Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefindien (hindou) : pays, gentilé ou langue

Bandyopâdhyây, « Le Champ de la poitrine fendue »

éd. Fata Morgana, coll. Archipels, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Morgana, coll. Archipels, Saint-Clément-de-Rivière

Il s’agit de la nouvelle « Ḍâini » * (« Le Champ de la poitrine fendue », ou littéralement « La Sorcière ») de Târâśankar Bandyopâdhyây **, écrivain hindou, également connu sous le nom simplifié de Târâśankar Banerji ***. Le Bengale occidental où Bandyopâdhyây naquit en 1898, était une contrée sèche et pittoresque au cœur de laquelle la vie conservait son caractère rural. Bandyopâdhyây y passa une enfance liée à la terre, ou comme on disait autrefois, attachée à la glèbe. Combien de fois ses camarades de classe le virent debout sur un chemin de campagne ou près d’une maison de pisé, absorbé dans la contemplation du petit village de cultivateurs. Les moindres choses faisaient sur lui les plus grandes impressions : les fleurs de bhanti, de kastouri, de nayantara rouges et blanches qui s’épanouissaient dans les endroits en friche, des deux côtés des sentiers ; la jungle de basilic sauvage qui embaumait l’air ; les femmes qui lavaient leur vaisselle de cuivre dans les mares ; les hommes qui allaient aux champs. Dans ces paysans simples, Bandyopâdhyây voyait beaucoup d’humanité. Il aimait leur langage, la sagesse que leur avait enseignée la pauvreté, leur bonté sans fard, leur âme vive. « Le champ et la maison, tels sont les deux espaces où résident tous les soins et tous les labeurs de la vie », dit-il ****. Après avoir pris une part active au mouvement pour l’indépendance, à une époque où la jeunesse indienne se réveillait du joug étranger, Bandyopâdhyây fut arrêté par les Anglais et resta un an derrière les barreaux. Une fois libéré, il décida de se consacrer à la littérature et de mettre son talent d’écrivain au service des petites gens. Dans sa vaste œuvre, qui compte une quarantaine de romans et une centaine de nouvelles, il montra le vrai visage de l’Inde — le visage rural — en le donnant à voir avec ses beautés et avec ses blessures. « Bandyopâdhyây est un humaniste dans la tradition des romanciers du début du XXe siècle », dit Mme France Bhattacharya *****, « et il fit sien, toute sa vie, le dit du poète Caṇḍî-dâs : “L’homme est la plus grande des vérités. Il n’y a rien au-delà” ». Lisez la suite›

* En bengali « ডাইনি ».

** En bengali তারাশঙ্কর বন্দ্যোপাধ্যায়. Parfois transcrit Tarasankker Bandyopadhyay, Tara Shanker Bandhopadhyaya, Tarasanker Bandyopadhyaya ou Tarashankar Bandopadhyay.

*** Parfois transcrit Bannerji, Banerjee ou Bannerjee.

**** Dans Jean Clément, « Les Relations familiales dans le Bengale rural », p. 23.

***** « Préface à “Râdhâ au lotus et Autres Nouvelles” », p. 11.

Bandyopâdhyây, « Râdhâ au lotus et Autres Nouvelles »

