Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Hésiode, « La Théogonie • Les Travaux et les Jours • Le Catalogue des femmes » • « La Dispute d’Homère et d’Hésiode »

éd. Librairie générale française, coll. Classiques de poche, Paris

éd. Librairie générale française, coll. Classiques de poche, Paris

Il s’agit de la « Théogonie » (« Theogonia » *), des « Travaux et des Jours » (« Erga kai Hêmerai » **) et du « Catalogue des femmes » (« Katalogos gynaikôn » ***), sorte de manuels en vers où Hésiode **** a jeté un peu confusément mythologie, morale, navigation, construction de chariots, de charrues, calendrier des labours, des semailles, des moissons, almanach des fêtes qui interrompent chaque année le travail du paysan ; car à une époque où les connaissances humaines n’étaient pas encore séparées et distinctes, chaque chef de famille avait besoin de tout cela (VIIIe siècle av. J.-C.). Hésiode a été mis en parallèle avec Homère par les Grecs eux-mêmes, et il y a une fiction intitulée « La Dispute d’Homère et d’Hésiode » (« Agôn Homêrou kai Hêsiodou » *****). En fait, bien que l’un et l’autre de ces poètes puissent être regardés comme pères de la mythologie, on ne saurait imaginer deux hommes plus opposés. La poésie homérique, par ses origines et par son principal développement, appartient à la Grèce d’Asie ; elle est d’emblée l’expression la plus élevée de l’humanité, et le point d’aboutissement d’une tradition séculaire d’aèdes et de chantres. Un lecteur sous le charme du génie d’Homère, de ses mises en scène brillantes et capricieuses, de ses épisodes si remarquables d’essor et de déploiement, ne retrouvera chez Hésiode qu’une médiocre partie de toutes ces beautés. Simple habitant des champs, prêtre d’un temple des Muses sur le mont Hélicon, Hésiode est loin d’avoir dans l’esprit un modèle comparable en noblesse à celui du héros homérique. Il déteste « la guerre mauvaise » ****** chantée par les aèdes et les chantres ; il la considère comme un fléau que les Dieux épargnent à Leurs plus fidèles sujets. Son objet préféré, à lui, Grec d’Europe, n’est pas la gloire du combat, chose étrangère à sa vie, mais la paix du travail, réglée au rythme des jours et des sacrifices religieux. Partout il recommande le travail, il blâme partout l’oisiveté. C’est là sa leçon constante, sa perpétuelle rengaine. « Hésiode était plus agriculteur que poète. Il songe toujours à instruire, rarement à plaire ; jamais une digression agréable ne rompt chez lui la continuité et l’ennui des préceptes », dit l’abbé Jacques Delille *******. Son poème des « Travaux » nous permet de nous le représenter assez exactement. Nous le voyons sur les pentes de l’Hélicon, vêtu d’« un manteau moelleux ainsi qu’une longue tunique », labourer et ensemencer la terre ; « une paire de bons bœufs de neuf ans » traîne lentement la charrue ; le poète-paysan « prend par le manche l’araire » ******** et touche de l’aiguillon le dos des bœufs.

« Contemporain d’Homère, Hésiode ne se place pas comme lui au premier rang des génies antiques »

« Contemporain d’Homère, Hésiode ne se place pas comme lui au premier rang des génies antiques. Ses œuvres ont, pour ainsi dire, été refaites, et l’ont été — malheureusement pour sa mémoire — avec un succès éclatant. Au lieu de la “Théogonie”, nous avons les “Métamorphoses” d’Ovide ; au lieu des “Travaux et des Jours”, nous avons les “Géorgiques” de Virgile. La postérité y a gagné ; Hésiode seul y a perdu », dit Charles Durand *********. La partie des « Travaux » qu’on surnomme « Le Mythe de Pandore et des âges » est peut-être la seule qui n’ait pas été surpassée, ni même égalée. Hésiode s’y est élevé au-dessus de lui-même ; le ton philosophique y perce dès les premiers vers, surtout dans le tableau des cinq âges du monde ; car Hésiode en compte cinq, au lieu de quatre, comme on les compte d’habitude : l’âge d’or, l’âge d’argent, l’âge de bronze, l’âge héroïque, et l’âge de fer qui est, selon le poète, l’âge où il écrit. En effet, les écrivains, de tout temps, ont considéré leur siècle comme le pire ; il n’y a que Voltaire qui ait dit du sien : « Ô le bon temps que ce siècle de fer ! » **********

Il n’existe pas moins de vingt traductions françaises des « Travaux et des Jours », mais s’il fallait n’en choisir qu’une seule, je choisirais celle de M. Philippe Brunet.

