou­vent brillante et tou­jours élé­gante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de labo­rieux… Et d’une manière géné­rale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Mai­son du ber­ger”, sa liber­té de poète est per­pé­tuel­le­ment entra­vée par je ne sais quelle hési­ta­tion ou quelle impuis­sance d’artiste», ajoute un autre cri­tique**. Cepen­dant, cette hési­ta­tion est le fait d’un homme qui se posait les ques­tions supé­rieures et qui éprou­vait la vie. Et quelle que fût la por­tée — ou médiocre ou éle­vée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pen­sée : «Pauvres faibles que nous sommes, per­dus par le tor­rent des pen­sées et nous accro­chant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enve­loppe!», dit-il***. Et aus­si : «J’allume mes bou­gies et j’écris, mes yeux en sont brû­lés. Je les éteins; reviennent les sou­ve­nirs…; et les larmes, que j’ai la force de cacher aux vivants dans la jour­née, reprennent leur cours. Enfin arrive la lumière du jour»

* Émile Mon­té­gut. Haut

** Fer­di­nand Bru­ne­tière. Haut

*** «Tome VI. Jour­nal d’un poète», p. 132. Haut

Vigny, «Œuvres complètes. Tome VIII. Théâtre, part. 2. Quitte pour la peur • Le More De Venise • Shylock»

éd. Ch. Delagrave, Paris

éd. Ch. Dela­grave, Paris

Il s’agit de «Quitte pour la peur» et autres œuvres d’Alfred de Vigny, poète fran­çais à la des­ti­née assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les roman­tiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas sui­vi dans ses démarches lit­té­raires. On l’a remar­qué sans en rien dire à per­sonne, sans qu’au sur­plus il s’en plai­gnît lui-même. Il était né cinq ans avant Vic­tor Hugo, sept ans après Lamar­tine. Mais tan­dis que les noms de ces deux géants rem­plis­saient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses «Poé­sies», mais un assez mau­vais drame — «Chat­ter­ton» en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mys­té­rieuse, de sa sainte soli­tude où il ren­trait aus­si­tôt. À quoi cela tient-il? À ses défauts d’abord, dont il faut conve­nir. Sou­vent, ses pro­duc­tions manquent de forte cou­leur et de relief. Aucune n’est avor­tée, mais presque toutes sont lan­guis­santes et mala­dives. Leur étio­le­ment, comme celui de toutes les géné­ra­tions dif­fi­ciles en vase clos, vient de ce qu’elles ont séjour­né trop long­temps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant com­plè­te­ment dans son silence, comme dans une tour inac­ces­sible : «[Ses] poé­sies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude géné­ra­tion, mais comme naissent les… choses pré­cieuses et froides, les perles, les coraux… avec les­quels elles ont de l’affinité — par agglu­ti­na­tion, cohé­sion lente, invi­sible conden­sa­tion», déclare un cri­tique*. «L’exécution de Vigny sou­vent brillante et tou­jours élé­gante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de labo­rieux… Et d’une manière géné­rale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Mai­son du ber­ger”, sa liber­té de poète est per­pé­tuel­le­ment entra­vée par je ne sais quelle hési­ta­tion ou quelle impuis­sance d’artiste», ajoute un autre cri­tique**. Cepen­dant, cette hési­ta­tion est le fait d’un homme qui se posait les ques­tions supé­rieures et qui éprou­vait la vie. Et quelle que fût la por­tée — ou médiocre ou éle­vée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pen­sée : «Pauvres faibles que nous sommes, per­dus par le tor­rent des pen­sées et nous accro­chant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enve­loppe!», dit-il***. Et aus­si : «J’allume mes bou­gies et j’écris, mes yeux en sont brû­lés. Je les éteins; reviennent les sou­ve­nirs…; et les larmes, que j’ai la force de cacher aux vivants dans la jour­née, reprennent leur cours. Enfin arrive la lumière du jour»