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit de « Râdhâ au lotus » (« Râi-kamal » *), « Le Salon de musique » (« Jalsâghar » **) et autres nouvelles de Târâśankar Bandyopâdhyây ***, écrivain hindou, également connu sous le nom simplifié de Târâśankar Banerji ****. Le Bengale occidental où Bandyopâdhyây naquit en 1898, était une contrée sèche et pittoresque au cœur de laquelle la vie conservait son caractère rural. Bandyopâdhyây y passa une enfance liée à la terre, ou comme on disait autrefois, attachée à la glèbe. Combien de fois ses camarades de classe le virent debout sur un chemin de campagne ou près d’une maison de pisé, absorbé dans la contemplation du petit village de cultivateurs. Les moindres choses faisaient sur lui les plus grandes impressions : les fleurs de bhanti, de kastouri, de nayantara rouges et blanches qui s’épanouissaient dans les endroits en friche, des deux côtés des sentiers ; la jungle de basilic sauvage qui embaumait l’air ; les femmes qui lavaient leur vaisselle de cuivre dans les mares ; les hommes qui allaient aux champs. Dans ces paysans simples, Bandyopâdhyây voyait beaucoup d’humanité. Il aimait leur langage, la sagesse que leur avait enseignée la pauvreté, leur bonté sans fard, leur âme vive. « Le champ et la maison, tels sont les deux espaces où résident tous les soins et tous les labeurs de la vie », dit-il *****. Après avoir pris une part active au mouvement pour l’indépendance, à une époque où la jeunesse indienne se réveillait du joug étranger, Bandyopâdhyây fut arrêté par les Anglais et resta un an derrière les barreaux. Une fois libéré, il décida de se consacrer à la littérature et de mettre son talent d’écrivain au service des petites gens. Dans sa vaste œuvre, qui compte une quarantaine de romans et une centaine de nouvelles, il montra le vrai visage de l’Inde — le visage rural — en le donnant à voir avec ses beautés et avec ses blessures. « Bandyopâdhyây est un humaniste dans la tradition des romanciers du début du XXe siècle », dit Mme France Bhattacharya ******, « et il fit sien, toute sa vie, le dit du poète Caṇḍî-dâs : “L’homme est la plus grande des vérités. Il n’y a rien au-delà” ». Lisez la suite›

* En bengali « রাইকমল ». Parfois transcrit « Raj Kamal ».

** En bengali « জলসাঘর ».

*** En bengali তারাশঙ্কর বন্দ্যোপাধ্যায়. Parfois transcrit Tarasankker Bandyopadhyay, Tara Shanker Bandhopadhyaya, Tarasanker Bandyopadhyaya ou Tarashankar Bandopadhyay.

**** Parfois transcrit Bannerji, Banerjee ou Bannerjee.

***** Dans Jean Clément, « Les Relations familiales dans le Bengale rural », p. 23.

****** « Préface à “Râdhâ au lotus et Autres Nouvelles” », p. 11.

Kumar, « Épouse »

dans « Les Bienheureuses : nouvelles » (éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques-Inde, Paris), p. 101-112

dans « Les Bienheureuses : nouvelles » (éd. L’Harmattan, coll. Lettres asiatiques-Inde, Paris), p. 101-112

Il s’agit de « Patnî » * (« Épouse ») de M. Anandi Lal **, plus connu sous le surnom de Jainendra Kumar *** (XXe siècle). Pour cet écrivain et pessimiste indien, disciple de Gandhi, l’homme est un être qui va accumulant en lui-même la souffrance — de douleur en douleur — jusqu’à en être rempli. C’est cette souffrance accumulée qui donne à l’âme une force et une puissante couleur dont l’éclat resplendit sur la noirceur du destin humain. « Hormis ce douloureux éclat, ce ne sont que ténèbres… La souffrance de l’âme est le joyau qui fait vivre, c’est le sel de la terre », dit M. Kumar ****. La vérité est donc du côté des humbles et des résignés ; elle est dans l’acceptation intégrale de cette souffrance en dehors de laquelle toute connaissance est mensonge, toute prétention est vain orgueil. Par son œuvre, M. Kumar veut saluer ceux qui ont accepté librement le poids du destin humain, qui l’ont porté sans se plaindre, qui ont souffert sans un mot, puis qui, le moment venu, au terme de leurs tribulations, s’en sont allés de la même façon : en silence. « Leur fin, qu’en penser ? Je ne désire rien en penser. Mais je peux quand même avoir cette pensée, cette unique pensée, que leur [sacrifice] ne peut pas, ne pourra jamais s’oublier, et que peut-être leur pureté est en elle-même assez parfaite pour forcer les portes du paradis à s’ouvrir devant eux », dit-il *****. « Dans un style incisif, percutant… ses romans excellent à dépeindre l’exacerbation des affres de la vie domestique d’une couche de la population indienne — la classe moyenne urbaine — dont il est issu, en accusant un tour volontiers provocant ; ainsi dans “Sunîtâ” ******, œuvre de 1935 qui fit scandale, où se trouve poussé jusqu’à l’extrême le principe gandhien de résistance passive », expliquent MM. Robert Laffont et Valentino Bompiani. Lisez la suite›

* En hindi « पत्नी ».

