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Mot-clefHubert Maës

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Gennai, «Histoire galante de Shidôken, “Fûryû Shidôken-den”»

éd. L’Asiathèque, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. L’Asiathèque, coll. Biblio­thèque de l’Institut des hautes études japo­naises, Paris

Il s’agit de l’«His­toire galante de Shi­dô­ken» («Fûryû Shi­dô­ken-den»*) de Hira­ga Gen­nai**, sati­riste japo­nais aux connais­sances ency­clo­pé­diques, éga­le­ment connu sous le sur­nom de Fûrai San­jin*** (XVIIIe siècle). Sorte de Vol­taire de son pays, il se livra, en même temps qu’aux belles-lettres, à l’étude de la chi­mie et l’histoire natu­relle, apprit le hol­lan­dais, inter­ro­gea les savants dans tous les genres, répé­ta leurs expé­riences ou en ima­gi­na de nou­velles. Son «His­toire galante de Shi­dô­ken», où le voyage fic­tif est pré­texte à des satires piquantes et mor­dantes contre la socié­té de son temps, ne peut être com­pa­rée, à beau­coup d’égards, qu’aux his­toires de «Micro­mé­gas» ou de «Can­dide». Elles par­tagent les mêmes scènes vives et ingé­nieuses, la même ima­gi­na­tion exal­tée; elles sont le même monu­ment d’effronterie cynique éri­gé en faveur de l’athéisme. Le héros, Shi­dô­ken, est un vieil impé­ni­tent qui donne le fou rire aux visi­teurs du temple d’Asakusa, à Edo, en racon­tant des pro­pos bur­lesques ou licen­cieux. Il raconte com­ment, il y a long­temps, lorsqu’il était jeune, il fut détour­né de la prê­trise par la révé­la­tion qu’il reçut d’un ana­cho­rète («sen­nin»****), que le boud­dhisme n’était qu’un fatras de croyances tout juste bonnes pour les vieilles femmes. L’anachorète lui offrit un éven­tail magique lui per­met­tant de voya­ger de par le monde, en quête des plai­sirs dont un vain ascé­tisme l’avait jusqu’alors pri­vé : «Ceci est l’éventail où sont ren­fer­més les secrets de mes enchan­te­ments», lui dit l’anachorète en le lui remet­tant*****. «Si tu veux t’envoler, il te ser­vi­ra d’ailes; si tu veux fran­chir mers et fleuves, il devien­dra navire; grâce à lui, tu pour­ras connaître le loin­tain et le proche, et voir dis­tinc­te­ment dans la pénombre… Tou­te­fois, comme c’est dans le désir amou­reux que les sen­ti­ments revêtent la plus grande inten­si­té, il te fau­dra visi­ter par­ti­cu­liè­re­ment les quar­tiers de plai­sir des dif­fé­rentes contrées. Au cours de tes voyages, il t’arrivera sou­vent des aven­tures plai­santes, mais aus­si bien des mal­heurs. En aucun cas, ceux-ci ne te doivent affli­ger… Salut!»

* En japo­nais «風流志道軒伝». Haut

** En japo­nais 平賀源内. Haut

*** En japo­nais 風来山人. Haut

**** En japo­nais 仙人. Haut

***** p. 12. Haut