* Émile Mon­té­gut. Haut

** Fer­di­nand Bru­ne­tière. Haut

*** «Tome VI. Jour­nal d’un poète», p. 132. Haut

Vigny, «Œuvres complètes. Tome VII. Théâtre, part. 1. Chatterton • La Maréchale d’Ancre»

éd. Ch. Delagrave, Paris

éd. Ch. Dela­grave, Paris

Il s’agit de «La Maré­chale d’Ancre» et autres œuvres d’Alfred de Vigny, poète fran­çais à la des­ti­née assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les roman­tiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas sui­vi dans ses démarches lit­té­raires. On l’a remar­qué sans en rien dire à per­sonne, sans qu’au sur­plus il s’en plai­gnît lui-même. Il était né cinq ans avant Vic­tor Hugo, sept ans après Lamar­tine. Mais tan­dis que les noms de ces deux géants rem­plis­saient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses «Poé­sies», mais un assez mau­vais drame — «Chat­ter­ton» en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mys­té­rieuse, de sa sainte soli­tude où il ren­trait aus­si­tôt. À quoi cela tient-il? À ses défauts d’abord, dont il faut conve­nir. Sou­vent, ses pro­duc­tions manquent de forte cou­leur et de relief. Aucune n’est avor­tée, mais presque toutes sont lan­guis­santes et mala­dives. Leur étio­le­ment, comme celui de toutes les géné­ra­tions dif­fi­ciles en vase clos, vient de ce qu’elles ont séjour­né trop long­temps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant com­plè­te­ment dans son silence, comme dans une tour inac­ces­sible : «[Ses] poé­sies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude géné­ra­tion, mais comme naissent les… choses pré­cieuses et froides, les perles, les coraux… avec les­quels elles ont de l’affinité — par agglu­ti­na­tion, cohé­sion lente, invi­sible conden­sa­tion», déclare un cri­tique*. «L’exécution de Vigny sou­vent brillante et tou­jours élé­gante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de labo­rieux… Et d’une manière géné­rale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Mai­son du ber­ger”, sa liber­té de poète est per­pé­tuel­le­ment entra­vée par je ne sais quelle hési­ta­tion ou quelle impuis­sance d’artiste», ajoute un autre cri­tique**. Cepen­dant, cette hési­ta­tion est le fait d’un homme qui se posait les ques­tions supé­rieures et qui éprou­vait la vie. Et quelle que fût la por­tée — ou médiocre ou éle­vée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pen­sée : «Pauvres faibles que nous sommes, per­dus par le tor­rent des pen­sées et nous accro­chant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enve­loppe!», dit-il***. Et aus­si : «J’allume mes bou­gies et j’écris, mes yeux en sont brû­lés. Je les éteins; reviennent les sou­ve­nirs…; et les larmes, que j’ai la force de cacher aux vivants dans la jour­née, reprennent leur cours. Enfin arrive la lumière du jour»

* Émile Mon­té­gut. Haut

** Fer­di­nand Bru­ne­tière. Haut

*** «Tome VI. Jour­nal d’un poète», p. 132. Haut

Vigny, «Œuvres complètes. Tome VI. Journal d’un poète»

