Mot-clef1762-1796 (Catherine II)

su­jet

Lesseps, « Journal historique du voyage. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la re­la­tion « Jour­nal his­to­rique du voyage » de Jean-Bap­tiste de Les­seps, seul sur­vi­vant de l’expédition La Pé­rouse dont il était l’interprète. Né à Sète, en France, il em­brassa la car­rière di­plo­ma­tique où son père l’avait pré­cédé, et où il sera suivi par son frère et son ne­veu. Ayant ac­quis de bonne heure une pro­fonde connais­sance de la langue russe, il fut at­ta­ché, en 1785, à l’expédition La Pé­rouse. Sa pré­sence pou­vait être d’autant plus utile que cette ex­pé­di­tion avait à re­lâ­cher dans les ports de l’Asie russe. En 1787, les na­vires la Bous­sole et l’Astrolabe, après deux ans de cir­cum­na­vi­ga­tion, mouillèrent à Pe­tro­pav­lovsk1, à l’extrémité de la presqu’île du Kamt­chatka. Le jeune Les­seps y fut chargé de la mis­sion de convoyer en France les pré­cieuses cartes et dé­pêches re­cueillies jusque-là. Les lettres de La Pé­rouse té­moignent en plu­sieurs en­droits du res­pect qu’il por­tait à notre in­ter­prète et de la foi qu’il avait en lui. Et il fal­lait une vraie foi pour lui don­ner une sem­blable mis­sion, non seule­ment dan­ge­reuse en cette par­tie du monde, mais en­core rem­plie d’obstacles, à une époque où les moyens de trans­port étaient ru­di­men­taires et rares : « M. de Les­seps que j’ai chargé de mes pa­quets », écrit La Pé­rouse, « est un jeune homme dont la conduite a été par­faite pen­dant toute la cam­pagne [de dé­cou­verte], et j’ai fait un vrai sa­cri­fice à l’amitié… en l’envoyant en France ; mais il est vrai­sem­bla­ble­ment des­tiné à oc­cu­per un jour la place de son père en Rus­sie. J’ai cru qu’un voyage par terre, au tra­vers de ce vaste Em­pire, lui pro­cu­re­rait les moyens d’acquérir des connais­sances utiles à notre com­merce et propres à aug­men­ter nos liai­sons avec ce royaume ». Les­seps ne pou­vait se dou­ter qu’il ne re­ver­rait au­cun des membres de l’équipage ; mais les adieux n’en furent pas moins bou­le­ver­sants et pleins de larmes, comme le rap­porte son « Jour­nal » : « Qu’on juge de ce que je souf­fris lorsque je les re­con­dui­sis aux ca­nots qui les at­ten­daient ; je ne pus ni par­ler ni les quit­ter. Ils m’embrassèrent tour à tour ; mes larmes ne leur prou­vèrent que trop la si­tua­tion de mon âme. Les of­fi­ciers, tous mes amis qui étaient à terre re­çurent aussi mes adieux. Tous s’attendrirent sur moi ; tous firent des vœux pour ma conser­va­tion… »

  1. En russe Петропавловск. Au­tre­fois trans­crit Pé­tro­paw­lovsk ou Saint-Pierre et Saint-Paul. Haut

Lesseps, « Journal historique du voyage. Tome I »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de la re­la­tion « Jour­nal his­to­rique du voyage » de Jean-Bap­tiste de Les­seps, seul sur­vi­vant de l’expédition La Pé­rouse dont il était l’interprète. Né à Sète, en France, il em­brassa la car­rière di­plo­ma­tique où son père l’avait pré­cédé, et où il sera suivi par son frère et son ne­veu. Ayant ac­quis de bonne heure une pro­fonde connais­sance de la langue russe, il fut at­ta­ché, en 1785, à l’expédition La Pé­rouse. Sa pré­sence pou­vait être d’autant plus utile que cette ex­pé­di­tion avait à re­lâ­cher dans les ports de l’Asie russe. En 1787, les na­vires la Bous­sole et l’Astrolabe, après deux ans de cir­cum­na­vi­ga­tion, mouillèrent à Pe­tro­pav­lovsk1, à l’extrémité de la presqu’île du Kamt­chatka. Le jeune Les­seps y fut chargé de la mis­sion de convoyer en France les pré­cieuses cartes et dé­pêches re­cueillies jusque-là. Les lettres de La Pé­rouse té­moignent en plu­sieurs en­droits du res­pect qu’il por­tait à notre in­ter­prète et de la foi qu’il avait en lui. Et il fal­lait une vraie foi pour lui don­ner une sem­blable mis­sion, non seule­ment dan­ge­reuse en cette par­tie du monde, mais en­core rem­plie d’obstacles, à une époque où les moyens de trans­port étaient ru­di­men­taires et rares : « M. de Les­seps que j’ai chargé de mes pa­quets », écrit La Pé­rouse, « est un jeune homme dont la conduite a été par­faite pen­dant toute la cam­pagne [de dé­cou­verte], et j’ai fait un vrai sa­cri­fice à l’amitié… en l’envoyant en France ; mais il est vrai­sem­bla­ble­ment des­tiné à oc­cu­per un jour la place de son père en Rus­sie. J’ai cru qu’un voyage par terre, au tra­vers de ce vaste Em­pire, lui pro­cu­re­rait les moyens d’acquérir des connais­sances utiles à notre com­merce et propres à aug­men­ter nos liai­sons avec ce royaume ». Les­seps ne pou­vait se dou­ter qu’il ne re­ver­rait au­cun des membres de l’équipage ; mais les adieux n’en furent pas moins bou­le­ver­sants et pleins de larmes, comme le rap­porte son « Jour­nal » : « Qu’on juge de ce que je souf­fris lorsque je les re­con­dui­sis aux ca­nots qui les at­ten­daient ; je ne pus ni par­ler ni les quit­ter. Ils m’embrassèrent tour à tour ; mes larmes ne leur prou­vèrent que trop la si­tua­tion de mon âme. Les of­fi­ciers, tous mes amis qui étaient à terre re­çurent aussi mes adieux. Tous s’attendrirent sur moi ; tous firent des vœux pour ma conser­va­tion… »

  1. En russe Петропавловск. Au­tre­fois trans­crit Pé­tro­paw­lovsk ou Saint-Pierre et Saint-Paul. Haut