Mot-cleflittérature sanscrite

su­jet

Harṣa, « Trois Pièces de théâtre (VIIe siècle apr. J.-C.). “Priya darshika” “Nagananda” “Ratnavali” »

éd. Buchet-Chastel, Paris

éd. Bu­chet-Chas­tel, Pa­ris

Il s’agit de « Rat­nâ­valî »1 (« Col­lier-de-gemmes »), « Priya­darśikâ »2 (« Belle-à-voir ») et autres pièces de théâtre du roi So­leil-de-vertu (Śî­lâ­di­tya3), plus cé­lèbre dans l’histoire et la lit­té­ra­ture de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vard­hana4. La fi­gure de ce roi — dra­ma­turge, poète, ami na­tu­rel des re­li­gions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus net­te­ment des­si­nées de l’Inde clas­sique. Outre ses mon­naies et ins­crip­tions, deux té­moi­gnages de pre­mière main nous ren­seignent sur lui. Le cour­ti­san Bâṇa, qui bé­né­fi­cia de ses lar­gesses, a ré­digé sa vie ro­man­cée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣa­ca­rita »5) — une vie qui s’arrête, ce­pen­dant, in­opi­né­ment au hui­tième cha­pitre, soit que le bio­graphe l’ait lais­sée in­ache­vée, soit que les siècles en aient fait dis­pa­raître les der­nières pages. À ce té­moi­gnage s’ajoute ce­lui du pè­le­rin chi­nois Xuan­zang, qui passa en Inde plus de douze ans et qui nous a laissé, dans les « Mé­moires » re­la­tifs à son voyage, maints dé­tails sur ce sou­ve­rain qui fut pour lui un hôte et un ami. Le por­trait concor­dant dressé par ces do­cu­ments nous re­pré­sente Harṣa à la tête d’une ar­mée for­mi­dable, qui ne comp­tait pas moins de soixante mille élé­phants et cent mille hommes de ca­va­le­rie ; mais loin d’abuser de sa puis­sance, il était au contraire aussi pa­ci­fique qu’il était pieux. « Et par sa sage ad­mi­nis­tra­tion, il ré­pan­dit par­tout l’union et la paix ; il… pra­ti­qua le bien au point d’oublier le som­meil et le man­ger », rap­porte Xuan­zang6. « Dans les villes — grandes et pe­tites — des cinq Indes7, dans les vil­lages, dans les car­re­fours, au croi­se­ment des che­mins, il fit bâ­tir des mai­sons de se­cours, où l’on dé­po­sait des ali­ments, des breu­vages et des mé­di­ca­ments pour les don­ner en au­mône aux voya­geurs… et aux in­di­gents. Ces dis­tri­bu­tions bien­fai­santes ne ces­saient ja­mais. » Rem­pli de zèle pour la foi du Boud­dha, Harṣa était en même temps rem­pli de to­lé­rance pour toute spi­ri­tua­lité. Il convo­quait ré­gu­liè­re­ment une es­pèce de grande as­sem­blée de tous les re­li­gieux ver­sés dans les livres, pour la­quelle il épui­sait le tré­sor et les ma­ga­sins de l’État. Ce mé­lange d’indulgence et de li­bé­ra­lité royale perce à jour éga­le­ment dans les œuvres lit­té­raires qui lui sont at­tri­buées — trois pièces de théâtre et deux poé­sies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splen­deur non seule­ment en Inde, mais à l’étranger.

  1. En sans­crit « रत्नावली ». Au­tre­fois trans­crit « Rat­na­wali ». Haut
  2. En sans­crit « प्रियदर्शिका ». Au­tre­fois trans­crit « Priya dar­shika » ou « Priya­dar­çikâ ». Haut
  3. En sans­crit शीलादित्य. Au­tre­fois trans­crit Çî­lâ­di­tya. Haut
  4. En sans­crit हर्षवर्धन. Au­tre­fois trans­crit Harça, Har­cha ou Har­sha. Haut
  1. En sans­crit « हर्षचरितम् », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Harṣa­ca­ri­tam », « Har­chat­cha­rita », « Har­sa­cha­rita », « Har­sha­cha­rita » ou « Har­sha­ca­rita ». Haut
  2. « Mé­moires sur les contrées oc­ci­den­tales », liv. V, ch. 61. Haut
  3. Les Chi­nois comp­taient cinq Indes cor­res­pon­dant aux quatre points car­di­naux avec, au mi­lieu, l’Inde cen­trale. Haut

« Harṣa Vardhana, Empereur et poète de l’Inde septentrionale (606-648 apr. J.-C.) : étude sur sa vie et son temps »