« Ἀλλὰ γυνὴ χείρεσσι πίθου μέγα πῶμ’ ἀφελοῦσα
Ἐσκέδασ’, ἀνθρώποισι δ’ ἐμήσατο κήδεα λυγρά.
Μούνη δ’ αὐτόθι Ἐλπὶς ἐν ἀρρήκτοισι δόμοισιν
Ἔνδον ἔμεινε πίθου ὑπὸ χείλεσιν οὐδὲ θύραζε
Ἐξέπτη· πρόσθεν γὰρ ἐπέμϐαλε πῶμα πίθοιο
Αἰγιόχου βουλῇσι Διὸς νεφεληγερέταο.
Ἄλλα δὲ μυρία λυγρὰ κατ’ ἀνθρώπους ἀλάληται·
Πλείη μὲν γὰρ γαῖα κακῶν, πλείη δὲ θάλασσα·
Νοῦσοι δ’ ἀνθρώποισιν ἐφ’ ἡμέρῃ, αἳ δ’ ἐπὶ νυκτὶ
Αὐτόματοι φοιτῶσι κακὰ θνητοῖσι φέρουσαι
Σιγῇ, ἐπεὶ φωνὴν ἐξείλετο μητίετα Ζεύς.
Οὕτως οὔ τί πη ἔστι Διὸς νόον ἐξαλέασθαι.
 »
— Passage dans la langue originale

« Mais la femme prit la jarre, et, ôtant le couvercle,
Les répandit, préparant pour les hommes des peines funestes.
Seule Espérance resta dans son infrangible demeure,
Au-dedans, sous les lèvres, sans franchir l’ouverture
Ni s’envoler ! Elle referma trop tôt le couvercle :
Zeus le voulait, l’assembleur de nuages qui tient l’égide.
D’innombrables souffrances s’en vont errant chez les hommes,
Et la terre est pleine de maux, et la mer en est pleine.
Les maladies, de jour, de nuit, fréquentent les hommes,
D’elles-mêmes, portant aux humains mortels des souffrances,
Silencieuses, car Zeus les a privées de parole,
Pas moyen d’échapper à l’intention du Cronide. »
— Passage dans la traduction de M. Brunet

« C’est cette femme qui, en levant de ses mains le vaste couvercle de la jarre, les laissa échapper, et prépara aux hommes de pénibles soucis. Seule, l’Espérance, n’ayant pas atteint les bords de la jarre, resta dans sa prison infrangible, et ne put s’envoler au dehors : avant qu’elle sortît, Pandore avait laissé retomber le couvercle. Mille autres fléaux, néanmoins, sont répandus parmi les hommes ; la terre est pleine de maux, la mer en est pleine ; les maladies, spontanément, viennent nuit et jour visiter les mortels ; elles leur apportent la douleur, en silence, car le sage Zeus les a privées de la voix. Il n’est donc pas possible de se soustraire aux volontés de Zeus. »
— Passage dans la traduction de Pierre Waltz (éd. Mille et une Nuits, Paris)

« Mais la femme, enlevant de ses mains le large couvercle de la jarre, les dispersa par le monde et prépara aux hommes de tristes soucis. Seul, l’Espoir restait là, à l’intérieur de son infrangible prison, sans passer les lèvres de la jarre, et ne s’envola pas au dehors, car Pandore déjà avait replacé le couvercle, par le vouloir de Zeus, assembleur de nuées, qui porte l’égide. Mais des tristesses, en revanche, errent innombrables au milieu des hommes : la terre est pleine de maux, la mer en est pleine ! Les maladies, les unes de jour, les autres de nuit, à leur guise, visitent les hommes, apportant la souffrance aux mortels — en silence, car le sage Zeus leur a refusé la parole. Ainsi donc il n’est nul moyen d’échapper aux desseins de Zeus. »
— Passage dans la traduction de Paul Mazon (éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris)