** En hindi आनंदीलाल.

*** En hindi जैनेंद्रकुमार.

**** « Un Amour sans mesure », p. 94.

***** id. p. 95.

****** En hindi « सुनीता », inédit en français. Parfois transcrit « Suneeta ».

Kumar, « Un Amour sans mesure »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit de « Tyâgpatra » * (« Un Amour sans mesure », ou littéralement « La Lettre de démission ») de M. Anandi Lal **, plus connu sous le surnom de Jainendra Kumar *** (XXe siècle). Pour cet écrivain et pessimiste indien, disciple de Gandhi, l’homme est un être qui va accumulant en lui-même la souffrance — de douleur en douleur — jusqu’à en être rempli. C’est cette souffrance accumulée qui donne à l’âme une force et une puissante couleur dont l’éclat resplendit sur la noirceur du destin humain. « Hormis ce douloureux éclat, ce ne sont que ténèbres… La souffrance de l’âme est le joyau qui fait vivre, c’est le sel de la terre », dit M. Kumar ****. La vérité est donc du côté des humbles et des résignés ; elle est dans l’acceptation intégrale de cette souffrance en dehors de laquelle toute connaissance est mensonge, toute prétention est vain orgueil. Par son œuvre, M. Kumar veut saluer ceux qui ont accepté librement le poids du destin humain, qui l’ont porté sans se plaindre, qui ont souffert sans un mot, puis qui, le moment venu, au terme de leurs tribulations, s’en sont allés de la même façon : en silence. « Leur fin, qu’en penser ? Je ne désire rien en penser. Mais je peux quand même avoir cette pensée, cette unique pensée, que leur [sacrifice] ne peut pas, ne pourra jamais s’oublier, et que peut-être leur pureté est en elle-même assez parfaite pour forcer les portes du paradis à s’ouvrir devant eux », dit-il *****. « Dans un style incisif, percutant… ses romans excellent à dépeindre l’exacerbation des affres de la vie domestique d’une couche de la population indienne — la classe moyenne urbaine — dont il est issu, en accusant un tour volontiers provocant ; ainsi dans “Sunîtâ” ******, œuvre de 1935 qui fit scandale, où se trouve poussé jusqu’à l’extrême le principe gandhien de résistance passive », expliquent MM. Robert Laffont et Valentino Bompiani. Lisez la suite›

* En hindi « त्यागपत्र ». Parfois transcrit « Tyāg patr » ou « Tyāgapatra ».

** En hindi आनंदीलाल.

*** En hindi जैनेंद्रकुमार.

**** « Un Amour sans mesure », p. 94.

***** id. p. 95.

****** En hindi « सुनीता », inédit en français. Parfois transcrit « Suneeta ».

Tulsî-dâs, « Le Lac spirituel : un chef-d’œuvre de la poésie religieuse indienne »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Râm-carit-mânas » * (« Le Lac spirituel de la geste de Râma »), qu’on appelle aussi le « Tulsî-kṛt Râmâyaṇ » **, c’est-à-dire le « Râmâyaṇa composé par Tulsî », pour le distinguer de l’ancienne épopée en sanscrit, le « Râmâyaṇa », attribuée au sage Vâlmîki. Il suffit d’ouvrir le « Râm-carit-mânas » pour voir combien Tulsî-dâs *** a emprunté à Vâlmîki, combien il l’a suivi à chaque pas et même dans toutes les inventions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imitations. Mais tout en l’imitant, il a cru devoir faire autrement que Vâlmîki ; il l’a imité en faisant non pas mieux — c’eût été une tâche au-dessus de ses forces — mais plus dévotionnel, moins nuancé. « C’est une composition, qui, l’intention religieuse à part, ressemble à quelque chose d’une imitation fort libre et, j’ose le dire, tout à fait arbitraire, où Tulsî-dâs… a voulu peut-être éviter souvent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches parasites, a coupé des rameaux utiles », dit Hippolyte Fauche ****. Le fait que le « Râm-carit-mânas » a été composé en langue vulgaire (en hindi) et non en langue savante (en sanscrit) explique à la fois son immense popularité auprès des masses hindoues, et les critiques quelquefois dédaigneuses, mais quelquefois aussi justifiées, que lui ont adressées les lettrés du pays. Tulsî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la curieuse apologie qu’il a mise en tête du « Râm-carit-mânas » : « Les savants poéticiens, dénués de tendresse pour Râma, prendront plaisir à se gausser de mon poème », dit-il, « car il est en langue vulgaire, et mon esprit est faible ! Oui, il mérite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit !… Les cœurs nobles me pardonneront ma témérité, et ils écouteront avec bienveillance mes propos enfantins, comme un père et une mère écoutent avec joie les balbutiements de leur petit enfant ! » Lisez la suite›