éd. J.-B. Istas, Louvain

éd. J.-B. Is­tas, Lou­vain

Il s’agit de l’« Hymne aux huit grands temples sa­crés »1 (« Aṣṭa mahâ śrî cai­tya sto­tra »2) et autres poé­sies du roi So­leil-de-vertu (Śî­lâ­di­tya3), plus cé­lèbre dans l’histoire et la lit­té­ra­ture de l’Inde sous le nom de Harṣa ou Harṣa Vard­hana4. La fi­gure de ce roi — dra­ma­turge, poète, ami na­tu­rel des re­li­gions et des lettres — est, avec celle d’Aśoka, l’une des mieux connues et des plus net­te­ment des­si­nées de l’Inde clas­sique. Outre ses mon­naies et ins­crip­tions, deux té­moi­gnages de pre­mière main nous ren­seignent sur lui. Le cour­ti­san Bâṇa, qui bé­né­fi­cia de ses lar­gesses, a ré­digé sa vie ro­man­cée sous le titre de « La Geste de Harṣa » (« Harṣa­ca­rita »5) — une vie qui s’arrête, ce­pen­dant, in­opi­né­ment au hui­tième cha­pitre, soit que le bio­graphe l’ait lais­sée in­ache­vée, soit que les siècles en aient fait dis­pa­raître les der­nières pages. À ce té­moi­gnage s’ajoute ce­lui du pè­le­rin chi­nois Xuan­zang, qui passa en Inde plus de douze ans et qui nous a laissé, dans les « Mé­moires » re­la­tifs à son voyage, maints dé­tails sur ce sou­ve­rain qui fut pour lui un hôte et un ami. Le por­trait concor­dant dressé par ces do­cu­ments nous re­pré­sente Harṣa à la tête d’une ar­mée for­mi­dable, qui ne comp­tait pas moins de soixante mille élé­phants et cent mille hommes de ca­va­le­rie ; mais loin d’abuser de sa puis­sance, il était au contraire aussi pa­ci­fique qu’il était pieux. « Et par sa sage ad­mi­nis­tra­tion, il ré­pan­dit par­tout l’union et la paix ; il… pra­ti­qua le bien au point d’oublier le som­meil et le man­ger », rap­porte Xuan­zang6. « Dans les villes — grandes et pe­tites — des cinq Indes7, dans les vil­lages, dans les car­re­fours, au croi­se­ment des che­mins, il fit bâ­tir des mai­sons de se­cours, où l’on dé­po­sait des ali­ments, des breu­vages et des mé­di­ca­ments pour les don­ner en au­mône aux voya­geurs… et aux in­di­gents. Ces dis­tri­bu­tions bien­fai­santes ne ces­saient ja­mais. » Rem­pli de zèle pour la foi du Boud­dha, Harṣa était en même temps rem­pli de to­lé­rance pour toute spi­ri­tua­lité. Il convo­quait ré­gu­liè­re­ment une es­pèce de grande as­sem­blée de tous les re­li­gieux ver­sés dans les livres, pour la­quelle il épui­sait le tré­sor et les ma­ga­sins de l’État. Ce mé­lange d’indulgence et de li­bé­ra­lité royale perce à jour éga­le­ment dans les œuvres lit­té­raires qui lui sont at­tri­buées — trois pièces de théâtre et deux poé­sies, et qui achèvent de nous faire connaître un roi dont la vertu rayonna de feux et de splen­deur non seule­ment en Inde, mais à l’étranger.

  1. Au­tre­fois tra­duit « Hymne aux huit grands “cai­tyas” vé­né­rables ». Haut
  2. En sans­crit « अष्ट-महा-श्री-चैत्य-स्तोत्र ». Au­tre­fois trans­crit « Aṣṭa-mahā-çrī-cai­tya-sto­tra », « Aṣṭ­haṃahāś­ri­cai­tyas­to­tra » ou « Ashta-maha-sri-chai­tya-sto­tra ». Haut
  3. En sans­crit शीलादित्य. Au­tre­fois trans­crit Çî­lâ­di­tya. Haut
  4. En sans­crit हर्षवर्धन. Au­tre­fois trans­crit Harça, Har­cha ou Har­sha. Haut
  1. En sans­crit « हर्षचरितम् », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Harṣa­ca­ri­tam », « Har­chat­cha­rita », « Har­sa­cha­rita », « Har­sha­cha­rita » ou « Har­sha­ca­rita ». Haut
  2. « Mé­moires sur les contrées oc­ci­den­tales », liv. V, ch. 61. Haut
  3. Les Chi­nois comp­taient cinq Indes cor­res­pon­dant aux quatre points car­di­naux avec, au mi­lieu, l’Inde cen­trale. Haut