« Mais, ayant, de ses propres mains, ôté le grand couvercle de la jarre, la femme les laissa s’échapper et prépara d’amers chagrins pour les hommes. Seul l’Espoir restait sur place, dans son infrangible demeure, tout près du bord : il n’eut pas le temps de s’envoler car, déjà, elle avait refermé le couvercle ; ainsi l’avait voulu le berger des nuées, Zeus qui porte l’égide. Cependant, des myriades d’autres malheurs errent çà et là parmi les humains. La terre est pleine de maux, et la mer pleine aussi. De jour comme de nuit, les maladies, d’elles-mêmes, viennent visiter les humains — en silence, car Zeus les a privées de la parole —, elles apportent leur lot de souffrances aux mortels. C’est ainsi. On n’échappe pas aux desseins de Zeus. »
— Passage dans la traduction de M. Claude Terreaux (éd. Arléa, coll. Poche-Retour aux grands textes, Paris)

« Et cette femme, levant le couvercle d’un grand vase qu’elle tenait dans ses mains, répandit les misères affreuses sur les hommes. Seule, l’Espérance resta dans le vase, arrêtée sur les bords, et elle ne s’envola point, car Pandôrè avait refermé le couvercle, par l’ordre de Zeus tempétueux qui amasse les nuées. Et voici que d’innombrables maux sont répandus maintenant parmi les hommes, car la terre est pleine de maux, et la mer en est pleine ; nuit et jour les maladies accablent les hommes, leur apportant en silence toutes les douleurs, car le sage Zeus leur a refusé la voix. Et ainsi nul ne peut éviter la volonté de Zeus. »
— Passage dans la traduction de Leconte de Lisle (XIXe siècle)

« Mais Pandore, découvrant de ses mains un vase qu’elle portail, laissa échapper tous ces fléaux et les répandit sur les mortels. L’Espérance seule y resta captive, errant sur les bords du vase, prête à s’envoler ; car Pandore le referma sur-le-champ, d’après l’ordre du grand Jupiter. Depuis ce temps mille fléaux divers parcourent la demeure des mortels ; la terre est pleine de maux, la mer en est pleine ; les maladies viennent d’elles-mêmes nous visiter et, le jour, la nuit, nous apportent la douleur ; elles viennent en silence, car le prudent Jupiter leur a ôté la voix. Il n’est donc pas possible de se soustraire aux décrets de Jupiter. »
— Passage dans la traduction d’Henri Joseph Guillaume Patin (XIXe siècle)

« Pandore ouvrit le vase où le courroux céleste
Avait de ses fléaux caché l’amas funeste ;
Cet innombrable essaim s’échappa dans les airs,
Retomba sur la terre et traversa les mers.
Les plaisirs, la santé, la vigueur disparurent ;
Les douleurs et la mort en silence accoururent :
L’Espérance restait dans ce vase fatal ;
Mais il fut refermé pour accroître le mal.
(lacune) »
— Passage dans la traduction du marquis Jean-Jacques Le Franc de Pompignan (XVIIIe siècle)

« Mais la femme ayant, de ses mains, soulevé le couvercle de la jarre, laissa les maux se répandre et prépara, pour les hommes, de tristes soucis. Seul, l’Espoir restait où il était, dans son infrangible prison, à l’intérieur de la jarre, près des lèvres du vase, car la femme le devança et replaça le couvercle, selon la volonté de Zeus qui tient l’égide, l’assembleur de nuées. Mais d’autres misères, par milliers, errent parmi les mortels : la terre est remplie de maux, la mer en est remplie. Soit le jour, soit la nuit, à leur fantaisie, les maladies s’en vont à l’aventure porter le mal aux hommes, silencieusement, car le prudent Zeus leur a retiré la parole. C’est ainsi qu’il est tout à fait impossible d’échapper aux desseins de Zeus. »
— Passage dans la traduction d’Élie Bergougnan (éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris)

