Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefcontribution à la philosophie de la nature : sujet

Hésiode, « La Théogonie • Les Travaux et les Jours • Le Catalogue des femmes » • « La Dispute d’Homère et d’Hésiode »

éd. Librairie générale française, coll. Classiques de poche, Paris

éd. Librairie générale française, coll. Classiques de poche, Paris

Il s’agit de la « Théogonie » (« Theogonia » *), des « Travaux et des Jours » (« Erga kai Hêmerai » **) et du « Catalogue des femmes » (« Katalogos gynaikôn » ***), sorte de manuels en vers où Hésiode **** a jeté un peu confusément mythologie, morale, navigation, construction de chariots, de charrues, calendrier des labours, des semailles, des moissons, almanach des fêtes qui interrompent chaque année le travail du paysan ; car à une époque où les connaissances humaines n’étaient pas encore séparées et distinctes, chaque chef de famille avait besoin de tout cela (VIIIe siècle av. J.-C.). Hésiode a été mis en parallèle avec Homère par les Grecs eux-mêmes, et il y a une fiction intitulée « La Dispute d’Homère et d’Hésiode » (« Agôn Homêrou kai Hêsiodou » *****). En fait, bien que l’un et l’autre de ces poètes puissent être regardés comme pères de la mythologie, on ne saurait imaginer deux hommes plus opposés. La poésie homérique, par ses origines et par son principal développement, appartient à la Grèce d’Asie ; elle est d’emblée l’expression la plus élevée de l’humanité, et le point d’aboutissement d’une tradition séculaire d’aèdes et de chantres. Un lecteur sous le charme du génie d’Homère, de ses mises en scène brillantes et capricieuses, de ses épisodes si remarquables d’essor et de déploiement, ne retrouvera chez Hésiode qu’une médiocre partie de toutes ces beautés. Simple habitant des champs, prêtre d’un temple des Muses sur le mont Hélicon, Hésiode est loin d’avoir dans l’esprit un modèle comparable en noblesse à celui du héros homérique. Il déteste « la guerre mauvaise » ****** chantée par les aèdes et les chantres ; il la considère comme un fléau que les Dieux épargnent à Leurs plus fidèles sujets. Son objet préféré, à lui, Grec d’Europe, n’est pas la gloire du combat, chose étrangère à sa vie, mais la paix du travail, réglée au rythme des jours et des sacrifices religieux. Partout il recommande le travail, il blâme partout l’oisiveté. C’est là sa leçon constante, sa perpétuelle rengaine. « Hésiode était plus agriculteur que poète. Il songe toujours à instruire, rarement à plaire ; jamais une digression agréable ne rompt chez lui la continuité et l’ennui des préceptes », dit l’abbé Jacques Delille *******. Son poème des « Travaux » nous permet de nous le représenter assez exactement. Nous le voyons sur les pentes de l’Hélicon, vêtu d’« un manteau moelleux ainsi qu’une longue tunique », labourer et ensemencer la terre ; « une paire de bons bœufs de neuf ans » traîne lentement la charrue ; le poète-paysan « prend par le manche l’araire » ******** et touche de l’aiguillon le dos des bœufs. Lisez la suite›

* En grec « Θεογονία ».

** En grec « Ἔργα καὶ Ἡμέραι ».

*** En grec « Κατάλογος γυναικῶν ».

**** En grec Ἡσίοδος. Autrefois transcrit Éziode.

***** En grec « Ἀγὼν Ὁμήρου καὶ Ἡσιόδου ».

****** « Les Travaux et les Jours », v. 161.

******* « Discours préliminaire aux “Géorgiques” de Virgile ».

******** v. 537 & 437 & 467.

Lucrèce, « Œuvres complètes. De la Nature des choses »

XIXe siècle

Il s’agit du « De rerum Natura » (« De la Nature des choses ») de Lucrèce *, poète latin qui avait l’ambition de pénétrer dans les secrets de l’Univers et de nous y faire pénétrer avec lui ; de fouiller dans cette immensité pour faire voir que tout ce qui s’accomplit autour de nous, tout phénomène physique est la conséquence de lois simples, parfaitement immuables ; d’établir, enfin, d’une puissante façon les atomes comme premiers principes de la nature, en faisant table rase des fictions religieuses et des superstitions (Ier siècle av. J.-C.). Ni le titre, ni le sujet du « De rerum Natura » ne sont de Lucrèce ; ils appartiennent proprement à Épicure. Lucrèce, tout charmé par les découvertes que ce savant grec avait faites dans son « Peri physeôs » ** (« De la Nature »), a joint aux systèmes de ce penseur l’agrément et la force des expressions ; il a enduit, comme il dit, la vérité amère des connaissances avec « la jaune liqueur du doux miel » de la poésie : « Et certes, je ne me cache pas », ajoute-t-il ***, « qu’il est difficile de rendre claires, dans des vers latins, les obscures découvertes des Grecs — surtout maintenant qu’il va falloir créer tant de termes nouveaux, à cause de l’indigence de notre langue et de la nouveauté du sujet. Mais ton mérite et le plaisir que me promet une amitié si tendre, me persuadent d’entreprendre le plus pénible travail et m’engagent à veiller dans le calme des nuits, cherchant par quelles paroles, par quels vers enfin je pourrai faire luire à tes yeux une vive lumière qui t’aide à voir sous toutes leurs faces nos mystérieux problèmes ». Lisez la suite›

* En latin Titus Lucretius Carus.

** En grec « Περὶ φύσεως ».

*** p. 65.