* En hindi « रामचरितमानस ». Parfois transcrit « Ram-charit-manas », « Ramcharitamanasa », « Rāmacaritamānas » ou « Rāmacaritamānasa ».

** En hindi « तुलसीकृत रामायण ».

*** En hindi तुलसीदास. Parfois transcrit Toulsi-das, Tulcî-dâs, Tulasīdāsa ou Tulasīdās.

**** « Râmâyana : poème sanscrit ; traduit en français pour la première fois par Hippolyte Fauche. Tome VII », p. CLIX.

Tulsî-dâs, « Le Rāmāyan »

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Le Monde indien, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Le Monde indien, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Râm-carit-mânas » * (« Le Lac spirituel de la geste de Râma »), qu’on appelle aussi le « Tulsî-kṛt Râmâyaṇ » **, c’est-à-dire le « Râmâyaṇa composé par Tulsî », pour le distinguer de l’ancienne épopée en sanscrit, le « Râmâyaṇa », attribuée au sage Vâlmîki. Il suffit d’ouvrir le « Râm-carit-mânas » pour voir combien Tulsî-dâs *** a emprunté à Vâlmîki, combien il l’a suivi à chaque pas et même dans toutes les inventions, qui ne sont chez lui, à bien des égards, que des imitations. Mais tout en l’imitant, il a cru devoir faire autrement que Vâlmîki ; il l’a imité en faisant non pas mieux — c’eût été une tâche au-dessus de ses forces — mais plus dévotionnel, moins nuancé. « C’est une composition, qui, l’intention religieuse à part, ressemble à quelque chose d’une imitation fort libre et, j’ose le dire, tout à fait arbitraire, où Tulsî-dâs… a voulu peut-être éviter souvent d’être long, mais, au lieu d’émonder les branches parasites, a coupé des rameaux utiles », dit Hippolyte Fauche ****. Le fait que le « Râm-carit-mânas » a été composé en langue vulgaire (en hindi) et non en langue savante (en sanscrit) explique à la fois son immense popularité auprès des masses hindoues, et les critiques quelquefois dédaigneuses, mais quelquefois aussi justifiées, que lui ont adressées les lettrés du pays. Tulsî en avait conscience, et nous en avons la preuve dans la curieuse apologie qu’il a mise en tête du « Râm-carit-mânas » : « Les savants poéticiens, dénués de tendresse pour Râma, prendront plaisir à se gausser de mon poème », dit-il, « car il est en langue vulgaire, et mon esprit est faible ! Oui, il mérite qu’on en rie — et qu’importe si l’on en rit !… Les cœurs nobles me pardonneront ma témérité, et ils écouteront avec bienveillance mes propos enfantins, comme un père et une mère écoutent avec joie les balbutiements de leur petit enfant ! » Lisez la suite›

* En hindi « रामचरितमानस ». Parfois transcrit « Ram-charit-manas », « Ramcharitamanasa », « Rāmacaritamānas » ou « Rāmacaritamānasa ».