« Et cependant cent horribles fléaux,
Dans un vase enfermés, y sommeillent encore ;
Pandore l’ose ouvrir ; ils en sortent. Pandore,
Le fermant aussitôt, y retient prisonnier
L’Espoir, qui, trop tardif, s’envolait le dernier ;
Et du maître des Dieux les décrets s’accomplirent.
Les innombrables maux qui contre nous conspirent
Dès ce moment fatal errent dans l’univers ;
Ils remplissent la terre, ils remplissent les mers ;
Toujours, autour de nous, les noires maladies,
Poursuivant sans pitié leurs courses ennemies,
Des douleurs contre nous guident l’essaim nombreux,
Et nul ne les entend, car l’arbitre des cieux
Voulut qu’à leurs travaux présidât le silence :
C’est ainsi que ce Dieu montra, par sa vengeance,
Qu’en vain à le tromper prétendraient les humains. »
— Passage dans la traduction d’Alphonse Fresse-Montval (XIXe siècle)

« Pandore, tenant dans ses mains un vase immense, en soulève le fatal couvercle ; les maux, les soucis cuisants s’en exhalent, se dispersent sur la terre ; un seul bien est renfermé au fond de cette urne, l’Espérance ; Elle s’arrête sur les bords du vase que Pandore s’empresse de refermer, par les conseils du dieu qui porte l’égide, de Jupiter qui assemble les nuées ; l’Espérance demeure seule aux malheureux mortels qu’une foule de maux accable ; la terre en est couverte, la mer en est remplie ; pendant tout le jour, pendant toute la nuit, les maladies parcourent la terre, fondent en silence sur les mortels ; car le dieu dont les conseils sont éternels, a étouffé leur voix. Ainsi l’homme fait de vains efforts pour induire en erreur le Maître des dieux. »
— Passage dans la traduction de Pierre-Louis-Claude Gin (XVIIIe siècle)

« La dangereuse Pandore ôta de ses mains le grand couvercle d’un vase qu’elle apportait à Épiméthée, source intarissable de maux pour les tristes humains. La seule Espérance resta au fond du vase, sur ses lèvres, prête à s’envoler aussi ; mais Elle ne s’envola pas, Pandore ayant remis aussitôt le couvercle, par le conseil de Jupiter. Cependant tous les maux que contenait le vase funeste se répandirent aussitôt dans le monde. La terre en fut couverte à l’instant, ainsi que la mer ; les maladies surtout s’attachent depuis ce temps à nos pas, le jour comme la nuit, nous apportant dans le silence toutes les calamités ; car Jupiter les a privées de la voix. Il n’est donc pas possible de se soustraire à la volonté du ciel. »
— Passage dans la traduction de Jean-Marie-Louis Coupé (XVIIIe siècle)

« La dangereuse Pandore ôta de ses mains le grand couvercle d’un vase qu’elle apportait à Épiméthée, source intarissable de maux pour les tristes humains. La seule Espérance resta au fond du vase, sur ses lèvres, prête à s’envoler aussi ; mais Elle ne s’envola pas, Pandore ayant remis aussitôt le couvercle, par la volonté de Jupiter. Cependant les mille maux que contenait le vase funeste se répandirent aussitôt dans le monde. La terre en fut couverte à l’instant, ainsi que la mer ; les maladies surtout s’attachent depuis ce temps à nos pas, le jour comme la nuit, nous apportant dans le silence toutes les calamités ; car Jupiter, dans sa prudence, les a privées de la voix. Il n’est donc pas possible de se soustraire à la volonté du ciel. »
— Passage dans la traduction de Jean-Marie-Louis Coupé, revue par Émile Lefranc (XVIIIe siècle)

« Pandore portait une boîte dans sa main ; elle en retira le couvercle, et répandit avec malignité, sur la race humaine, les maux déplorables. L’Espérance seule, fixée au fond de la boîte, ne s’envola pas au dehors. Pandore, docile aux ordres de Jupiter, replaça promptement le couvercle. Depuis, les maux funestes errent au milieu des hommes. Ils remplissent la terre, ils remplissent la mer. Le jour comme la nuit, les maladies assaillent les humains, et leur apportent la douleur en silence ; car le prudent Jupiter les a privées de la voix. Ainsi, l’homme ne peut se soustraire aux décrets de Jupiter. »
— Passage dans la traduction d’Armand Mondot (XIXe siècle)

