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Mot-clefKoichi Kano

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

«La Lande des mortifications : vingt-cinq pièces de nô»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit de «Mat­su­kaze»* et autres nô. Les Japo­nais ont le rare pri­vi­lège de pos­sé­der, en propre, une forme de drame lyrique — le «»** (XIVe-XVe siècle apr. J.-C.) — qui mal­gré la dif­fé­rence abso­lue des tra­di­tions, des sujets et de cer­tains modes d’expression, peut être com­pa­rée, sans trop de para­doxe, à la tra­gé­die grecque du siècle de Péri­clès. Comme cette tra­gé­die, le nô fut tout d’abord le déve­lop­pe­ment et comme l’annexe des chants, danses et chœurs qui accom­pa­gnaient la célé­bra­tion des céré­mo­nies reli­gieuses. Une déesse, disent les Japo­nais, inau­gu­ra cette forme théâ­trale, et voi­ci dans quelles cir­cons­tances, si l’on en croit le «Koji­ki». Grande-Auguste-Kami-Illu­mi­nant-le-Ciel, irri­tée des méchan­ce­tés de son frère, déci­da, un jour, de se cacher dans la grotte rocheuse du ciel dont elle bar­ra la porte. De ce fait, le ciel et la terre furent plon­gés dans de pro­fondes ténèbres. Et cha­cun, on le pense bien, était fort inquiet. Les huit mil­lions de dieux se ras­sem­blèrent alors sur les bords de la Voie lac­tée, pour déli­bé­rer des mesures qu’il conve­nait de prendre, afin de faire ces­ser cette situa­tion cri­tique. Confor­mé­ment à leur avis, on essaya bien des ruses pour for­cer Grande-Auguste-Kami-Illu­mi­nant-le-Ciel à sor­tir de sa grotte, mais aucune ne réus­sit. C’est alors que Majes­té-Fémi­nine-Uzu-Céleste eut l’idée d’exécuter une danse ori­gi­nale : «Se coif­fant de branches de fusain céleste… elle ren­ver­sa un fût vide devant la porte de la grotte et cla­qua des talons. Tout en dan­sant jusqu’au paroxysme elle décou­vrit sa poi­trine et bais­sa la cein­ture de son vête­ment jusqu’à son sexe. Alors la Haute-Plaine-du-Ciel devint bruyante, et les huit mil­lions de “kamis” se mirent à rire»***. Grande-Auguste-Kami-Illu­mi­nant-le-Ciel, intri­guée, entr’ouvrit la porte de sa pri­son volon­taire. La lumière repa­rut au ciel et sur terre. Le diver­tis­se­ment divin de ce temps-là fut, dit-on, le pre­mier des nô.

* En japo­nais «松風». Éga­le­ment connu sous le titre de «Mat­su­kaze Mura­same» («松風村雨»). Haut

** En japo­nais . Par­fois trans­crit «noh» ou «nou». Haut

Komachi, «Visages cachés, Sentiments mêlés : le livre poétique»

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Paris

Il s’agit d’Ono no Koma­chi*, poé­tesse japo­naise (IXe siècle apr. J.-C.) célèbre par sa beau­té, et qui fut la seule femme à figu­rer dans la liste des «six génies de la poé­sie» («rok­ka­sen»**) de son temps. Quand on évoque Koma­chi, on parle et on fait par­ler inévi­ta­ble­ment deux figures : la réelle et la légen­daire. Les traits de la Koma­chi réelle nous échappent et ne se laissent guère fixer; en dépit de tous les efforts, elle reste en grande par­tie mys­té­rieuse : «Le flou, le voi­lé dans la brume qui l’enveloppent au tra­vers d’une poi­gnée de poèmes — dont on est cer­tain qu’elle fut l’auteur — et dans les quelques repères de son exis­tence énig­ma­tique ont les nuances infimes d’un lavis si déla­vé qu’il en émane en per­ma­nence le vague à l’âme… dans lequel se plaît à se reflé­ter l’âme japo­naise», disent MM. Armen Godel et Koi­chi Kano***. Elle ne nous est attes­tée que par les qua­rante-cinq poèmes irré­fu­tables qu’on lui connaît et qui figurent dans les antho­lo­gies poé­tiques, et par le témoi­gnage contem­po­rain de Ki no Tsu­rayu­ki qui la décrit ain­si : «Ono no Koma­chi émeut, mais manque de force : pour ain­si dire pareille à une femme dont le charme se mêle­rait de mélan­co­lique fai­blesse»****. Quant à la Koma­chi légen­daire, elle lais­sa mou­rir de froid, dit-on, le capi­taine de Fuka­ku­sa*****, à qui elle impo­sa cent nuits de veille devant sa porte : le mal­heu­reux amant mou­rut au terme de la quatre-vingt-dix-neu­vième. Tou­jours selon la légende, elle en fut cruel­le­ment punie, puisqu’elle tom­ba dans une très pro­fonde tris­tesse. Enfin, les années vinrent et la ren­dirent hor­rible et décré­pite. Elle finit par errer en men­diant sur les che­mins. Elle allait d’école en école, réci­tant aux enfants ses vers qu’elle ne vou­lait pas trans­mettre par écrit à un monde qu’elle détes­tait.

* En japo­nais 小野小町. Autre­fois trans­crit Ono no Komat­chi ou Ono-no Ko-maţi. Haut

** En japo­nais 六歌仙. Autre­fois trans­crit «rok­ka­çenn». Haut

*** p. 5. Haut

**** «Le Monu­ment poé­tique de Heian : le “Kokin­shû”. Tome I. Pré­face de Ki no Tsu­rayu­ki», p. 71. Haut

***** En japo­nais 深草少将. Par­fois trans­crit Fou­ka­kou­sa-Chô­chô ou Fuka­ku­sa no Shō­shō. Haut