** En hindi « तुलसीकृत रामायण ».

*** En hindi तुलसीदास. Parfois transcrit Toulsi-das, Tulcî-dâs, Tulasīdāsa ou Tulasīdās.

**** « Râmâyana : poème sanscrit ; traduit en français pour la première fois par Hippolyte Fauche. Tome VII », p. CLIX.

« Paraboles de Sendabar sur les ruses des femmes »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la version hébraïque des « Paraboles de Sendabar sur les ruses des femmes » (« Mishle Sendabar » *), ou mieux « Paraboles de Sindebad », contes d’origine indienne, dont il existe des imitations dans la plupart des langues orientales, et qui, sous le titre de « L’Histoire des sept sages de Rome » (« Historia septem sapientum Romæ »), ont obtenu un très vif succès en Europe occidentale, où les trouvères français en ont fait « Le Roman des sept sages ». Le renseignement le plus ancien et le plus utile que nous ayons sur ces contes, nous est donné par l’historien Massoudi (Xe siècle apr. J.-C.). Dans un chapitre intitulé « Généralités sur l’histoire de l’Inde, ses doctrines, et l’origine de ses royaumes », cet historien attribue le « Livre des sept vizirs, du maître, du jeune homme et de la femme du roi » à un sage indien, contemporain du roi Harṣa Vardhana (VIIe siècle apr. J.-C.), et qu’il nomme Sindebad **. Ainsi donc, c’est en Inde que l’imagination humaine, féconde et exubérante comme la vallée du Gange, a enfanté ces contes ; c’est de l’Inde qu’ils ont pris leur envol en se répandant aux extrémités du monde pour nous amuser et instruire. Et si nous faisons l’effort de remonter de siècle en siècle, de langue en langue — du français au latin, du latin à l’hébreu, de l’hébreu à l’arabe, de l’arabe au pehlvi, du pehlvi au sanscrit — nous arrivons à Sendabar ou Sendabad ou Sindebad ou Sindbad, qu’il ne faut pas confondre du reste avec le marin du même nom dans les « Mille et une Nuits ». Tous ces noms paraissent corrompus. En tout cas, en l’absence du texte original sanscrit, je m’en réfère à la version hébraïque. En voici l’intrigue : Une reine devient amoureuse de son beau-fils, qui rejette les vaines avances de cette femme. Elle en est irritée et l’accuse d’avoir voulu la séduire, un peu comme Phèdre a accusé Hippolyte, ou comme la femme de Putiphar a accusé Joseph. Le roi condamne son fils ; mais, durant une semaine, le jugement demeure suspendu. Chaque jour, l’un des sept sages voués à l’éducation du jeune prince fait au monarque un récit qui a pour but de lui inspirer quelque défiance à l’égard des femmes ; et la reine y répond, chaque jour, par un récit qui doit produire l’effet contraire. Enfin, le prince démontre son innocence, et la reine est condamnée ; mais le jeune homme demande et obtient la grâce de la coupable. Lisez la suite›

* En hébreu « משלי סנדבאר ». Autrefois transcrit « Mischle Sandabar » ou « Mishle Sendebar ».

** En arabe سندباد.

« Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome I »

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

Il s’agit du « Ṛgveda » *, de l’« Atharvaveda » ** et autres hymnes hindous portant le nom de Védas (« sciences sacrées ») — nom dérivé de la même racine « vid » qui se trouve dans nos mots « idée », « idole ». Il est certain que ces hymnes sont le plus ancien monument de la littérature de l’Inde (IIe millénaire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas interprètes et traducteurs ; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omniprésent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne voudrais pas, pour autant, qu’on se fasse une opinion exagérée du mérite de ces hymnes. On a affaire à des bribes de magie décousues, à des formules de rituel déconcertantes, qui lassent à force d’originalité et finissent par n’intéresser personne, excepté les indianistes de profession et quelques littérateurs curieux. « Les savants, depuis [Abel] Bergaigne surtout, ont cessé d’admirer dans les Védas les premiers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en présence [de] la nature… À parler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgveda” sont du galimatias. Les indianistes le savent et en conviennent volontiers entre eux », dit Salomon Reinach ***. La rhétorique védique est, en effet, une rhétorique bizarre, qui effarouche les meilleurs savants par la disparité des images et le chevauchement des sens. Elle se compose de métaphores sacerdotales, compliquées et obscures à dessein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, entendaient s’en réserver le monopole. Souvent, ces métaphores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, associées quelque part à une troisième, sont ensuite associées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voici un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mythologique : Le « soma » (« liqueur céleste ») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le « soma » est donc un lait, ou plutôt, c’est un beurre qui a des « pieds », qui a des « sabots », et qu’Indra trouve dans la vache. Le « soma » est donc un veau qui sort d’un « pis », et, ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la substitution du mot « nuée » avec le mot « nuage ». De là, cet hymne :