« Pandore ayant ouvert la boîte qu’elle avait entre les mains, en laissa sortir tous les maux qu’elle renfermait : l’Espérance seule demeura au fond, lorsque Pandore referma le couvercle. Telle fut l’artificieuse vengeance de Jupiter. Dès lors les maux de toute espèce sont répandus parmi les hommes ; ils couvrent toute l’étendue de la terre et la surface de la mer. Les maladies parcourent l’univers jour et nuit et nous surprennent sans parler ; Jupiter les a rendues muettes ; et il n’est pas possible de se soustraire aux décrets du maître des Dieux. »
— Passage dans la traduction de l’abbé Nicolas Bergier (XVIIIe siècle)

« Pandore, tenant dans ses mains un grand vase, en souleva le couvercle, et les maux terribles qu’il renfermait se répandirent au loin. L’Espérance seule resta : arrêtée sur les bords du vase, Elle ne s’envola point, Pandore ayant remis le couvercle, par l’ordre de Jupiter qui porte l’égide et rassemble les nuages. Depuis ce jour, mille calamités entourent les hommes de toutes parts : la terre est remplie de maux, la mer en est remplie ; les Maladies se plaisent à tourmenter les mortels nuit et jour, et leur apportent en silence toutes les douleurs, car le prudent Jupiter les a privées de la voix. Nul ne peut donc échapper à la volonté de Jupiter. »
— Passage dans la traduction d’Anne Bignan (XIXe siècle)

« Pandore du destin entr’ouvre l’urne immense ;
Seul bien qu’elle enfermait, la divine Espérance
s’échappe avec les maux, mais, déjà sur le bord,
Sous le poids du couvercle arrête son essor ;
Et, s’élançant alors du fragile repaire,
Tous les maux à la fois envahissent la terre.
Ils s’attachent à l’homme ; il les voit sur les flots,
Pour hâter son trépas, poursuivre ses vaisseaux,
Et, s’avançant partout, dans un sombre silence,
Au jour comme à la nuit apporter la souffrance.
(lacune) »
— Passage dans la traduction de Charles-Auguste Salmon (XIXe siècle)

« Mais la femme aux humains machinant tristes maux
Ôta le grand couvercle au vaisseau dont saillirent
Les malheurs qui sur nous çà et là s’épandirent.
Et dedans demeura du vaisseau sur les bords
La seulette Espérance et ne s’envola hors :
Car premier le couvercle au vaisseau remit-elle,
Comme de Dieu voulut la prudence immortelle.
Mais dix mille autres maux errants de toutes parts
Sur les pauvres humains en sortirent épars :
Car la terre et la mer de maux est toute pleine.
Les maladies aussi qui font beaucoup de peine
Viennent de leur bon gré aux humains jour et nuit
Muettes : car de peur qu’elles ne fissent bruit,
Dieu leur ôta la voix : ainsi n’est pas possible
D’éviter de Jupin *********** le conseil invincible. »
— Passage dans la traduction de Jacques Le Gras (XVIe siècle)

« Mais la femelle, ôtant de sa main le couvercle, répandit
Hors de la boîte aux humains douloureux maux, qu’elle pourpensa.
Espoir seul comme dans quelque maison forte à débriser ************
Reste léans aux bords de la boîte : en dehors ne vola pas.
Car paravant le couvercle remis à la boîte referma,
Par le vouloir de l’amasse-nuau Jupiter chèvre-nourri.
Mais mille autres douleurs vont parmi les hommes errant :
Quant et la terre est pleine de maux, et pleine la grande mer.
Aux hommes les maladies et de nuit et de jour, tout de leur gré,
Aux mortels viendront des grièves misères apporter,
Sans dire mot : aussi Jupiter leur ôte le parler.
Ainsi ne peut s’éviter nulle part l’entente du grand Dieu. »
— Passage dans la traduction de Jean-Antoine de Baïf (XVIe siècle)