éd. Ch. Delagrave, Paris

éd. Ch. Dela­grave, Paris

Il s’agit du «Jour­nal d’un poète» d’Alfred de Vigny, poète fran­çais à la des­ti­née assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les roman­tiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas sui­vi dans ses démarches lit­té­raires. On l’a remar­qué sans en rien dire à per­sonne, sans qu’au sur­plus il s’en plai­gnît lui-même. Il était né cinq ans avant Vic­tor Hugo, sept ans après Lamar­tine. Mais tan­dis que les noms de ces deux géants rem­plis­saient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses «Poé­sies», mais un assez mau­vais drame — «Chat­ter­ton» en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mys­té­rieuse, de sa sainte soli­tude où il ren­trait aus­si­tôt. À quoi cela tient-il? À ses défauts d’abord, dont il faut conve­nir. Sou­vent, ses pro­duc­tions manquent de forte cou­leur et de relief. Aucune n’est avor­tée, mais presque toutes sont lan­guis­santes et mala­dives. Leur étio­le­ment, comme celui de toutes les géné­ra­tions dif­fi­ciles en vase clos, vient de ce qu’elles ont séjour­né trop long­temps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant com­plè­te­ment dans son silence, comme dans une tour inac­ces­sible : «[Ses] poé­sies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude géné­ra­tion, mais comme naissent les… choses pré­cieuses et froides, les perles, les coraux… avec les­quels elles ont de l’affinité — par agglu­ti­na­tion, cohé­sion lente, invi­sible conden­sa­tion», déclare un cri­tique*. «L’exécution de Vigny sou­vent brillante et tou­jours élé­gante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de labo­rieux… Et d’une manière géné­rale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Mai­son du ber­ger”, sa liber­té de poète est per­pé­tuel­le­ment entra­vée par je ne sais quelle hési­ta­tion ou quelle impuis­sance d’artiste», ajoute un autre cri­tique**. Cepen­dant, cette hési­ta­tion est le fait d’un homme qui se posait les ques­tions supé­rieures et qui éprou­vait la vie. Et quelle que fût la por­tée — ou médiocre ou éle­vée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pen­sée : «Pauvres faibles que nous sommes, per­dus par le tor­rent des pen­sées et nous accro­chant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enve­loppe!», dit-il***. Et aus­si : «J’allume mes bou­gies et j’écris, mes yeux en sont brû­lés. Je les éteins; reviennent les sou­ve­nirs…; et les larmes, que j’ai la force de cacher aux vivants dans la jour­née, reprennent leur cours. Enfin arrive la lumière du jour»

* Émile Mon­té­gut. Haut

** Fer­di­nand Bru­ne­tière. Haut

*** «Tome VI. Jour­nal d’un poète», p. 132. Haut

Vigny, «Œuvres complètes. Tome V. Les Consultations du Docteur-Noir, part. 1. Stello»

éd. Ch. Delagrave, Paris

éd. Ch. Dela­grave, Paris

Il s’agit de «Stel­lo» d’Alfred de Vigny, poète fran­çais à la des­ti­née assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les roman­tiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas sui­vi dans ses démarches lit­té­raires. On l’a remar­qué sans en rien dire à per­sonne, sans qu’au sur­plus il s’en plai­gnît lui-même. Il était né cinq ans avant Vic­tor Hugo, sept ans après Lamar­tine. Mais tan­dis que les noms de ces deux géants rem­plis­saient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses «Poé­sies», mais un assez mau­vais drame — «Chat­ter­ton» en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mys­té­rieuse, de sa sainte soli­tude où il ren­trait aus­si­tôt. À quoi cela tient-il? À ses défauts d’abord, dont il faut conve­nir. Sou­vent, ses pro­duc­tions manquent de forte cou­leur et de relief. Aucune n’est avor­tée, mais presque toutes sont lan­guis­santes et mala­dives. Leur étio­le­ment, comme celui de toutes les géné­ra­tions dif­fi­ciles en vase clos, vient de ce qu’elles ont séjour­né trop long­temps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant com­plè­te­ment dans son silence, comme dans une tour inac­ces­sible : «[Ses] poé­sies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude géné­ra­tion, mais comme naissent les… choses pré­cieuses et froides, les perles, les coraux… avec les­quels elles ont de l’affinité — par agglu­ti­na­tion, cohé­sion lente, invi­sible conden­sa­tion», déclare un cri­tique*. «L’exécution de Vigny sou­vent brillante et tou­jours élé­gante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de labo­rieux… Et d’une manière géné­rale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Mai­son du ber­ger”, sa liber­té de poète est per­pé­tuel­le­ment entra­vée par je ne sais quelle hési­ta­tion ou quelle impuis­sance d’artiste», ajoute un autre cri­tique**. Cepen­dant, cette hési­ta­tion est le fait d’un homme qui se posait les ques­tions supé­rieures et qui éprou­vait la vie. Et quelle que fût la por­tée — ou médiocre ou éle­vée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pen­sée : «Pauvres faibles que nous sommes, per­dus par le tor­rent des pen­sées et nous accro­chant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enve­loppe!», dit-il***. Et aus­si : «J’allume mes bou­gies et j’écris, mes yeux en sont brû­lés. Je les éteins; reviennent les sou­ve­nirs…; et les larmes, que j’ai la force de cacher aux vivants dans la jour­née, reprennent leur cours. Enfin arrive la lumière du jour»