« Voilà le nom secret du Beurre :
“Langue des dieux”, “nombril de l’immortel”.
Proclamons le nom du Beurre,
Soutenons-le de nos hommages en ce sacrifice !…
Le buffle aux quatre cornes l’a excrété.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spirituel,
Ces coulées de Beurre cent fois encloses,
Invisibles à l’ennemi. Je les considère :
La verge d’or est en leur milieu
 », etc. Lisez la suite›

* En sanscrit « ऋग्वेद ». Parfois transcrit « Rk Veda », « Rak-véda », « Ragveda », « Rěgveda », « Rik-veda », « Rick Veda » ou « Rig-ved ».

** En sanscrit « अथर्ववेद ».

*** « Orpheus : histoire générale des religions », p. 77-78. On peut joindre à cette opinion celle de Voltaire : « Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figurez-vous la “Légende dorée”, les “Conformités de saint François d’Assise”, les “Exercices spirituels” de saint Ignace et les “Sermons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très imparfaite des impertinences des Védas » (« Lettres chinoises, indiennes et tartares », lettre IX).

Bilhaṇa, « Stances des amours d’un voleur »

éd. Fata Morgana, coll. Les Immémoriaux, Saint-Clément-de-Rivière

Il s’agit des « Cinquante Stances du voleur » (« Caurapancâśikâ ») * de Bilhaṇa **. Ce poète hindou (XIe siècle apr. J.-C.), chargé d’instruire une jeune princesse, se laissa vaincre par les charmes de sa royale élève ; après plusieurs jours de voluptés clandestines, les deux amants furent trahis, dénoncés et surpris par le roi qui condamna à la peine de mort l’instituteur trop sensible. Avant de subir son châtiment, le coupable chanta, dans une cinquantaine de stances, les appas de sa maîtresse et les souvenirs de son amour :

« Aujourd’hui encore,
Mon esprit tremble quand je songe
Comme il me fut interdit de dire tout ce que, pour moi, elle fit,
Alors que m’entraînaient loin du palais royal
Des sbires implacables et terrifiants, pareils aux émissaires de Yama ***
 » ****.

Ému par la beauté de ces poésies (que le poète aurait déclamées tout en montant sur l’échafaud, à raison d’une par marche !), le roi se laissa infléchir et accorda au condamné la main de sa fille. Telle est la légende principale qui accompagne, dans les manuscrits, le texte des « Cinquante Stances du voleur ». Mais là s’arrêtent les traits communs. Le nom du héros de l’aventure — tantôt Bilhaṇa, tantôt Caura (« le voleur ») — les détails du récit, le nombre des stances, le texte enfin de ces stances sont modifiés, altérés et transformés d’une recension à l’autre. Ainsi, les manuscrits dits du Nord et ceux dits du Sud-Ouest n’ont en commun que quatre ou cinq stances. Lisez la suite›

* En sanscrit « चौरपंचाशिका ». Autrefois transcrit « Tchâurapantchâçikâ », « Tchâaura pantchaçika », « Tschaurapantschasika », « Corapañcāśikā », « Chaurapanchasica », « Chaura-panchāçikā », « Chaurapanchashika » ou « Chaura panchasika ». Outre cette appellation communément employée, les « Cinquante Stances du voleur » portent encore divers titres, selon les éditions, tels que : « चौरशतक » (« Cauraśataka »), c’est-à-dire « La Centurie du voleur » ; ou « चौरीसुरतपञ्चाशिका » (« Caurîsuratapañcâśikâ »), c’est-à-dire « Cinquante Stances des amours du voleur ».

