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Kumar, «Un Amour sans mesure»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de «Tyâg­pa­tra»*Un Amour sans mesure», ou lit­té­ra­le­ment «La Lettre de démis­sion») de M. Anan­di Lal**, plus connu sous le sur­nom de Jai­nen­dra Kumar*** (XXe siècle). Pour cet écri­vain et pes­si­miste indien, dis­ciple de Gand­hi, l’homme est un être qui va accu­mu­lant en lui-même la souf­france — de dou­leur en dou­leur — jusqu’à en être rem­pli. C’est cette souf­france accu­mu­lée qui donne à l’âme une force et une puis­sante cou­leur dont l’éclat res­plen­dit sur la noir­ceur du des­tin humain. «Hor­mis ce dou­lou­reux éclat, ce ne sont que ténèbres… La souf­france de l’âme est le joyau qui fait vivre, c’est le sel de la terre», dit M. Kumar****. La véri­té est donc du côté des humbles et des rési­gnés; elle est dans l’acceptation inté­grale de cette souf­france en dehors de laquelle toute connais­sance est men­songe, toute pré­ten­tion est vain orgueil. Par son œuvre, M. Kumar veut saluer ceux qui ont accep­té libre­ment le poids du des­tin humain, qui l’ont por­té sans se plaindre, qui ont souf­fert sans un mot, puis qui, le moment venu, au terme de leurs tri­bu­la­tions, s’en sont allés de la même façon : en silence. «Leur fin, qu’en pen­ser? Je ne désire rien en pen­ser. Mais je peux quand même avoir cette pen­sée, cette unique pen­sée, que leur [sacri­fice] ne peut pas, ne pour­ra jamais s’oublier, et que peut-être leur pure­té est en elle-même assez par­faite pour for­cer les portes du para­dis à s’ouvrir devant eux», dit-il*****. «Dans un style inci­sif, per­cu­tant… ses romans excellent à dépeindre l’exacerbation des affres de la vie domes­tique d’une couche de la popu­la­tion indienne — la classe moyenne urbaine — dont il est issu, en accu­sant un tour volon­tiers pro­vo­cant; ain­si dans “Sunî­tâ”******, œuvre de 1935 qui fit scan­dale, où se trouve pous­sé jusqu’à l’extrême le prin­cipe gand­hien de résis­tance pas­sive», expliquent MM. Robert Laf­font et Valen­ti­no Bom­pia­ni.

«La souf­france de l’âme est le joyau qui fait vivre, c’est le sel de la terre»

Voi­ci un pas­sage qui don­ne­ra une idée du style de «Tyâg­pa­tra» : «Je ne com­pre­nais pas un traître mot de ce qu’elle m’expliquait, petit étu­diant de pre­mier cycle que j’étais. Aujourd’hui que je me sou­viens de ses paroles, je suis convain­cu qu’on trouve dans la souf­france la connais­sance qu’on ne trouve pas dans les trai­tés. Sinon, où Tante aurait-elle trou­vé le secret de cette auto­ri­té avec laquelle elle conce­vait et expri­mait, dans un natu­rel si contrô­lé, de si pro­fondes véri­tés sur la vie? Mais alors, je ne trou­vai rien d’autre à lui répondre que ces tri­via­li­tés : “Tante, je ne revien­drai plus. J’étais venu… t’aider, mais je vois que per­sonne ne veut de mon aide”»*******.

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • Louis Fré­dé­ric, «Kumar (Jai­nen­dra)» dans «Le Nou­veau Dic­tion­naire de la civi­li­sa­tion indienne» (éd. R. Laf­font, coll. Bou­quins, Paris)
  • Robert Laf­font et Valen­ti­no Bom­pia­ni, «Kumâr (Jai­nen­dra)» dans «Dic­tion­naire des auteurs de tous les temps et de tous les pays» (éd. R. Laf­font, coll. Bou­quins, Paris).

* En hin­di «त्यागपत्र». Par­fois trans­crit «Tyāg patr» ou «Tyā­ga­pa­tra». Haut

** En hin­di आनंदीलाल. Haut

*** En hin­di जैनेंद्रकुमार. Haut

**** «Un Amour sans mesure», p. 94. Haut

***** id. p. 95. Haut

****** En hin­di «सुनीता», inédit en fran­çais. Par­fois trans­crit «Sunee­ta». Haut

******* p. 124-125. Haut