Bhartrihari, « Les Stances érotiques, morales et religieuses »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Trois Cen­tu­ries de qua­trains » (« Śa­ta­ka­traya »1) de Bhar­tri­hari2, l’un des plus grands poètes d’expression sans­crite (VIIe siècle apr. J.-C. sans doute). L’oubli et l’indifférence où tombent cer­taines œuvres de l’esprit hu­main est quelque chose de sin­gu­lier. Cet ou­bli est in­juste ; mais, à bien des égards, je me l’explique. Ce­pen­dant, ja­mais je ne m’expliquerai l’oubli qui frappe Bhar­tri­hari. Lui qui a été, pour­tant, le pre­mier poète hin­dou à être tra­duit en Eu­rope. Lui dont Iq­bal a dit : « Re­garde ce chan­teur de [mon] pays ! Par la grâce de son re­gard, la ro­sée se trans­forme en perles. Ce poète à l’œuvre sub­tile qui s’appelle Bhar­tri­hari pos­sède une na­ture sem­blable aux nuages de feu »3. Ses qua­trains, à la fois ar­dents et se­reins, qui chantent toutes les jouis­sances et qui les trouvent toutes vaines, mé­ditent, plu­sieurs siècles avant Khayyam, sur le néant des choses d’ici-bas, dans un style in­tem­po­rel d’une in­con­tes­table élé­va­tion. Ils sont au nombre de trois cents, par­ta­gés en trois par­ties égales : la pre­mière est éro­tique4, la deuxième — mo­rale5, la troi­sième et der­nière traite de l’impermanence, en in­ci­tant à la vie contem­pla­tive et au re­non­ce­ment au monde6. Une lé­gende digne des « Mille et une Nuits » cir­cule à ce pro­pos : Bhar­tri­hari au­rait été roi, as­sis sur le trône d’Ujjayinî (l’actuelle Uj­jain7). Ayant reçu d’un saint homme un fruit pré­cieux qui confé­rait l’immortalité, il l’offrit à la reine. La reine le donna au conseiller, son adul­tère amant ; le conseiller — à une autre femme ; de sorte que, pas­sant ainsi de main en main, cette am­broi­sie par­vint à une ser­vante qui fut aper­çue par le roi. Dé­goûté du monde par l’infidélité de son épouse, lais­sant là le pou­voir et les gran­deurs, Bhar­tri­hari s’en alla sans re­gret d’Ujjayinî. Ses qua­trains le montrent vi­vant dé­sor­mais en as­cète, après avoir fixé son sé­jour à Bé­na­rès, sur le bord de la ri­vière des dieux, le Gange (3.87). Il se nour­rit d’aumônes ; il ha­bite parmi les hommes sans avoir de rap­ports avec eux (3.95). Vêtu seule­ment d’un pagne qui couvre sa nu­dité, il fuit avec ef­froi la di­ver­sité des ap­pa­rences ma­té­rielles et il crie à haute voix : « Shiva ! Shiva ! » (3.85). « N’accorde au­cune confiance, ô mon cœur, à l’inconstante déesse de la For­tune ! C’est une cour­ti­sane vé­nale qui aban­donne ses amants sur un fron­ce­ment de sour­cil… Pre­nons la saie d’ascète et al­lons de porte en porte dans les rues de Bé­na­rès, en at­ten­dant que l’aumône nous tombe dans la main que nous ten­dons en guise d’écuelle », écrit-il (3.66).

  1. En sans­crit « शतकत्रय ». Par­fois trans­crit « Sha­ta­ka­traya ». Haut
  2. En sans­crit भर्तृहरि. Par­fois trans­crit Bar­throu­herri, Bhar­thru­hari, Bhar­tri­heri, Bhartṛ­hari ou Bartṛ­hari. Haut
  3. « Le Livre de l’éternité », p. 132. Haut
  4. « Śṛṅ­gâ­raśa­ta­kam » (« शृङ्गारशतकम् »). Par­fois trans­crit « Shrin­gâra Ça­taka » ou « Śh­riṅgā­raś­ha­taka ». Haut
  1. « Nî­tiśa­ta­kam » (« नीतिशतकम् »). Par­fois trans­crit « Nîtî Ça­taka » ou « Nītīś­ha­taka ». Haut
  2. « Vai­râ­gyaśa­ta­kam » (« वैराग्यशतकम् »). Par­fois trans­crit « Vai­râ­gya Ça­taka », « Vai­râ­gya­sha­taka » ou « Vai­ra­gya Sha­ta­kam ». Haut
  3. En hindi उज्जैन. Par­fois trans­crit Ugein, Ogein, Ojein, Od­jain, Oud­jayin, Oud­jeïn, Ud­jein, Ou­j­jeïn ou Ou­j­jain. Haut

« Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome II »