« C’est cette femme-là qui l’épandit première,
Qui ouvrant de ses mains une boîte meurtrière
A semé mille maux par tout cet univers,
Et ne nous a resté par tant de maux divers
Que la seule Espérance. Au fond elle était mise
Et ne peut s’envoler, en la boîte surprise.
Car par la volonté de ce dieu tète-chèvre,
La Pandore remit le couvercle et le couvre.
Néanmoins, mille maux s’échappèrent grand-erre,
Et voit-on maintenant des maux pleine la terre,
Et la mer pleine aussi : et de jour et de nuit
La fièvre nous survient, qui courante sans bruit
Grande incommodité toujours nous a porté :
Car le sage Jupin la voix lui a ôté.
Ainsi l’homme ne peut à la fin échapper
La volonté de Dieu qui le veut attraper. »
— Passage dans la traduction de Lambert Daneau (XVIe siècle)

« Or tôt après, Pandora de ses mains
A découvert son vaisseau, dont maux maints
Et grandes douleurs sont jetés et épars
Parmi le monde en tous côtés et parts,
Pour affliger les mortels en outrance :
Illec demeure une seule, Espérance,
Dessous le bord du vaisseau ou boîte :
Car Pandora, du monde la défaite *************,
A recouvert son vaisseau vitement,
De Jupiter faisant le mandement.
De ce vaisseau mille maux sont sortis,
Dont les humains, grièvement avertis,
Souffrent beaucoup et par terre, et par mer.
Et de ce vient un fatal fort amer,
Qui maladie en secret nous produit,
Tacitement venant et jour et nuit,
Pour nous donner, en silence, misère :
Car Jupiter, des cieux le prudent Père,
La maladie a privé de la voix,
Et par ainsi (si tu veux bien) tu vois
Qu’impossible est d’éviter la sentence
Et le vouloir de la divine essence. »
— Passage dans la traduction de Richard Le Blanc (XVIe siècle)

« At manibus virgo plenæ postquam ora resolvit
Pyxidis, exitium sparsit. Spes una relicta
Delituit fundo, sedemque immota priorem
Servavit nusquam fugiens per inania pennis.
Ostia quippe prius clausit sic jussa Tonantis
Imperio insidians virgo. Mala cetera sese
Effudere, interque homines errantia gliscunt,
Terrarumque sinus implent pelagusque profundum
Nec facie simili nec vi ; noctuque diuque
Pallida morborum volitant nos agmina circum,
Incumbuntque caput supra sine murmure. Vocem
Scilicet exemit tacitis Saturnia proles,
Ipsius a certa ne quis foret exitus ira. »
— Passage dans la traduction latine de Bernardo Zamagna (XVIIIe siècle)

« Sed mulier manibus magno operculo dolii detracto,
Dissipavit, et hominibus machinata est noxia mala.
Spes autem sola sibi in domicilio infracto
Intus remansit, sub labiis dolii, neque foras
Evolavit : quia prius operculum dolii injecit,
Consilio Jovis nubium congregatoris.
Inde autem et alia mala infinita inter homines oberrant :
Nam et terra et mare plena sunt malis,
Et morbi hominibus die noctuque
Sponte superveniunt, afferentes illis mala
Tacite : quia Jupiter sapiens illis exemit vocem.
Ita nullo modo licet Jovis mentem evitare. »
— Passage dans la traduction latine de Matija Grbić, dit Matthias Garbitius (XVIe siècle)

« Femina sed nocuo dum tollit opercula vase,
In mundum pestis provolat omne genus.
Sola labris urnæ dum forte hæreret in imis,
Non illo movit Spes sua castra loco.
Nam prius injecit, quam Spes evadere posset,
Tegmina, consilium Virgo secuta Jovis.
At genus omne mali miserum prorupit in orbem,
His humus, his lati est regia plena maris.
Ut capiant homines morbi quoque semper oberrant,
Seu latet, aut rutilo fulget ab axe dies.
Et tacite, est illis nam vocis adempta facultas,
Et gressu strepitum non faciente ruunt.
Sic nil consilium possit vitare Tonantis »
— Passage dans la traduction latine de Georg Rataller (XVIe siècle)