* Émile Mon­té­gut. Haut

** Fer­di­nand Bru­ne­tière. Haut

*** «Tome VI. Jour­nal d’un poète», p. 132. Haut

Vigny, «Œuvres complètes. Tome IV. Servitude et Grandeur militaires»

éd. Ch. Delagrave, Paris

éd. Ch. Dela­grave, Paris

Il s’agit de «Ser­vi­tude et Gran­deur mili­taires» d’Alfred de Vigny, poète fran­çais à la des­ti­née assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les roman­tiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas sui­vi dans ses démarches lit­té­raires. On l’a remar­qué sans en rien dire à per­sonne, sans qu’au sur­plus il s’en plai­gnît lui-même. Il était né cinq ans avant Vic­tor Hugo, sept ans après Lamar­tine. Mais tan­dis que les noms de ces deux géants rem­plis­saient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses «Poé­sies», mais un assez mau­vais drame — «Chat­ter­ton» en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mys­té­rieuse, de sa sainte soli­tude où il ren­trait aus­si­tôt. À quoi cela tient-il? À ses défauts d’abord, dont il faut conve­nir. Sou­vent, ses pro­duc­tions manquent de forte cou­leur et de relief. Aucune n’est avor­tée, mais presque toutes sont lan­guis­santes et mala­dives. Leur étio­le­ment, comme celui de toutes les géné­ra­tions dif­fi­ciles en vase clos, vient de ce qu’elles ont séjour­né trop long­temps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant com­plè­te­ment dans son silence, comme dans une tour inac­ces­sible : «[Ses] poé­sies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude géné­ra­tion, mais comme naissent les… choses pré­cieuses et froides, les perles, les coraux… avec les­quels elles ont de l’affinité — par agglu­ti­na­tion, cohé­sion lente, invi­sible conden­sa­tion», déclare un cri­tique*. «L’exécution de Vigny sou­vent brillante et tou­jours élé­gante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de labo­rieux… Et d’une manière géné­rale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Mai­son du ber­ger”, sa liber­té de poète est per­pé­tuel­le­ment entra­vée par je ne sais quelle hési­ta­tion ou quelle impuis­sance d’artiste», ajoute un autre cri­tique**. Cepen­dant, cette hési­ta­tion est le fait d’un homme qui se posait les ques­tions supé­rieures et qui éprou­vait la vie. Et quelle que fût la por­tée — ou médiocre ou éle­vée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pen­sée : «Pauvres faibles que nous sommes, per­dus par le tor­rent des pen­sées et nous accro­chant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enve­loppe!», dit-il***. Et aus­si : «J’allume mes bou­gies et j’écris, mes yeux en sont brû­lés. Je les éteins; reviennent les sou­ve­nirs…; et les larmes, que j’ai la force de cacher aux vivants dans la jour­née, reprennent leur cours. Enfin arrive la lumière du jour»

* Émile Mon­té­gut. Haut

** Fer­di­nand Bru­ne­tière. Haut

*** «Tome VI. Jour­nal d’un poète», p. 132. Haut

Vigny, «Œuvres complètes. Tome III. Cinq-Mars, part. 2»