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gé­rard et Cie, coll. Ma­ra­bout uni­ver­sité-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du « Ṛg­veda »1, de l’« Athar­va­veda »2 et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Vé­das (« sciences sa­crées ») — nom dé­rivé de la même ra­cine « vid » qui se trouve dans nos mots « idée », « idole ». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus an­cien mo­nu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui ar­rête à chaque pas in­ter­prètes et tra­duc­teurs ; mais ce qui le prouve en­core mieux, c’est qu’on n’y trouve au­cune trace du culte aujourd’hui om­ni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour au­tant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mé­rite. On a af­faire à des bribes de ma­gie dé­cou­sues, à des for­mules de ri­tuel dé­con­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité fi­nit par aga­cer. « Les sa­vants, de­puis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont cessé d’admirer dans les Vé­das les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la na­ture… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛg­veda” sont du ga­li­ma­tias. Les in­dia­nistes le savent et en conviennent vo­lon­tiers entre eux », dit Sa­lo­mon Rei­nach3. La rhé­to­rique vé­dique est, en ef­fet, une rhé­to­rique bi­zarre, qui ef­fa­rouche les meilleurs sa­vants par la dis­pa­rité des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de mé­ta­phores sa­cer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres vé­diques, qui vi­vaient de l’autel, en­ten­daient s’en ré­ser­ver le mo­no­pole. Sou­vent, ces mé­ta­phores font, comme nous di­rions, d’une pierre deux coups. Deux idées, as­so­ciées quelque part à une troi­sième, sont en­suite as­so­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dé­goût de se voir en­semble. Voici un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une sa­veur my­tho­lo­gique : Le « soma » (« li­queur cé­leste ») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le « soma » est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des « pieds », qui a des « sa­bots », et qu’Indra trouve dans la vache. Le « soma » est donc un veau qui sort d’un « pis », et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot « nuée » avec le mot « nuage ». De là, cet hymne :

« Voilà le nom se­cret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sa­cri­fice !…
Le buffle aux quatre cornes l’a ex­crété.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois en­closes,
In­vi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur mi­lieu
 », etc.

  1. En sans­crit « ऋग्वेद ». Par­fois trans­crit « Rk Veda », « Rak-véda », « Rag­veda », « Rěg­veda », « Rik-veda », « Rick Veda » ou « Rig-ved ». Haut
  2. En sans­crit « अथर्ववेद ». Haut
  1. « Or­pheus : his­toire gé­né­rale des re­li­gions », p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : « Les Vé­das sont le plus en­nuyeux fa­tras que j’aie ja­mais lu. Fi­gu­rez-vous la “Lé­gende do­rée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Me­not joints en­semble, vous n’aurez en­core qu’une idée très im­par­faite des im­per­ti­nences des Vé­das » (« Lettres chi­noises, in­diennes et tar­tares », lettre IX). Haut

Viṣṇuśarmâ (Bidpaï), « Les Cinq Livres de la sagesse, “Pañcatantra” »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Pic­quier, Arles

Il s’agit du « Pañ­ca­tan­tra »1 (« Les Cinq Livres »), en­semble de contes et d’apologues, où les ruses les plus ha­biles et les pen­sées les plus dé­li­cates sont l’apanage des ani­maux. « Dans un pays [comme l’Inde] où parmi les croyances se trouve le dogme de la mé­tem­psy­chose — où l’on at­tri­bue aux ani­maux une âme sem­blable à celle de l’homme — il était na­tu­rel de leur prê­ter les idées et les pas­sions de l’espèce hu­maine et de leur en sup­po­ser le lan­gage », ex­plique un in­dia­niste2. On ne peut, en ef­fet, re­fu­ser d’admettre que les Hin­dous jouissent dans la fable ani­ma­lière d’une su­pé­rio­rité par la phy­sio­no­mie toute par­ti­cu­lière qu’ils ont don­née à ce genre. Chez eux, au lieu d’être un ré­cit isolé, em­ployé comme simple exemple, la fable est un traité com­plet de « po­li­tique » (« ar­thaśâs­tra »3) et de « conduite ha­bile » (« nî­tiśâs­tra »4), où les ré­cits s’entrelacent les uns dans les autres, de sorte qu’un ré­cit com­mencé donne lieu, avant qu’il ne soit fini, à un se­cond ré­cit, bien­tôt in­ter­rompu lui-même par un troi­sième, et ce­lui-ci par un qua­trième ; le tout en prose et en vers. Parmi les trai­tés en sans­crit de cette sorte, le « Pañ­ca­tan­tra » est le plus re­mar­quable qui soit par­venu jusqu’à nous. « Dans l’ensemble », dit Louis Re­nou5, « les ré­cits sont ex­cel­lents, le ton de cer­tains dis­cours plai­sam­ment doc­to­ral, nuancé d’ironie ; le mé­lange des bêtes et des hu­mains at­teste à sa ma­nière cette fra­ter­nité qu’on re­trouve dans l’art ani­ma­lier des bas-re­liefs et des fresques ». Cet ou­vrage, qui pas­sera du sans­crit en pehlvi, puis du pehlvi en arabe sous le titre de « Ka­lila et Dimna », est dû à un sage de l’Inde dé­nommé Viṣṇuśarmâ6, le­quel est re­pré­senté à la fois comme nar­ra­teur des fables et comme au­teur du livre. Les Per­sans le sur­nom­me­ront Bid­paï ou Pil­paï (Pil­pay chez La Fon­taine), sur­nom fort obs­cur, car tous les es­sais pour le ra­me­ner à quelque forme sans­crite n’ont abouti qu’à des conjec­tures plus ou moins in­gé­nieuses.