« Sed mulier manibus vasis magnum operculum dimovens
Dispersit, hominibus autem machinata est curas graves.
Sola vero illic Spes infracta in pyxide
Intus mansit, dolii sub labris, neque foras
Evolavit. Prius enim injecit operculum dolii,
Ægiochi consilio Jovis nubicogæ.
Alia vero innumera mala inter homines errant.
Nam plena quidem terra est malis, plenumque mare.
Morbi autem hominibus, tam interdiu quam noctu
Ultro oberrant, mala mortalibus ferentes,
Tacite : nam vocem exemit consultor Jupiter.
Sic nusquam licet Jovis mentem evitare. »
— Passage dans la traduction latine de Jean Oporin, dit Johannes Oporinus (XVIe siècle)

« Sed mulier manibus amphoræ magnum operculum cum dimovisset
Dispersit, hominibus autem paravit curas graves.
Sola vero illic Spes in illæso domicilio
Intus mansit, dolii sub labris, neque foras
Evolavit. Prius enim injecit operculum dolii,
Ægida tenentis consiliis Jovis nubes cogentis.
Alia vero innumera mala inter homines vagantur.
Plena enim quidem terra est malis, plenum vero mare.
Morbi autem hominibus, interdiu atque noctu
Spontanei ventitant, mala mortalibus ferentes,
Tacite : nam vocem exemit prudens Jupiter.
Sic non usquam licet Jovis voluntatem evitare. »
— Passage dans la traduction latine de Jean Oporin, dit Johannes Oporinus, revue par Franz Siegfried Lehrs (XIXe siècle)

« Sed mulier manibus vasis magnum operculum cum dimovisset
Dispersit, hominibus autem immisit curas graves.
Sola vero illic Spes infracta in domo
Intus mansit, dolii sub labris, neque foras
Evolavit. Prius enim injecit operculum dolii,
Ægiochi consilio Jovis nubes cogentis.
Alia vero innumera mala inter homines errant.
Plena enim terra est malis, plenumque mare.
Morbi autem hominibus, tam interdiu quam noctu
Ultro oberrant, mala mortalibus ferentes,
Tacite : nam vocem exemit prudens Jupiter.
Sic nequaquam licet Jovis decretum evitare. »
— Passage dans la traduction latine de Jean Oporin, dit Johannes Oporinus, revue par Johann Georg Grævius (XVIIe siècle)

« Sed mulier manibus vasis magnum operculum cum dimovisset
Dispersit, hominibus autem machinata est curas graves.
Sola vero illic Spes infracta in domo
Intus mansit, dolii sub labris, neque foras
Evolavit. Prius enim injecit operculum dolii,
Ægiochi consilio Jovis nubicogæ.
Alia vero innumera mala inter homines errant.
Plena enim terra est malis, plenumque mare.
Morbi autem hominibus, tam interdiu quam noctu
Ultro oberrant, mala mortalibus ferentes,
Tacite : nam vocem exemit prudens Jupiter.
Sic nusquam licet Jovis mentem evitare. »
— Passage dans la traduction latine de Jean Oporin, dit Johannes Oporinus, revue par Georg Pasor (XVIIe siècle)

« Sed mulier manibus dolii magnum operculum cum abstulisset
Effudit, hominibus vero machinata est curas difficiles.
Sola vero illic Spes in infractis domibus
Intus mansit, dolii sub labris, neque foras
Evolavit. Prius enim superinjecit operculum dolii,
Ægida habentis consiliis Jovis nubicogæ.
Alia vero infinita mala inter homines oberrant.
Plena enim terra malis, plenum vero mare.
Morbi inter homines, interdiu atque noctu
Spontanei obambulant, mala mortalibus adferentes,
Tacite : quoniam vocem ademit prudens Jupiter.
Sic nullo modo licet Jovis mentem effugere. »
— Passage dans la traduction latine de Jean Oporin, dit Johannes Oporinus, revue par Johann Fries (XVIe siècle)