** En sanscrit बिल्हण. Autrefois transcrit Bilhan.

*** Yama est en même temps le dieu des enfers et le juge des morts.

**** p. 47.

Jayadeva, « “Gita govinda”, Le Chant du berger : poème »

dans « Théologie hindoue » (XIXᵉ siècle), p. 244-266

dans « Théologie hindoue » (XIXe siècle), p. 244-266

Il s’agit du « Gîta govinda » * (« Le Chant du bouvier »), pièce à la fois chantée et dansée en l’honneur de Kṛṣṇa. Ce que l’on sait sur Jayadeva **, qui est l’auteur de cette pièce (XIIe siècle apr. J.-C.), se borne à des légendes. On raconte qu’à la mort de ses parents, le poète se mit en route vers le temple de Jagannâtha avec l’intention d’y adorer Kṛṣṇa. En chemin, cependant, il tomba d’inanition, accablé par la chaleur du soleil. Un bouvier, qui gardait son troupeau aux alentours, l’aperçut et vint le secourir en lui offrant du lait caillé. Lorsque Jayadeva arriva enfin au temple, quelle ne fut pas sa surprise quand il vit, à la place de la statue de Jagannâtha, le jeune homme qu’il venait de quitter ! Comprenant à l’instant que son sauveur était en réalité Kṛṣṇa, il en conçut l’idée du « Gîta govinda ». On prétend également que le poète hésitait un jour à écrire un vers susceptible de critique, et avant de prendre une décision, il prépara la page, puis descendit se baigner à la rivière. Pendant ce temps, Kṛṣṇa lui-même ayant pris les traits de Jayadeva, écrivit sur la page le vers qui avait embarrassé Jayadeva, laissa le carnet ouvert et se retira. Lorsque Jayadeva revint et qu’il vit cela, il fut étonné et interrogea sa femme à ce sujet. Elle lui dit : « Vous êtes revenu et avez écrit ce vers : quel autre que vous aurait touché à votre carnet ? » *** Jayadeva, très touché par cet événement, alla dans la forêt, où il vit un arbre étonnant : sur chaque feuille de cet arbre étaient écrits des hymnes du « Gîta govinda ». Lisez la suite›

* En sanscrit « गीत गोविन्द ». Autrefois transcrit « Geet govinda », « Geeta govinda », « Ghita govinda » ou « Guîta govinda ».

** En sanscrit जयदेव. Autrefois transcrit Jaidev, Jayadev ou Djayadéva.

*** Dans Garcin de Tassy, « Histoire de la littérature hindoui et hindoustani, 2e édition. Tome II », p. 72.

Amaru, « Anthologie érotique »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du recueil poétique que les Hindous appellent « La Centurie d’Amaru » (« Amaruśataka » *). On attribue au roi Amaru **, un roi mystérieux et difficilement identifiable du Cachemire (VIIe siècle apr. J.-C.), cette centaine de stances sensuelles et tendres qui semblent autant d’étincelles jaillies du flambeau même de l’Amour. Les plaisirs amoureux, avec aussi leurs querelles et bouderies, suivies de réconciliations rapides, voilà les thèmes habituels de cette anthologie qui soutiendrait, sans trop de désavantage, le parallèle avec le plus sincère et le plus parfait des lyriques latins : Catulle. Les critiques hindous en général et Ânandavardhana *** en particulier exaltent l’habileté exceptionnelle avec laquelle Amaru a concentré, dans chaque strophe, des beautés dignes de poèmes bien plus longs, ainsi que l’émotion sympathique et vibrante avec laquelle il a représenté des tableaux, des attitudes, des moments piquants ou attendrissants dans les relations entre l’homme et la femme. Il existe à ce sujet une légende : l’âme d’Amaru, par une action magique (« par le pouvoir du yoga »), se serait logée dans le corps de cent femmes, et ce serait dans ces transmigrations qu’il aurait été initié à tous les mystères de l’Amour. Cette légende agréable prouve, du moins, le grand cas que ses compatriotes font de ses poésies, et la vérité avec laquelle il a su rendre toutes les nuances d’une passion qui, à ce qu’il paraît, est aussi vivement sentie sur les bords du Gange, que sur ceux de la Seine : « Celui qui n’a pas lu “La Centurie” d’Amaru », dit Louis Énault ****, « ne connaît pas toute la littérature sanscrite ; un côté curieux, une face profondément originale de la pensée hindoue lui aura toujours échappé. Je ne prétends point que “La Centurie” ait l’importance poétique du “Râmâyaṇa”, la portée religieuse des Védas, ou le grand intérêt historique du “Mahâbhârata”. Ce serait beaucoup trop dire. Mais Amaru nous fait pénétrer dans une Inde nouvelle, dont nous n’avions pas même le soupçon : l’Inde charmante, vive, spirituelle, voluptueuse et passionnée. Amaru, ce n’est plus le brahmane absorbé dans la contemplation de Dieu… c’est un homme !… Aussi, parce qu’il parle le langage que comprennent tous ceux que la passion a ravagés, ou seulement effleurés… il est lu avec un égal plaisir sur les rives de la Seine ou sur les bords du Gange, à l’ombre des pagodes de Delhi ou dans un boudoir parisien ». Lisez la suite›