  1. En sans­crit « पञ्चतन्त्र ». Au­tre­fois trans­crit « Pant­cha-tan­tra », « Pan­cha­tan­tra » ou « Pant­scha­tan­tra ». Haut
  2. Au­guste Loi­se­leur-Des­long­champs. Haut
  3. En sans­crit अर्थशास्त्र. Haut
  1. En sans­crit नीतिशास्त्र. Haut
  2. « L’Inde clas­sique : ma­nuel des études in­diennes. Tome II », p. 240. Haut
  3. En sans­crit विष्णुशर्मा. Par­fois trans­crit Vi­sh­nu­sharma, Wich­nou-sarma ou Vich­nou Sçarma. On ren­contre aussi la gra­phie विष्णुशर्मन् (Viṣṇuśar­man). Par­fois trans­crit Vi­sh­nou-Char­man. Haut

Vâlmîki, « Le Rāmāyaṇa »

éd. Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. En­cy­clo­pé­die de la Pléiade, Pa­ris

Il s’agit du « Râ­mâyaṇa »1 de Vâl­mîki2. Le « Râ­mâyaṇa » res­semble à un de ces grands mo­nu­ments où toute une na­tion se re­con­naît et s’admire avec com­plai­sance, et qui ex­citent la cu­rio­sité des autres peuples. Toute l’Inde se re­con­naît et s’admire dans cette mo­nu­men­tale « Iliade » de vingt-quatre mille ver­sets, dont l’Homère s’appelle Vâl­mîki ; elle est vue, à bon droit, comme le chef-d’œuvre de la poé­sie in­dienne. On n’en sait pas plus sur l’Homère in­dien que sur l’Homère grec ; on ignore jusqu’au siècle où il a vécu (quelque part au Ier mil­lé­naire av. J.-C.). Dans le cha­pitre I.2, il est ra­conté que c’est Brahmâ lui-même, le créa­teur des mondes, qui a in­cité Vâl­mîki à écrire cette épo­pée, en pro­met­tant au poète que « tant qu’il y aura sur terre des mon­tagnes et des ri­vières, l’histoire du “Râ­mâyaṇa” cir­cu­lera dans les mondes ». La pro­messe a été te­nue. Les éloges di­thy­ram­biques de Mi­che­let, les pages en­thou­siastes de La­prade at­testent l’émotion qui sai­sit aujourd’hui en­core les es­prits culti­vés en pré­sence de ce chef-d’œuvre : « L’année… où j’ai pu lire le grand poème sa­cré de l’Inde, le di­vin “Râ­mâyaṇa”… me res­tera chère et bé­nie… “La ré­ci­ta­tion d’un seul vers de ce poème suf­fit à la­ver de ses fautes même ce­lui qui en com­met chaque jour”3… Notre pé­ché per­ma­nent, la lie, le le­vain amer qu’apporte et laisse le temps, ce grand fleuve de poé­sie l’emporte et nous pu­ri­fie. Qui­conque a sé­ché son cœur, qu’il l’abreuve au “Râ­mâyaṇa”… Qui­conque a trop fait, trop voulu, qu’il boive à cette coupe pro­fonde un long trait de vie, de jeu­nesse », dit Mi­che­let4. C’est que, dans tout le cours de cette épo­pée, on se trouve, à chaque pas, aux prises avec un être et une forme pro­vi­soires : homme, ani­mal, plante, rien de dé­fi­ni­tif, rien d’immuable. De là ce res­pect et cette crainte re­li­gieuse de la na­ture, qui four­nissent à la poé­sie de Vâl­mîki des dé­tails si tou­chants ; de là aussi ces mé­di­ta­tions rê­veuses, ces pein­tures de la vie as­cé­tique, en­fin ces dis­ser­ta­tions phi­lo­so­phiques, qui tiennent non moins de place que les com­bats. Celle-ci par exemple : « La vieillesse ruine l’homme : que peut-il faire pour s’y op­po­ser ? Les hommes se ré­jouissent quand le so­leil se lève, ils se ré­jouissent quand le jour s’éteint… Ils sont heu­reux de voir com­men­cer une sai­son nou­velle, comme si c’était un re­nou­veau : mais le re­tour des sai­sons ne fait qu’épuiser la vi­gueur des créa­tures »5. Quelle gran­deur dans ces ver­sets pleins de mé­lan­co­lie !