éd. Ch. Delagrave, Paris

éd. Ch. Dela­grave, Paris

Il s’agit de «Cinq-Mars» d’Alfred de Vigny, poète fran­çais à la des­ti­née assez triste. Seul — ou presque seul — de tous les roman­tiques, il n’a pas fait école. On ne l’a pas sui­vi dans ses démarches lit­té­raires. On l’a remar­qué sans en rien dire à per­sonne, sans qu’au sur­plus il s’en plai­gnît lui-même. Il était né cinq ans avant Vic­tor Hugo, sept ans après Lamar­tine. Mais tan­dis que les noms de ces deux géants rem­plis­saient toutes les bouches, ce n’étaient pas ses «Poé­sies», mais un assez mau­vais drame — «Chat­ter­ton» en 1835 — qui tirait ce poète, pour quelques jours à peine, de sa retraite un peu mys­té­rieuse, de sa sainte soli­tude où il ren­trait aus­si­tôt. À quoi cela tient-il? À ses défauts d’abord, dont il faut conve­nir. Sou­vent, ses pro­duc­tions manquent de forte cou­leur et de relief. Aucune n’est avor­tée, mais presque toutes sont lan­guis­santes et mala­dives. Leur étio­le­ment, comme celui de toutes les géné­ra­tions dif­fi­ciles en vase clos, vient de ce qu’elles ont séjour­né trop long­temps dans l’esprit de leur auteur. Il ne les a créées qu’en s’isolant com­plè­te­ment dans son silence, comme dans une tour inac­ces­sible : «[Ses] poé­sies sont nées, non comme naissent les belles choses vivantes — par une chaude géné­ra­tion, mais comme naissent les… choses pré­cieuses et froides, les perles, les coraux… avec les­quels elles ont de l’affinité — par agglu­ti­na­tion, cohé­sion lente, invi­sible conden­sa­tion», déclare un cri­tique*. «L’exécution de Vigny sou­vent brillante et tou­jours élé­gante n’a pas moins quelque chose d’habituellement pénible et de labo­rieux… Et d’une manière géné­rale, jusque dans ses plus belles pièces, jusque dans “Éloa”, jusque dans “La Mai­son du ber­ger”, sa liber­té de poète est per­pé­tuel­le­ment entra­vée par je ne sais quelle hési­ta­tion ou quelle impuis­sance d’artiste», ajoute un autre cri­tique**. Cepen­dant, cette hési­ta­tion est le fait d’un homme qui se posait les ques­tions supé­rieures et qui éprou­vait la vie. Et quelle que fût la por­tée — ou médiocre ou éle­vée — de son esprit, cet esprit vivait au moins dans les hautes régions de la pen­sée : «Pauvres faibles que nous sommes, per­dus par le tor­rent des pen­sées et nous accro­chant à toutes les branches pour prendre quelques points [d’appui] dans le vide qui nous enve­loppe!», dit-il***. Et aus­si : «J’allume mes bou­gies et j’écris, mes yeux en sont brû­lés. Je les éteins; reviennent les sou­ve­nirs…; et les larmes, que j’ai la force de cacher aux vivants dans la jour­née, reprennent leur cours. Enfin arrive la lumière du jour»