« At mulier magnum dolii operculum manibus abstrahens
Dissipavit, machinata est autem hominibus acerbos luctus.
Sola autem ibi Spes in domo infragili
Intus mansit, sub labris dolii, neque foras
Evolavit. Prius enim objecit vasi operculum,
Consilio Jovis Ægiochi, nubium auctoris.
Sed innumeræ calamitates inter homines errant.
Terra enim plena est malorum, mare etiam plenum.
Morbi autem homines interdiu et noctu
Ultronei adeunt, mala eis adferentes,
Tacite, quoniam sapiens Jupiter exemit vocem.
Ita nemo potest Jovis mentem effugere. »
— Passage dans la traduction latine de Carolus Figulus (XVIe siècle)

« At mulier digitis dum tollit opercula vasi,
Omne malum, lædens homines grave, sparsit in orbem ;
Sola ibi se infirmis tenuit Spes ædibus, intus
Pyxidis ad labrum latinans non evolat extra ;
Atque etiam citius rursum vas tegmine clausit,
Consilium mentemque Jovis Pandora secuta.
In terram exiluit reliquum genus omne malorum,
Hinc mare nunc illis est plenum, plenamque terra,
Nocte dieque homines miseros invadere nunquam
Exangues cessant morbi, mala multa ferentes,
Et tacite adveniunt : nam vox est a Jove dempta,
Sic non ulla Jovis mentem evitare potestas. »
— Passage dans la traduction latine de Johannes Ulpius (XVIe siècle)

« Cæterum mulier manibus magnum urnæ dimovens operculum,
Dispersit quæ inibi continebantur, hinc tristes, propinate hominibus curæ.
Sola proinde Spes infractum domicilium
Intus manendo occupat, sub labris urnæ se continens, neque foras
Evocat, nam prius objecerat tegmen urnæ
Jupiter, qui hoc destinarat nubicoga.
Innumeræ profesto calamitatis humanæ seminarium,
Quum multis ex hoc terra malis scateat, nec minus mare,
Ad hæc morbi accidant mortalibus nocte dieque,
Sua nimirum sponte provenientibus iis quæ exitium afferunt,
Subque silentio adempta illis voce a cauto Jove,
Adeo nihil est quod ejus cognitionem subterfugiat »
— Passage dans la traduction latine d’Ottmar Nachtgall, dit Ottomarus Luscinius (XVIe siècle)

« Sed tegmen ab urna
Dum Pandora levat, totum exiliere per orbem
Curarum infestæ effigies ; Spes sola remansit
Intus, et e labris ima sub parte resedit.
Obstitit impositum nam tegmen abire volenti **************.
Sic qui fulmen agit, nubis Collector aquosæ
Jusserat : innumeræque etiam mortale vagantur
Per genus infandæ species, quibus æquor et omnis
Terra infecta tumet, morbi noctesque diesque
Sponte sua sine voce ruunt. Namque ab Jove summo
Ablata est illis quæcumque potentia fandi.
Sic impune Parens offenditur ille deorum. »
— Passage dans la traduction latine de Niccolò della Valle (XVe siècle)

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* En grec « Θεογονία ».

** En grec « Ἔργα καὶ Ἡμέραι ».

*** En grec « Κατάλογος γυναικῶν ».

**** En grec Ἡσίοδος. Autrefois transcrit Éziode.

***** En grec « Ἀγὼν Ὁμήρου καὶ Ἡσιόδου ».

****** « Les Travaux et les Jours », v. 161.

******* « Discours préliminaire aux “Géorgiques” de Virgile ».

******** v. 537 & 437 & 467.

********* « Soirées littéraires. Tome I », p. 35-36.

********** « Le Mondain », v. 21.

*********** Jupin s’est dit pour Jupiter.

************ « Fort à » s’est dit pour « difficile à ». « Débriser » s’est dit pour « briser, détruire ».

************* On voit que le traducteur fait rimer « boîte » avec « défaite » ; c’est que, de son temps, on prononçait [wɛ] la diphtongue « oi », en faisant entendre [bwɛt], tandis qu’aujourd’hui on fait entendre [bwat]. Cette ancienne prononciation est encore celle de certains patois.

************** Le datif « volenti » dépend du verbe « obstitit », dont le sujet est « impositum tegmen ».