  1. En sans­crit « रामायण ». « Râ­mâyaṇa » si­gni­fie « La Marche de Râma ». Au­tre­fois tra­duit « La Râ­maïde ». Haut
  2. En sans­crit वाल्मीकि. Haut
  3. « Râ­mâyaṇa », ch. VII.111. Haut
  1. « Bible de l’humanité. Tome I », p. 1-2. Haut
  2. « Râ­mâyaṇa », ch. II.105. Haut

« Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome I »

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gé­rard et Cie, coll. Ma­ra­bout uni­ver­sité-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du « Ṛg­veda »1, de l’« Athar­va­veda »2 et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Vé­das (« sciences sa­crées ») — nom dé­rivé de la même ra­cine « vid » qui se trouve dans nos mots « idée », « idole ». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus an­cien mo­nu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui ar­rête à chaque pas in­ter­prètes et tra­duc­teurs ; mais ce qui le prouve en­core mieux, c’est qu’on n’y trouve au­cune trace du culte aujourd’hui om­ni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour au­tant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mé­rite. On a af­faire à des bribes de ma­gie dé­cou­sues, à des for­mules de ri­tuel dé­con­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité fi­nit par aga­cer. « Les sa­vants, de­puis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont cessé d’admirer dans les Vé­das les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la na­ture… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛg­veda” sont du ga­li­ma­tias. Les in­dia­nistes le savent et en conviennent vo­lon­tiers entre eux », dit Sa­lo­mon Rei­nach3. La rhé­to­rique vé­dique est, en ef­fet, une rhé­to­rique bi­zarre, qui ef­fa­rouche les meilleurs sa­vants par la dis­pa­rité des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de mé­ta­phores sa­cer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres vé­diques, qui vi­vaient de l’autel, en­ten­daient s’en ré­ser­ver le mo­no­pole. Sou­vent, ces mé­ta­phores font, comme nous di­rions, d’une pierre deux coups. Deux idées, as­so­ciées quelque part à une troi­sième, sont en­suite as­so­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dé­goût de se voir en­semble. Voici un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une sa­veur my­tho­lo­gique : Le « soma » (« li­queur cé­leste ») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le « soma » est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des « pieds », qui a des « sa­bots », et qu’Indra trouve dans la vache. Le « soma » est donc un veau qui sort d’un « pis », et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot « nuée » avec le mot « nuage ». De là, cet hymne :

« Voilà le nom se­cret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sa­cri­fice !…
Le buffle aux quatre cornes l’a ex­crété.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois en­closes,
In­vi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur mi­lieu
 », etc.

  1. En sans­crit « ऋग्वेद ». Par­fois trans­crit « Rk Veda », « Rak-véda », « Rag­veda », « Rěg­veda », « Rik-veda », « Rick Veda » ou « Rig-ved ». Haut
  2. En sans­crit « अथर्ववेद ». Haut
  1. « Or­pheus : his­toire gé­né­rale des re­li­gions », p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : « Les Vé­das sont le plus en­nuyeux fa­tras que j’aie ja­mais lu. Fi­gu­rez-vous la “Lé­gende do­rée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Me­not joints en­semble, vous n’aurez en­core qu’une idée très im­par­faite des im­per­ti­nences des Vé­das » (« Lettres chi­noises, in­diennes et tar­tares », lettre IX). Haut

Bilhaṇa, « Stances des amours d’un voleur »

éd. Fata Morgana, coll. Les Immémoriaux, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Mor­gana, coll. Les Im­mé­mo­riaux, Saint-Clé­ment-de-Ri­vière

Il s’agit des « Cin­quante Stances des amours du vo­leur » (« Cau­rî­su­ra­ta­pañ­câśikâ »1), plus connues sous le titre abrégé des « Cin­quante Stances du vo­leur » (« Cau­ra­pañ­câśikâ »2) de Bil­haṇa3. Ce poète hin­dou (XIe siècle apr. J.-C.), chargé d’instruire une jeune prin­cesse, se laissa vaincre par les charmes de sa royale élève ; après plu­sieurs jours de vo­lup­tés clan­des­tines, les deux amants furent tra­his, dé­non­cés et sur­pris par le roi qui condamna à la peine de mort l’instituteur trop sen­sible. Avant de su­bir son châ­ti­ment, le cou­pable chanta, dans une cin­quan­taine de stances, les ap­pas de sa maî­tresse et les sou­ve­nirs de son amour :

« Aujourd’hui en­core,
Mon es­prit tremble quand je songe
Comme il me fut in­ter­dit de dire tout ce que, pour moi, elle fit,
Alors que m’entraînaient loin du pa­lais royal
Des sbires im­pla­cables et ter­ri­fiants, pa­reils aux émis­saires de Yama4
 »5.