* Émile Mon­té­gut. Haut

** Fer­di­nand Bru­ne­tière. Haut

*** «Tome VI. Jour­nal d’un poète», p. 132. Haut

Hugo, «Les Chants du crépuscule • Les Voix intérieures • Les Rayons et les Ombres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Rayons et les Ombres» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Les Orientales • Les Feuilles d’automne»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Feuilles d’automne» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Odes et Ballades»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Odes et Bal­lades» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Milizia, «Vies des architectes anciens et modernes. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mémoires des archi­tectes anciens et modernes» («Memo­rie degli archi­tet­ti anti­chi e moder­ni») éga­le­ment connus sous le titre de «Vies des plus célèbres archi­tectes» («Vite de’ più cele­bri archi­tet­ti») de Fran­ces­co Mili­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­ci­té antique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beau­té de l’architecture naît dans le néces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des orne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­gé­ré et qui n’est pas com­man­dé par la néces­si­té ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, «à peu près comme la parure ne sert qu’à enlai­dir et faire remar­quer une laide femme»*. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un sujet; prin­cipe clair, d’une impor­tance capi­tale, et fré­quem­ment négli­gé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la poli­tique et la juris­pru­dence. De même que les mau­vais légis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage légis­la­tif «pour que nous n’entendions jamais rien aux lois»**; de même, les mau­vais archi­tectes com­pliquent «une grande cou­pole de cou­poles plus petites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes» («una cupo­la con cupo­li­no, con cupo­lette, con cupo­lucce») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs construc­tions extra­va­gantes. Ordre, sim­pli­ci­té, véri­té, tels sont les cri­tères qui déter­minent la beau­té pour Mili­zia. Aus­si blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dérai­son­nable et de lour­de­ment raf­fi­né, «aus­si éloi­gné de la légè­re­té gothique que de la majes­té et de l’élégance grecque» («ugual­mente lon­ta­na dal­la svel­tez­za goti­ca e dal­la maes­to­sa ele­gan­za gre­ca»); tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa voca­tion, même lorsqu’il est dépour­vu d’ornementations et des­ti­né aux usages les plus vils et les plus repous­sants, peut être beau, comme l’est la «Cloa­ca maxi­ma», le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mili­zia pro­pose pour modèles les monu­ments de la Grèce, exhorte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les archi­tectes de la Renais­sance qui, selon lui, n’ont étu­dié les Anciens que de seconde main et ont ain­si intro­duit des élé­ments de déca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de caprice, de folie : «Voi­là pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de génie», dit Mili­zia; et pour­quoi, en allant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va «du meilleur au plus mau­vais»

* «De l’art de voir dans les beaux-arts», p. 88. Haut

** id. p. 26. Haut

Milizia, «Vies des architectes anciens et modernes. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mémoires des archi­tectes anciens et modernes» («Memo­rie degli archi­tet­ti anti­chi e moder­ni») éga­le­ment connus sous le titre de «Vies des plus célèbres archi­tectes» («Vite de’ più cele­bri archi­tet­ti») de Fran­ces­co Mili­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­ci­té antique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beau­té de l’architecture naît dans le néces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des orne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­gé­ré et qui n’est pas com­man­dé par la néces­si­té ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, «à peu près comme la parure ne sert qu’à enlai­dir et faire remar­quer une laide femme»*. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un sujet; prin­cipe clair, d’une impor­tance capi­tale, et fré­quem­ment négli­gé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la poli­tique et la juris­pru­dence. De même que les mau­vais légis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage légis­la­tif «pour que nous n’entendions jamais rien aux lois»**; de même, les mau­vais archi­tectes com­pliquent «une grande cou­pole de cou­poles plus petites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes» («una cupo­la con cupo­li­no, con cupo­lette, con cupo­lucce») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs construc­tions extra­va­gantes. Ordre, sim­pli­ci­té, véri­té, tels sont les cri­tères qui déter­minent la beau­té pour Mili­zia. Aus­si blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dérai­son­nable et de lour­de­ment raf­fi­né, «aus­si éloi­gné de la légè­re­té gothique que de la majes­té et de l’élégance grecque» («ugual­mente lon­ta­na dal­la svel­tez­za goti­ca e dal­la maes­to­sa ele­gan­za gre­ca»); tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa voca­tion, même lorsqu’il est dépour­vu d’ornementations et des­ti­né aux usages les plus vils et les plus repous­sants, peut être beau, comme l’est la «Cloa­ca maxi­ma», le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mili­zia pro­pose pour modèles les monu­ments de la Grèce, exhorte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les archi­tectes de la Renais­sance qui, selon lui, n’ont étu­dié les Anciens que de seconde main et ont ain­si intro­duit des élé­ments de déca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de caprice, de folie : «Voi­là pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de génie», dit Mili­zia; et pour­quoi, en allant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va «du meilleur au plus mau­vais»

* «De l’art de voir dans les beaux-arts», p. 88. Haut

** id. p. 26. Haut