* En sanscrit « अमरुशतक ». Autrefois transcrit « Amaruçataka » ou « Amaru Shataka ».

** En sanscrit अमरु. Parfois transcrit Amarou.

*** En sanscrit आनन्दवर्धन.

**** « Histoire de la littérature des Hindous », p. 60-61.

Ibn al-Moqaffa, « Le Livre de “Kalila et Dimna” »

éd. Klincksieck, Paris

éd. Klincksieck, Paris

Il s’agit du « Kalila et Dimna » (« Kalîla wa Dimna » *), ensemble de contes qui font aujourd’hui encore l’admiration de l’Orient, et dont les animaux sont les principaux acteurs. Tous les éléments assurent à l’Inde l’honneur d’avoir donné naissance à ces contes : un fort ancien recueil de fables, le « Pañcatantra », ne laisse aucun doute sur l’origine indienne ; et Firdousi confirme cette même origine dans son « Livre des rois », où il dit : « Il y a dans le trésor du radja un livre que les hommes de bien appellent “Pañcatantra”, et quand les hommes sont engourdis par l’ignorance, le “Pañcatantra” est comme l’herbe de leur résurrection… car il est le guide vers la [sagesse] » **. Ce fut au VIe siècle apr. J.-C. qu’un médecin persan nommé Barzoui ou Barzouyèh *** rapporta de l’Inde, outre le « Pañcatantra », divers autres ouvrages du même genre et qu’il en composa un recueil auquel on donna le nom de « Kalila et Dimna », parce que le récit des aventures de ces deux chacals en formait la première et principale partie. Cette version du « Kalila et Dimna » eut le sort de tout ce qui constituait la littérature persane au temps des Sassanides : elle fut détruite lors de la conquête de la Perse par les Arabes et sacrifiée au zèle aveugle des premiers musulmans. Trois siècles plus tard, le peu qui échappa à la destruction fut traduit en arabe par un autre Persan, Ibn al-Moqaffa ****, avec tant de mérite et d’élégance, que ces mêmes musulmans l’accusèrent d’avoir travaillé, mais en vain, à imiter et même à surpasser le style du Coran. « Alors, arabe vraiment, le “Kalila”, ou iranien, indien même, en ses plus lointains refuges ? La réponse est à chercher dans l’histoire du livre. Et que nous dit-elle ? Qu’il est devenu, très vite, l’une des pièces essentielles d’un patrimoine, un livre-clef », dit M. André Miquel Lisez la suite›

* En arabe « كليلة ودمنة ». Parfois transcrit « Kalīlah wa Dimnah ».

** « Le Livre des rois ; traduit et commenté par Jules Mohl. Tome VI », p. 361.

*** En persan برزوی ou برزویه. Parfois transcrit Burzōy, Burzoyé, Burzōē, Borzūya, Burzuyah, Borzoueh, Borzouyeh ou Berzouyèh.

**** En arabe بن المقفع. Parfois transcrit Ibn al-Muqaffa‘, Ibn Muqafaa, Ibn Moqafaa’, Ebn-almoukaffa, Ibn al-Mukaffâ, Ibn al-Moḳaffa‘, Ibn al-Mouqaffa’, Ibn al Mouqafaa, Aben Mochafa, Ebn-almocaffa ou Ebn-almokaffa. Par suite d’une faute, بن المقنع, transcrit Ebn-almocanna, Ebn Mocannaa, Ben Mocannâ ou Ben Mocannaah.