Ému par la beauté de ces poé­sies (que le poète au­rait dé­cla­mées tout en mon­tant sur l’échafaud, à rai­son d’une par marche !), le roi se laissa in­flé­chir et ac­corda au condamné la main de sa fille. Telle est la lé­gende prin­ci­pale qui ac­com­pagne, dans les ma­nus­crits, le texte des « Cin­quante Stances du vo­leur ». Mais là s’arrêtent les traits com­muns. Le nom du hé­ros de l’aventure — tan­tôt Bil­haṇa, tan­tôt Caura (« le vo­leur ») — les dé­tails du ré­cit, le nombre des stances, le texte en­fin de ces stances sont mo­di­fiés, al­té­rés et trans­for­més d’une re­cen­sion à l’autre. Ainsi, les ma­nus­crits dits du Nord et ceux dits du Sud-Ouest n’ont en com­mun que quatre ou cinq stances.

  1. En sans­crit « चौरीसुरतपञ्चाशिका ». Au­tre­fois trans­crit « Chauri su­rata pan­cha­sika » ou « Chauri Su­ra­ta­pan­cha­shika ». Haut
  2. En sans­crit « चौरपञ्चाशिका ». Au­tre­fois trans­crit « Tchâu­ra­pant­châ­çikâ », « Tchâaura pant­cha­çika », « Tschau­ra­pant­scha­sika », « Co­ra­pañcāśikā », « Chaura pan­cha­sika », « Chaura-pan­chā­çikā » ou « Chau­ra­pan­cha­shika ». Outre cette ap­pel­la­tion com­mu­né­ment em­ployée, les « Cin­quante Stances du vo­leur » portent en­core di­vers titres, se­lon les édi­tions, tels que : « बिल्हणपञ्चाशिका » (« Bil­haṇa­pañ­câśikâ »), c’est-à-dire les « Cin­quante Stances de Bil­haṇa », ou « चौरशतक » (« Cau­raśa­taka »), c’est-à-dire « La Cen­tu­rie du vo­leur » sur le mo­dèle de « La Cen­tu­rie d’Amaru ». Haut
  3. En sans­crit बिल्हण. Au­tre­fois trans­crit Bil­han. Haut
  1. Yama est en même temps le dieu des en­fers et le juge des morts. Haut
  2. p. 47. Haut

Jayadeva, « “Gita govinda”, Le Chant du berger : poème »

dans « Théologie hindoue » (XIXᵉ siècle), p. 244-266

dans « Théo­lo­gie hin­doue » (XIXe siècle), p. 244-266

Il s’agit du « Gîta go­vinda »1 (« Le Chant du bou­vier »), pièce à la fois chan­tée et dan­sée en l’honneur de Kṛṣṇa. Ce que l’on sait sur Jaya­deva2, qui est l’auteur de cette pièce (XIIe siècle apr. J.-C.), se borne à des lé­gendes. On ra­conte qu’à la mort de ses pa­rents, le poète se mit en route vers le temple de Ja­gan­nâ­tha avec l’intention d’y ado­rer Kṛṣṇa. En che­min, ce­pen­dant, il tomba d’inanition, ac­ca­blé par la cha­leur du so­leil. Un bou­vier, qui gar­dait son trou­peau aux alen­tours, l’aperçut et vint le se­cou­rir en lui of­frant du lait caillé. Lorsque Jaya­deva ar­riva en­fin au temple, quelle ne fut pas sa sur­prise quand il vit, à la place de la sta­tue de Ja­gan­nâ­tha, le jeune homme qu’il ve­nait de quit­ter ! Com­pre­nant à l’instant que son sau­veur était en réa­lité Kṛṣṇa, il en conçut l’idée du « Gîta go­vinda ». On pré­tend éga­le­ment que le poète hé­si­tait un jour à écrire un vers sus­cep­tible de cri­tique, et avant de prendre une dé­ci­sion, il pré­para la page, puis des­cen­dit se bai­gner à la ri­vière. Pen­dant ce temps, Kṛṣṇa lui-même ayant pris les traits de Jaya­deva, écri­vit sur la page le vers qui avait em­bar­rassé Jaya­deva, laissa le car­net ou­vert et se re­tira. Lorsque Jaya­deva re­vint et qu’il vit cela, il fut étonné et in­ter­ro­gea sa femme à ce su­jet. Elle lui dit : « Vous êtes re­venu et avez écrit ce vers : quel autre que vous au­rait tou­ché à votre car­net ? »3 Jaya­deva, très tou­ché par cet évé­ne­ment, alla dans la fo­rêt, où il vit un arbre éton­nant : sur chaque feuille de cet arbre étaient écrits des hymnes du « Gîta go­vinda ».

  1. En sans­crit « गीत गोविन्द ». Au­tre­fois trans­crit « Geet go­vinda », « Geeta go­vinda », « Gi­ta­go­winda », « Ghita go­vinda » ou « Guîta go­vinda ». Haut
  2. En sans­crit जयदेव. Au­tre­fois trans­crit Jai­dev, Jaya­dev, Dscha­ja­de­vas ou Djaya­déva. Haut
  1. Dans Gar­cin de Tassy, « His­toire de la lit­té­ra­ture hin­doui et hin­dous­tani, 2e édi­tion. Tome II », p. 72. Haut

Amaru, « Anthologie érotique »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du re­cueil poé­tique que les Hin­dous ap­pellent « La Cen­tu­rie d’Amaru » (« Ama­ruśa­taka »1). On at­tri­bue au roi Amaru2, un roi mys­té­rieux et dif­fi­ci­le­ment iden­ti­fiable du Ca­che­mire (VIIe siècle apr. J.-C.), cette cen­taine de stances sen­suelles et tendres qui semblent au­tant d’étincelles jaillies du flam­beau même de l’Amour. Les plai­sirs amou­reux, avec aussi leurs que­relles et bou­de­ries, sui­vies de ré­con­ci­lia­tions ra­pides, voilà les thèmes ha­bi­tuels de cette an­tho­lo­gie qui sou­tien­drait, sans trop de désa­van­tage, le pa­ral­lèle avec le plus sin­cère et le plus par­fait des ly­riques la­tins : Ca­tulle. Les cri­tiques hin­dous en gé­né­ral et Ânan­da­vard­hana3 en par­ti­cu­lier exaltent l’habileté ex­cep­tion­nelle avec la­quelle Amaru a concen­tré, dans chaque strophe, des beau­tés dignes de poèmes bien plus longs, ainsi que l’émotion sym­pa­thique et vi­brante avec la­quelle il a re­pré­senté des ta­bleaux, des at­ti­tudes, des mo­ments pi­quants ou at­ten­dris­sants dans les re­la­tions entre l’homme et la femme. Il existe à ce su­jet une lé­gende : l’âme d’Amaru, par une ac­tion ma­gique (« par le pou­voir du yoga »), se se­rait lo­gée dans le corps de cent femmes, et ce se­rait dans ces trans­mi­gra­tions qu’il au­rait été ini­tié à tous les mys­tères de l’Amour. Cette lé­gende agréable prouve, du moins, le grand cas que ses com­pa­triotes font de ses poé­sies, et la vé­rité avec la­quelle il a su rendre toutes les nuances d’une pas­sion qui, à ce qu’il pa­raît, est aussi vi­ve­ment sen­tie sur les bords du Gange, que sur ceux de la Seine : « Ce­lui qui n’a pas lu “La Cen­tu­rie” d’Amaru », dit Louis Énault4, « ne connaît pas toute la lit­té­ra­ture sans­crite ; un côté cu­rieux, une face pro­fon­dé­ment ori­gi­nale de la pen­sée hin­doue lui aura tou­jours échappé. Je ne pré­tends point que “La Cen­tu­rie” ait l’importance poé­tique du “Râ­mâyaṇa”, la por­tée re­li­gieuse des Vé­das, ou le grand in­té­rêt his­to­rique du “Ma­hâb­hâ­rata”. Ce se­rait beau­coup trop dire. Mais Amaru nous fait pé­né­trer dans une Inde nou­velle, dont nous n’avions pas même le soup­çon : l’Inde char­mante, vive, spi­ri­tuelle, vo­lup­tueuse et pas­sion­née. Amaru, ce n’est plus le brah­mane ab­sorbé dans la contem­pla­tion de Dieu… c’est un homme !… Aussi, parce qu’il parle le lan­gage que com­prennent tous ceux que la pas­sion a ra­va­gés, ou seule­ment ef­fleu­rés… il est lu avec un égal plai­sir sur les rives de la Seine ou sur les bords du Gange, à l’ombre des pa­godes de Delhi ou dans un bou­doir pa­ri­sien ».

  1. En sans­crit « अमरुशतक ». Au­tre­fois trans­crit « Ama­ru­ça­taka » ou « Amaru Sha­taka ». Haut
  2. En sans­crit अमरु. Par­fois trans­crit Ama­rou. Haut
  1. En sans­crit आनन्दवर्धन. Haut
  2. « His­toire de la lit­té­ra­ture des Hin­dous », p. 60-61. Haut